‹ Traite de l'exploration manuelle des organes digestifsChapitre 9 sur 16 · III · texte numérisé non relu

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mu cette sobriété de la phénoménologie subjective; iïous avons intentionnellement schématisé notre description ; mais le fond en est vrai, et tout le monde peut y rattacher quelque souvenir personnel. Souvent il s'agit de femmes jeunes, autrefois vigoureuses, qu'une couche, ou des privations, ou des ennuis domestiques ont jetées dans le marasme ; leur tonicité digestive ne s'est pas épuisée progressivement dans une lutte de longue durée ; elle a été brusquement terrassée par un épisode subaigu ; mais elle persiste à l'état latent, elle sommeille pour ainsi dire, elle n'attend que des conditions hygiéniques meilleures pour se relever, et pour ramener un état général plus prospère. C'est ce que l'on voit en effet dans maintes circonstances. Celte persistance à l'état latent d'un tonus digestif encore capable de s'éveiller peut nous expliquer en partie le contraste entre la déchéance physique et le mauvais état du ventre d'une part, et le peu de retentissement des troubles locaux et généraux, d'autre part. Il faut faire également intervenir une sorte de compensation nerveuse, dont les malades ont, du reste, elles-mêmes conscience : « Je sens qu'il n'y a que les nerfs qui me soutiennent. » Cet aveu naïf peut faire sourire ; nous pensons toutefois que le médecin peut en faire son profit et en tirer un enseignement tout aussi bien que des considérations de l'ordre le plus relevé. Il est intéressant de faire remarquer que si des conditions hygiéniques plus favorables ou un changement dans la situation sociale viennent rendre inutile l'intervention de la compensation nerveuse, les résultats immédiats ne sont pas aussi heureux qu'on aurait pu l'espérer. On peut voir, en effet, un affaissement de l'organisme succéder à l'agitation de l'existence et une maladie grave se déclarer au moment où l'on supposait que le repos du corps et la tranquillité de l'esprit allaient donner le signal d'un état de santé meilleur. Nous assistons alors à un épisode d'atonie digestive aiguë produite par la rupture d'une compensation qui a disparu parce qu'elle n'avait plus sa raison d'être et que les conditions qui l'avaient entretenu''

pendant «les mois ou des années avaient elles-mêmes cessé d'exister.

Les malades que nous avons désignés sous le nom de Faibles sont pour la plupart des nerveux. Leur appareil gastro-intestinal est d'une fragilité toute particulière, et la régularité apparente des fonctions digestives ne s'établit et ne persiste que grâce à une véritable compensation nerveuse. Mais ils offrent un perpétuel état d'équilibre instable ; la compensation esta la merci d'un incident quelconque, le plus souvent insignifiant. Tout ce qui peut irriter ou déprimer le système nerveux retentit d'une façon fâcheuse sur leurs voies digestives ; un écart de régime, un verre d'alcool les jette dans le désarroi. Ces malades sont souvent des buveurs de café, et l'abus qu'ils font de cette boisson a sa raison d'être non dans un caprice ou un goût inexplicable, mais dans un besoin réel de l'organisme. Le café est pour eux ce que l'alcool est pour les congestifs, un excitant nécessaire non pas seulement pour le système nerveux général, mais pour le tonus digestif. Chez ces malades, l'activité cérébrale, les distractions sont également un puissant stimulant pour la tonicité digestive ; le repos de l'esprit, le désœuvrement ne tardent pas à amener la torpeur des fonctions de la digestion. Tout le monde a connu de ces hommes d'action qui se retirent des affaires pleins de santé et d'espérance, et que l'on voit rapidement décliner et disparaître, tués par l'inactivité : nous avons là un exemple de nerveux chez lesquels le travail et les soucis entretenaient une compensation salutaire qui a pris fin avec le repos et l'oisiveté.

Si nous nous sommes étendu, un peu longuement peut-être, sur les divers procédés mis en œuvre par l'organisme pour suppléer à l'insuffisance physiologique du tonus digestif, c'est qu'il nous a paru nécessaire de répondre, dès maintenant et une fois pour toutes, aux objections concernant l'inconstance des relations entre l'état local et les troubles fonctionnels, objections qui ont

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été formulées soil à propos de la tension abdominale, soit à propos des ptôses, soit an sujet de la stase et de la sténose coliques. « Est-ce réellement bien la peine de chercher si un venir,- est mou ou tendu ? J'ai observé un malade dont la paroi abdominale antérieure semblait collée contre les lombes, et dont cependant Pétai général laissait peu à désirer. Faut-il attacher beaucoup d'importance à l'existence des ptôses? J'ai vu des femmes dont le rein droit se promenait autour de l'ombilic, et qui n'avaient pas du tout l'air de se douter de ce déplacement, » etc., etc. Nous avons montré que ce sont là des particularités dont le médecin doit rechercher l'origine, et que l'absence ou le peu d'intensité des Iroubles fonctionnels trouve son explication dans une sorte de compensation dont la nature varie suivant la constitution du su jet , sa manière de vivre, ses habitudes, etc.. Cela est si vrai que tôl ou tard les troubles subjectifs apparaissent tels qu'on a pu les prévoir ; la compensation n'a qu'un temps, et la réaction sera d'autant plus grave que la phase de latence aura été plus longue et plus silencieuse.

On retrouve, du reste, ce silence de la phénoménologie subjective dans toutes les lésions organiques compensées; tant que l'équilibre est parfait entre l'effort et l'obstacle, entre l'activité fonctionnelle et le travail à accomplirai! ne s'aperçoit pas que l'organe se trouve clans des conditions anatomo-physiologiques insuffisantes. Que l'équilibre arrive à se rompre, les troubles morbides apparaissent : l'asystolie vient révéler une affection cardiaque peutêtre ignorée, l'urémie une lésion rénale méconnue. C'est à la suite d'une lecture prolongée ou d'un travail d'application quelconque que la céphalalgie, les douleurs périorbilaires viennent trahir chez l'hypermétrope l'insuffisance du muscle c'iliaire.

Il faut donc envisager la tension abdominale à un point de vue général, indépendamment des manifestations subjectives dont les désordres qui peuvent la frapper sont habituellement escortés. La tension abdominale est l'expression de la foire digestive

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mécanique, de la résistance vitale d'un individu. Quelles que soient les apparences symptomatiques, un ventre mou implique une déchéance momentanée ou définitive de l'économie ; un ventre ferme est la signature d'un organisme vigoureux. Un gros foie, des urines albumineuses, un diabète n'entraînent pas un pronostic immédiat grave, si le ventre a conservé les caractères de rénitence et d'élasticité suffisantes; le danger devient menaçant le jour où l'abdomen commence à s'affaisser. On voit que, présentée sous cet aspect, l'étude de la tension abdominale offre un intérêt considérable, méconnu jusqu'à ce jour ; elle ouvre au médecin des horizons qu'il ne saurait même entrevoir s'il se contentait de considérer l'hypotase du ventre comme un signe banal, capable tout au plus de favoriser le prolapsus des viscères, comme un simple trouble de statique auquel il va pouvoir facilement remédier par l'application d'une sangle. Ne nous laissons point abuser par un état général satisfaisant en apparence : c'est la force, c'est l'énergie, c'est la vie du malade qui fuit insensiblement, à mesure que la tension de son ventre s'affaiblit, car c'est la source même do l'existence qui se tarit, c'est l'activité digestive qui s'éteint.

L'évolution morbide de la tension abdominale, que nous avons décrite dans ses grandes lignes, embrasse, on le comprend, une période d'années extrêmement variable. Toutes les causes capables d'impressionner favorablement ou défavorablement la tonicité digestive peuvent modifier l'allure du processus, en ralentir ou en précipiter la marche; ces causes agissent sur le tube digestif soit d'une façon directe (écarts de régime, hygiène alimentaire défectueuse, excès de boisson), soit d'une façon indirecte (maladies aiguës, fausses couches, grossesses, émotions morales, chagrins, etc.;), ci leur action est plus ou moins énergique $ui van I la résis-

w KXI'I.OUATIOX DB8ÛROANE8 DIGESTIFS

lance organique, le sexe, l'âge. Chez l'enfant elles laissent défi traces déplorables, et nous savons que c'est baJjituellemenl dans les premières années de la vie que se décide [e son de l'appareil digestif. Chez le Faible l'hypotension apparaît plus rapidement que chez le Fort ; elle se montre aussi plus prématurémenl chez la femme que chez l'homme.

L'évolution de la tension abdominale ne snhit pas seulement des temps d'arrêt; elle est marquée par des oscillations qui correspondent à des périodes d'aggravation et d'amélioration passagères ou durables. Parmi les modifications heureuses de la tension abdominale, les plus intéressantes pour le médecin, car elles viennent témoigner des heureux effets de son intervention, sont celles qui se produisent sous l'influence d'un traitement hygiénique rationnel. Il n'est pas rare, en effet, d'observer des malades dont le ventre affaissé et vide reprend progressivement sa forme globuleuse, sa souplesse et son élasticité, en même temps que les troubles fonctionnels s'effacent et que l'état général devient satisfaisant. Ces résultats que le régime seul permet d'obtenir et que l'on peut prévoir d'avance, constituent une sanction pleine d'enseignements pour notre doctrine.

La tension abdominale subit à l'occasion des différents actes de la vie génitale de la femme, et surtout pendant la grossesse el la puerpéralité, des variations très sensibles et dont il est facile de saisir les relations avec l'état subjectif. Ce sont ces modifications qu'il faut connaître si l'on veut se faire une idée satisfaisante et instructive de certaines particularités du fonctionnement de l'appareil digestif chez la femme enceinte, si Ton veut pénétrer la nature véritable des troubles dyspeptiques qui marquent le début de la grossesse, et les raisons qui motivent leur disparition précoce ou leur durée et leur ténacité. Nous avons vu que dès les premiers jours delà conception, certaines femmes accusent un développement notable de [■ abdomen, que l'on ne saurait attri-

buer à l'utérus; dans les premiers mois et même jusqu'à la fin de la grossesse, le développement du ventre peut rester exagéré et toujours hors de proportion avec le volume de la matrice. En même temps le ventre devient mou, perd son élasticité et prend dans la plupart des cas une consistance franchement pâteuse ; les reliefs du colon sont peu accusés, diffus, flous; nous avons, en un mot, sous la main, tous les caractères d'une atonie digestive subaiguë. Il n'est donc pas juste de considérer les malaises du début de la grossesse comme des phénomènes purement nerveux; l'exploration du ventre nous montre que ces malaises ont leur substratum anatomo-pathologïque. A mesure que la grossesse se prolonge, les résultats de la palpation deviennent plus incertains en raison du volume de l'utérus qui gêne l'examen, mais il est évident que, dans les cas où les fonctions digestives se rétablissent, la tonicité gastro-intestinale se ressaisit progressivement. De plus, le développement de l'utérus vient relever dans une certaine mesure et d'une façon artificielle la tension de l'abdomen ; ce nouvel élément favorise la disparition des troubles fonctionnels qui ont marqué le début de la gestation. Un fait qui vient témoigner encore en faveur de l'atonie digestive de la grossesse, est cette exagération formidable de l'appétit que présentent certaines femmes, ordinairement petites mangeuses, et qui dès qu'elles sont enceintes, ne peuvent jamais se rassasier, malgré la quantité énorme d'aliments qu'elles absorbent.

Cette exagération de l'appétit reconnaît pour cause une insuffisance de l'éréthisme digestif qui, à l'état physiologique, est provoqué par l'ingestion des aliments. Nous reviendrons sur ce point dans un instant.

x\près l'accouchement, l'hypotension de l'abdomen est ordinairement très accentuée. Il se produit, sous l'influence du travail et du vide consécutif à l'expulsion du fœtus, une sorte de parésie aiguë de la tonicité digestive qui persiste pendant un laps de

temps variable. Alors que certaines femmes gardent pendant

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plusieurs semaines un ventre distendu, gonflé, mollasse ou pâteux, il en est d'autres chez lesquelles la tonicité gastro-intestinale se ressaisir rapidement, et qui, dès les premiers jours, au bout de quelques heures môme, présentent de nouveau un abdomen dont la rénitence et l'élasticité laissent peu de chus.' à désirer. Ceci nous montre bien que la distension et le relâchement de la paroi abdominale n'ont qu'une influence accessoire sur la genèse du phénomène de l'hypotension; ce qui nous le prouve encore, c'est que l'on peut voir, chez des accouchées, le ventre, qui avait déjà recouvré ses caractères physiologiques, reprendre de nouveau, au bout de quelques jours, sa mollesse, à la suite d'incidents qui ont défavorablement impressionné le tonuseastrointestinal. Si une femme garde après un accouchement un ventre irrémédiablement mou — à supposer qu'il ne le fût pas antérieurement à la grossesse, ce qui est loin d'être rare — cela ne prouve qu'une chose, c'est que la grossesse et l'accouchement ont eu sur la tonicité digestive une influence désastreuse. Une paroi abdominale relâchée ne peut donner à un ventre les caractères de l'hypotension, si le contenu de ce ventre est suffisamment tendu ; il ne suffirait pas d'envelopper un ballon de baudruche bien gonflé dans un sac de toile large et flottant, pour modifier les sensations de rénitence et d'élasticité que ce ballon doit présenter à la palpalion.

Les maladies aiguës, même celles qui évoluent sans fièvre ni symptômes généraux et semblent le plus nettement localisées (bronchites simples, amygdalites ou angines catarrhales) peuvenl s'accompagner de variations de la tension abdominale; ce fait est intéressant à signaler, car il nous montre que dans les cas les plus bénins en apparence, l'organisme est profondément troublé et le tube digestif frappé dans son activité fonctionnelle.

Bien plus, l'étude de la marche de la maladie vient souvent révéler (pie la cause occasionnelle a surpris l'organisme dans un

moment où le fonctionnement des voies digestives laissai ( ù désirer, que c'est, eu un mot, sur un terrain digestif que la maladie a trouvé le nescio quid favorable à son éclosion. C'est, à la vérité, chez les dyspeptiques déjà gravement atteints cl. grâce à la fragilité de leur appareil gastro-intestinal que les oscillations du tonus digestif sont le plus accentuées et que l'on voit un ventre de tension habituellement faible présenter pendant toute la durée de la maladie intercurrente un défaut de tonicité et une flaccidité extrêmes. Mais ces faits, pour être plus rares et moins tangibles, peuvent également s'observer chez les individus vigoureux, et, dans les cas où la résistance du tube digestif ne permet pas aux modifications objectives de se manifester d'une façon bien évidente, la coexistence de troubles fonctionnels spéciaux vient déceler la part que l'appareil g-astro-intestinal prend au processus.

Les affections indéterminées que l'on voit survenir sous l'influence des refroidissements, des écarts de régime, des changements de saison ou des bouleversements météorologiques peuvent être également soulignées par des modifications profondes dans l'état de la tension abdominale; ce qui n'a pas lieu de nous surprendre, car l'observation démontre que ces affections épuisent surtout leur action sur le tube digestif. On peut même considérer comme un fait acquis cpi'une atonie aiguë ou subaiguë des voies digestives en constitue le substratum anatomique et clinique fondamental. Sous l'influence d'une des causes dont nous parlions plus haut, un individu est pris de frisson avec ou sans mouvement fébrile, de courbatures; il accuse de la lassitude générale, de l'impuissance intellectuelle, de la céphalalgie; la soif est vive, l'appétit nul ; la constipation est absolue ou bien il existe de fréquents besoins d'aller à la selle avec expulsion d'une minime quantité de matières en bouillie; la langue est rouge ou recouverte d'un enduit jaunâtre, là bouche glaireuse, l'haleine fétide ; il y a parfois du catarrhe des voies respiratoires supérieures ; au

bout de quelques jours des vésicules d'herpès apparaissent sur les lèvres, puis peu à peu tout rentre dans l'ordre : la fièvre tombe, l'appétit renaît avec l'entrain habituel, les fonctions intestinales se rétablissent. On reconnaît là les symptômes de ce qu'on a appelé l'embarras gastrique saisonnier, la fièvre herpétique, ou catarrho-rhumatismale, la pseudo-grippe à forme gastro-intestinale. A ce tableau clinique si précis ne correspond aucune modification objective apparente, si l'on se contente de l'examen classique; le médecin se borne à constater l'intégrité des différents appareils rénal, cardiaque, pulmonaire. La palpation abdominale nous révèle au contraire tout un ensemble de signes intéressants ; outre un état caractéristique du colon et de l'estomac que nous apprendrons à reconnaître plus tard, nous trouvons un ventre de sonorité diminuée, uniforme et basse, de tonicité faible, et s'il s'agit d'un dyspeptique déjà anciennemeni malade, un ventre affaissé, vide ou de consistance pâteuse. Parallèlement à la disparition des troubles fonctionnels, on voit, au moment de la guérison, le ventre reprendre des caractères voisins de l'état physiologique.

C'est chez les enfants que ces épisodes d'atonie aiguë ou subaig-uë des voies digestives présentent le plus d'intérêt et méritent le plus d'attention, car ils s'accompagnent souvent de symptômes généraux inquiétants qui peuvent en imposer pour une maladie grave. La cause de ces crises d'atonie est le plus souvent, pour ne pas dire toujours, un refroidissement. Cette étiologie est si banale, elle est si souvent invoquée par les mères, que l'on finit par n'y plus faire attention, et à se laisser aller à la repousser de propos délibéré ou à n'en tenir aucun compte. Elle est vraie cependant, et toutes les fois qu'on voudra la rechercher, on la trouvera si précise et si évidente qu'elle entraînera une conviction absolue. Il n'est pas indifférent de connaître ou d'ignorer l'influence du refroidissement sur les voies digestives et la prodigieuse susceptibilité des nourrissons et des jeunes enfants à subir l'impression

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des variations météorologiques; le médecin peut donner, à ce sujet, quelques conseils prophylactiques qui seront très utiles à son petit malade. Ajoutons que l'influence du refroidissement esl d'autant plus efficace que l'état des voies digestives de l'enfanl laissait antérieurement plus à désirer.

Quoi qu'il en soit, un enfant, quelques heures auparavant bien portant, est pris brusquement d'une fièvre intense ; la langue se recouvre rapidement d'un enduit saburral, l'haleine présente cette odeur aigre à laquelle le public reconnaît la présence indubitable des vers ; l'anorexie est absolue, l'enfant refuse même souvent de boire, ce qui semble étrange si l'on considère l'élévation de la température et la chaleur brûlante de la peau, ce qui surprend moins si l'on songe à la torpeur extrême du tube digestif. Faisons remarquer, en passant, que la sensation de soif, comme la sensation de faim, n'est pas un phénomène purement nerveux, mais un phénomène intimement lié à un état particulier de l'appareil gastro-intestinal. Si l'enfant est jeune, il y a de la torpeur, de la somnolence, des soubresauts, des spasmes des membres ; il peut même se produire des convulsions. Toute cette symptomatologie, on en fait bien le plus souvent remonter la cause à des troubles digestifs, mais ce que l'on ignore généralement, c'est que, dans les cas de quelque intensité, le ventre présente des modifications caractéristiques ; il devient mou, il se dégonfle, parfois il s'affaisse, ou présente une consistance pâteuse, ou donne la sensation de vide. Au moment de la guérison, il reprend son aspect normal et redevient souple, tendu et élastique. Le praticien qui aura observé, dans l'espace de quelques jours, de telles oscillations de la tension abdominale, ne conservera plus de doute sur l'importance et la signification de cet intéressant phénomène. Il en pourra même tirer des indications pratiques qui ne sont pas à dédaigner. C'est dans les cas où le ventre est vide ou flaccide qu'il faut s'abstenir d'une thérapeutique active. Nous avons vu souvent des malaises, d'abord insignifiants, s'accentuer et revêtir les caractè-

res d'une . Maladie -rave, à la suite de l'administration intempestive de remèdes que l'on regarde à tort comme inoffensifs : santonine, semen contra, ipéca, calomel. C'est ainsi que ce dernier médicament, dont l'action est si souvent heureuse, ne dpil être employé que dans les cas où la stase et l'encombrement coliques sont manifestes, chez les enfants dont le ventre a conservé un.' tonicité satisfaisante.

En dehors des états aigus fébriles, la tonicité digestive subil chez les enfants des oscillations que l'on ne peut pas toujours constater objectivement, soit à cause de leur faible amplitude, soit à cause des difficultés de l'examen chez les enfants, mais qui n'en sont pas moins réelles. C'est à ces troubles de la tension abdominale, liés à une atonie digestive passagère, et non à des intoxications que nous rapportons la plupart des malaises variés que l'on observe dans l'enfance et que les mères mettent sur le compte des vers intestinaux : face blafarde, yeux cernés et troubles, traits tirés, mâchonnements, insomnie et soubresauts. Parfois la symptomalologie ne laisse pas que de présenter des caractères inquiétants : vertiges, troubles delà motilité, strabisme passager, maladresse, chutes fréquentes. Un de nos petits clients, aujourd'hui âgé de dix ans, a présenté jusqu'à l'âge de six ans, toutes les cinq ou six semaines, un état particulier caractérisé précisément par du strabisme, et une tendance à tomber dès qu'il voulait marcher; cet état se prolongeait un ou deux jours. Ce qui montre bien l'origine abdominale de ces symptômes et leurs rapports avec la tension, c'est leur disparition rapide, à la suite de l'administration d'un excitant quelconque, santonine, semen contra, mousse de Corse, dont l'effet est de secouer la torpeur de l'appareil gastro-intestinal et de relever la tonicité digeslive. Mais celte thérapeutique, qui réussit admirablement dans les atonies légères, aggrave l'état du malade lorsque l'atonie est [tins profonde : on eu pénètre facilement la raison.

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Mous avons étudié au début de ce chapitre les modifications successives que subit la tension abdominale dans le cours de l'évolution de la dyspepsie ; nous avons ensuite signalé les variations qu'elle présente sous l'influence de différents épisodes physiologiques ou morbides ; et nous avons vu que la palpation de l'abdomen nous permet de nous rendre compte de tous les phénomènes intéressants qui accompagnent, dans ces cas, les oscillations de la tonicité digestive. Nous terminerons par quelques mots au sujet des oscillations de la tension abdominale pendant la phase digestive, oscillations qui se manifestent par des troubles fonctionnels, souvent bruyants.

Nous savons qu'à l'état normal, les variations de la tension abdominale pendant la phase digestive ne sont pas très considérables, ou que, tout au moins, c'est d'une façon lente, continue et progressive que l'on voit la tension abdominale s'élever (phase active de la digestion, phase d'éréthisme), et décroître (phase de repos) ; aussi les réactions des actes digestifs sont-elles silencieuses. A l'état pathologique, il n'en est plus de même. En raison de la faiblesse de l'appareil gastro-intestinal, les différents actes • h' la digestion, notamment ceux d'ordre mécanique, déterminent dans certains cas des réactions extrêmement vives, et d'autant plus vives que le tonus est plus faible. L'éréthisme produit par l'arrivée des aliments dans la cavité gastrique suscite des spasmes qui peuvent s'étendre à la totalité de l'appareil gastro-intestinal ; l'intensité des phénomènes circulatoires, nerveux et sécrétoires retenti! au loin et provoque l'apparition de troubles fonctionnels variés ; la tension abdominale s'élève rapidement. Mais la durée de cet éréthisme est d'autant plus fugace qu'il est plus prononcé; la tension abdominale baisse missi brusquement qu'elle

s'était accrue; les spasmes s.- résolvent, les réactions de toute nature s 'éteignent ; avec l'épuisement, d'autant plus accusé que l'cfïortavait été plus violent,apparaissentdes symptômesde nature spéciale, vertiges, lassitude, anéantissement, défaillances, besoins de prendre, etc. C'est donc à la brusquerie des variations de la tension abdominale, au passage rapide d'une tension élevée à une tension faible qu'il faut attribuer tous les symptômes que nous avions mis autrefois sur le compte de l'hypotension abdominale. En réalité, c'est bien chez les malades à tension abdominale habituellement faible qu'on les observe, mais l'hypotension ne constitue qu'un terrain nécessaire. Uniformisons le travail de ladigestion, supprimons par un régime approprié les spasmes et les réactions extrêmes, et nous ferons du même coup disparaître les malaises, sans cependant avoir modifié beaucoup l'état habituel de la tension abdominale.

Nous avons vu précédemment que c'était aux variations du tonus digestif et par conséquent de la tension abdominale qu'il fallait attribuer l'apparition et la cessation du phénomène physiologique de la faim. C'est également dans les troubles du tonus gastro-intestinal qu'il faut chercher l'interprétation de toutes les anomalies de l'appétit, si communes chez les dyspeptiques. Nous avons parlé incidemment à plusieurs reprises, de la fringale, de cet impérieux besoin de prendre, de «cette faim cruelle », comme nous disait un malade, qui survient brutalement et se calme immédiatement par l'ingestion d'une gorgée de liquide ou d'une minime quantité d'aliments. Une brusque dépression de la tension abdominale fait naître ces pénibles sensations ; le réveil de la tonicité digestive produit par le contact de l'aliment les fait aussitôt disparaître. Il est d'autres malades dont la faim moins aiguë, pour ainsi dire, mais tout aussi impérieuse, ne peut jamais être satisfaite. Ils en arrivent à ingurgiter des quantités prodigieuses d'aliments, et cela sans interruption; certains avouent <pie, honteux de leur voracité, ils se cachent pour manger. Ces

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faims insatiables surviennent par périodes et se prolongent pendant un laps de temps variable de quelques jours à quelques semaines, après lequel l'anorexie est absolue. Une malade, que nous avons observée, dont l'appétit est habituellement nul et qui (doit se contraindre pour manger, est prise régulièrement, la veille ,de ses règles, d'un appétit formidable; elle a la sensation d'un vide immense qu'il faut combler ; elle mange tout ce qui lui tombe -sous la main, sans arrêt, sans répit. Chez une autre catégorie dé imalades, qui présentent également cette particularité de n'être jamais rassasiés, le besoin de remplir la cavité digestive est moins i impérieux ; ils avouent n'être jamais satisfaits, mais ils savent i résister à leur faim et sont assez sages pour ne pas poursuivre lia réalisation d'un désir impossible à contenter.

On voit par ces exemples que la disparition de la sensation de lia faim n'est pas seulement le fait de la réplétion de la cavité gasi trique par une masse alimentaire plus ou moins volumineuse, imais bien le résultat d'une action spéciale de l'aliment sur la i tonicité digestive. Si certains malades éprouvent un besoin conlii miel de manger, c'est qu'ils ont un tonus digestif faible et comme ■ engourdi que le contact de l'aliment est impuissant à réveiller ; i et que les réactions digestives de toute nature sont trop peu accentuées pour relever la tension abdominale à un niveau satisfaisant.

Nous pouvons mettre en opposition avec ces malades ceux qui, i doués d'un appétit normal ou exagéré, voient leur faim satisfaite dès les premières bouchées qu'ils absorbent. Nous avons à faire ici à des tubes digestifs également faibles, mais plus irritables ; l'absorption d'une minime quantité d'aliments suffit pour provoquer un ballonnement considérable ; la brusquerie des réactions aboutit à la sensation de plénitude et à l'impossibilité de continuer le repas.

La variété d'anorexie que l'on a qualifié d'anorexie nerveuse, est passible d'une interprétation de même ordre ; elle correspond

1"° K.MM.OKATION l>KS OKfiA N'ES DIGBSTIKS

à '"I étal d'atonie ou d'engourdissement profonddes voiesdis-ea* tives; la faim est, en dernière analyse, un phénomène d'activité qui ne peut prendre naissance que dans un tube digestif donl la tonicité n'est pas tombée au-dessous d'un certain minimum. Lorsque, chez les dyspeptiques insatiables dont nous parlions toul à l'heure, on voit l'anorexie absolue succéder à une période de faim exagérée, c'est qu'un état plus profond d'atonie s'esl produit, sous l'influence de la masse énorme d'aliments ingérés et de l'excès de travail imposé à un tube digestif naturellement faible.

Nous n'ignorons pas que toutes ces anomalies de l'appétit sont généralement mises sur le compte de l'hystérie ou de la névropathie. Quelle que soit la part qui revienne dans ces phénomènes à l'élément nerveux que nous sommes loin de méconnaître, il n'en est pas moins hors de doute qu'ils correspondent à des états objectifs de la tonicité digestive et de la tension abdominale, ("est sous cette face qu'il faut envisager tous ces faits curieux, si on veut leur trouver un intérêt théorique et pratique réel, si l'on est décidé à ne pas se laisser griser par la piperie des mots.

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