VAISSEAUX A HÉLICE
Les premiers vaisseaux à hélice ont été l'Ajax, le Blenheim, l'Etlimburg et le Hogue , à peu près semblables au plan du premier donné planche V; ils ont été disposés avec lenteur et en tâtonnant, pour ainsi dire. Leurs résultats ont été très -médiocres sous le rapport de l'utilisation, comme le montrent les chiffres de la table M de l’appendice. Leurs qualités & la mer n'ont pas été meilleures : ils ont beaucoup fatigué, et ils ont éprouvé des voies d'eau inquiétantes. Leur artillerie était d’abord formée de 56 canons, et plus tard on l’a portée à 60, en la composant de 28 canons de 32, 26 obusiers de 8 pouces , 2 de 68 et 4 de 10 pouces. Cette artillerie a été trop pesante pour quelques-uns, et il a fallu la réduire. Destinés au rûlé de gardes-côtes, ils reçurent une mâture de frégate , peu do vivres et de combustible. Le Blenheim et le Hogue ont été un peu allongés par l’arrière, aQn de faire disparaître l’écusson de la partie avant du puits; mais leur forme générale ne différait pas de celle des autres vaisseaux. En même temps on construisit la longue série de navires à hélice dont on voit la liste dans le tableau de Uourne , et on n’obtint aucun résultat satisfaisant. Après tant de dépenses on n’était pas encore arrivé à un type assez bon pour être adopté, lorsque le projet arrêté en France d’avoir des navires à grauds vitesse publiquement connu, et la mise en chantier du Napoléon, dès <848 , paraissent avoir décidé l’amirauté à entrer dans la même voie et & entreprendre les constructions qui viennent d'être terminées; elle s’est arrêtéo à quatre ou cinq types principaux, d’après lesquels s’exécutent , en ce moment, de nombreux navires , et dont il est par conséquent utile de connaître les détails et les résultats; ce sont : le Duc -de -Wellington , le Saint- Jean-d' Acre , l’ Agamtmnon, l' Impérieuse et la Tribune, tous formidables par leur armement, conservant une voilure aussi étendue qu'avant leur transformation, et atteignant une vitesse d’environ 10 nœuds. Ce sont les idées que nous venons de voir énoncées mises en pratique avec succès; ce sont aussi celles de tout marin comprenant son métier, et pensant que, malgré son importance, la vapeur n'est pas tout, et qu’il
ne faut pas dédaigner la voile qui, à elle seule, nous a si longtemps conduits, ayec sécurité et une rapidité suffisante, dans toutes les parties du monde; qui seule fait des marins quand la vapeur les défait, et qui, au moins, épargne les millions de l'État, sans pour cela forcer de rester à voir tourner un navire autour de sa bouée.
Le vaisseau de 131 canons le Wellington portait d’abord le nom de Windsor-Castle ; il était, d’après les plans du capitaine Symonds, c’està-dire très-large et très-fin; il a été allongé de 20 pieds anglais en le séparant en deux et laissant glisser l’arrière avec des câbles , et sa longeur actuelle est de 73", 20, son bau de 18”, 30 et son creux de 19”, 82'; il déplace plus de 5000 tonneanx; la proportion de sa longueur à sa largeur est comme 1 est à 4., de. meme que nos vaisseaux à voiles ordinaires; on a, de plus, ajouté 3 pieds à son avant, ce qui le rend plus gracieux sur l’eau. Sa machine est celle destinée, dans l’origine , au Simoon , grand navire en fer maintenant employé au transport deB troupes; elle occupe, avec les chaudières, une longueur de 21", 35, et ses chaudières, au nombre de quatre, pèsent 25 tonneaux chacune. La machine est de M. Robert Napier; elle est formée de deux cylindres horizontaux placés du même côté; les bielles de leur piston font tourner les manivelles d’un arbre situé du côté opposé du navire, et qui porte une grande roue d’engrenage , dont les dents viennent prendre dans celles du pignon de l'arbre de l’hélice , placé en contre-bas entre la grande roue et les cylindres (voir pl. 1). La pompe à air est verticale , et son piston est entraîné par une sorte de balancier supérieur mené par une petite bielle articulée à un prolongement du bouton de la grande manivelle. Sauf le mouvement de la pompe à air, cette disposition d’appareil offre beaucoup d’analogie avec celle du vaisseau français le Napoléon. Les cylindres ont 2", 37 de diamètre et 2", 75 de course; la puissance nominale est de 700 chevaux : avec trente coups de piston elle est d’environ 770 chevaux. La machine est située entre le mât d'artimon et le grand mât; les chaudières tubulaires sont sur l’avant du dernier, et disposées sur les côtés comme dans le plan de l'Ajax (pl. V) : elles font déboucher leurs vingt foyers dans une seule cheminée en avant du grand mât. Tout l’appareil est à 5 pieds sous l’eau et se trouve, en outre, entouré de soutes de 12 pieds d’épaisseur, contenant pour cinq jours de charbon.
< . Ces détails sont extraits du Nautieal Standard.
Le 10 août 1853, le Duc-de-Wellinglon, complètement m&Ié, ayant à boni toute son artillerie , 400 tonneaux de charbon , 200 tonneaux d'eau et 180 tonneaux de boulets, calait 23r 4'" (7", 12) à l’avant et 24p3‘" (7“ ,305) à barrière ; il a clé essayé au mille mesuré de Stokes-bay et a donné les résultats suivants :
Coups de piston.
Moyenne
Plus tard , ayant son armement complet, tirant en moyenne 7”, 79, et ayant 1”, 78 de hauteur de seuillet de sabord, il a obtenu, au mille mesuré de Stokes-bay, une vitesse de 10', 103, Ce fait a déjà été observé, et ne s’explique qu’en admettant que l’hélice fonctionne mieux quand elle est plus plongée. En calculant l’utilisation du Duc-de-Wellinglon de la manière que M. Bourne emploie pour les autres navires à hélice, on trouve 1 47 pour une maîtresse section de 103m* et une puissance nominale de 700 chevaux; tandis que pour la puissance effective, qui s’est élevée à plus de 1200 chevaux environ, on obtient 86, ce qui est plus que les résultats obtenus antérieurement et portés au tableau n° III de l’Appendice. Le démontage de l’hélice s’opère avec promptitude, au moyen de dispositions dans le genre de celles du Charlemagne. Le vaisseau gouverne parfaitement: essayé à la mer avec gros temps, il a donné une haute opinion de ses qualités nautiques. Sa mâture est celle des plus grands vaisseaux anglais ; son grand mât a son emplature dans le faux pont, et est soutenu par des épontilles au lieu d’avoir un pied en fer. 11 marche bien à la voile, et remplit ainsi les conditions dont parle le capitaine Halstcd. L’artillerie du Duc-dt-Wellington est formidable; elle se compose* :
Pour la batterie basse de 1 0 canons de 8 pouces , pesant 3300* et longs de 2”, 745
eide *6 32 294* 2* ,897
La seconde batterie do. . . 6 8 3300 2“’,745
eide... 30 32 , 2944 2-, 897
La troisième batterie de. . 38 32 2131 2“,440
sur le pont il y a 20 32 1269 1"*,830
et 4 68 à pivot 4m,824
- 1. Ces chiffres sont extraits du Nautical Standard de 4853, page 246.
40', 493 j 9',257l,0'-0îî 40', 975) , 9',399 Î">*W
Il parait que cette dernière pièce a été débarquée. Cette artillerie présente un poids total de 397 850 kilogrammes pour les canons seuls , et sans y comprendre les affûts et les munitions, qui-forment ensemble un poids à peu prés égal à celui des pièces. Le Due-de-Wellington embarque quatre mois de vivres et un mois et demi d’eau pour mille à onze cents hommes : il a une cuisine qui produit 5450 litres d’eau par jour, et pour sa machine ses soutes renferment pour cinq jours de combustible à toute volée. Les projections d’eau causées par le peu de volume des chambres à vapeur des chaudières ont donné dans les cylindres des secousses assez fortes pour courber les tiges de piston malgré leur grosseur. Elles exposent a des avaries très-dangereuses; quelquefois leurs causes n’ont rien d'apparent, surtout dans les chaudières que leurs proportions défectueuses exposent à cet effet de l’ébullition. Elles méritent une attention très-sérieuse, parce qu’elles exposent à voir le meilleur appareil réduit à l’inaction, ainsi que le puissant navire qu’il entraîne, et trop souvent cela provient de ce que l'espace laissé à la formation de la vapeur n'a pas l’étendue suffisante. C’est un défaut qu’il est presque toujours impossible de corriger après coup et qu’il n’est pas difficile d’éviter.
Le Slarlborough a été modifié de la même manière que le Duc-de-Welling- (on, et il est destiné à porter une artillerie aussi puissante. On a pris le parti de l’allonger par l’avant de 1 mètre , pour qu’ayant une entrée plus fine il marche mieux, et on pense qu’ainsl affiné il gagnera 1 noeud. Le 31arlhorough a été aussi allongé par l’arrière et par le centre de 30 pieds (9", 15). En outre, on a élargi le milieu de 1 pied (0",305), ce qui a fait encore gagner 140 tonneaux. Delà sorte, il est aussi grand que le Duc-de-Wellingtnn, et il a 240 pieds ou 73", 2 de long, 18m,30 de bau , ce qui met ces dimensions dans le rapport de 1 à 4 , et son creux est de 19",82; il a été lancé le 13 janvier 1853.
Le Saint -Jean d'Aerc, de 101 canons, a 72”, 6 de long, 1G“,90 de large et 3200 tonneaux de port; il a des formes plus fines que les autres vaisseaux. Son artillerie est composée : pour la première batterie , de 20 obusiers de 8 pouces, de 3341 kilogrammes, longs de 2m,t4f>, et de 10 pièces de 32, de 2843 kilogrammes; la seconde batterie, de 8 obusiers de 8 pouces et 28 pièces de 32; enfin les gaillards portent 28 canons de 32 pesant 21 32 kilogrammes et un canon de 68 à pivot, de 4874 kilogram. Les machines sont de M. Penn; elles ont marché au bout de trois mois après le commencement du montage à bord. Avec tout embarqué , excepté les poudres et les obus, et au tirant d’eau de 7”, 167 avant et
C”,625 arrière, le vaisseau a eu pour moyenne de six parcours au mille mesuré, une vitesse de 11,33 nœuds avec 62 tours d’hélice par minute et une pression de lk,193 à 1\404 par centimètre carré. Sa cuisine distillatoire produit de 4540 à 5450 litres d’eau' par jour pour 900 hommes d’équipage. 11 fait le tour de l’horiton dans huit minutes, dans un cercle d’environ un quart de mille de diamètre.
L’Agamenmon a des façons moins fines que le Wellington, ses proportions sont à peu près celles de nos vaisseaux; la puissance de sa machine est de 550 chevaux ; son déplacement en charge est de 4750 tonneaux. La machine est du système à fourreau de M. Penn, comme celle de l'Encounter et de l' Arrogant , représentée planche II, fig. 8, elle est placée entre le mât d’artimon et le grand mât, où elle occupe trèspeu de place, et les chaudières disposées des deux côtés, comme celles du Wellington, s’étendent sur l’avant du grand mât , et n’ont qu’une
4 ■ L’appareil dont se servent les vaisseaux anglais porte le nom de patent Grant’s dislilling Galley. J'ignore s'il est semblable à notre cuisine distillatoire do M. Rocher de Nantes , mais il s’en rapproche probablement, puisqu'il cuit en même temps les aliments de l’équipage. Les appareils distillatoires peuvent être regardéscoinme d'origine française. Avant les nôtres, il n’y avait eu que des essais infructueux , tels que ceux d’un Espagnol , nommé Pedro Fernandez de Qoiros, en <605, et ceux répétés en Espagne en 1797. 1* capitaine Cook avait aussi essayé en vain la distillation , pour éviter de fairo boire à ses équipages l’eau fétide des barriques. La méuie idée a été exécutée de diverses manières : mais de tous les appareils jdistillatoires, celui qui a donné les meilleurs résultats est dù à SJ. Rocher de Nantes. 11 a été longtemps employé par les navires chargés de mulets (jour les colonies , et j’en ai fait l’expérience à Lord de l'Archmèie, où, pendant plus de quatre ans , il a toujours donné 600 litres d’eau pour 100 kilogrammes do charbon , tout en cuisant Ires-bien les aliments de l’équipago. J’étais parti de France avec six caisses d'un kilolitre , dont deux se percèrent vers la moitié du voyage, et furent mises eu pièces pour faire avec leur tôle des mannes, à lest. Jamais on ne songea à bord qu’on pourrait manquer d’ean , quoiqu'on n’en eût guère que pour huit ou dix jours. Celte cuisine attira l'attention des Anglais, et en 1M7, étant un relâche à la rade des Dunes, un officier, commandant un garde-pêche, vint à mon bord , accompagné d’un maître chaudronnier de Woolwich : il était porteur d’une lettre de l’ambassadeur do France, qui me priait non-seulement de montrer l’appareil aux personnes chargées par l'amirauté de l’examiner, mais de leur donner tous les documents désirables sur la distillation et la manière de la. conduire à bord. C’est peut-être ainsi que l'appareil distillatoire français est devenu une invention patentée en Angleterre. Il est à remarquer, en outre, que depuis que plusieurs longues campagnes ont prouve la sécurité des appareils Rocher, convenablement surveillés, on ne les emploie plus sur nos navires , et qu’on les remplace par des alambics particuliers, privés dB l’avantage précieux de cuire en même temps les aliments. Ainsi on aura 6 à 7 litres d’eau pour 1 kilogramme do charbon, et on brûlera d’autre combustible pour faire bouillir la soupe : c’est augmenter beaucoup la dépense ; car les anciens appareils dUlillaloires.tout en faisant 6 litres par kilogramme de charbon , ne brûlaient pas le double des cuisines ordinaires , et quand on le désirait ils ne distillaient pas.
seule cheminée. La puissance par l'indicateur, mesurée dans les essais, a été de 22C8 chevaux'. L'hélice a 18 pieds de diamètre, 5”, 49, et 6“,28 de pas; elle pèse 8 tonneaux, sou arbre passe dans un tube de cuivre jaune fondu : ses mouvements vibratoires ont été très- forts. Son armement ressemble à celui du tf'ellmglin pour les calibres, il est de 91 pièces, dont une de 68, lançant le boulet plein à près de 2700 mètres, sous un angle de 10”; ce canon ressemble à notre pièce de 50.
La mâture de l’Agamemnon a conservé les proportions des vaisseaux à voiles ; elle a les dimensions suivantes':