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à la musique ce qu'est la ponctuation au discours. De même que la ponctuation d'une phrase grammaticale exige des repos plus ou moins longs, selon le sens plus ou moins complet que contient chaque mot, chaque groupe de mots qu'elle est destinée à séparer, de même la cadence plus ou moins complète, selon le sens musical plus ou moins achevé que contient le groupe de sons dont elle est finale, exige un repos, un silence plus ou moins long, dont les chanteurs profitent pour reprendre haleine. Les différentes cadences qui font sentir la fin des phrases, des memhres de phrase, des hémistiches, des incises1 d'un air, présentant tous les éléments d'une phraséologie musicale, ont reçu le nom de: cadence complète, incomplète, rompue; de demi-cadence, de quart de cadence, etc., correspondant au point, au point et virgule, au double point, au point d'interrogation, d'exclamation, de suspension, à la virgule.
Nous allons offrir un spécimen curieux de ponctuation musicale; c'est l'analyse textuelle faite en 1737 sur un Menuet, par le célèbre théoricien Mattheson dans sa Théorie de la science mélodique*:
Minuetlo.
ÏÈÈ
&fe£
WM
Fin.
Da Capo
«Le tout forme un paragraphe ou ensemble de 16 mesures qui, avec les répétitions «prescrites, en produisent -48. Ce paragraphe est composé de deux périodes ou phrases «marquées par un point (.) et un double point (:); elles se subdivisent en demi-phrases
Si maintenant, outre un sens purement numérique ou rhythmique, on voulait imprimer à ces dessins un sens musical, si on voulait avoir une phrase musicale, on y parviendrait moyennant ces deux conditions: 1° employer des notes appartenant à une gamme majeure ou mineure; 2° terminer le dessin par la tonique.
Essayez d'ôter la dernière note d'un air, même d'une simple gamme, et vous aurez un corps décapité. C'est comme si vous enleviez à une phrase grammaticale son régime.
Cette dernière note indispensable est la tonique, avons-nous dit, tonique primitive ou tonique nouvelle quand il y a eu modulation.
Qu'on applique, au contraire, à ces dessins de notes naturelles, des dièses, des bémols pris au hasard, c'est-à-dire appartenant à différentes tonalités, on n'obtiendrait aucun sens musical; si on y appliquait des notes formant un accord de 7e de dominante, on obtiendrait un sens musical simplement suspensif et non complet. Donc, pour en obtenir une phrase musicale complète, il faut y appliquer des notes d'un accord parfait et d'un accord de 7e de dominante pour le moins. En résumé, tro!F cléments sont nécessaires pour constituer une phrase musicale: la mesure, le rhythme, la tonalité. C'est la fusion de ces trois éléments qui forme les assises du splendide monument qu'on appelle musique moderne. Le dessin métrique et rhylhmique en forme la charpente ; la tonalité dans son double mode en est le souffle, la vie, l'âme. D'ailleurs il est difficile d'imaginer une suite de sons ayant un sens musical, qui ne renferme en même temps des éléments rhylhmiques. Voyez , Mouvement passionnel, deux autres faits qui contribuent à imprimer à la tonique finale le caractère terminatif.