CHAPITRE I
NÉCESSITÉ DR l/ EXPLORATION SYSTEMATIQUE DR l'aBDOMRN
Glénard et l'exploration systématique do l'abdomen. — La palpation du ventre doit être pratiquée chez tous les malades, et non pas seulement chez les dyspeptiques proprement dits. — Elle nous montre que la plupart des maladies chroniques sont préparées et influencées parles troubles delà fonction digestive. — Elle est indispensable à la période fonctionnelle des maladies chroniques. — Elle nous donne la clé de la physiologie pathologique du tube digestif.
Il y a près de quinze années, Glénard préconisait L'exploration systématique de l'abdomen, et cette méthode donnait, entre ses mains, un premier faisceau de faits intéressants qui laissaient entrevoir et espérer toute une série de recherches sur la physiologie pathologique du tube digestif. Combien nous devons regretter que rot auteur, dans l'espérance d'élargir son horizon, le rétrécissant en réalité, ait cru devoir abandonner le théâtre de ses premiers travaux, le tractus gastro-intestinal et diriger toute son activité, toutes ses qualités d'observateurctdeclinicicn, du côté delaglande hépatique ! Le procédé d'examen pour lequel il combat toujours avec tant d'énergie et de conviction, n'a cependant pas encore conquis la faveur du public médical. En dehors de certains cas déterminés, dans lesquels on a lieu de soupçonner une tumeur, une ascite, une grosse lésion viscérale, il est rare que l'on songe à palper le ventre. Cela est si vrai, l'exploration de l'abdomen est si peu entrée dans les habitudes médicales (pic les malades, pour-la plupart, ne connaissent et n'estiment d'autre examen que celui de la poihine; pour eux, nos senls moyens d'investigation, les seuls
nécessaires tout au .moins, se résument presque exclusivement
2 KXI'l.OltATluN hKS olwJANKs DIGESTIFS
dans L'auscultation du cœur cl du poumon. Vous venez de terminer l'interrogatoire d'un dyspeptique, vous le prévenez que vous allez procéder à l'examen objectif j neuf fois sur dix, il ne voit lâ qu'une invitation tacite el toute naturelleà dégrafer sa cravateel à entr'ouvrir le plastron de sa chemise. Nous en avons vu manifester la plus profonde stupéfaction devant noire insistance à les faire étendre sur une chaise longue pour leur palper le ventre; ils avaient consulté un certain nombre de fois ; jamais on ne leur avait imposé un semblable cérémonial.
La palpation dos reins et du foie a fait presque exlusivenieht jusqu'ici les frais des recherches des observateurs; la palpation du tube digestif, qui remplit à lui seul la presque totalité de la cavité du ventre, semble avoir été systématiquement mise de côté. À la vérité, les travaux de Glénard sur l'anatomie physiologique de l'appareil gastro-intestinal, sur le mécanisme du déplacement de ses divers segments, sur les procédés applicables à la recherche du colon, sur certaines formes anato'miques du gros intestin dont il fait la caractéristique de l'entéroptose, constituent un ensemble de faits déjà considérable et de la plus haute valeur. Nous avons pu néanmoins nous convaincre, et le lecteur pourra bientôt se convaincre lui-même, que l'abdomen est une source de renseignements extrêmement nombreux et que la palpation du tube digestif est un sujetqui, loin d'être épuisé, a été à peine effleuré. Les variations de forme et de volume du ventre, les sensations infiniment variées par lesquelles le tact nous traduit les troubles fonctionnels dont le tube digestif esl le siège, les aspects objectifs multiples du colon qui viennent, concurremment avec les modifications de la sonorité abdominale, affirmer les changements incessants delà tension, de la consistance, de la forme, de la tonicité en un mol, du tractus gastro-intestinal, ce sont là autant de faits nouveaux, inconnus, dont nous voulons prouver la réalité el l'importance. Nulle part on ne trouve l'énumération des états anatomiques si divers sous lesquels peu! se présenter le tube di-
nkcicssitk l>K l'exploration systématique
gestif et que la palpation de l'abdomen met en évidence ; personne n'a jamais montré la signification réelle de ces signes objectifs variéset leurs rapports, non pas avec telle on telle entité morbide pins ou moins discutable, niais bien avec L'état de la fonction digestive elle-même.
Il semble superflu de recommander l'examen manuel du tube digestif dans tous les cas où les troubles de la digestion sont mainfestes et où l'on a affaire à des dyspeptiques avérés. Cependant, même en pareille circonstance, l'exploration de l'abdomen, telle que la pratique le plus grand nombre des médecins, est toujours superficielle et incomplète, car elle reste généralement limitée à la cavité gastrique ; jamais on ne s'occupe de l'intestin et de la tension abdominale. La palpation de l'estomac lui-même, depuis que l'analyse des sécrétions gastriques jouit delà faveur des cliniciens, semble de plus en plus considérée comme accessoire et reste reléguée au second plan. La palpation du tube digestif, estomac et intestin, s'impose formellement ; tant que l'on se bornera à l'étude isoléede l'un dessegments de l'appareil gastro-intestinal, tant que l'on n'envisagera pas la fonction digestive dans son ensemble et que l'on négligera l'exploration systématique du ventre, seule capable de nous mettreen rapportimmédiatavec les organes chargésde remplircetle fonction, le dyspeptique restera une énigme indéchiffrable! Quant à la palpation du foie, Glénardesl seul à la pratiquer systématiquement, et c'estun de ses mérites ; mais nous estimons qu'elle ne peut nous fournir que desrenseignements de valeur secondaire. Lorsque la digestion n'est plus directement en cause, on ne songe plus du tout à noter l'état objectif des voies digestives ; A peine une allusion discrète aux fonctions de l'intestin — constipation ou diarrhée — simple formalité du reste, car ce sont là des renseignements donton lient ordinairement peu décompte, et l'idée ne vient pas de s'assurera quelles modifications, objectives de l'intestin correspondent les troubles fonctionnels... Que diraiton d'un médecin qui négligerai! l'auscultation du cœur chez un
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malade qui se plaint de palpitations? Il en résulte que les observations prises dans dépareilles conditions sont forcément incomplètes, car on laisse de côté un vaste appareil qui ne le cède à aucun autre par l'importance de ses fonctions ; que l'on ignore, par conséquent, l'influence possible et souvent réelle des troubles digestifs sur la genèse et la marche de la maladie, et que toutes les considérations auxquelles on peut dès lors se livrer, soit au point de vue pathogénique, soit au point de vue du traitement, sont par cela même entachées de causes d'erreur nombreuses.
L'exploration manuelle desorganes digestifs est doue aussi nécessaire, aussi impérieuse, à priori, que l'auscultation du cœur ou du poumon, et que l'examen des m ines ; elle doit marcher de pair avec toutes les méthodes d'investigation auxquelles la clinique a habituellement recours; elle doit être pratiquée d'une façon systématique, non seulement chez les sujets qui se plaignent de troubles digestifs, mais chez tous les malades, quels qu'ils soient, qui se présentent à l'observation du médecin. ( l'est même lorsque lasymptomatologie gastro-intestinale est silencieuse que la palpation du ventre offre le plus d'intérêt, et les cas où l'on est porté à la négliger sont précisément ceuxoù elle triomphe et où elle est appelée à rendre les plus grands services.
C'est ainsi que l'exploration de l'abdomen nous apprendra non seulement que les troubles digestifs exercent une influence sur la marche et la gravité de la plupart des maladies chroniques, même de celles qui sont le reliquat des infections, mais encore qu'un certain nombre d'affections viscérales sont précédées et préparées par une longue phase de troubles localisés à l'appareil digestif. Déplus, la palpation nous affermira dans celle conviction que très souvent la maladie chronique est fonctionnelle avant d'être organique; que la période des troubles fonctionnels est la plu» intéressante, et que c'est seulement au cours de cette période, d'une durée souvent fort longue, que nous pouvons rendre à nos maladesdes services réels et efficaces : lorsque l'intérêl del'anatomo-