Voyez nos Exercices de piano, page
sans les rendre agaçants, spasmodiques; s'il les fait petits, l'orchestre ne les distinguera pas assez nettement, et la mesure sera perdue. Bon gré, mal gré, le chef d'orchestre sera obligé d'abandonner les trois mouvements, de les fondre en un seul, où l'on distinguera pourtant, par l'accent renforcé, le premier tiers du temps ou son fort, remplissant encore, en un certain degré, le rôle du temps fort de la mesure initiale à 3 temps. Par cette simple substitution de mouvement, il réunira 2, 3 et même 4 mesures à 3 temps en une seule.
Et voilà engendrée, tout naturellement, la mesure composée: mesure à deux, à trois et à quatre temps ternaires. Et dans le fond, rien n'est changé au caractère de la mesure, ni du morceau. Autant les mesures vives à 3 temps sont agaçantes, autant leurs dérivées sont calmes, rondes et pleines d'ampleur. La raison en est fort simple : les notes fortes s'accentuent, comme auparavant, de 3 en 3, seulement ces notes fortes, au lieu de commencer des mesures, ne commencent plus que des temps.
Ainsi les valses qui, autrefois, étaient exclusivement écrites à | ou f , se rencontrent fréquemment, aujourd'hui, à f , f , etc., et, à coup sûr, si elles sont exécutées par un orchestre, le chef bat une mesure à 2 temps; il ne fera que 2 mouvements pour 2 mesures, au lieu de 6, réunissant ainsi 2 mesures simples à 3 temps en une mesure composée à 2 temps.
L'Invitation à la valse, de Weber, par exemple, est écrite à f ; qu'on l'exécute au théâtre ou au concert, si admirablement orchestrée par Berlioz, et elle formera une mesure composée à f très-accélérée, c'est-à-dire une mesure à 2 temps. Le chef d'orchestre, au lieu de faire 24 mouvements pour 8 mesures, n'en fera plus que 8.
On appelle donc, dans le langage reçu, mesures composées, celles qui sont faites avec des mesures simples. Les mesures simples à 3 temps, dans un mouvement très-vif, sont les seules dont on fasse des mesures composées.
Si l'on veut transformer des mesures simples en mesures composées, il faut supprimer dans les morceaux à mesure simple à 3 temps une barre de mesure sur 2 et on obtiendra des mesures composées à 2 temps. Exemple:
Weber. Invitation à la valse.
BË^B
Ju
-t-fV
Effet à l'orchestre
En enlevant 2 barres sur 3, on obtiendra des mesures composées à 3 temps.
En enlevant, enfin, 3 barres de mesures sur 4, on obtiendra des mesures composées à 4 temps.
Gardez-vous pourtant de croire qu'on puisse transformer tous les morceaux à mesure simple à 3 temps en mesures composées à 3 temps.
Par exemple, l'Invitation à la valse peut bien être réduite en mesures composées à 2 et à 4 temps, mais non à 3 temps, parce que la note initiale du rbythme devant toujours tomber sur le même quantième de temps, celte coïncidence n'aurait plus lieu; la note initiale du rhythme tomberait tantôt sur le 1er, tantôt sur le 2e et tantôt sur le 3e temps, ce
qui rendrait le rhylhme boiteux. Donc, c'est le rhythme qui indique et décide si les morceaux écrits en mesures simples peuvent être transformés en mesures composées à 2, 3 ou 4 temps. Bien entendu, de même que les mesures simples peuvent être condensées en mesures composées, on décomposerait celles-ci en mesures simples par l'adjonction de nouvelles barres de mesure.
Si nous réunissons en une seule mesure deux mesures simples à 3 temps, dont les formules sont |, f, f,5ii, nous obtiendrons les formules des mesures composées suivantes: f, f, fi tV. Si nous en réunissons 3, nous obtiendrons les formules f, £, |, ■&; enfin, si nous en prenons 4, cela nous donnera *£, *$; ^, ff. On voit que les numérateurs 6, 9, 12 indiquent des mesures composées, c'est-à-dire faites avec 2, 3 ou 4 mesures simples à 3 temps.
Tableau des formules des mesures composées.
Mesures composées à 2 temps, dérivant de2 mesures simples à 3 temps.
3 blanches ou 1 ronde pointée par temps.
S noires ou 1 blanche pointée par temps.
3 doubles croches ou 1 croche pointée par temps.
/S Fiï
Mesures composées à 3 temps, dérivant de 3 mesures simples à 3 temps.
3 blanches ou 1 ronde pointée par temps.
3 noires ou 1 blanche pointée par temps.
1 JiJ J!J JiJ
3 croches ou 1 noire pointée
3 croches ou 1 noire pointée
par temps.
par temps.
doubles croches ou 1 croche pointée par temps.
fTè ffé JS
Mesures composées à 4 temps, dérivant de 4 mesures simples à 3 temps.
3 blanches ou 1 ronde pointée par temps.
1? JJJ JJJ JJJ JJJ
3 noires ou 1 blanche pointée par temps.
<*UJ J^J JiJ UJ
3 croches ou 1 noire pointée par temps.
3 doubles croches ou 1 croche pointée par temps.
**I7î i53 ffl ffi
Dans ces mesures aussi, le numérateur indique le nombre de notes que contient la mesure , mais chacune d'elles est un tiers de temps.
Le dénominateur indique la nature de ces notes: blanche, noire, croche, etc.
Dans toutes ces mesures, la durée absolue de chaque temps dépend, comme dans ies mesures simples , uniquement du mouvement indiqué par le chiffre métronomique ou par des mots italiens. Ainsi, dans un égal mouvement, la blanche pointée dans la mesure à f a identiquement la même durée que la noire pointée dans la mesure à f .
H. Les mesures composées f, f et ^ ont été écartées, la musique moderne n'ayant pas de signe pour représenter 3 rondes comme unité de temps.
Ce qui caractérise les mesures composées, c'est que les temps y sont soumis à la division ternaire et que la note qui représente l'unité ou le temps, est une note composée : blanche pointée ( J.), noire pointée ( I )', etc. S'il se présente dans ces mesures un temps composé de 2, 4, 5, 8 notes d'égale valeur, il forme une exception appelée olet. De là, duolet, quarlolet, quintolet, septolet, octolet, etc. Exemples:
Th. Ritter. Les Courriers.
^JF*fg^fe^*Hȣ^Bg
Chopin. Op. 9, n° 3. Nocturne.
espress,
Dans ce passage, Chopin emploie le quarlolet, 4 croches au lieu de 3; quelques mesures auparavant il emploie le quintolet et le septolet, c'est-à-dire 5 croches au lieu de 3, et 7 doubles croches au lieu de 6.
Cette théorie des mesures composées justifie et légitime, enfin, l'emploi du double signe, de la blanche pointée, de la noire pointée, etc., comme unité de temps. En effet, puisque le temps représente dans les mesures composées une mesure simple à 3 temps condensée, il doit nécessairement porter en lui la trace de son origine. Or, dans toutes les mesures simples à 3 temps, la note qui vaut une mesure entière ne peut s'écrire avec un signe simple, il faut une blanche pointée pour la mesure entière à f ; une ronde pointée pour la mesure à f, etc. Donc, dans les mesures composées, le temps représentant une mesure simple entière, il est nécessaire que ce double signe, cette blanche pointée, cette ronde pointée, etc., soit conservée pour exprimer le temps.
Au contraire, il est à remarquer que, dans les mesures composées, aucune note pointée n'est susceptible de représenter une mesure entière. Une blanche pointée, quoique valant 6 croches, ne pourrait pas représenter clairement une mesure entière à f. C'est que, pour être rationnellement représentées, ces mesures demandent que la note, le signe valant la mesure entière, porte en lui un cachet net de divisibilité en deux moitiés ou deux temps. Or, la blanche pointée, quoique valant 6 croches, ne porte pas en elle l'évident caractère de divisibilité en deux fois 3 croches, ou 2 noires pointées. En un mot, dans les mesures composées on doit, pour peindre la mesure, écrire la note composée qui représente un temps autant de fois qu'il y a de temps. Exemple : J> J# | J. I | J# J J, || .
Généralement les mesures composées sont correctement écrites; les temps y sont bien distinctement séparés. Cependant, ici encore, on se laisse aller à des négligences. Exemples:
Clémenti. Gradus, n° 75.
iflS
Ie-»
SSi^ss^
Ut
gl£ÊÉ
:^=Stt
au lieu de :
±sfe
fzt
2e Période d'un Offertoire
ri
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^swÈ^^m^^^i
ÎBE
Il est impossible d'accentuer correctement en suivant cette écriture. Voici comment ce passage devrait être écrit :
En jetant maintenant un coup d'œil sur les tableaux que nous avons donnés, nous voyons qu'il y a 15 différentes formules pour les mesures simples et 12 pour les mesures composées, en tout 27 manières d'exprimer ce simple fait: un son fort suivi de 1, de 2 ou de 3 sons faibles '.
Ajoutez à cela le déplorable usage qui s'est introduit, comme pour multiplier encore les difficultés, de ne pas grouper les notes formant le temps, et vous comprendrez les perplexités dans lesquelles se trouve souvent l'exécutant.
Sans doute, les 27 sortes de mesures ne sont pas toutes également usitées; celles qui offrent le plus de bizarrerie, se présentent rarement; mais c'est précisément dans celles-ci que l'élève, sinon le professeur, pris au dépourvu, commet le plus de fautes d'accentuation s'il ne possède des principes sûrs et rationnels pour le guider dans ce dédale.
§ 3. Des Mesures mixtes et alternées.
Si quelques-unes de ces 27 sortes de mesures ne sont pas usitées, il en existe qui ne se trouvent pas non plus dans nos tableaux. Cela n'a rien de surprenant. Égaré, désorienté par des principes équivoques et confus, on ne doit plus reculer devant aucune étrangeté. Nonseulement on fait des mesures à 5 temps, que nous appellerons des mesures alternées2, une
1. Il est remarquable que Mozart, dans toutes ses Sonates pour le Piano, n'emploie pas une seule fois la mesure ayant pour numérateur 9, et Beethoven n'en fait usage que 2 ou 3 fois dans toutes ses Sonates pour Piano.
2. On en trouve des exemples dans la Dame blanche, suite de lacavatine: «Viens, gentille dame»; dans Mireille, «chanson de Magali », où, alternativement, il y a une mesure §, suivie d'une autre à f. Nous ne croyons pas que ces bizarreries aient été pour beaucoup dans le succès de ces deux opéras.
mesure à 3 temps, suivie d'une à 2, ou une à 2 temps suivie d'une à 3 temps, mais encore des mesures mixtes présentant au piano pour chaque main des mesures différentes'.
On a été plus loin encore; on est allé jusqu'à prendre les plus petites fractions de la ronde pour en faire des dénominateurs. Dans le premier livre des Éludes de Cramer, n° 31, on trouve, à la main droite, une mesure H ou 24 doubles croches, et à la main gauche une mesure à f.
En apparence, c'est une mesure mixte. En réalité, c'est tout simplement une mesure à 4 temps avec un sextolet pour chacun à la main droite; seulement, au lieu de grouper les doubles croches par sextolet, on les a groupées par triolet. Fort heureusement, la mesure est correctement écrite et les 8 groupes de 3 doubles croches en sont bien délimités, ce qui prévient toute difficulté d'accentuation.
Dans la septième Étude du second livre, Cramer indique une mesure analogue par un JE-
Dans la Sonate en ut mineur de Beethoven (op. 111), on rencontre une mesure à ^f s. Dernièrement nous avons rencontré deux prières pour orgue dont une à f et l'autre à *$-. Cette dernière est évidemment du plain-chant tout pur.
Il est inutile de familiariser le lecteur avec de plus grandes et de plus nombreuses bizarreries.
1. Voir la Lucie de E. Prudent, page 14, où il va une mesure à f pour la main droite, une mesure à f pour la gauche. H. Herz, op. 168 , Écume de mer, page 10, emploie pour la main drorle la formule f et pour la gauche, la formule g. Dans Don Juan, 1er acte: «Veni con me, ma vita», Don Juan a une mesure à f , tandis que Leporello chante dans une antre à f.
2. Un simple coup d'œil jeté sur ce morceau nous apprend que Beethoven s'est trompé. En effet, qu'y voyons-nous? Partout, dans chaque mesure, 3 groupes de 8 notes, soit à la main droite, soit à la main gauche.
Donc , c'est une mesure à 3 temps , bien que le numérateur 1 2 de la formule |f en indique une à 4 temps , avec 3 triples croches ou une double croche pointée pour chaque temps. Ici le numérateur 12 indique simplement le nombre de notes qui se trouvent dans la mesure et non le nombre de tiers de temps. Pour obtenir 4 temps, il faudrait disloquer les 3 groupes d'un bout à l'autre du morceau , et en faire 4; prendre du 1er groupe les 6 premières notes pour en former le 1er temps; réserver pour le 2e les deux dernières du 1er groupe et les 4 premières du 2e, etc. Il est de toute évidence que cela dénaturerait la mesure, et que Beethoven n'a pas eu l'intention d'écrire une mesure à 4 temps. Quel est donc son secret, sinon son erreur? car il nous répugne de prendre en défaut cet incomparable génie! C'est que Beethoven a considéré ici la triple croche sans la pointer comme valant 3 quadruples croches (ou une triple croche et une quadruple croche) sans indiquer cette division ternaire par un triolet, comme il le fait quelques mesures plus loin dans le passage à $j. Donc, c'est simplement une mesure à f , avec 4 triples croches pour chaque temps, considérée chacune comme valant un triolet (3 quadruples croches, ou une triple croche et une quadruple croche). De là, la formule ^f, quoiqu'on y rencontre l'équivalent de 18 et non de 12 triples croches, c'est-à-dire 12 triples croches et 12 quadruples croches. En tout cas, cette mesure est plus facile à jouer qu'à expliquer. Nous engageons professeurs et élèves à la décomposer, à considérer chaque groupe ou temps comme une mesure et à compter 4 temps pour chacun.
Nous sommes étonné que Beethoven n'ait pas employé la formule ff , au lieu de £§ , car, en réalité, il y a 36 quadruples croches dans chaque mesure. On rencontre, dans les différentes éditions des Sonates de Beethoven , des formules fort variées pour ce passage. Ainsi , l'édition Ikelmer porte la formule ff . Il nous est impossible de découvrir plus que la valeur de 18 triples croches dans ces mesures; donc, c'est encore une fausse indication.
§ 4. Régies de l'accentuation métrique.
L'accent métrique ayant pour but de faire sentir la mesure, le temps et ses divisions, il importe surtout de connaître la note qui commence la mesure, le temps et chacune de ses divisions.
Dans l'intérêt même de leur œuvre, les compositeurs devraient, pour venir en aide à l'exécutant, mettre en évidence la note qui doit recevoir l'accent, lui donner du relief. Ce résultat serait obtenu s'ils adoptaient, pour représenter le temps divisé en plusieurs notes, la barre horizontale avec ses sous-lignes rationnellement brisées, fractionnées; malheureusement, il n'en est pas ainsi1.
Dans la musique vocale surtout, au lieu de grouper les notes par temps, ils isolent chaque note qui correspond à une syllabe; par contre, si plusieurs notes, quoique appartenant à des temps ou fractions de temps différents, se rapportent à une seule syllabe, ils les lient ensemble sans que ce groupe porte la démarcation du temps ou de ses fractions.
Il est impossible de nier la confusion que ce procédé jette sur l'interprétation, ni l'embarras qui en résulte pour l'exécutant; si celui-ci ne possède un sentiment exquis ou des principes rationnels, à chaque mesure il fera des contre-sens, des fautes d'accentuation qui nuiront à la clarté, à la poésie de l'œuvre exécutée.
La théorie de la mesure que nous venons d'exposer, nous fournira toutes les lumières nécessaires pour nous reconnaître dans ce dédale de formules métriques, et nous permettra d'accentuer avec intelligence et connaissance de cause. Résumons-la en quelques règles qui, dans toute circonstance , puissent aider l'exécutant.
1° La première note de chaque mesure doit être forte, accentuée. 2° Dans les mesures à 2 temps, avec une seule note par temps, le 2e est faible. 3° Dans les mesures à 3 temps, avec une seule note par temps, le 2e et le 3e sont faibles. Exemples2: