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Asijmétrique: a privatif, qui n'est pas symétrique

2. Nous employons le mot étonné dans sa signification radicale et non figurée.

Le préfixe éy indique, comme dans les verbes effeuiller, écrémer, édenter, etc., privation, enlèvement. Le sentiment est étonné quand on lui a ôté la tonique, le point d'appui, le centre d'attraction auquel il s'abandonnait machinalement. (Voyez les exemples, Accent pathétique.)

3. Voyez Accent pathétique. Chose singulière: moins une note est désirée par l'oreille, plus elle lui est antipathique, plus aussi elle doit être forte. On dirait que ce n'est que par violence qu'on parvient à faire oublier à l'oreille ses désirs et à lui en imposer d'autres.

Plus le sentiment de l'exécutant est puissant, c'est-à-dire plus il est pénétré de l'attraction qu'exerce la tonique sur les autres notes, du besoin de régularité des sons forts et de symétrie des rhythmes, plus les notes destructives et perturbatrices du ton, du mode, àelamesure &ï An rhythme primitif s sont puissantes, complexes, persistantes, et plus il en est choqué, plus l'activité de sa sensibilité en est excitée, exaltée, plus aussi l'expression qui en résulte, est intense, pénétrante, grandiose1.

Le sentiment de l'expression musicale n'est donc pas seulement la faculté de sentir vivement les phénomènes de la tonalité, de la modalité, de la mesure et du rhythme, c'est surtout l'extrême susceptibilité, l'extrême sensibilité dans la perception des moindres irrégularités tonales, modales, métriques et rhythmiques*.

L'expression musicale est la manifestation des impressions que les notes irrégulières, destructives du ton, du mode, de la mesure et du rhythme, produisent sur le sentiment: c'est la révélation des luttes et des agitations dont l'âme est le foyer.

Enfin, le goût est la faculté d'approprier à l'expression la force, la chaleur, le mouvement, en parfaite proportion avec l'intensité de Yimpression. Dans la pratique , le mot goût se traduit par celui de style, qui n'est autre chose que l'emploi , sans exagération et d'une manière soutenue, des procédés de force, d'emphase, d'accents, de nuances, de mouvement, qui conviennent à la contexture de chaque morceau, de chaque phrase.

Malheureusement, le sentiment de l'expression n'est ni général, ni constant; une foule de musiciens en sont complètement privés; d'autres ne le possèdent que faiblement développé; enfin, chez ceux mêmes que la nature en a le mieux doués, il est assujetti à des intermittences, à des défaillances regrettables. L'exécutant ne sentant alors ni les attractions de la tonique, ni le besoin de régularité des sons forts et de symétrie des rhythmes, ni les exigences de la logique dont nous venons de parler, n'est pas impressionné non plus d'une manière spéciale par les notes irrégulières, et il accepte passivement, sans résistance, nonseulement les notes les plus destructives du ton, du mode et de la mesure, mais encore les irrégularités rhythmiques les plus disparcdes. Aussi les rend-il alors sans chaleur, sans force, sans animation, sans vie, sans poésie: il ne peut exprimer ce qui ne l'a pas impressionné 3!

\. Nous sommes convaincu que dans la peinture, la sculpture, V expression résulte aussi de faits exceptionnels qui brisent la régularité des lignes, la symétrie du dessin, etc Est-ce qu'on ne dit pas

tous les jours des figures aux traits par trop réguliers qu'elles sont froides, qu'elles manquent d'expression? Dans un autre ordre d'idées: En quoi consistent les sublimes beautés de Shakespeare?

2. Le sentiment musical est une des facultés les plus complexes. Pour n'en parler ici que dans ses rapports avec les phénomènes de l'expression, bornons-nous à rappeler que, parmi les artistes même émérites, les uns sont privés du sentiment des vrais mouvements, les autres de celui des nuances; à ceux-ci c'est le sentiment de la mesure qui fait défaut, à ceux-là celui du rhythme. Quelques-uns ne sentent pas la tonalité; d'autres, la modalité. Nous appelons la réunion de ces diverses facultés, sentiment des phénomènes de l'expression; et, par élision, sentiment de l'expression, si étrange, si paradoxal que ce mot puisse paraître.

3. Qu'on nous permette une comparaison. Le sentiment musical, dans ses rapports avec les notes qui engendrent l'expression, est comme une sorte de plaque photographique; nous dirions volontiers phonographique3. Selon sa sensibilité plus ou moins délicate, résultant, non de la volonté de l'artiste, mais de ses dispositions actuelles, cette plaque est plus ou moins susceptible de recevoir Yimpression et par

&. Du grec : Phonoe , son; phâe , photos, lumière.

Il n'en sera plus ainsi désormais. La science connaissant les notes qui ont plus particulièrement la faculté d'impressionner et d'exciter les artistes, ainsi que la cause et le mode de leur action sur le sentiment, peut les signaler d'avance à L'exécutant, afin qu'il les rende avec force et chaleur.

Désormais, qu'il nous soit permis de le répéter, la science et l'art de l'expression par des formules nettement définies, par des procédés d'une application facile, provoqueront artificiellement, de la part d'un exécutant peu sensible, une chaleur, des accents et des mouvements analogues à ceux que les causes génératrices de l'expression produisent instinctivement dans l'âme ardente des artistes les mieux doués.

Que le professeur attire donc l'attention de l'élève sur la contexlure des phrases, sur les évolutions harmoniques et mélodiques, sur les irrégularités tonales, modales, métriques et rhythmiques, en un mot sur les notes exceptionnelles, imprévues, véritables germes esthétiques qui engendrent l'expression et qui exigeront des efforts, des soins spéciaux.

De cette manière il tiendra en haleine l'attention de son élève , il développera sa sensibilité, son habileté, et cultivera en lui la précieuse habitude d'observer, de comparer, d'analyser.

Qui sait? peut-être alors le professeur acquerra-t-il la conviction que souvent c'est moins le sentiment qui fait défaut que sa culture et l'habitude d'observer, de raisonner, de rendre les impressions reçues.

De son côté, l'élève s'appropriant la connaissance des notes génératrices de l'expression, ainsi que les procédés d'exécution qu'emploient les grands artistes pour exprimer leurs sensations, s'émancipera. Ce ne sera plus uniquement, aveuglément au sentiment de son maître, ce sera au sien propre, éclairé par la raison et l'étude, qu'il demandera les secrets d'animer, de poétiser les œuvres qu'il exécute!....

contre de la réfléchir d'une manière plus ou moins puissante et fidèle. Si elle est engourdie, les exceptions, les irrégularités délicates glisseront sur elle sans laisser de traces; les plus énergiques s'y imprimeront seules. Si, au contraire, elle se trouve éveillée, sensibilisée, les irrégularités les plus imperceptibles, les faits les plus fugitifs s'y imprimeront nettement, exciteront son activité et seront réfléchis par elle avec énergie et force. L'artiste comme le simple exécutant joue donc selon les dispositions actuelles de son sentiment; ses efforts sont proportionnés à l'impressionnabilité présente.

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