Voyez Accent rhythmique
pendants, aussi bien des sons forts marquant la mesure, que de ceux qui délimitent les rhythmes? Nulle coïncidence, nulle régularité; ces sons forts détruisent les accents métriques et rhythmiques pour s'approprier plus de force, plus d'éclat.
Que plusieurs de ces sons se produisent sans interruption, et l'exécutant épuisera pour les exprimer toute son énergie, tout son élan. Comme il s'anime! comme il se passionne! comme il s'agite! comme il s'emporte! Il vous entraîne tous, Raletants, jusqu'à ce que lançant par un suprême effort, les derniers feux de son âme, sa voix fléchit, succombe et expire en jetant le frisson dans l'auditoire. Voilà l'accent pathétique ' et le mouvement passionnel. Ils résultent des efforts faits par l'artiste pour mettre en relief certaines notes irrégulières, c'est-à-dire étrangères à la gamme ou au mode dans lesquels la phrase se trouve ou qui brisent la régularité des accents métriques, rompent la symétrie des rhythmes, et, par conséquent, choquent, heurtent le sentiment.
Remarquez, enfin, les contrastes qui résultent de la succession des sons forts produits par l'exaltation du sentiment, et des sons faibles murmurés par sa prostration; les oppositions qui dérivent de l'enchaînement des phrases forte et des phrases piano. Suivez les gradations insensibles qui vont du pianissimo au fortissimo. Suivez les nuances parcourues par l'artiste depuis les déchaînements de la véhémence jusqu'aux plus doux accents de la tendresse et vous serez en possession des principaux éléments d'une bonne exécution.
Tels sont les phénomènes que présente l'audition attentive d'un beau morceau de musique expressive.
Résumons leur énumération. Les sons forts qui excitent les mouvements de votre tête et de vos pieds font sentir la mesure: ce sont des accents métriques; ils s'adressent surtout à l'instinct musical.
Les sons forts qui coïncident avec le commencement des vers, des césures, marquent les différentes cadences et repos résultant des phrases et membres de phrases: ce sont des accents rhythmiques; ils s'adressent surtout à l'intelligence musicale et remplissent en musique la même fonction que la ponctuation dans le discours.
Enfin, les sons forts, distincts des accents métriques et rhythmiques qui surviennent d'une manière exceptionnelle imprévue, marquent les notes susceptibles de déplacer la tonique, de changer le mode, de briser la régularité de la mesure ou du rhythme; ces sons sont des accents pathétiques ; ils s'adressent surtout au sentiment musical.
Ici encore nous rencontrons les trois éléments dont nous parlions dans notre premier essai2.
A l'instinct, l'accent métrique; à l'intelligence, l'accent rhythmique; au sentiment, l'accent pathétique.
Bien que la mesure soit une chose capitale, l'accent métrique doit s'effacer devant X accent rhythmique3.
<l. Pathétique, du grec Pathos, sentiment, passion; ce qui émeut, qui touche profondément.