CHAPITRE m
Réfutation du spinosisme.
Il me reste encore une difficulté à éclaircir : elle se présente à moi tout à coup, et me rejette dans l'incertitude. La voici dans toute son étendue : j'ai l'idée de quelque chose qui est infiniment parfait, il est vrai, et je vois bien que cette idée doit avoir un fondement réel : il faut qu'elle ait son objet véritable ; il faut que quelque chose ait mis en moi une si haute idée ; tout ce qui est inférieur à l'infini en est infiniment dissemblable, et par conséquent n'en peut donner l'idée. Il faut donc que l'idée de l'infinie perfection me vienne par un être réel et existant avec une perfection infinie : tout cela est certain. J'ai cru trouver un premier être par cette preuve : mais ne pourrais-je point me tromper? Ce raisonnement prouve bien qu'il y a réellement dans la nature quelque chose qui est infiniment parfait; mais il ne prouve point que cette perfection infinie soit distinguée de tous les êtres qui paraissent m'environner. Peut-être que cette multitude d'êtres dont l'assemblage porte le nom d'univers, est une masse infinie qui, dans son tout, renferme des perfections infinies par sa variété. Peut-être même que toutes ses parties, qui paraissent se diviser les unes des autres, sont indivisibles du tout, et que ce tout infini et indivisible en lui-même contient cette infinie perfection dont j'ai l'idée, et dont]e cherche la réalité.
Pour mieux développer cette indivisibilité du tout, je me rt présente que la séparation des parties entre elles ne doit pas me flaire conclure qu'aucune de ces parties puisse jamais être sépa* rée du tout. La séparation des parties entre elles n'est qu'un changement de situation, et point une division réelle. AGn que les parties fussent réellement divisées , il faudrait qu'elles oe fissent plus un même tout ensemble. Pendant qu'une partie qui est dans une extrême distance d'une autre tient à elle par toutes celles qui occupent le milieu, on ne peut pas dire qu'il y ait une réelle division. Pour séparer réellement une partie de toutes let autres, il faudrait mettre quelque espace réel entre toutes le» autres et elle : or cela est impossible, supposé que le tout soit infini; car où trouvera-t-on, au delà de l'infini, qui n'a point de bornes, un espace vide qu'on puisse mettre entre une partie de cet infini et tout le reste dont il est composé? Il est donc vrai que cet infini sera indivisible dans son tout, quoiqu'il soit divisible pour le rapport que chacune de ^es parties a avec les autres parties voisines.
Un corps rond qui se meut sur son propre centre demeure immobile dans son tout, quoique chacune de ses parties soit en mouvement. Cet exeniple fait entendre quelque chose de ce que je veux dire; mais il est très-imparfait ; car ce corps rond a une superficie qui correspond à dautres corps voisins; et comme toute cette superficie change de situation et de correspondance aux corps voisins, on peut conclure par là que tout le corps de figure ronde se meut et change de place. Mais pour une masse infinie il n'en est pas de même ; elle n'a aucune borne ni supe^ ficie; elle ne correspond à aucun corps étranger : donc il est certain qu'elle est dans son tout parfaitement immobile, quoique ses parties bornées, si on les considère par rapport les unes aux autres, se meuvent perpétuellement. En un mot, le tout infini ne peut se mouvoir, quoique les parties étant finies se meuvent sans cesse. Par là je rassemble dans ce tout infini toutes les perfections d'une nature simple et indivisible, et toutes les merveilles d'une nature divisible et variable. Le tout est un et immuable par son infini : les parties se multiplient à Tinfini, et forment par des combinaisons infinies une variété que rien n'épuise.
Uoe même chose prend successivement toutes les formes les plus contraires : c'est une fécondité de natures diverses, où tout est nouveau, tout est éternel, tout est changeant, tout est im* muable. N'est-ce point cet assemblage infini , ce tout infini^ et par conséquent indivisible et immuable^ qui m'a donné l'idée d'une infinie perfection ? Pourquoi irais^je la chercher ailleurs, puisque je puis si facilement la trouver là? Pourquoi ajouter à l'anivers qui paraît m'environner une autre nature incompré-* hensible, que j'appelle Dieu?
Voilà, ce me semble, la difficulté aussi grande qu'elle peut l'être; et, de bonne foi, je n'oublie rien de tout ce qui peut la fortifier; mais je trouve sans prévention qu'elle s'évanouit^ dès que je veux l'examiner de près. Voici comment :
1<» Quand je suppose l'univers infini, je ne puis éviter de croire que le tout est changeant, si toutes les parties prises séparément sont chanjgeantes. II est vrai qu'il n'y aura point dans cet univers infini une superficie ou circonférence qui tourne comme la circonférence d'un corps circulaire, dont le centre est immobile; mais, comme toutes les parties de ce tout infini seront en mouvement et changeantes, il s'ensuivra nécessairement que tout sera aussi en mouvement et dans un changement perpétuel: car le tout n'est point un fantôme ni une idée abstraite; il n'est pré« cisément que l'assemblage des parties; donc, si toutes les parties se meuvent) le tout, qui n'est que toutes les parties prises en* semble, se meut aussi.
A la vérité, je dois, pour lever toute équivoque, distinguer soi** gnensement deux sortes de mouvements : l'un interne, pour ainsi dire, l'autre externe. Par exemple, on fait rouler une boule dans un lieu uni, et on fait bouillir devant le feu un pot rempli d'eau et bien fermé : la boule se meut de ce mouvement que j'appelle externe, c'est-à-dire qu'elle sort tout entière d'un espace pour aller dans un autre. Voilà ce que l'univers qu'on suppose infini ne saurait faire, je l'avoue. Mais le pot rempli d eau bouillante et qui est bien fermé, a une autre sorte de mouvement que j'appelle interne; c'est-à-dire que cette eau se meut et très-rapidement, sans sortir de l'espace qui la renferme : elle est toujours au même lieu, et elle ne laisse pas de se mouvoir sans cesse. Il
est vrai de dire que toute cette eau bout, qu'elle est agitée, qu'elle change de rapports, et qu'en un mot rien n'est plus changeant par le dedans, quoique le dehors paraisse immobile. Il en serait précisément de même de cet univers qu'on supposerait infini : il ne pourrait changer tout entier de place ; mais tous les mouvements différents du dedans qui forment tous les rapports, qui font les générations et les corruptions des substances , seraient perpétuels et infinis. La masse entière se mouvrait sans cesse dans toutes ses parties. Or il est évident qu'un tout qui change perpétuellement, ne saurait remplir l'idée que j'ai de l'infinie perfection ; car un être simple, immuable, qui n'a aucune modification , parce qu'il n'a ni parties ni bornes, qui n'a en soi ni changement ni ombre de changement, et qui renferme toutes les perfections de toutes les modifications les plus variées dans sa parfaite et immuable simplicité, est plus parfait que cet assemblage infini et éternel d'êtres changeants, bornés et incapables d'aucune consistance. Donc il est manifeste qu'il faut renon^ cer à l'idée d'un être infiniment parfait, ou qu'il le faut chercher dans une nature simple et indivisible, loin de ce chaos qui ne subsisterait que dans un perpétuel changement.
^ Il faut reconnaître de bonne foi qu'un assemblage de parties réellement distinguées les unes des autres ne peut point être cette unité souveraine et infinie dont j'ai l'idée. Si ce tout était réellement un et simple, il serait vrai de dire que chaque partie serait le tout : si chaque partie était réellement le tout, il faudrait qu'elle fût comme lui réellement infinie, indivisible, immobile, immuable, incapable d'aucune borne ni modification. Tout au contraire, chaque partie est défectueuse, bornée, changeante, sujette à je ne sais combien de modifications successives.
Il faudrait encore admettre une autre absurdité et contradiction manifeste : c'est qu'y ayant une identité réelle entre toutes les parties qui feraient un tout réellement un et indivisible, il s'ensuivrait que les parties ne seraient plus parties, et que l'une serait réellement l'autre : d'où il faudrait conclure que l'air serait l'eau; que le ciel serait la terre ; que l'hémisphère où il est nuit serait celui où il serait jour ; que la glace serait chaude et le feu froid; qu'âne pierre serait du bo\a\ (\vvft \^ N^ti^ ^\^\. ^>â. \sv^x^'^^>
qu'on corps rond serait tout ensemble rond, carré, triangulaire, et de tontes les figures et dimensions concevables à Tinfîni; quo mes erreurs seraient celles de mon voisin ; que je serais tout en • semble croyant ce quMl croit, et doutant des mômes choses qu'il croit et dont je doute; il serait vicieux par mes vices; je serais vertueux par ses vertus ; je serais tout ensemble vicieux et vertueux, sage et insensé, ignorant et instruit. En un mot, tous les corps et toutes les pensées de l'univers ne faisant tous ensemble qu'un seul être simple, réellement un et indivisible, il faudrait brouiller toutes les idées, confondre toutes les natures et propriétés, renoncer à toutes les distinctions, attribuer à la pensée toutes les qualités sensibles des corps, et aux corps toutes les pensées des êtres pensants : il faudrait attribuer à chaque corps toutes les modifications de tous les corps et de tous les esprits : il faudrait conclure que chaque partie est le tout, et que chaque partie est aussi chacune des autres parties : ce qui ferait un monstre dont la raison a honte et horreur. Ainsi rien n'est si insensé que cette vision.
S'il y a identité réelle entre les parties et le tout, il faut dire ou que le tout est chaque partie, ou que chaque partie est le tout : si le tout est chaque partie, il a toutes les modifications changeantes et tous les défauts qui sont dans les parties ; donc ce tout n'est pas l'être infiniment parfait, et il renferme en soi d'infinies contradictions par l'opposition de toutes les modifications ou qualités des parties. Si, au contraire, chaque partie est le tout, chaque partie est donc infinie, immuable, incapable de bornes et de modifications : donc elle n'est plus partie ni rien de tout ce qu'elle paraît.
3® Dès que vous n'admettez point cette identité réelle et réciproque de tous les êtres de l'univers, vous ne pouvez plus en faire quelque chose d'une unité réelle, ni par conséquent en rien faire ni de parfait ni d'infini. Chacun de ces êtres a une existence indépendante des autres. Chaque atome existant par lui-même, il faudrait qu'il fût, lui seul pris séparément, infiniment parfait; car, suivant la règle que nous avons posée, on ne peut être à un plus haut degré d'être, que d'être par soi. Il est manifeste qu'un seul atome n'est point infiniment parfall^ pxû^c^xx^ \û\3X\^^N&\a
de la matière de l'univers ajoute tant, à son étendue et à sa perfection; donc chaque atome, pris séparément, ne peut exister par soi-même. S'il u'existe point par soi-même, il ne peut exister que par autrui, et cet autrui qu'il faut nécessairement trouver est la première cause que je cherche.
Je remarque en passant qu^il faut conclure de tout ceci que tout composé doit nécessairement avoir des bornes. Un être qui est parfaitement un et simple peut être infini, parce que l'unité ne le borne point, et qu'au contraire plus il est un, plus il est parfait : de sorte que, s'il est souverainement un, il est souverainement et infiniment parfait. Mais pour tout ce qui est composé, ayant des parties bornées dont Tune n'est point réellement l'autre, et dont l'une a son existence indépendante de l'autre, je puis concevoir nettement la non-existence d'une de ses parties, puisqu'elle n'est point essentiellement existante par elle-même; je puis, dis-je, la concevoir sans altérer ni diminuer Texistence de toutes les autres. Cependant il est manifeste qu'en ne concevant plus cette partie comme existante et unie aux autres, j'amoindris le tout. Un tout amoindri n'est point infini : ce qui est moindre est borné ; car ce qui est au-dessous de l'infini n'est point infini. Si ce tout amoindri est borné, comme il n'est amoindri que par le retranchemeut d'une seule unité, il s'ensuit clairement qu'il n'était point infini avant même que cette unité en eût été détachée ; car vous ne pouvez jamais faire l'infini d'un composé fini, en lui ajoutant une seule unité finie.
Ma conclusion est que tout composé ne peut jamais être infini. Tout ce qui a des parties réelles qui sont bornées et mesurables ne peut composer que quelque chose de fini : tout nombre collectif ou successif ne peut jamais être infini. Qui dit nombre, dit amas d'unités réellement distinguées, et réciproquement indépendantes les unes des autres pour exister et n'exister pas. Qui dit amas d'unités réciproquement indépendante8,dit un tout qu'on peut diminuer, et qui par conséquent n'est point infini. Il est certain que le même nombre était plus grand avant le retran* chement d'une unité qu'il ne l'est après qu'elle est retranchée* Depuis le retranchement de cette unité bornée, le tout n'est point w£ûi : donc il ue l'était pas aNaul ce i^Vx^tk^OkSisi^tiN.*
L'unique moyen d'éluder ce raisonnement est de dire qu'il y a dans l'infmi des infinités d'infinis; mais c'est un tour captieux : il ne faut point s'imaginer qu'il puisse y avoir des infinis plus grands les uns que les autres. Si l'on était bien attentif à la vraie idée de l'infini, on concevrait sans peine qu'il ne peut y avoir ni de plus ni de moins, qui sont les mesures relatives, dans ce qui ne peut jamais avoir aucune- mesure. Il est ridicule de penser qu'il y ait rien au delà d'une chose,dè8 qu'elle est vérilablement infinie, ni que cent mille millions d'infinis soient plus qu'un seul infini. C'est dégrader l'infini que d'en imaginer plusieurs, puisque plusieurs n'ajoutent rien de réel à un seul.
Voilà donc une règle qui me paraît certaine pour rejeter tous les infinis composés : ils se détruisent et se contredisent euxmêmes par leur composition; ils ne peuvent être ni infinis, ni parfaits : ils ne peuvent être infinis, par la raison que je viens d'expliquer; ils ne peuvent être parfaits au plus haut degré de perfection, puisque je conçois qu'un être infini et réellement un doit être incomparablement plus parfait que tous ces composés. Donc il est essentiel, pour remplir mon idée d'une infinie perfection, de revenir à l'unité; et toutes les perfections que je cherche dans les composés, loin d'augmenter par la multitude, ne font que s'affaiblir en se multipliant.
k9 J'ai reconnu une vérité dont il ne m'est pas permis de douter: c'est que l'être et la bonté ou perfection sont précisément la même chose. La perfection est quelque chose de positif, et l'imperfection n'est que l'absence de ce positif; or il n'y a rien de réel et de positif que l'être» Tout ce qui n'est point réellement l'être est le néant. Diminuez la perfection, vous diminuez l'être: ôtez- la entièrement, vous anéantissez l'être; augmentez la perfection, vous augmentez l'être; il est donc vrai que ce qui est peu a peu de perfection; ce qui est davantage est plus parfait: cp qui est infiniment est infiniment parfait.
S'il y avait donc un composé infini, il faudrait qu il eût une perfection infinie. Puisqu'il aurait un être infini, il aurait une substance infinie; il aurait une variété infinie de modifications qui seraient toutes de véritables degrés de perfection ; et par conséquent il y aurait dans cet infini inûnimenlNm^ mtivû&cix ^^\.>^^
de véritables perfections. On n'oserait pourtant dire qu'il fût infi« nlment parfait, par la raison que j'ai si souvent retouchée: c'est que ce tout n'est point un ; il ne fait point une unité simple, réelle, à laquelle on puisse donner l'être de toutes les parties pour y accumuler une infinie perfection.
Par là on tombe, en supposant ce tout, dans une absurdité et une con Ira diction manifeste. Il y a des êtres infinis, et par conséquent des perfections infinies ; ce tout n'est pourtant pas infiniment parfait, quoiqu'il contienne un infini de perfections; car un seul être qui sans parties existerait infiniment, serait infiniment plus parfait ; d'où je conclus que ce composé infini est une chimère indigne d'un examen sérieux.
Pour me convaincre encore mieux de ce qui me parait déjà clair, je prends Tassemblage de tous les corps qui me paraissent m'onvironner, et que j'appelle l'univers : je suppose cet univers infini. S'il est infini en être, il doit par conséquent l'être en perfection. Cependant je ne saurais dire qu'une masse infinie, en quelque ordre et arrangement qu'on la mette, puisse jamais être d'une infinie perfection; car cette masse, quoique infinie, qui compose tant de globes, de terres et de cieux, ne se connaît point elle-même : je ne puis m'empécher de croire que ce qui se connaît soi-même et qui pense, est d'une perfection supérieure.
Je ne veux point examiner ici si la matière pense, et je suppo* serai même, tant qu'on le voudra, que la matière peut penser; mais enfin la masse infinie de l'univers ne pense pas, et il n'y a que las corps organisés des animaux auxquels on peut vouloir attribuer la pensée. Qu'on le prétende donc tant qu'on voudra, cela ne peut pas m'empécher de reconnaître manifestement que cette portion de l'être qu'on appellera esprit ou matière, comme 'on voudra, que cette portion, dis-je, de l'être qui pense et qui se connaît, a plus de perfection que la masse infinie et inanimée du reste de l'univers. Voilà donc quelque chose qu'il faut mettre audessus de l'infini.
Mais passons maintenant à cette portion de l'être pensant qui
est supérieure au reste de l'univers. Supposons, pour pousser à
bout h difficulté, un nombt^ \w^w\ ^^\.x^%'^\ts«si\&\ V^>3j;a^ nos
difficultés reviennent toujours : un de ces êtres n'est point l'autre; on peut en concevoir un de moins sans détruire tout le reste ; et par là on détruit l'infini. Étrange inGni, que le retranchement d'une seule unité rend fini 1 Ces êtres pensants sont tous trèsimparfaits; ils ignorent, ils doutent, ils se contredisent; ils pourraient avoir plus de perfection qu'ils n'en ont; et réellement ils croissent en perfection, lorsqu'ils sortent de quelque ignorance, ou qu'ils se tirent de quelque erreur, ou qu'ils deviennent plus sincères et mieux intentionnés pour se conformer à la raison. Quel est donc cet infini en perfections, qui est plein d'imperfections manifestes? Quel est cet infini si fini par tous les côtés, qui croît et qui décroît sensiblement ?
Je vois donc bien qu'il me faut un autre infini pour remplir cette haute idée qui est en moi. Rien ne peut m'arrôler qu'un infini simple et indivisible, immuable et sans aucune modification, en un mot, un infini qui soit un, et qui soit toujours le même. Ce qui n'est pas réellement et parfaitement immuable n'est pas un ; car il est tantôt une chose, tantôt une autre ; ainsi ce n'est pas un môme être, mais plusieurs êtres successifs. Ce qui n'est pas souverainement un n'existe point souverainement : tout ce qui est divisible n'est point le vrai et réel être; ce n'est qu'une composition et un rapport de divers êtres, et non pas un être réel qu'on puisse désigner.
Ce n'est pas encore la réalité qu'on cherche et qu'on veut trouver seule : on n'arrive à la réalité de l'être que quand on parvient à la véritable unité de quelque être; ce qui existe souverainement doit être un, et être même la souveraine unité. Il en est de l'unité comme de la bonté et de l'être; ces trois choses n'en font qu'une : ce qui existe moins est moins bon et moins un; ce qui existe davantage est davantage bon et un ; ce qui existe sourainement est souverainement bon et un. Donc un composé n'est point souverainement, et il faut chercher dans la parfaite simplicité l'être souverain.
Je vous avais donc jperdu de vue pour un peu de temps, ô mon trésor 1 ô Unité infinie qui surpassez toutes les multitudes 1 je vous avais perdu, et c'était pis que me perdre moi-même 1 Mais je vous retrouve J yec plus d'évidence que jamais. Un nuage avait cou-
vert mes faibles yeux pour un momeat ; mais vos rayons, ô Yérilé élernelle , ont percé ce nuage. Non, rien ne peut remplir mon idée que vous, ô Unité qui êtes tout, et devant qui tous les nonw bres accumulés ne feeront Jamais tien 1 Je vous revois^ et vous me remplissez. Tous les faux infinis mis en votre place me laissent vide. Je chanterai éternellement au fond de mon cœur: Qw est semblable à vous ?