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que, chargé de transcrire le manuscrit. L'ouvrage, supprimé en France, fut reproduit par les presses de la Hollande, et obtint dans toute TEurope un succès que la malignité rendait injurieux pour Louis XÏV, en y cherchant des allusions aux conquêtes et aux malheurs de son règne. Ce prince, qui avait toujours médiocrement goûté les idées politiques de Fénelon, et le nommait depuis longtemps un bel esprit chimérique, regarda l'auteur du Télémaqvs comme un détracteur de sa gloire, qui joignait le tort de l'ingratitude aux injustices de la satire. Fénelon mourant protesta de son respect pour la personne et pour les vertus de Louis XIV. Ce témoignage formel, comparé au jugement sévère que Fénelon énonçait dans la lettre dont nous avons déjà parlé, ne permet qu'une seule explication qui ménage sa gloire et la vérité. Cet homme sensible et vertueux , préoccupé des malheurs qui se mêlaient k l'éclat du règne de Louis XIV, transportait involontairement dans un ouvrage d'imagination quelques traits du tableau qu'il avait sous les yeux, et qui souvent affligeait son âme. Comment aurait-il pu s'en défendre? Comment parler des peuples et des rois sans présenter des allusions aux contemporains ? Le cercle des calamités et des fautes humaines est plus borné qu'on ne le croit. Il y aura des vices, tant qu'il y aura des hommes, dit Tacite; et tant qu'il y aura des vices, l'histoire des temps passés paraîtra la satire du siècle présent. Le Télémaque ofiTre sans doute quelques réflexions que l'on peut détourner contre Louis XIV ; mais c'est une absurde injustice de chercher dans cet ouvrage la censure allégorique et méditée de ce grand roi. Il était même impossible d'avoir mieux combiné tous les détails pour déconcer-
SUR FÉNELON. xm
ter les allusions et pour échapper autant que possible à rinévitable fatalité des ressemblances. Nous croyons que cette précaution généreuse occupait encore Fénelon écri« vant pour le bonheur des peuples , et qu'elle lui fit chercher cette conception poétique, ces mœurs primitives, ces sociétés antiques, si éloignées du tableau de TEurope moderne. Pourquoi, d'ailleurs, aurait-il voulu peindre Louis XIY sous les traits de l'imprudent Idomenée, ou du sacrilège Adraste, plutôt que sous l'image du sage et victorieux Sésostris? Mais non; ces diverses images sont les jeux d'une imagination qui cherche k multiplier d'intéressants contrastes : aucune en particulier n'est le portrait satirique du grand roi dont le règne a formé la plus belle époque morale de l'Europe moderne. Fénelon apprit bientôt l'ineffaçable impression que le Télémaque avait faite dans le cœur du roi ; il parut se résigner à son éloignement de la cour, qu'il eut quelquefois la faiblesse d'appeler sa disgrâce, comme si le séjour prolongé d'un archevêque au milieu du troupeau qu'il éclaire et qu'il sanctifie, pouvait jamais rappeler une idée d'humiliation et de malheur. Au reste, si Fénelon se ressouvenait quelquefois avec amertume de la cour de Louis XIV, il dut se consoler par le bonheur qu'il répandait autour de lui dans sa retraite de Cambrai. La sainteté des anciens évoques, la sévérité de la primitive Église, la douceur de la plus indulgente vertu, le charme de la plus séduisante politesse, l'empressement à remplir les devoirs les plus humbles du saint ministère, une infatigable bonté, une inépuisable charité, voilà sous quels traits Fénelon est dépeint par un éloçiu^nt et vertueux évéque
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qui avait le droit de s'arrêter longtemps sur cette image. Le premier soin de Fénelon était d'instruire les clercs d'un séminaire qu'il avait fondé. H ne dédaignait pas même de faire le catéchisme aux enfants de son diocèse. Comme les évéques des anciens jours, il montait souvent dans la chaire de son église, et, se livrant à son cœur et à sa foi, il parlait sans préparation, et répandait tous les trésors de son facile génie.
Une occasion imprévue lui permit de développer avec plus de travail son éloquence naturelle. Le sermon qu'il prononça dans la cathédrale de Lille, pour le sacre de l'archevêque de Cologne, est un des morceaux les plus touchants et les plus parfaits de l'éloquence chrétienne. Les malheurs de la guerre, qui punirent enfin la longue gloire de Louis XIV, avaient amené les troupes ennemies dans le diocèse de Fénelon : ce fut pour le saint évêque l'occasion d'efforts et de sacrifices nouveaux. Sa sagesse, sa fermeté, la noblesse de son langage inspiraient aux généraux ennemis un respect salutaire aux malheureuses provinces de la Flandre. Eugène était digne d'entendre la voix du grand homme, dont il connaissait le génie.
Parmi tant de soins et de travaux, Fénelon entretenait une correspondance très-étendue avec les ecclésiastiques qui le consultaient, avec ses amis et ses parents. On y reconnaît toujours ce génie heureux et facile, auquel toutes les idées sages et nobles venaient naturellement sur tous les sujets. Plusieurs de ses lettres renferment tous les secrets de la science du monde, analysés avec la finesse d'un homme de cour, et exprimés dans le