F. A. GEVAERT
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Noua prendrons la liberté de reproduire ici, par ordre de date, quelques-unes des lettres qui nous ont été adressées, et de rappoHer quelques extraits des journaux qui ont bien voulu entretenir le public de notre ouvrage, HONORÉ de LA SOUSCRIPTION DE M. LE Ministre des Beaux-Aets.
Lettre de II. Félicien DAVID, membre de l'Institut de France, officier de la Légion d'honneur.
Monsieur, J'ai lu avec le plus grand intérêt TOtre Traité de l'Expression musicale. Vous avez résolu un problème considéré jusqu'à ce jour comme insoluble. Vous avez bien mérité de l'art et je ne doute pas que le public et les compositeurs surtout ne vous en soient reconnaissants. Recevez, Monsieur, avec la pleine approbation de votre travail, l'assurance de mes sentiments distingués.
Félicien David.
Lettre de M. MARMONTEL, professeur au Conservatoire de Paris, chevalier de la Légion d'honneur.
Monsieur et cher Collègue,
J'ai lu avec le plus vif intérêt votre Traité de t Expression musicale.
Cet ouvrage est riche d'observations judicieuses, et contient, dans son ensemble et dans ses diverses parties, grand nombre d'excellents préceptes qui affirment votre esprit d'analyse, le soin extrême et la volonté persistante que vous mettez à formuler un enseignement logique, méthodique de la phrase et de 1' accent musical, SOit HHYTHMIQUE, SOit PASSIONNEL.
Professeurs et élèves pourront puiser dans votre traité de précieux conseils et des principes certains sur la manière d'interpréter, dans le sentiment et la couleur voulus, les œuvres des maîtres.
Mes sincères compliments au musicien distingué, à l'artiste de goût et aussi à l'écrivain réfléchi qui dit si bien et si juste ce que d'autres se contentent de penser tout bas.
Je vous le répète, j'ai lu avec grand plaisir votre intéressante étude, qui doit être connue et appréciée par tous les musiciens.
Marjiontel.
Lettre de II. G. HATHIAS, professeur au Conservatoire de Paris, chevalier de la Légion d'honneur.
Mon cher Lussy,
Voltaire disait à Grétry : « Vous êtes musicien et vous avez de l'esprit ! » Que vous aurait-il dit à vous, philosophe, logicien, esthéticien et grand musicien aussi ! Votre livre devrait avoir pour titre : > Philosophie de l'exécution musicale ». Ce n'est qu'à notre époque si féconde en misères et eu grandeurs qu'un pareil ouvrage pouvait être écrit.
Vous êtes à la fois le Victor Cousin et le Claude Bernard de l'analyse musicale. Par des procédés de l'analyse psychologique et physiologique la plus délicate, la plus judicieuse, vous nous expliquez ce que nous ne faisions que sentir. Quoi qu'en dise Molière, quand il prétend qu'il ne faut pas chercher le pourquoi de ce qui nous prend par les entrailles, c'est rendre le plus grand, le plus complet hommage aux belles choses que de démontrer leur conformité avec les lois générales. Je ne suis pas de ces gens, trop nombreux chez nous, qui disent que cela leur gâte leur plaisir que d,'en savoir le pourquoi ; je vous remercie pour mon esprit, pour mon intelligence, d'avoir écrit votre beau Traité de l'Expression, et le meilleur souhait que je puisse adresser à mes confrères, c'est qu'ils se mettent le plus tôt possible à même de faire comme moi.
La musique et les musiciens vous doivent une grande reconnaissance.
G. Mathias.
Lettre de M. Oscar COMETTANT, directeur de l'Institut musical.
Cher Monsieur Lussy,
Je vous remercie de l'hommage que vous avez bien voulu me faire de votre ouvrage : Traité de l'Expression musicale.
Je l'ai lu avec une ardente curiosité et un intérêt sans cesse stimulé par la nouveauté du sujet.
Tout est neuf et saisissant, en effet, dans ce livre musical et philosophique qui fait mentir le proverbe : « Il n'y a rien de neuf sous le soleil ».
Bravo ! voilà un livre, un vrai livre qui a sa place marquée dans la bibliothèque des musiciens instruits et des amateurs intelligents.
Je pense avec vous qu'il n'y a rien d'arbitraire dans l'expression, et que ses phénomènes se produisent sous l'empire d'une loi comme tous les phénomènes naturels.
Les compositeurs, en accentuant leurs œuvres, n'obéissent point au caprice, ils se soumettent à des lois non encore formulées. Vous avez eu le très-grand mérite de les découvrir et d'en composer un corps de doctrine dont l'esthétique va se trouver enrichie.
Et j'admire votre modestie qui donne à vos mérites une physionomie toute charmante.
Vous dites : « Je n'ai eu qu'à rechercher les notes et ^es passages qui ont le plus particulièrement la puissance d'impressionner et d'exciter le sentiment de l'exécutant, de les classer, de découvrir la cause et de déterminer le mode de leur action sur le sentiment, enfin de formuler la loi de celte action. »
C'est-à-dire, mon cher Monsieur Lussy, que vous aviez tout à faire, que vous l'avez fait avec une méthode excellente et une clarté parfaite.
Reicha a écrit un traité de mélodie, et c'est un de ses titres à l'estime universelle des musiciens. Vous avez fait quelque chose de plus hardi en formulant les lois de l'expression, et vous avez bien mérité de l'art en livrant votre excellent livre à la publicité.
Je vous serre bien cordialement la main. ,, • Oscar Comettant.
Lettre de M. CASAMORATA, de l'Institut royal de musique de Florence.
Je ne crois pas que le livre de M. Lussy puisse suppléer le défaut du sentiment esthétique et musical dans l'élève, mais je pense qu'il est tout ce que l'on peut désirer de mieux pour développer et perfectionner ce sentiment s'il existe, même dans un état tout à fait rudimeutaire. Du reste, ce livre, en traitant une matière jusqu'à présent inexplorée, révèle dans son auteur une grande finesse d'observation et d'analyse, jointe à une puissante faculté de synthèse et une vaste érudition. J'aimerais le voir traduit en italien à l'avantage de la généralité des musiciens mes compatriotes.
Casamohata,
Président de l'Institut royal de musique de Florence.
Mes félicitations et remerciements à M. Lussy, pour le talent vraiment supérieur avec lequel il a su fixer des règles très-exactes sur l'expression musicale et dont nous étions complètement dépourvus jusqu'à présent.
E. Delle Sedie.
C'est avec le plus vif intérêt, avec le plus grand attachement que j'ai lu le Traité de l'Expression musicale. Enfin ! voilà donc un ouvrage utile, je dirais même indispensable ; bien conçu, bien pensé, bien fouillé. Puisse ce livre devenir le dictionnaire de nos jeunes musiciens ! ils y trouveront les renseignements les plus précieux, qu'ils chercheront vainement ailleurs.
F. Wartel.
Monsieur,
Les principes du livre m'ont paru au-dessus de ses préceptes proprement dits, et l'esprit du « livre supérieur au livre lui-môme ».
Si la tâche que vous avez entreprise est périlleuse en elle-même, du moins ne l'avez-vous réalisée qu'au nom et en vertu des principes auxquels il serait à souhaiter que l'on songeât plus souvent.
Ch. GouNOn.
Nous avons sous les yeux un ouvrage d'autant plus intéressant qu'il est unique dans son genre, et qu'aucun travail analogue n'existe en aucune langue.
Le Traité de l'Expression musicale de M. Lussy ouvre une voie nouvelle, en donnant des principes et des règles basées sur la logique, et permettant d'exécuter non tel ou tel morceau, plus ou moins facilement appris, mais tous les morceaux, avec le sentiment qui leur convient.
On s'étonnera sans doute que l'expression musicale soit soumise à des règles précises, et on nous objectera que la façon d'interpréter varie suivant la nature des interprètes. Mais cette variété n'offre pas des disparates aussi sensibles qu'on pourrait le croire; elle consiste dans des nuances extrêmement délicates. Comparez le jeu des divers artistes, les annotations et accentuations des grands professeurs, MM. Moschelès, Marmontel, Le Couppoy, etc., dans leurs éditions des œuvres de Beethoven, de Mozart, et vous acquerrez la certitude que dans les mêmes passages les artistes manifestent des expressions identiques, sans autre particularité que celle qui résulte de leur virtuosité plus ou moins grande, de leur sensibilité plus ou moins développée.
C'est donc en comparant le style des artistes, les éditions annotées par les professeurs les plus renommés, que M. Lussy est parvenu à fixer les règles de l'expression, et à écrire un ouvrage didactique parfaitement clair et pouvant trouver son application pratique tout comme un traité d'harmonie ou de mélodie.
Il existe, en effet, un traité de mélodie de Reicha, où cette chose purement idéale, la pensée musicale, est analysée de telle sorte qu'on est bien surpris de voir que l'imagination la plus capricieuse obéit toujours à des règles qui découlent de la nature même de l'homme et de la logique, à laquelle tout est soumis ici-bas.
Si donc on est parvenu à écrire un traité de mélodie, il n'y a rien de plus extraordinaire d'avoir pu établir les principes d'après lesquels cette mélodie, éclose sous l'empire de tel ou tel sentiment, doit être exprimée.
« Sans doute, dit l'auteur, les faits qui éveillent et excitent le sentiment musical sont fugitifs, mais ils ne sont pas insaisissables ; on ne sent pas ce qui n'existe pas. Leur réalité s'affirme donc dans les impressions et les sensations qu'ils engendrent. Pour exciter ainsi le sentiment et en faire jaillir l'expression, ne faut-il pas qu'ils soient une réalité matérielle et par conséquent susceptibles d'observations ? »
La clarté avec laquelle M. Lussy expose ses principes nous a particulièrement frappé. Rien de vague, d'indécis dans ses théories, appuyées de nombreux exemples musicaux intercalés dans le texte.
Les chapitres de la phraséologie musicale, de l'application des paroles à la musique, de l'accentuation pathétique, nous ont le plus particulièrement frappé. Ce dernier surtout nous a séduit par l'élévation des vues jointe à la clarté de l'expression, qui rend pratique l'application des principes dont le sentiment est l'unique point de départ.
« L'accent pathétique, dit M. Lussy, n'est assujetti à aucune sorte de régularité. Il peut envahir une seule note ou plusieurs notes consécutives ; il peut tomber partout, aussi bien sur les « temps faibles » que sur les f temps forts • des mesures, aussi bien sur la note « finale » que sur la note « initiale » des rhythmes.
« L'essence de son caractère se définit par ce seul mot : « l'imprévu ». Mais quelle que soit sa place, il provoque les contrastes les plus délicats, les alternatives les plus émouvantes. Sous l'empire de son influence persistante, l'artiste subjugué, entraîné, traduit ses émotions non-seulement par un redoublement d'énergie, par une recrudescence de sonorité, mais encore par une accélération de vitesse, nécessairement suivie d'une lassitude, d'une sorte d'alanguissement dans le son et dans le mouvement, d'où naissent mille oppositions charmantes, mille nuances poétiques. »
La tonalité, la mesure, le rhythme, sont les trois éléments sur lesquels M. Lussy a cherebé et trouvé les bases de l'accentuation pathétique. De ces trois éléments, l'auteur du Traité de l'Expression musicale a tiré la raison logique qui imprime à notre sentiment le triple besoin d'attraction, de régularité et de symétrie auquel il obéit.
Comme le dit fort justement M. Lussy, à peine le sentiment a-t-il perçu un groupe de sons assujettis aux lois de la tonalité, de la mesure et du rhythme, qu'il préjuge et désire la succession d'un groupe analogue. En d'autres termes, à peine l'oreille a-t-elle perçu le premier rhythme d'un air, qu'elle préjuge et désire un rhythme semblable dans le même ton, dans le même mode et avec la même disposition des notes.
« Donc, ajoute l'auteur, toutes les fois que se présentent une ou plusieurs notes étrangères à la gamme, ou au mode dans lesquels se trouve le commencement d'un air, — notes susceptibles, par conséquent, soit de déplacer la tonique, soit de changer le mode, soit de retarder le repos final et d'imposer à l'oreille d'aulres désirs, d'autres attractions; — toutes les fois que se présentent des notes irrégulières, inattendues, insolites, qui brisent la régularité des accents métriques ou qui détruisent la symétrie du dessin rbythmique initial, il faut, pour ainsi dire, les imposer au sentiment, qui en est choqué, désorienté, étonné. Son premier mouvement est de regarder ces notes comme fausses; mais sentant aussitôt qu'elles sont conformes aux lois de la tonalité, de la modalité, de la mesure et du rhythme, et qu'elles tendent seulement à former une nouvelle gamme, un nouveau centre d'attraction ou un nouveau dessin rhythmique, il fait effort pour les accepter. L'artiste manifeste naturellement ses impressions par une sonorité plus intense et par une animation plus grande, bientôt suivies d'épuisement et de langueur. »
Le lecteur peut juger par ces citations de l'esprit qui a guidé M. Lussy dans son important ouvrage, fruit de longues médifations, de patientes recherches, d'observations multipliées.
Nous espérons que les artistes, les amateurs, tous ceux enfin qui s'occupent de musique, voudront connaître cette belle étude, qui ouvre des horizons nouveaux à l'art de l'interprétation, en répondant tout à fait à l'esprit moderne, qui veut mettre d'accord la logique et le sentiment, la science et l'idéal, et montrer que dans le domaine de la pensée, la nature humaine est soumise à des lois qui tirent leur origine de faits matériels et physiques, seules bases solides sur lesquelles doit s'appuyer l'esthétique de l'avenir.
Quoique inachevé, le Traité d'Expression de M. Lussy a été accepté à l'Exposition de Vienne, où il a attiré l'attention des hommes spéciaux. Le jury a honoré le musicien érudit et modeste, qui a résumé dans ce volume les observations recueillies pendant vingt années d'études et de méditations, de la seule médaille accordée aux ouvrages de musique de la section française.
{Extrait de la Liberté du 30 juin et du 2 septembre 1873.)
Un livre d'enseignement a rarement la bonne fortune de réussir d'emblée, surtout lorsqu'il s'adresse à des lecteurs à demi informés, et qui, sous prétexte qu'ils sont des professeurs ou des artistes, croiraient déchoir en ouvrant jamais une grammaire. J'ignore si les découvertes que vient de faire l'auteur du Traité de l'Expression musicale, et qu'il expose avec une irrésistible clarté de discussion, triompheront aisément du mauvais vouloir des gens trop instruits pour consentir à prêter l'oreille aux leçons d'une théorie complètement nouvelle; mais ce que je puis affirmer, c'est que l'homme qui, après vingt ans d'application, d'étude et d'expérience, a produit l'ouvrage que je recommande ici, n'est certes pas un artiste ordinaire. « Tout est excellent dans ce livre, parce que tout y est mathématiquement vrai », nous disait naguère le chef d'un conservatoire fort en crédit à cette heure, un de ces princes de l'érudition sur l'autorité desquels on aime toujours à s'appuyer.
Le public confond souvent le sens des mots. A. force de les entendre mal appliquer, il finit par adopter l'acception vulgaire et n'en point comprendre d'autre. Expression, pour la foule, veut dire quelque chose qui relève de l'imagination, de la fantaisie même, quelque chose d'excentrique et d'indépendant de toute règle Or, l'expression est au contraire ce qu'il y a de plus obligé, de moins libre. Ce qui est exprimé a besoin d'être; ce qui existe, c'est l'impression une fois produite. La moitié de ce qu'on appelle génie dépend de l'attention de l'âme, et si vous cherchez bien, vous trouverez le secret de tant d'interprétations absolument fausses dans l'inattention de l'âme qui n'est point frappée et ne reçoit pas d'impression. Faites qu'un coup porte, vous en aurez aussitôt l'écho; il y a d'abord impression produite par certaines notes ou par certains groupes de notes, puis expression, c'est-à-dire traduction, manifestation des impressions reçues. M. Lussy, dans son enseignement, va droit à ce qui doit être senti; bien convaincu que dès lors la traduction sera juste, car un des nonsens les plus curieux de notre langage familier consiste à dire de quelqu'un qu'il sent faux. On peut ne rien sentir, la chose n'arrive que trop fréquemment; mais dès que vous sentez, vous sentez juste. L'esprit peut se tromper, comprendre à faux, mais si l'on peut sentir, la manifestation extérieure de l'impression reçue sera infailliblement juste. Diriger l'attention de notre âme sur les impressions musicales qu'elle doit subir, prouver combien partout la loi est inévitable, combien elle est une, le système de M. Lussy n'a point d'autre but. C'est la première fois qu'à ma connaissance on a démontré l'inséparabilité de l'expression et de la mesure : science des valeurs, secret de toute interprétation équilibrée et juste. Impossible d'échapper à celte loi, soit par labeauté de l'organe, la difficulté vaincue ou le diable au corps
Selon l'auteur, toutes les impressio?is que l'artiste perçoit et qu'il exprime sont provoquées par des irrégularités dans la contexture musicale. L'expression musicale n'est donc que la manifestation des impressions que les notes irrégulières, destructives du ton, du mode, de la mesure et du rliylhme, produisent sur le sentiment.
Les grands artistes ayant en eux l'observation spontanée des lois de la nature, je doute que celte grammaire de l'expression en augmente beaucoup le nombre; mais la masse des exécutants ordinaires doit nécessairement tirer d'immenses avantages d'un tel enseignement, destiné à substituer les principes rationnels, la règle et la théorie à l'observation empirique. Aux natures exceptionnelles le don, aux esprits ordinaires le travail, la faculté de s'approprier par l'élude ce que M. Lussy appelle « la divine intuition qui saisit les irrégularités a tonales, modales, métriques et rhylhmiques », principium et fons de la langue musicale.
(Extrait de la Revue oes Deux-Mondes du 16 juin IS74.)
Le livre dont nous avons â rendre compte aujourd'hui aux lecteurs du Bibliographe musical, est un des plus originaux, des plus neufs de tous les ouvrages didactiques sur l'art musical qui ont paru depuis un siècle. Nous pourrions même dire le plus neuf, le plus original : car, sans refuser à Catel, à Reicha , à Fétis et à tant d'autres les éloges que méritent leurs méthodes et leurs traités ; sans chercher à amoindrir les progrès de tous genres qui se sont produits dans l'enseignement général de la musique, il est certain que les auteurs qui ont participé à ce mouvement ascensionnel, ont eu à leur disposition les modèles laissés par leurs prédécesseurs et qu'ils n'ont fait que les augmenter, les corriger et les perfectionner. Ici.au contraire, M. Mathis Lussy, l'auteur du Traité de l'Expression musicale, a dû tout tirer de son propre fonds sans rien emprunter à personne. Il lui a fallu faire des recherches arides sans autre guide que la sagacité de son esprit; il a dû tâtonner plus d'une fois avant d'arriver à la découverte de la vérité, et n'a pu demander de renseignements aux théoriciens qui l'ont précédé, puisque pas un, avant lui, n'avait pensé à formuler des règles que tout le monde observait et pratiquait, sans se douter qu'elles existassent.
« Y a-t-il des règles constitutives de l'expression î L'artiste ne la cherche-t-il pas dans son cœur, ne la trouve-t-il pas dans son âme, et doit-on imposer des restrictions, peut-on donner des lois à quelque chose d'aussi vague et d'aussi peu perceptible que l'expression ? » Telles sont les objections que nous avons entendu opposer par des musiciens sérieux, érudits môme, au traité de M. Lussy. Mais d'abord, nous demanderons si l'auteur a voulu imposer des lois imaginaires, des règles fantaisistes tirées de son cerveau ? Le lecteur impartial qui aura seulement parcouru ce livre, répondra comme nous, que l'auteur n'a rien inventé et qu'il s'est contenté, ce qui était déjà bien assez difficile, de rédiger, de codifier ce que tous, et particulièrement les musiciens, nous sentons en nous-mêmes, et que nous exprimons, à peu de chose près, de la même manière. Après avoir scruté la nature, après avoir creusé les arcanes de l'art, après avoir envisagé, étudié son sujet sous toutes ses faces, M. Lussy s'est convaincu que l'expression musicale n'a en elle rien d'arbitraire, et que, comme toute chose créée, elle est soumise à des lois primordiales, inéluctables, qu'il n'est pas possible d'enfreindre sans tomber dans le faux et dans l'absurde ; il s'est dit que les artistes observant ces lois sans les connaître, ce serait faire une oeuvre pie que de les leur révéler en donnant corps à ces lois, et en les coordonnant. Il s'agissait donc de tirer du néant ces préceptes gravés au fond de nos cœurs et qui font que nous sentons tous la musique d'une façon analogue ; et cela est si vrai, que si l'on prend un nombre quelconque de pianistes, ou de tous autres instrumentistes à peu près égaux en talent et en intelligence, et qu'on leur donne à jouer le même morceau, il y a vingt à parier contre un que tous l'exécuteront dans un style identique, avec une expression presque semblable, abstraction faite des dispositions physiologiques et psychologiques, des qualités personnelles de chacun des exécutants, qui revêtiront le morceau d'une couleur particulière, sans que. la phrase diffère sensiblement.
Cependant, ce livre qui ne peut porter ombrage à personne, qui ne combat aucun système, qui se contente de rester dans sa zone de vérités naturelles sans nuire à aucune position acquise, qui est précieux pour l'enseignement, a trouvé des détracteurs parmi ceux mêmes auxquels il vient rendre service. Nous connaissons des artistes (et pas les premiers venus, ma foi !) qui ne pardonnent pas à l'auteur d'avoir voulu réglementer l'expression. Ils prétendent que tout ce qu'il dit était connu, qu'il n'était pas difficile d'en rédiger la théorie, en un mot qu'il n'a rien inventé. Mais, Messieurs, puisque c'était si facile, pourquoi ne l'avez-vous pas fait? Pourquoi, en véritables empiriques, vous contentiez-vous d'indiquer à vos élèves que là il faut augmenter la note, ici la diminuer ; presser en cet endroit, ralentir en cet autre, sans qu'il vous fût possible de leur en expliquer la raison ? M. Lussy se vante-t-il donc d'avoir rien inventé ? Nullement : et c'est précisément parce qu'il n'a rien inventé, parce qu'il s'est contenté de formuler les lois que l'observation exacte et assidue de la nature lui a révélées, que son livre est excellent, irréfutable ! Il lui suffit d'avoir découvert, signalé et défini ces règles, nous pourrions dire ces axiomes, que jusqu'à présent vous avez appliqués en aveugles ; d'avoir porté la lumière sur un point de haute importance, demeuré, par un hasard singulier, si longtemps dans l'obscurité. C'était facile à trouver! Oui, sans doute; mais il ne fallait pour cela qu'une toute petite chose : seulement faire cette trouvaille. L'œuf de Christophe Colomb non plus n'était pas difficile à équilibrer sur la pointe; pourquoi personne, excepté lui, n'y est-il parvenu ? Rien de plus simple pourtant. Avouons-le donc : toutes les découvertes semblent faciles quand elles sont faites, mais le proverbe latin est toujours vrai : Inventis facile est addere. A quoi bon un traité de l'expression, dites-vous ? mais si c'est inutile, expliquez-nous donc pourquoi vous faites tant de cas du Traité de mélodie de Reicha? La mélodie n'est-elle- pas tout aussi fugace, tout aussi impalpable que l'expression ? et pourtant n'est-elle pas soumise à des règles fixes, à une symétrie, à une régularité imposées par la nature ? Reicha savait bien que son traité ne créerait pas de mélodistes, mais il a voulu, en édictant ses règles, aider ceux qui possèdent ce don à s'en servir d'une manière logique, et naturelle. Quand Horace, quand Cicéron traçaient l'un son Art poétique, l'autre son Orateur, ils n'avaient pas l'illusion de croire que leurs maximes suffiraient pour donner de l'éloquence ou du génie ; ils n'ont voulu que faciliter l'éclosion du talent, du feu sacré. M. Lussy ne prétend pas davantage donner de l'âme, inculquer le sentiment à ceux auxquels la nature les a refusés; mais il pense, et nous pensons comme lui, que l'élève
intelligent et sensible exprimera mieux et plus facilement' ce qu'il ressent quand il sera familiarisé avec ses théories.
Vous dites aussi que l'expression est insaisissable. Erreur 1 Nous vous répondrons avec M. Lussy qu'on ne sent pas ce qui n'existe pas; que « l'expression variant selon les différentes phrases musicales et non selon les individus qui les produisent, il devient évident que c'est dans la contexture de la phrase musicale, dans les notes, que réside et qu'il faut chercher la cause de l'expression ». Ainsi donc, rien n'est arbitraire dans l'expression, et les compositeurs, dans l'accentuation de leurs œuvres, obéissent, non au caprice, mais « à un sentiment de convenances ou d'affinités sécrètes ». Vous prétendez encore que les artistes, les professeurs, n'ont pas besoin de connaître ces règles; que l'expérience seule les leur fait deviner et appliquer, et qu'ils trouvent inutile d'en savoir la cause ! C'est là une raison qui n'est que spécieuse. L'homme intelligent est toujours enchanté de savoir la cause qui le pousse à faire ceci plutôt que cela; il est curieux de connaître la loi secrète qui l'incite à agir ainsi ; son esprit est satisfait de pouvoir répondre par un parce que à ce pourquoi. Ce traité, d'ailleurs, s'adresse plutôt aux élèves qu'aux professeurs. « Désormais, dit M. Lussy, la science et l'art de l'expression, par des formules nettement définies, par des procédés d'une application facile, provoqueront artificiellement, de la part d'un exécutant peu sensible, une chaleur, des accents et des mouvements analogues à ceux que les causes génératrices de l'expression produisent instinctivement dans l'âme ardente des artistes les mieux doués. «.... « De cette manière, le professeur tiendra en haleine l'attention de son élève, il développera sa sensibilité, son habileté, cultivera en lui la précieuse habitude d'observer, de comparer, d'analyser. »
Si nous voulions dire tout le bien que nous pensons de cet excellent ouvrage, si nous voulions citer tons les passages qui nous ont captivé, il nous faudrait le reproduire tout entier. La nomenclature des chapitres peut en faire apprécier l'imporlance. Après avoir expliqué avec une clarté et une lucidité parfaite, les causes génératrices de l'expression, la théorie de l'expression musicale et de ses phénomènes, l'auteur passe àccu:c qu'il intitule: De l 'Accentuation métrique et rhgtlnnique.il y énonce les rhythmes réguliers et irréguliers, masculins et féminins; il fait toucher du doigt les hémistiches et les incises qui existent aussi bien en musique qu'en poésie; il explique la phraséologie et la prosodie musicales, ainsi que les règles de l'accentuation rhylhmique. A ce propos nous avons entendu des artistes trouver mauvais qu'il ait critiqué la manière illogique dont une foule de compositeurs, et même les plus célèbres, ont indiqué le rhythme ou l'incise dans leurs œuvres. Eh quoi, dit-on 1 pensez-vous savoir mieux que 'e compositeur, que le créateur d'une idée comment il doit ponctuer, indiquer son rhythme ? Nou certes, M. Lussy n'a pas l'outrecuidance de vouloir apprendre au compositeur comment il doit rhythmer ses phrases; mais il a bien le droit, et c'est ce qu'il a fait, de lui indiquer ses négligences et ses fautes de ponctuation. Alors, dit-on encore, vous vous arrogez le droit de démontrer au compositeur qu'il s'est trompé ? Et pourquoi pas, si je lui prouve que sa manière de ponctuer, d'indiquer l'accentuation est défectueuse, et si je lui indique comment il aurait du faire s'il avait suivi les lois naturelles ? 11 est bien évident que ceci ne change absolument rien à la valeur intrinsèque d'une production, mais il est bien évident aussi qu'une bonne indication de l'accentuation est très-importante pour un élève, et qu'elle doit lui faciliter énormément la compréhension d'un passage dont le rhythme compliqué est souvent embarrassant. « Rien de plus fréquent, dit M. Lussy (et il a grandement raison), que les plaintes des compositeurs sur la mauvaise exécution de leurs œuvres. Comment pourrait-il en être différemment? Ils écrivent autrement qu'ils ne pensent, sentent et exécutent. » Que les rhythmes soient établis, et que les passages soient accentués conformément aux lois imposées par la nature, et les difficultés disparaîtront aussitôt.
Malgré le mérite incontestable de ces chapitres, nous leur préférons de beaucoup les suivants, qui traitent de l'accent pathétique et du mouvement passionnel. Là, l'auteur se dévoile non-seulement musicien èrudir, expérimenté, mais encore penseur profond et philosophe consommé. Il a bien vu, bien observé et encore mieux défini. Selon lui, « la gamme dans son double mode, la mesure et le rhythme ont imprimé à notre sentiment le triple besoin H' attraction, de régularité et de symétrie. Donc, toutes les fois que se présentent des notes irrégulières, inattendues, insolites qui brisent la régularité des accents métriques, ou qui détruisent la symélrie du dessin rhythmique initial, il faut, pour ainsi dire, les imposer au sentiment qui en est choqué, désorienté, étonné. Son premier mouvement est de regarder ces notes comme fausses; mais, sentant aussitôt qu'elles sont conformes aux lois de la tonalité, de la modalité, de la mesure et du rhythme, et qu'elles tendent seulement à former une nouvelle gamme, un nouveau centre d'attraction, ou un nouveau dessin rhythmique, il fait effort pour les accepter. » Voici maintenant comment il explique le mouvement passionnel, et nous ne croyons pas qu'il soit possible de mieux dire. « Toutes les fois que l'accent pathétique se présente sur une ou plusieurs notes consécutives, l'àme du musicien, excitée par les obstacles à vaincre, s'anime, se passionne ou se paralyse. Le mouvement général subit une modification : on accélère ou on ralentit. Le mouvement passionnel se produit donc au détriment du mouvement général, dont il brise la régularité au profit de l'animation et de l'expression. Accent pathétique, mouvement passionnel, et par suite nuances, sont donc inséparables. C'est évident. On ne peut lutter, dépenser une plus grande somme d'énergie, sans qu'il en résulte une cer-
taine animation dans le mouvement, animation bientôt suivie d'épuisement, de ralentissement, d'où mille nuances, ou oppositions de force dans la sonorité. » Viennent ensuite quelques pages absolument vraies sur les lois de Yaccelerando et du rallentando, du crescendo et du diminuendo.
Si nous n'écoutions que notre désir, nous emprunterions encore bien d'autres citations à ce remarquable ouvrage ; mais nous croyons en avoir dit assez pour donner envie au lecteur d'en prendre connaissance : il ne regrettera pas, nous le lui affirmons, le temps qu'il y consacrera.
(Le Bibliographe musical de novembre 1875.)
Sous le titre de Traité de l'Expression musicale, M. Mathis Lussy a fait un sérieux et consciencieux travail, dont le but est d'enseigner à tout exécutant, quel qu'il soit, à reconnaître la véritable expression qui convient à chaque mélodie, phrase ou période musicale, quand même l'auteur ne l'aurait accompagnée d'aucune indication. Hâtons-nous de dire que, le plus souvent, sa manière de voir sera partagée parla totalilé des artiste?. Les préceptes qu'il donne sont excellents, et, de plus, ils sont vrais.
(L'Art musical, 27 janvier 1874.)
Un artiste d'un grand mérite, M. Mathis Lussy, vient de combler une lacune qui existait dans l'enseignement musical. Son Traité de l'Expression musicale est un guide sur pour les professeurs aussi bien que pour les élèves. Les exemples y abondent et sont choisis de la façon la plus judicieuse; les règles sont formulées avec une clarté qu'on rencontre rarement dans les écrits sortis de la plume des musiciens.
(Moniteur universel, 21 février 1874.)
Œuvre très-hardie en somme, d'un caractère très-noble, très-élevé, ce livre sera lu avec fruit, utilement médité par tous les artistes, même les mieux doués, qui y trouveront des moyens nouveaux d'émotion, des aperçus pleins de justesse, et qui grandiront leur (aient à la lecture de ces pages empreintes d'un grand amour de l'art, d'un rare sentiment du beau, et parfois d'une véritable éloquence.
(Le Soir, 24 mars 1874.)
L'expression musicale n'a été jusqu'ici que le privilège de quelques artistes d'élite. M. Mathis Lussy vient de combler cette lacune, par son Traité de VExpression musicale. S'appuyant sur de nombreux exemples choisis avec goût dans la musique ancienne et moderne, il expose l'origine de l'expression et formule les lois qui en régissent les phénomènes.
De ces lois, il ressort un ensemble de règles dont l'observation permettra à tout musicien d'appliquer à une composition quelconque ces accents, nuances et mouvements identiques à ceux que le sentiment inspire aux artistes les mieux doués. C'est en un mot un de ces livres comme il en parait un tous les cent ans.
(L'Ordre, 25 février 1874.)
Les ambitions de M. Lussy dépassent notre raison ; mais tel qu'il se présente, son livre est à lire, parce qu'il est plein d'observations nouvelles et que le sujet en est traité ex professa. Les musiciens trouveront dans ce traité, qui est pour ainsi dire le complément de toutes les méthodes, d'utiles aliments pour leur esprit. L'accentuation, le rhythme, la phraséologie, la prosodie, la mesure, les modes, l'harmonie, le mouvement, les nuances ont fourni à M. Lussy des chapitres auxquels ils prendront un vif intérêt. En lisant cet ouvrage, qui ne pouvait passer inaperçu, tant il est neuf et hardi, je pensais, malgré moi, à ces paroles de Faust:
« Et tu demandes encore pourquoi ton cœur se serre avec angoisse dans ta poitrine ?... Au lieu de la nature vivante au sein de laquelle Dieu créa les hommes, tu ne vois rien autour de toi, dans la fumée et la moisissure, que des squelettes d'animaux et des ossements de morts. »
(Le Bien public, 24 février 1874.)
Je crois qu'il en est de l'expression musicale comme de la déclamation. Celle-ci s'enseigne assurément, sans avoir ses règles absolues, précises. Un professeur de déclamation ne fera pas des Rachel; il ne pourra établir non plus, d'une manière définitive, incommutable, et, si l'on peut dire, noter la déclamation des Imprécations de Camille ou du Songe d'Alhalie. Mais il communiquera à ses élèves le fruit de son expérience, les procédés indispensables à toute diction bonne et soutenue, les ficelles du métier (car il en est, même dans le grand art), les pauses nécessaires, la façon de respirer, la prononciation, etc. 11 leur donnera plutôt de bons conseils qu'il ne leur enseignera des lois. C'est là ce que me semble avoir fait avant tout M. Lussy dans son savant ouvrage. A ce titre, il renferme d'excellents aperçus sur les choses musicales; et l'on y sent toute l'autorité d'un musicien très-versé dans son art, et qui mérite d'être cru quand il nous dit : J'affirme, ou : Je sais.
(Le Soleil, 28 avril 1874.)
Tel est ce remarquable ouvrage qui, paru depuis quelques mois seulement, obtient déjà un succès Irès-marqué. Quelques chapitres, un surtout, offrent prise à des critiques de délai), mais nous ne craignons pas de dire que, le premier, M. Mathis Lussy a osé aborder sérieusement cette grande question de l'expression musicale, non plus seulement en dilettante et en homme de goût, mais en philosophe et en savant, car il est des paragraphes qui sont rédigés avec la netteté et la sûreté de main d'une démonstration scientifique. Je dirai même plus, en face de tant de talent, de chaleur et de conviction, on est bien près de se laisser persuader complètement, mais, nous l'avons dit déjà et nous le répétons : Si loin que puisse aller le maître dans l'enseignement mathématique de l'art, il lui faudra toujours compter avec cette force mystérieuse que rien ne peut anéantir lorsqu'elle existe, que rien ne peut faire naître quand elle est absente, et qu'on appelle le sentiment musical.
(Gazette musicale, 22 mars 1874.)
La préoccupation du mécanisme a fait de la plupart des pianistes de véritables moulins à notes, des machines aussi surprenantes qu'agaçantes. L'excellent Traité de l'Expression musicale, que vient de publier M. Malhis Lussy, est fait et très-bien fait pour mettre un terme à ce débordement de gymnastique antimusicale. Le succès est assuré à ceux qui auront le bon sens et le bon goût d'en suivre les prescriptions.
(Les Doubles-Croches malades, 20 avril 1874.)
M. Mathis Lussy a publié un Traité de l'Expression musicale (accents, nuances et mouvements) dans la musique vocale et instrumentale. Le titre révèle suffisamment la haute importance de ce travail, entièrement neuf sous bien des rapports. M. Lussy essaie de coordonner ce qu'une oreille délicate, se dévouant à une longue et patiente observation, lui a fait découvrir de puissance dans l'exécution d'une œuvre musicale bien comprise, au double point de vue de l'art et du sentiment. Il assume la rude lâche de formuler des règles, sinon absolues, du moins bien précises, bien sûres, d'après l'expérience, pour obtenir tel effet rêvé par un compositeur lorsqu'il se trouve, bien entendu, à la hauteur d'un sujet susceptible de contrastes plus ou moins émouvants.
11 est évident que ce livre ne donnera pas le génie, pas même le talent, à celui qui en est dépourvu; mais il pourra guider avec bonheur ses pas dans les débuts. L'esprit vulgaire n'y comprendra que peu de chose L'esprit élevé sera charmé d'y retrouver des aperçus qui, dans le cours d'une audition majeure, se sont présentés à lui sans qu'il songeât à s'en rendre compte. Ce premier essai est un vrai coup de maître, et sans aucun doute, en poursuivant ses observations avec la même sagacité, M. Lussy ne peut manquer d'ajouter à l'intérêt d'un travail aussi sérieux.
(La Patiue, 4 mai 1 874.)
J'ai annoncé la publication de l'ouvrage de M. Lussy, sur l'exécution vocale et instrumentale, qui a obtenu la médaille de mérite à l'Exposition universelle de Vienne, en 1873. Celte récompense a d'autant plus de poids
qu'elle n'a pas été obtenue par l'influence du jury français; au contraire, celui-ci avait prêté peu d'attention au volume, et je n'en suis pas surpris, car la composition de ce jury laissait beaucoup à désirer. Ce sont les jurys d'autres pays qui examinèrent l'ouvrage et en reconnurent la valeur.
Le but de M. Lussy a été de donner un traité véritable et raisonné sur une matière sur laquelle on ne trouve dans les méthodes de musique que des indications assez rares et très-insuffisantes.
Le traité de M. Lussy n'aurait-il que le mérite d'être le premier en son genre, cela suffirait pour qu'on l'examinât sérieufemrnt. On reconnaîtra facilement que l'auteur a apporté dans l'accomplissement de" sa tâche beaucoup de sagacité, un esprit d'analyse très-soigneux et une patience à toute épreuve. Il a rassemblé une quantité d'exemples d'autant plus considérable qu'il n'en a donné évidemment qu'un petit choix, quelque nombreux que soient ceux qu'il a donnés. Il les a classés mélhodiquement et en a déduit des règles appuyées sur l'analyse de la construction rhythmique, mélodique et harmonique d'une composition musicale.
On peut discuter ou nier certains points de détail, la discussion est même inévitable; mais les mérites et l'utilité de l'œuvre de II. Lussy n'en sont pas moins certains.
(Le Temps, 20 octobre 1874.)
Je puis dire qu'en parcourant l'ouvrage j'ai été frappé de sa clarté, de sa justesse d'idées et d'expression et de l'excellent esprit philosophique qui a présidé à son exéculion. C'est de ce précieux travail que M. Gevaert, un érudit en musique, a dit : « Tout est excellent dans ce livre, parce que tout y est mathématiquement vrai. ■
Le Traité de l'Expression musicale de M. Lussy, outre la certitude absolue de ses indications, vient encore puissamment en aide aux artistes en rendant positives, définies, tangibles, les virtualités mêmes de la musique, et en forçant l'exécutant à en tenir compte. Il donne satisfaction pleine et entière à cette observation si vraie, dont je regrette de ne pas connaître l'auteur : « La moitié de ce qu'on appelle génie dépend de l'attention de l'âme, et, si vous cherchez bien, vous trouverez le secret de tant d'interprétations absolument fausses dans l'inattention de l'âme, qui n'est point frappée et ne reçoit pas d'impressions. »
(Le XIX8 Siècle, 11 mai 1875.)
Le but de l'ouvrage que nous présentons au lecteur est d'exposer les raisons qui guident les artistes et les professeurs dans leurs accentuations et de fournir un ensemble de règles dont l'observation permette à tout exécutant d'annoter et de jouer avec expression toute espèce de musique vocale et instrumentale. M. Lussy n'a pas la prétention de s'ériger en législateur; son travail se borne à formuler et à classer les règles de l'expression musicale que les plus grands maîtres ont observées de tout temps et auxquelles les arlistes et les gens de goût se sont instinctivement conformés. On a prétendu, il est vrai, que l'expression musicale ne pouvait pas être soumise à des règles déterminées, mais ce point nous parait Irès-controversable. Sans doute, le compositeur qui trouve un accent pathétique, une phrase passionnée, un cri sublime, obéit surtout à l'instinct et au sentiment, et c'est d'instinct qu'il traduit la passion qui l'agite, au moyen de certains accidents dont l'effet est précisément d'engendrer l'expression, tels que : notes exceptionnelles, syncopes, répétitions, changements dans la disposition du dessin rhylhmique, etc. Sous de telles singularités, l'artiste découvre immédiatement la pensée du maître, et c'est encore d'instinct qu'il lui donne l'expression juste. Mais tout le monde n'a pas ce merveilleux talent d'assimilation; il peut donc être utile de dire à l'exécutant : Quand vous rencontrerez dans l'économie générale d'un morceau telle ou telle modification exceptionnelle, sachez d'avance qu'elle traduit le plus ordinairement un sentiment auquel vous donnerez l'accentuation juste au moyen de tel et tel procédé. Le livre de M. Lussy sera particulièrement d'un grand secours pour l'élève inexpérimenté qui se trouve dans cette période ingrate où le goût n'est pas encore formé, où l'instinct commence à s'éveiller. 11 atlirera son attention sur des phénomènes intéressants; il lui fera sentir que la bonne exécution d'une œuvre musicale ne consiste pas uniquement dans la perfection du mécanisme; il lui apprendra à raisonner avant d'exécuter et à rechercher, sous la forme extérieure de l'œuvre, la pensée qui en est l'âme; enfin il lui ouvrira le vaste domaine de l'esthétique musicale, c'est-à-dire la seule voie qui conduise aux sommets les plus élevés de l'art.
(Chronique musicale, 1" juillet 1874.)
Having now reached the end of the volume, we lay il down, assured that M. Lussy has made one of (lie most valuable contributions of modem times to the literature of music. His work takes up ground winch no other essay fllls ; it deals clearly and forcibly with a subject comprising ail that gives vitality and significancc (o musical sounds; and it is based upon natural laws, which, though they hâve always been in force, were never before tabulated so as to be of gênerai service.
(Westminster Review, janvier 1876.)