‹ Traite de l'exploration manuelle des organes digestifsChapitre 3 sur 16 · NÉCESSITÉ IIR (.'EXPLORATION SYSTÉMATIQUE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ IIR (.'EXPLORATION SYSTÉMATIQUE

pàthôlogiste commence à s'éveiller, le rôle du médecin esl bien près de Unir. Enfin, c'est la palpation du ventre qui nous fournira la preuve que les troubles fonctionnels des différents viscères sonl bien créés et entretenus par les désordres de la fonction digestive ; c'est grâce à la palpation du ventre que cette notion capitale, entrevue par un grand nombre de cliniciens de la plus haute valeur, cesse d'être un simple concept théorique, pour devenir une A érité de fait.

Cette phase des troubles fonctionnels, la clinique hospitalière nous la montre rarement, car les malades ne se présentent et on ne les reçoit généralement à l'hôpital qu'à la période des lésions organiques confirmées. Ceci nous explique que le jeune médecin, au début de sa pratique, ne reconnaisse plus le terrain solide sur lequel il avaitopéré pendant le cours de ses études. C'est dumoins l'impression que j'ai éprouvée moi-même. Je n'avais plus seulement à faire à des albuminuriques ou à des cardiaques, à des cirrhotiques ou à des cancéreux, mais fréquemment à des malades dont les malaises me déconcertaient par leur étrangeté ou leur incohérence. En vain je faisais appel à mes souvenirs classiques ; la lumière ne jaillissait de nulle part. J'en étais arrivé à redouter l'heure de la consultation ;parfois, en écoutant le récit du malade, je me demandais, profondément troublé, si je me tirerais à mon honneur d'une tâche que je jugeais bien difficile, et mon anxiété était d'autant plus grande que je me trouvais en présence d'un individu d'une culture intellectuelle plus élevée et par cela même moins décidé à se payer de consolations banales ou de phrases creuses. Aujourd'hui, avec l'appui de l'exploration abdominale, nous avons plus deconfiance en nous-même, et les circonstances devienneri1 moins fréquentes où, dans le domaine médical proprement dit, quiestle nôtre, nous ne pouvons arriver à nous faire de nos malades une idée suffisante pour nous satisfaire l'esprit et nous inspirer la conduite à suivre.

C'est pendanl la période des troubles fonctionnels qu'il impor-

lerail le plus d'être fixé surla nature réelledes malalises que présente le malade et c'est alors cependant que l'incertitude est le plus grande. C'esl pendant celle période que le patienl erre de médecin en médecin, souvenl incompris, parfois rebuté, rapportanl mélancoliquement après chaque' nouvel le consultation, avec une vague ordonnance, un nouveau diagnostic aussi chancelanl que les précédents ; jusqu'au jour où l'apparition d'une grosse lésion viscérale fait cesser l'incertitude et met tons les consultants d'accord. Quant aux troubles morbides qui caractérisenl celle période, leur multiplicité, leur incohérence, leur allure indécise, sont bien faites pour déconcerter et décourager le médecin. Ce sont, par exemple, des douleurs abdominales que l'on essaye de rattacher à l'utérus et pour lesquelles le gynécologiste est vainement consulté; parfois, de véritables accidents utérins (hémorrhagies, etc.) dont l'origine reste obscure et qu'un traitement spécial ne peu! faire disparaître. Ce sont, d'autres fois, des douleurs lombaires ou interscapulaires, des névralgies intercostales, que l'on qualifie de rhumatismales et qui, au grand étonnement des naïfs, résistent au salicylate de soude ; des points sur le cœur, des palpitations épigas triques, qui font penser à une affection cardiaque et que l'on ne craint pas de traiter par la digitale ; des douleurs dans rhvpocondre droit que l'on considère comme des coliques hépatiques frustes. Ce sont, dans d autres circonstances, des malaises plus vagues encore, sans localisation bien nette, (pu1 l'on attribue légèrement à une soi-disanl neurasthénie ou à l'hystérie : accès de lièvre rebelles au sulfate de quinine, insomnie avec cauchemars, crises nerveuses d'allure bizarre, sensations déboule ou d'étouffement remontant de l'épigastre vers le cou, sensations de constriction delà gorge, de corps étrangers des voix digestives supérieures, faiblesse générale, tristesse, hypocondrie, etc., etc. La palpation abdominale facilite l'interprétation de toute cette phénoménologie, incompréhensible pour tant de praticiens; elle nous en montre l'origine réelle

nécessité riF. l'exploration SYSTÉMATIQUE T

flans les désordres de la fonction digestive, et, ce qui est mieux encore, «'Ht- nous fournil les indications <lu traitement qui amènera le soulagemenl el souvent la guérison du malade.

Nous avons prononcé lout à l'heure le mot de neurasthénie. C'est bien à propos de cette pseudo entité-morbide, à laquelle tant de Bons esprits se sont refusé et se refusent encorede croire, que la nécessité et l'intérêt de la palpation abdominale éclateni avec le plus d'évidence. Quelle que soit la forme de neurasthénie à laquelle nous ayons à faire, qu'il s'agisse d'un pseudo-état neurasthénique, de la neurasthénie vraie oubien encorede la neurasthénie héréditaire de Charcot, il est un fait certain, c'est quel'on trouve toujours du côté de l'abdomen des signes objectifs positifs, dont l'existence est antérieure à l'apparition des troubles nerveux. La tare nerveuse ne crée pas la maladie; elle ne fait qu'en exagérer les manifestations.

L'exploration de l'abdomen nous montre enfin la part prépondérante qui revient aux troubles mécaniques de l'appareil gastro-intestinal dans la symptomatologie des maladies de la digestion. Si l'importance réelle de ces troubles d'ordre mécanique est encore méconnue, c'est que l'intérêt des savants, trop enclins à demander aux seuls travaux de laboratoire la solution des problèmes biologiques, s'est concentré tout entier sur l'étude des phénomènes chimiques dont la cavité gastrique est le siège ; il semble quel'on veuille enlever, de haute lutte, l'interprétation des faits complexes, alors que la nature et la signification des faits simples, dont la connaissance peut seule conduire à la découverte de la vérité, restent encore ignorées de tous. On examine très minutieusement le suc gastrique du dyspeptique, très superficiellement le dyspeptique lui-même; on veut connaître, heure parhéure, toutes les modifications subies par la valeur 11, et l'on passe à cùlé de signes grossiers tels que la stase cœcale on l'hypotension de l'abdomen, sans les voir ou sansen apprécier la valeur, 'foule cette chimie indigeste el obscure esl lettre morte pour le simple praticien qui

oscille indécis entre les alcalins et les acides, el finalemenl reste en présence de la triste réalité: le malade pour lequel il ne peul presque rien el qu'il se sent si souvent incapable de soulager. < l'es! à ce praticien, aux prises avec les difficultés de notre profession, que nous nous adressons. Il a entre les mains un procédé d'investigation capable de lui rendre les plus grands services, e1 en même temps très simple, l'exploration systématique de l'abdomen qu'il devra pratiquer non seulement chez les dyspeptiques, mais chez tous les malades qui se confieront à lui. Elle lui fournira tous les éléments propres à lui permettre de résoudre luimême, sans le secours des chimistes, le problème intéressanl de la nature et du traitement de la dyspepsie. Il trouvera dansl'examen méthodique des organes de la digestion l'explication d'un certain nombre de phénomènes obscurs; il apprendra à connaître la nature d'une série de manifestations morbides, dont l'origine est généralement méconnue, et partant le traitement incertain : il aura conscience qu'il remplit un rôle réellement utile dans des circonstances où naguère encore il avouait son impuissance; il aura parfois la satisfaction de réconcilier avec la médecine ces malades découragés, qui n'ont trouvé nulle part ni soulagement ni consolation, à qui notre art n'inspire plus ni confiance, ni estime, et qui vont répétant à qui veut bien les écouter cet aveu pénible pour notre amour-propre: « Je ne me suis mieux porté que du jour où j'ai cessé de consulter, où je me suis soigné moi-même. »

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