X ESSAI
inconcevable froideur. Fénelon soumet son livre au jugement du saint-siége. Bossuet avait déjà composé des remarques , où la plus amère et la plus véhémente censure était entourée de toutes les expressions du regret et de Tamitié. Il proposait en même temps une conférence, à laquelle Fénelon se refusa, préférant défendre son livre au tribunal de Rome. Ce fut alors qu'il reçut l'ordre de quitter la cour, et de se retirer dans son diocèse. Cette nouvelle excita dans l'âme du duc de Bourgogne une douleur qui fait l'éloge de l'éducation de ce jeune prince. La cabale avait voulu profiter de la chute de Fénelon pour renverser le duc de Beauvilliers ; il fut sauvé à force de vertu ; et son dévouement même à la cause d'un ami malheureux intéressa la générosité de Louis XIV.
Malgré la volonté manifeste de ce prince, la cour de Rome hésitait à condamner un archevêque aussi illustre que Fénelon. Cette lenteur et cette répugnance, qui honorent le pape Innocent VIII, donnèrent carrière au talent de l'accusateur et de l'accusé; et, pendant que les juges balançaient, les écrits des deux adversaires se succédèrent avec une prodigieuse rapidité. La lutte changea d'objet. Après avoir épuisé le dogme, Bossuet se rejeta sur les faits, et la relation du quiélisme, spirituellement et malignement écrite, semblait destinée à porter jusqu'à Fénelon une partie du ridicule inséparable de Mme Guyon. L'abbé Bossuet, indigne neveu de Bossuet, étendait encore plus loin les inculpations personnelles ; et, recueillant les plus odieuses rumeurs, il cherchait à flétrir la pureté de Fénelon. Jamais l'indignation d'une âme vertueuse et calomniée ne se montra p\us è\oq]a^tvX^.1Sfe'CiA^\i,^^\kSk\ijùfe
SUR FENELON. XI
apologie 9 fit disparaître ces viles accusations ; et il fallut de nouvelles lettres de Louis XIV, rédigées par Bossuet, de nouvelles intrigues, et jusqu'à des menaces, pour arracher à la cour de Rome une condamnation, qui même fut adoucie dans la forme et dans les expressions. L'intérêt de cette controverse, si étrangère aux idées de notre siècle, est parfaitement conservé dans P excellente histoire de Fénelon par M. de Bausset; et c'est là qu'on trouvera le tableau animé de la cour de Rome et de la cour de France, qui s'intéressèrent vivement à cette question frivole, agrandie par les opinions du temps et par le prodigieux talent des deux rivaux.
La longue et glorieuse résistance de l'archevêque de Cambrai avait encore aigri les ressentiments de Louis XIY ; et l'hésitation du pape à condamner Fénelon rendait sa disgrâce de cour plus irrévocable. Lorsque le bref si longtemps différé , obtenu par tant de discussions et d'intrigues, eut enfin paru, Fénelon se hâta d'y souscrire ^ et de se condamner lui-même par le mandement le plus touchant et le plus simple, dans lequel Bossuet ne manqua point de trouver beaucoup de faste et d'ambiguïté. La sou** mission modeste de Fénelon, son silence , ses vertus épiscopales, et l'admiration qu'elles inspiraient, ne lui auraient pas sans doute rouvert l'entrée de la cour de Louis XIV; mais un événement inattendu vint irriter plus que jamais le cœur du monarque.
Le TélémaqVfe^ composé quelques années auparavant, à l'époque de la faveur de Fénelon, fut publié, quelques mois après l'affaire du guiétisme, nar Vin&dëUNè à^MJi ^q\£l^^\w-^