‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 75 sur 81 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Simplicité de Dieu.

Je conçois clairement par toutes les réflexions que j'ai déjà faites, que le premier être est souverainement un et simple; d'où il faut conclure que toutes ses perfections n'en font qu'une, et que, si je les multiplie, c'est par la faiblesse de mon esprit qui, ne pouvant d'une seule vue embrasser le tout qui est infini et parfaitement un, le multiplie pour se soulager, et le divise en autant de parties qu'il a de rapports à diverses choses hors de lui. Ainsi je me représente en lui autant de degrés d'être qu'il en a communiqué aux créatures qu'il a produites, et une infinilé qui correspondent aux créatures plus parfaites, en rejusqu'à Vinûm, qu\\ ^o\ttm\.\M«c ^\3i\ifeMiX.

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Tout de même je me représente cet être unique par diverses faces, pour ainsi dire, suivant les divers rapports qu'il a à ses ouvrages : c'est ce qu'on nomme perfections ou attributs. Je donne à la même chose divers noms, suivant ses divers rapports extérieurs; mais je ne prétends point par ces divers noms expri« mer des choses réellement diverses.

Dieu est infiniment intelligent, infiniment puissant, infiniment bon : son intelligence, sa volonté, sa bonté, sa puissance, ne sont qu'une même chose. Ce qui pense en lui, est ia même chose qui veut; ce qui agit, ce qui peut et qui fait tout, est précisément la même chose qui pense et qui veut; ce qui prépare, ce qui arrange et qui conserve tout, est la môme chose qui détruit; ce qui punit est la même chose qui pardonne et qui redresse; en un mot, en lui tout est d'une suprême unité.

II est vrai que, malgré cette unité suprême, j'ai un fondement de distinguer ces perfections et de les considérer l'une sans l'autre, quoique l'une soit l'autre réellement. C'est qu'en lui, comme je l'ai remarqué, Tunité est équivalente et infiniment supérieure à la multitude. Ainsi je distingue ses perfections, non pour œe représenter jju'elles ont quelque ombre de distinction entre elles, mais pour les considérer par rapport à cette multitude de choses créées que l'unité souveraine surpasse infiniment. Cette distinction des perfections divines, que j'admets en considérant Dieu, n'est donc rien de vrai en lui ; et je n'aurais aucune idée de lui, dès que je cesserais de le croire souverainement un. Mais c'est un ordre et une méthode que je 'mets par nécessité dans les opérations bornées et successives de mon esprit, pour me faire des espèces d'entrepôts dans ce travail, et pour contempler l'infini à diverses reprises, en le regardant par rapport aux diverses choses qu'il fait hors de lui.

Il ne faut point s'étonner que, quand je contemple la Divinité, mon opération ne puisse point être aussi une que mon objet. Mon objet est infini et infiniment un ; mon esprit et mon opération ne Bontni infinis, ni infiniment uns ; au contraire, ils sont infiniment bornés et multipliés.

unité infinie I je vous entrevois; mais c'est toujours en me muHiplianL Universelle ei indivisible \ènlé\ cfe Tk«5^.^'^^'s<^^»l

que je divise; car vous demeurez toujours une et tout entière, et je croirais faire un blasphème que de croire en vous quelque composition. Mais c'est moi, ombre de l'unité, qui ne suis jamais entièrement un. Non, je ne suis qu'un amas et un tissu de pensées successives et imparfaites. La distinction qui ne peut se trouver dans vos perfections se trouve réellement dans mes pensées, qui tendent vers vous, et dont aucune ne peut atteindre jusqu'à la suprême unité. Il faudrait être un autant que vous, pour vous voir d'un seul regard indivisible dans votre unité infinie.

multiplicité créée, que tu es pauvre dans ton abondance apparente! Tout nombre est bientôt épuisé; toute composition a des bornes étroites; tout ce qui est plus d'un, est infiniment moins qu'un. Il n'y a que l'unité; elle seule est tout, et après elle il n'y a plus rien. Tout le reste paraît exister, et on ne sait précisément où il existe, ni quand il existe. En divisant toujours, on chercb» toujours l'être qui est l'unité, et on le cherche sans le trouver jamais. La composition n'est qu'une représentation et une image trompeuse de l'être. C'est un je ne sais quoi qui fond dans mes mains, dès que je le presse. Lorsque j'y pense le moins, il se présente à moi, je n'en puis douter; je le tiens; je dis : Le voilà. Yeux-je le saisir encore de plus près et l'approfondir? Je ne sais plus ce qu'il devient ; et je ne puis me prouver à moi-même que ce que je tiens a quelque chose de certain, de précis et de consistant. Ce qui est réel n'est point plusieurs; il est singulier, et n'est qu'une seule chose. Ce qui est vrai et réel doit sans doute être préciééincnt soi-même, et rien au delà. Mais où trouveronsnous cet être réel et précis de chaque chose, qui la distingue de toute autre? Pour y parvenir, il faut arriver jusqu'à la réelle et véritable unité. Cette unité, où est-elle? Par conséquent où sera donc l'être et la réalité des choses?

Dieu ! il n'y a que vous. Moi-même, je ne suis point : je n{ puis me trouver dans cette multitude de pensées successives, qdi sont tout ce que je puis trouver de moi. L'unité, qui est la vérité même, se trouve si peu en moi, que je ne puis concevoir l'unité suprême qu'en la divisant et en la multipliant, comme je suis iDoi-mérae mullipUô. k force d'èlTe\>\m\'ev«%\»^\ssfe^'î.^ ^^\î&.\\îk>s,

n'est point l'autre, je ne suis plus rien, et je ne puis pas môme voir d'une seule vue celui qui est un, parce qu'il est un, et que je ne le suis pas. Oh I qui me tirera des nombres, des compositions et des successions, qui sentent si fort le néant? Plus on multiplie les nombres, plus on s'éloigne de l'être précis et réel qui n'est que dans l'unité.

Les compositions ne sont que des assemblages de bornes; tout y porte le caractère du néant; c'est un je ne sais quoi qui n'a aucune consistance, qui échappe de plus, en plus à mesure que l'on s'y enfonce et qu'on y veut regarder de plus près. Ce sont des nombres magnifiques, et qui semblent promettre les unités qui les composent ; mais ces unités ne se trouvent point. Plus on presse pour les saisir, plus elles s'évanouissent. La multitude augmente toujours, et les unités, seuls véritables fondements de la multitude, semblent fuir et se jouer de notre recherche. Les nombres successifs s'enfuient aussi toujours : celui dont nous parlons, pendant que nous en parlons, n'est déjà plus : celui qui le touche, à peine est-il, et il finit * trouvez-le, si vous pouvez : le chercher, c'est l'avoir déjà perdu. L'autre qui vient, n'est pas encore : il sera ; mais il n'est rien ; etil fera néanmoins un tout avec les autres qui ne sont plus rien. Quel assemblage de ce qui n'est plus, de ce qui cesse actuellement d'être, et de ce qui n'est pas encore! C'est pourtant cette multitude de néants qui est ce que j'appelle moi : elle contemple l'être ; elle le divise pour le contempler; et en le divisant elle confesse que la multitude ne peut contempler l'un-ité indivisible.

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