‹ Traite de l'exploration manuelle des organes digestifsChapitre 6 sur 16 · GROS VENTRES · texte numérisé non relu

GROS VENTRES

Les gros ventres n'ont guère été jusqu'ici qu'un sujet d'épîgrammes ; ils ne sauraient toutefois rester indéfiniment le monopole des mauvais plaisants. Eh quoi ! nous nous trouvons chaque jour en présence de gens dont l'abdomen constitue une véritable monstruosité, et l'idée ne nous viendrait pas, à nous médecins, de nous demander la raison de ce phénomène anormal, de chercher ce que signifie ce gros ventre, par quels éléments il est constitué, quelles peuvent bien être les modifications subies par le tube digestif dans cette cavité énorme, quelle influence ces modifications peuvent avoir non seulement sur le travail mécanique de la digestion, mais sur l'état général du malade, sur les diverses fonctions de l'économie ! Voilà bien des problèmes ; ne méritent-ils pas d'éveiller la curiosité et l'intérêt des observateurs ?

« Prendre du ventre » est un phénomène critique dans la vie de l'individu et qui ne laisse pas que d'alarmer celui qui s'en voit menacé. Un peu d'embonpoint ne serait pas pour lui déplaire ; mais il sait qu'entre ce léger bedonnement qui n'est qu'une élégance de plus, aux yeux de quelques-uns, et la ventripotence qui constitue une si désolante infirmité, il n'y a qu'une question de degré. Du reste, la métamorphose d'un ventre de forme normale, c'est-à-dire uniformément et régulièremenl ovoïde, en un ventre saillant et bedonnant ne s'opère pas toujours sans s'accompagner de quelques phénomènes inquiétants. Jusqu'alors rien n'était venu ébranler la confiance qu'inspire une santé florissante ; mais voici qu'en même temps que la vigueur corporelle semble prospérer encore, en même temps que les contours des

membres s'arrondissent, que les méplats s'effacent, que le ventre se développe — signe évident, pour le vulgaire, d'un état de santé enviable — voici que l'apparition de certains malaises vient montrer la fragilité de cet édifice aux dehors si brillants. L'esprit est plus paresseux, le caractère plus morose ; il y a de la torpeur, de la somnolence, de la rougeur de la face après les repas, des renvois, des aigreurs vers les quatre ou cinq heures de l'après-midi. D'autres fois, la sphère digestive semble moins directement intéressée : accablement général, transpiration au moindre effort, maux de reins, rhumes fréquents et sans motifs appréciables, éruptions d'acné au visage qui se plaque vers les pommettes de rougeurs vineuses ; poussées de psoriasis ou d'eczéma, maux de tètes, migraines, etc., etc.

Chez la plupart des malades cette phénoménologie est discrète et ne revêt pas l'allure massive de la description nosologique ; elle n'en constitue pas moins, à des degrés divers, le cortège habituel de tout développement, même modéré, de l'abdomen, et ne nous permet pas de considérer celui-ci comme un phénomène physiologique. De plus, le gros ventre n'est pas, comme on pourrait le supposer, l'expression locale d'un trouble généralisé à tout l'organisme, un incident de l'obésité. C'est, au contraire, clans les troubles de la dynamique digestive, origine du gros ventre, que la clinique nous montre le primum movens de tout ce processus qui, chez quelques malades, aboutit à l'adiposis et aux autres accidents de « l'arthritisme. »

Si l'on consulte les mémoires écrits sur l'obésité, on s'aperçoit qu'un fait y attire et retient surtout l'intérêt des observateurs : le dépôt de la graisse dans les tissus. Le développement du ventre y est incidemment mentionné, et l'on considère, du reste, l'infiltration adipeuse de la paroi ou de la cavité viscérale comme en faisant presque exclusivement les frais. Cependant le premier symptôme apparent de la maladie, le phénomène de début qui frappe particulièrement l'attention et de l'intéressé et de

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son entourage, n'est-il pas ce bedonnemenl insidieux qui s'accroîl lentement de jour en jour, précédant l'engraissement général et le devançant toujours dans sa marche progressive? Lorsque la maladie a atteint son plein épanouissement, alors que l'adiposis a envahi tous les organes et tous les tissus, transformant parfois le malade en une monstrueuse masse de graisse, le phénomène le plus saillant, le plus curieux, n'cst-il pas encore cette « bedaine » énorme qui paraît presque étrangère à l'organisme, déborde de toutes parts, et constitue, du reste, de tous les excédents de tissu dont le malade est chargé, celui dont il souhaite le plus vivement être débarrassé?

Le développement exagéré de l'abdomen précède donc, dans la grande majorité des cas, l'engraissement général : « c'est par le ventre que j'ai commencé à grossir », dit le malade, et l'obésité du ventre reste, daus tous les cas, prédominante, ('.'est là un premier fait important à signaler.

À côté des sujets obèses ou prédisposés à l'obésité, il en est d'autres dont l'embonpoint général n'a rien d'exagéré et qui sont cependant affligés d'un abdomen volumineux derrière lequel ils semblent marcher. Cette forme clinique que l'on observe chez l'homme, est assez commune, après la grossesse, chez certaines femmes dont la maigreur contraste avec la grosseur anormale du ventre; elle n'est même pas une rareté chez celles qui n'ont pas eu d'enfants. On voit des jeunes filles dont l'abdomen proéminent fait le désespoir. Fait curieux, dont nous trouverons plus tard l'explication logique, cette infirmité peut disparaître après un premier accouchement.

Les sujets dont l'abdomen est gros, sans embonpoint général exagéré, et les obèses vrais ne forment donc pas deux catégories de malades nettement séparées. Le gros ventre est, chez eux, le phénomène capital et constitue le lien commun qui les relie cliniquement ; l'infiltration graisseuse des tissus n'esl qu'un accident, une complication favorisée par certains facteurs.

CONFIt'.URA'l'ION ÉXtÉiUEURÏ!

l'Jiérédité, le tempérament, le genre de vie, la profession, etc.

L'accroissement du volume du ventre est du surtout à la distension delà cavité digestive. Ii ne s'agit pas là d'une sorte de dilatation passive par des gaz, mais bien d'un phénomène actif, d'un véritable phénomène de réaction dont le but est de compenser les effets d'un ralentissement des actes mécaniques de la digestion. Quelque soit l'âge du malade, quelle que soit sa constitution, que nous ayons à faire à un nourrisson, à un enfant ou à un adulte, à une jeune fille fragile ou à un jeune homme vigoureux, lorsque, sous l'influence des causes multiples qui engendrent la dyspepsie, la tonicité digestive va se trouve]- au-dessous de sa fâche, la lutte commence, la réaction de défense s'organise. Elle s'organise aux dépens de l'un quelconque des éléments anafomiquesqui entrent dans la constitution du tractus digestif. Nous verrons plus loin qu'il est des compensations d'ordre nerveux, d'autres d'ordre circulatoire; chez les malades que nous étudions en ce moment, c'est la fibre musculaire qui est chargée de faire les frais de la résistance. L'intensité des réactions digestives de toute nature (actes mécaniques, sécréloires et circulatoires; entretient dans la cavité abdominale un éréthisme subconstant, qui aboutit à des phénomènes permanents d'élévation de température intra-abdominalc et de dilatation des gaz, d'où un ballonnement durable. Suivant un processus que nous étudierons plus tard en détail, le tube digestif se dilate et s'hyperfrophie ; le ventre se développe ; il estalors ferme, tendu, saillant; c'est grâce à la suractivité de sa musculature que le tube digestif peut assurer une progression satisfaisante des gaz et du bol alimentaire. Voilà, dans ses grandes lignes, le phénomène primordial. La lutte comméncée, interviennent les diverses conditions de résistance organique

.'Ui EXPLORATION DES ORGANES DIGESTIFS

qui vont accentuer ou modérer l'intensité du phénomène réactionnel, en abréger ou en prolonger la durée.

1° Chez les malades de constitution faible, la phase de résistance vraie est de courte durée, car la tonicité digestive s'épuise rapidement; la dilatation hypertrophique ne s'effectue quedans des limites modérées; le ventre ordinairement s'affaisse sans avoir présenté d'augmentation de volume. Il n'est pas exceptionnel cependant de voir, même chez les Faibles, une période de compensation musculaire plus accentuée : tel d'entre ces malades se présente à nous avec un ventre plat ou creux, qui reconnaît avoir été porteur, à une époque antérieure de son existence, d'un abdomen saillant et tendu. Mais ce sont là des faits exceptionnels. Ces ébauches de compensation musculaire nous mettent en présence de types cliniques intermédiaires aux Faibles dont le ventre s'affaisse rapidement et aux Forts avec ventre volumineux. C'est à ce titre, que nous devions, dans ce chapitre consacré aux gros ventres, dire un mot du gros ventre des Faibles, quoique le développement en soit toujours modéré et,danstous les cas, très passager.

T Si nous avons à faire à un individu de constitution vigoureuse, les phénomènes de compensation, qui, danslc casprécédent, restent à l'état d'ébauche, se poursuivent efficacement pendant des années. Les forces de résistance semblent se développer à mesure que la maladie se prolonge et s'aggrave: le ventre, d'abord légèrement bedonnant, augmente progressivement de volume cl prend l'aspect d'une outre distendue. Puis, un beau jour, sous l'influence de conditions et au milieu d'un cortège de symptômes sur lesquels nous reviendrons, la tonicité digestive faiblit, la tension abdominale diminue, ses caractères physiologiques s'effiacenl les uns après les autres; Le v entre s'affaisse, tombe: le gros ventre menaçant et vainqueur s'est transformé en une -rosse besace qui pend lamentablement sur le pubis.

L'affaissemenl du ventre est un phénomène critique dans l'évolution de la dyspepsie; il indique la lin de la période de corn-

pensation, le début de la phase de déchéance, dont il constitue parfois, pendant un laps de temps variable, le seul signebien apparent. On voit en effet des malades chez lesquels la déchéance digestive poursuit sans manifestation trop bruyante sa marche progressive; le ventre s'effondre lentement sans qu'aucun phénomène subjectif vienne révéler l'imminence du danger: nous verrons plus loin quelles conditions favorisent cette latence de la dyspepsie, période funeste pendant laquelle s'installent silencieusement les lésions viscérales et se perpétuent les erreurs d'hygiène et de régime qui précipitent encore la marche delà maladie.

Il résulte de ce qui précède que, pour nous, un gros ventre, à quelque moment qu'on l'observe, que ce soit à sa période de ventre saillant ou à sa période de ventre tombant, est toujours l'indice d'un certain degré de résistance actuelle ou passée de l'appareil digestif; ce qui entraîne un corollaire un peu inattendu, à savoir que les nourrissons avec gros ventre seraient des enfants de constitution relativement vigoureuse. Le fait semble en effet paradoxal ; nous le croyons vrai, cependant, dans une certaine mesure. Si ces enfants n'avaient pas été capables de prendre ungros ventre, en d'autres termes, de faire de la compensation, ils n'auraient pas résisté aux mauvaises conditions de leur nourrissage, ils auraient succombé.

La période de résistance digestive n'aboutit ni fatalement ni d'une façon irrémédiable à l'épuisement, au ventre en besace. Il est des malades vigoureux chez lesquels la compensation se poursuit pendant la vie entière cl qui conservent leur embonpoint et leur gros ventre jusqu'à un âge très avancé. A côté de ces malades, il en est d'autres qui voient, sous l'influence del'hygiène alimentaire on de conditions d'hygiène meilleures, diminuer le volume de leur ventre et leurobésité générale, en même temps

que s'amender les (roubles fonctionnels de la dyspepsie. Le l'ail n'est pas raie même dans lejeuneâge : qued'enfants on1 présenté, dans les premières années de leur existence, legros ventre mon, témoin éloquent de l'incurie ou de l'ignorance! Le plus souvent ils en gardent les traces indélébiles, elle thorax évasé à sa base vient évoquer à l'esprit du médecin, dans le ventre plat de l'adulte, le gros ventre du nourrisson. Mais parfois cependant, sous l'influence d'une hygiène plus rationnelle et grâce à la vigueur de la constitution, la régularité du tirage gastro-intestinal se rétablit, la tonicité digestive et la tension gazeuse rentrent dans leurs limites physiologiques, et le ventre reprend sa forme normale. Il est bon d'ajouter néanmoins que, même dans ces cas favorables, la palpation vient révéler la gravité des incidents digestifs qui oui signalé les premières années de la vie.

Un malade peut même, dans le cours de son existence, faire plusieurs fois les frais d'une compensation salutaire : tels ces individus qui présentent des périodes alternatives d'engraissement et d'amaigrissement avec oscillations correspondantes du volume de l'abdomen. Ces phénomènes, d'apparence si banale qu'on ne cherche même pas à les expliquer, correspondent à des phases de compensation et de déchéance passagères qui se produisent, dans le cours d'une dyspepsie latente ou non, à l'insu du malade, pour ainsi dire, spontanément en apparence, en réalité sous l'influence de causes légères qui échappent à l'observation du sujet, mais qu'il est parfois facile au médecin de déceler.

Ces phénomènes de compensa tion intermittente ne sont du reste, comme ceux de la phase générale de compensation, que des phénomènes réactionnels, c'est-à-dire morbides. Il ne faut donc pas v voir l'expression d'un état plus satisfaisant de l'organisme, dont le malade doive se féliciter sans réserve. Ce serail se méprendre sur le sens réel que nous attachons au terme de compensation. Il n'y a jamais de compensation véritable au sens propre du mot. mais seulement une sorte de compromis entre les forces digestives

d'une pari el le travail qui leur est imposé, compromis flans lequel les forces digestives, malgré les appareriees, restent toujours au-dessous de leur tâche. L'étude subjective du malade montre bien, même dans les cas les plus favorables, celte insuffisance de la mécanique digestive. Interrogez avec insistance les porteurs de ces g ros ventres qui n'hésitent pas, aux premières questions qu'on leur pose, à célébrer l'allure victorieuse de leur santé, et en particulierde leurs fonctions gastro-intestinales : vous serez bientôt édifié, et si vous restez surpris, c'est de l'inconscience avec laquelle ils supportent leurs nombreuses misères.

La période de compensation, quelle que soit sa durée, n'est donc en réalité qu'un lent acheminement vers la déchéance digestive ; elle suppose des efforts faits par la nature dans la voie et en vue de la guérison, efforts insuffisants en eux-mêmes et que le rôle du médecin n'est pas toujours d'utiliser, mais bien souvent de modérer et de combattre. Un exemple fera mieux comprendre notre pensée.

Un malade vient consulter son médecin pour un de ces accidents presque insignifiants qui ne semblent avoir que des relations très éloignées avec l'état des fonctions digestives, éruption d'acné, par exemple. Il n'existe aucune autre manifestation pathologique apparente: l'appétit est excellent, les digestions parfaites, l'état général satisfaisant, très satisfaisant même, car depuis quelques mois un léger embonpoint s'est manifesté et le ventre dessine sous le gilet une rotondité de bon augure. Nous supposerons même qu'un interrogatoire minutieux ne révèle aucun de ces petits signes qui viennent parfois déceler l'irrégularité des fonctions gastro-intestinales : selles quotidiennes multiples, généralement en bouillie, essoufflement ou vultuosité aprèsles repas, insomnie ou réveil à heure fixe pendant la nuit, etc. Le médecin se contentera-t-il de conseiller un topique quelconque, un purgatif, les lis;mes dites dcpurativcs, d'un usage si courant ? Non, ce serait envisager la question d'un point de vue trop étroit ; il devra tenir

à son malade le langage suivant : « Voire éruption d'acné est déjà un indice probable d'un fonctionnement gastro-intestinal défectueux ; mais c'est un indice dont nous pourrions nous passer à la rigueur, car le développement de votre ventre esl autrement suggestif et probant. Votre ventre a grossi; ne.prenez pas cela pour le témoignage absolu d'une santé meilleure : la cause de ce développement abdominal est la distension de la cavité digestive, provoquée par le surmenage que vous imposez sciemment ou inconsciemment à votre estomac et à votreintestin. Si la réalité de ce surmenage vous échappe, c'est que vous êtes vigoureux et que votre organisme a pu faire appel à des forces en réserve qui assurent momentanément une régularité suffisante de la circulation gastro-intestinale. Mais on voit souvent des gens aussi robustes que vous, dont le tube digestif s'épuise à la longue dans cette lutte de tous les jours, qui arrivent progressivement à digérer moins bien, et dont la santé s'ébranle peu à peu. Cela n'est pas absolument fatal; tout dépend de la résistance de l'organisme. Il serait sage cependant de penser à l'avenir, et de chercher, par une hygiène convenable, à rendre plus uniforme le travail de la digestion et à modérer cet éréthisme du tube digestif qui pourrait aboutir insensiblement à l'épuisement. »

Les gros ventres présentent donc deux types bien distincts : les ventres saillants et les ventres tombants. Ces deux types correspondent non pas à deux catégories de malades, mais bien à deux phases de l'évolution de la dyspepsie.

Les ventres saillants ou en tonneau, ventres actifs pour ainsi dire, sont les ventres de la période de compensation. Dans la station couchée, comme dansla station debout, ils conservent leur forme globuleuse plus ou moins considérable ; ils remontent plus

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ou moins haut vers l'appendice xyphoïde, et présentent parfois au-dessus de l'ombilic une forte saillie bombée, séparée du reste de l'abdomen par une dépression et constituée par l'estomac distendu à son maximum par les gaz.

Le volume des ventres en tonneau est dû à la dilatation et à l'hypertrophie du tube digestif etàla suractivité de tous les phénomènes de la digestion, suractivité qui détermine l'élévation de la température intra-abdominale et la dilatation excessive des gaz. La production de masses adipeuses dans l'abdomen, l'épaississement , In tissu cellulaire sous-cutané, contrairement à ce qui semble être l'opinion générale, n'entrent ordinairement que pour une faible part dans le développement exagéré du ventre ; ces deux éléments ne suffiraient pas pour assurer à celui-ci son état de tension et sa forme globuleuse caractéristique. Outre qu'il est facile de constater que dans maintes circonstances la paroi abdominale est relativement mince, un fait d'observation courante vient à l'appui de, notre assertion : on voit en effet des ventres énormes s'effondrer d'un jour àl'autre, sous l'influence d'une purgation, que les selles aient été ou non abondantes. Un épisode subaigu spontané aboutit an même résultat. Dans les deux cas, c'est l'atonie du tube digestif qui en produit l'affaissement. La notion de la dilatation de l'estomac et de l'intestin est du reste connue du vulgaire ; nous avons entendu des femmes du peuple émettre cette opinion que l'usage précoce ou l'abus des soupes, ou une alimentation grossière chez les nourrissons « élargit les boyaux» et produit le gros ventre.

Les ventres tombants ou en besace, ventres passifs, sont les ventres de la période de déchéance. Us sont constitués par une saillie plus ou moins arrondiequi descend sur le pubis, dégageant la région épigastrique. Avec les deux mains réunies en forme de sangle, on peut soulever ces ventres, les remonter vers l'épigastrè. Us donnent alors la sensation tanlôtd'uiie masse encore tendue et homogène, tantôt d'un lourd paquet de viscères lassés les uns contre les autres et auxquels la paroi abdominale distendue

forme comme une sorte de poche: Cette dernière variété est s..rtout particulière à la femme, chez laquelle la faiblesse des ligaments el la moindre résistance de la paroi abdominale, même en dehors de toute yrosscs.se antérieure, favorisent le prolapsus des viscères et la formation d'un sac plusou moins profond dans lequel les viscères prohibés viennent s'entasser.

L'aspect des ventres tombants n'est pasmoins caractéristique lorsque le malade est couché : leur forme globuleuse disparaît; la cicatrice ombilicale s'est rapprochée de la région pubienne; ils S'étalent. Dans les cas extrêmes ils débordent sur les côtés les épines iliaques et couvrent en bas le pubis. La masse viscéralene fait plus corps avec les parois delà cavité abdominale ; elle sedéplace dans tous les changements de position du malade. Les cas les plus caractéristiques sont ceux où l'on voit une masse qui, dans la station verticale, présente une ampleur respectable et imposante, disparaître littéralement dans les profondeurs de l'abdo-

men

On comprend qu'entre le gros ventre tendu de la phase de compensation et le ventre en besace de la phase de déchéance avancée, telquenous venons de le décrire, l'on peut observer tous les types intermédiaires. C'est par gradations insensibles, parfois d'une façon rapide, d'autres fois d'une façon plus lente, que l'on voit l'abdomen s'effacer. C'est généralement par la région épigastrique que l'affaissement commence, la portion sous-ombilicale conservant longtemps encore sa forme globuleuse. Peu à peu celle-ci s'affaisse à son tour; la déformation lapins extrême est représentée par le ventre plat, large surface horizontale débordant dans tous les sens les limites du bassin, et animée pendant les mouvements du malade d'oscillations verticales ou latérales qui trahissent la mollesse du contenu de l'abdomen. En raison de l'épaisseur de la paroi abdominale et du volume de la masse viscérale, la chute du ventre aboutit rarement, chez les Forts, au ventre creux, phénomène ultime de la déchéance digeslive chez les Faibles. Maisdans

les cas où le fait se présente, il comporte un enseignement du plus haut intérêt,

Nous étions appelé récemment auprès d'un malade qui venait d'être frappé d'une attaque d'apoplexie. C'était un homme de 50 ans, d'apparence robuste, au visage coloré, aux membres vigoureux, à la poitrine large. Quel ne fut pas nôtre étonnement, de découvrir en l'examinant un abdomen creusé en cuvette, vrai ventre de cadavre vidé de ses viscères, et d'une flaccidité extrême ! Le contraste entre la cage thoracique puissante, évasée à sa base et ce ventre en ruine était saisissant. Nous ne pouvions nous défendre de l'idée que cet homme, atteint dans ses œuvres vives, était une victime marquée au sceau d'une mort imminente, et qu'il ne pouvait y avoir une simple coïncidence entre son abdomen déchu et l'accident encéphalique qui venait de le terrasser. Nous laisseronsaux physiologistes le soin de nous éclairer sur les relations delacirculation sanguine abdominale avec la circulation de l'encéphale; cliniquement ces relations sont des plus évidentes, et la coïncidence des troubles de la tension abdominale avec les apoplexies cérébrales est un fait qui mériterait d'êlremis en lumière.

A la période de déchéance, nous sommes donc en présence d'un pseudo-gros ventre plutôt que d'un gros ventre véritable. Nous n'avons plus à faire à une vaste cavité remplie et distendue par le tube digestif en activité. L'épaisseur de la paroi abdominale qui constitue parfois un véritable bourrelet ou tablier de graisse, la ptôse des viscères entassés à la partie inférieure du cul-de-sac abdominal, parfois une dilatation des gaz qui circulent mal et sous tension faible dans une cavité digestive atone : tels sont alors les principaux facteurs du volume de l'abdomen. L'envahissement des différents organes et tissus par l'adiposis, qui, chez les sujets prédisposés, s'est développé et a atteint son plein épanouissement pendant la phase de compensation, rétrocède à la phase de déchéance : l'amaigrissement suit l'affaissement et la chute du ventre.

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Les considérations qui précèdent nous montrent l'infiltration graisseuse évoluant chez quelques.™ alades, parallèlement au gros ventre, non pas comme une affection indépendante et d'importance équivalente, mais comme un élément accessoire, surajouté, incapable de modifier l'allure générale de la maladie dans ses lignes essentielles. L'obésité n'est donc pas Une entité morbide ; c'est une simple complication de la dyspepsie des Forts ; çe qui doit éveiller la sollicitude du médecin, ce n'est pas l'envahissement des tissus par la graisse (symptôme apparent, grossier et trompeur), ce sont encore et toujours les modifications de l'état anatomo-physiologique du tube digestif. Ceci nous laisse entrevoir combien peu rationnels sont ces régimes uniformes dans lesquels on ne tient compte ni de l'âge du malade, ni de l'ancienneté de la maladie, ni de l'état du tube digestif, ni des diverses phases de l'affection. Il n'existe pas de traitement spécifique de l'obésité; le régime capable de répondre aux indications de la phase de compensation ne saurait convenir à la période de déchéance. La cure lactée, par exemple, préconisée par quelques auteurs, peut être utile à certains malades et dangereuse pour d'autres. Il n'y a pas là de mystère impénétrable, mais bien un enchaînement logique de faits dont l'exploration de l'abdomen peut nous donner la clef.

Vous entendez dire à tel malade : « Depuis que j'ai maigri je me porte mieux » ; à tel autre : « Depuis que j'ai maigri je suis sujet à une foule de malaises et ne suis plus bon à rien. » Chez le premier la diminution de l'embonpoint a eu pour corollaire ou plutôt comme cause le réveil de la tonicité gastro-intestinale ; le tube digestif surmené, mais vigoureux encore, a pu se ressaisir; le ventre a diminué de volume en même temps que le tissu adipeux disparaissait, mais la tension abdominale est restée bonne et la forme du ventre à peu près régulière. Nous avons à faire au contraire, chez le second, à un tube digestif déjà épuisé ; l'amaigrissement a coïncidé avec un effondrement du ventre et

un affaissement de la cavité digestive. Il y a chez ces malades un état d'équilibre instable auquel il faut bien se garder de toucher; c'est chez eux que l'on voit, nous ne dirons pas seulement les modifications profondes de régime, mais simplement la suppression d'un aliment excitant habituel, ou une intervention thérapeutique insignifiante, un laxatif, par exemple, donner le signal de la déchéance rapide de l'appareil digestif et de l'organisme tout entier. A la phase où ils en sont arrivés, il ne saurait plus être question de combattre l'obésité; le rôle du médecin est au contraire de prévenir la chute du ventre et la fonte du tissu graisseux. Il y a, en un mot, des obèses qu'il ne faut pas essayer de faire maigrir.

Le "tos ventre envisagé chez la femme présente quelques par-

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