‹ Traite de l'exploration manuelle des organes digestifsChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Intérêt que présente l'étude de la forme du ventre. Deux types : ventres forts ou gros ventres ; ventres faibles.

lo Gros ventres. — I. Relations du gros ventre et de l'obésité. — II. Evolution générale du gros ventre ; deux phases : phase de compensation et phase de déchéance. — III. Incidents de l'évolution du gros ventre ; compensation intermittente. — IV. Description objective des gros ventres : ventre saillant ou en tonneau (phase de compensation) ; ventre tombant ou en besace (phase de déchéance). — V. Le" gros ventre chez la femme; relations générales de l'utérus et de l'appareil digestif. Deux formes cliniques : début précoce et évolution rapide, début tardif et évolution lente. Le gros ventre des femmes débiles est un gros ventre de déchéance. — VI. Le gros ventre des nourrissons.

2" Ventres faibles. — I. Définition. La phase de compensation avorte ; phase de déchéance ou affaissement du ventre. L'affaissement du ventre chez le Faible a une signification moins grave que chez le Fort. — II. Variations de volume des ventres faibles ; le ballonnement.

La diversité des aspects sous lesquels se présente le ventre des dyspeptiques, les modifications de forme et de volume qu'il subit dans le cours de l'évolution de la maladie sont des phénomènes auxquels on a jusqu'ici accordé peu d'attention. On s'explique difficilement cette indifférence.

Deux malades se présentent à notre observation : ventre étalé ou creux chez l'un, ventre arrondi et saillant chez l'autre. Entre ces deux ventres, ventre en cuvette et ventre en tonneau, le contraste est réellement trop saisissant pour qu'un esprit curieux se contente d'y voir un simple jeu de la nature, un fait banal et sans portée physiologique ou clinique intéressante. Est-il donc bien téméraire de supposer qu'il y a dans celte simple constatation de l'inégalité de forme et de volume de l'abdomen un ensei-

gaemenl quelconque à recueillir? o'est-il pas légitime de penser que te tube digestif ne saurait revêtir, dans les deux- cas, le même aspect anatoaaaique, que dans le ventre plat nous avons un tube digestif affaissé ois rétracté, dans l'abdomen globuleux un tube digestif distendu ou dilaté? N'est-on pas autorisé à affirmer que, dans ces deux ventres, d'aspect si dissemblable, les conditions qui règlent la péristaltique digestive, l'innervation etla circulation viscérales, ne sauraient être les mêmes ; que, sous ce rapport, ils se séparent également tous les deux des ventres de forme ef de tension normales, et qu'à deux formes cliniques si nettement tranchées correspondent des indications spéciales pour l'hygiène alimentaire ou générale? Ce ne sont pas là, certes, des hypothèses bien subversives; la pratique de la palpation nous montrera que ce ne sont même plus des hypothèses, que ce sont des faits réels, faciles à vérifier.

Si, d'autre part, nous envisageons la variabilité de volume que peut présenter l'abdomen chez un même sujet pendant le cours de son existence, nous avons à considérer des phénomènes bien vulgaires, il est vrai, mais qu'en raison de leur banalité même personne n'a jamais songé à interpréter. Un malade nous présentait, il y a quelques mois, un ventre saillant, à la hauteur de l'épigastre; nous le voyons aujourd'hui avec un abdomen dont les vestiges lui tombent sur les cuisses. Faut-il voir là simplement de l'amaigrissement? Une semblable métamorphose a-t-elle pu s'accomplir sans s'accompagner de modifications profondes dans la statique des viscères et dans l'état de la tension de la cavité digestive? Ces modifications ne sont-elles pas la cause même qui a présidé à la transformation de l'abdomen, et ne jouent-elles pas un rôle important dans la genèse des troubles fonctionnels graves qui surgissent à cette période de la vie du malade? En un mot, la déchéance de l'individu, satellite de l'effondrement du ventre, n'csl-elle pas la conséquence directe de l'affaissement et de l'épuisement du tube digestif?

On voit combien de problèmes intéressants soulève ce fait banal, l'inégalité de volume du ventre, considérée soit chez deux individus différents, soit chez le même individu, à deux périodes plus ou moins éloignées de son existence: nous avons là un champ d'études inépuisable, aussi vaste qu'inexploré. L'étude de la configuration extérieure de l'abdomen présente chez chaque malade un intérêt particulier; mais si les variétés cliniques sont nombreuses, si elles s'enchevêtrent les unes les autres, il est néanmoins possible de dégager deux types généraux, bien différenciés, autour desquels il sera facile de grouper tous les autres. Nous distinguerons donc, au point de vue de la forme extérieure du ventre, deux catégories de malades :

1° Les uns, de constitution vigoureuse, ont un ventre qui, rapidement ou par poussées successives, a acquis un développement toujours notable, parfois énorme, et qui peut subir des variations de volume souvent très marquées, tout en conservant toujours une ampleur exagérée.

2° Les autres, dont l'organisme est moins résistant, nous offrent un abdomen de volume réduit, peu saillant, souvent même affaissé, s'affaissant dans tous les cas sous l'influence des causes les plus insignifiantes pour recouvrer bientôt son aspect antérieur, présentant, dans d'autres circonstances et au plus haut degré, le phénomène du ballonnement, c'est-à-dire des augmentations rapides et passagères de volume, suivies d'un affaissement non moins rapide et du retour au volume habituel.

Donc, deux types de ventres bien caractéristiques, correspondant à deux catégories de malades bien inconnaissables en clinique. Au premier type convient naturellement la dénomination de gros ventres; on peut également les appeler ventres forts. Nous désignerons les ventres du second type, sous le nom de ventres faibles; si cette dénomination a l'inconvénient de n'éveiller aucune idée morphologique, elle offre du moins l'avantage de bien caractériser cliniquemenl les ventres auxquels elle s'applique.

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