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CHAPITRE VIII

Hardie de l'hystérie.

Le plus souvent l'hystérie débute brusquement et sans avoir été annoncée par des signes précurseurs. Une personne se porte bien, elle reçoit une nouvelle fâcheuse, et sans phénomènes avant-coureurs elle est saisie d'une crise violente. Alors il n'y a pas de période ; la maladie arrive de suite à son plus haut degré d'intensité, à son apogée. Il n'y a que des degrés différents dans la violence du mal. Telle semble avoir été l'opinion de Sydenham qui, dans la description un peu confuse, n'admet aucune succession ni

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aucun ordre dans les symptômes. Quelquefois cependant les accès et la maladie sont annoncés par des signes plus ou moins nombreux et plus ou moins positifs, qui peuvent représenter les différentes phases de la maladie. Il est donc convenable d'étudier ces phénomènes précurseurs, les différentes périodes, les degrés et les variétés de l'hystérie.

Sous la désignation de trois états, Astruc établit la succession des périodes de l'hystérie. Le mot état chez lui est syno. nyme du mot degré, chez les autres auteurs. Pinelet Louyer- Yillermay ont admis trois périodes. M. Dubois, d'Amiens, ne reconnaît que deux degrés, qu'il fait dépendre de l'intensité de la douleur, dont les convulsions dépendent déjà. Cette division qu'on peut admettre n'est vicieuse que sous le rapport de son point de départ. Comment en effet le placer sous ladépendance de la douleur, qui n'existe presque jamais? L'erreur de notre savant confrère vient de ce qu'il a envisagé les mouvements convulsifs comme une simple réaction, et qu'il a voulu mettre en rapport leur intensité avec l'intensité de la cause.

Prodromes,

Lorsque la crise hystérique est annoncée, ou bien elle succède directement à la cause qui la détermine, ou bien elle est la conséquence de l'état pathologique dans lequel les malades se trouvent. Personne ne les a décrits avec autant de soin que Louyer-Villermay.

Dans le premier cas, lorsqu'une cause a agi sur l'économie et qu'elle n'est pas assez forte pour produire la crise, ou que la prédisposition n'y est pas, l'impression reçue produit une sensation de saisissement nerveux, de contraction, de trouble et de malaise ; on sent courir dans les membres, des frissons, des fourmillements, des spasmes ou des vapeurs; on éprouve de légères secousses, des pandren-

lations, des besoins de s'étendre, de marcher, de changer de place; des palpitations, des mouvements, des spasmes à l'épigastre ou à la gorge; des bâillements involontaires, des angoisses, un resserrement de la poitrine momentané et avec des étouffements; des envies involontaires et insurmontables de pleurer ou de rire, quelquefois même des pleurs ou des éclats de rire; de la céphalalgie, de la pesanteur de tête, une sorte de rêvasserie ou de délire ou d'absence mentale, des hallucinations de la vue ou de l'ouïe ; une sensation de strangulation avec spasme dans la déglutition, et quelquefois aussi une douleur aiguë dans une partie quelconque du corps. Quelquefois et sans cause connue il y a, comme l'avait déjà observé Astruc, il y a une tristesse profonde et même des pleurs, d'autres fois une joie immodérée et même des éclats de rire. La malade, dit Sydenham, n'est en aucune façon maîtresse d'y résister.

Dans le second cas, lorsque la santé se dérange lentement, parce que la cause agit par degrés et eu se prolongeant, ou en se renouvelant, voici les phénomènes que décrit Louyer- Yillermay avec une exactitude qui nous engage à transcrire le passage dans lequel il les énumère. « Lorsque la jeune fille en reçoit les premières impressions, en éprouve le premier sentiment, elle ressent en elle-même un trouble dont elle ne peut se rendre compte. Bientôt elle devient craintive, dissimulée, incertaine; sa sensibilité s'exalte; elle cherche la solitude ; ses idées sont d'abord vagues, errantes ; par la suite elles se fixent, se concentrent sur un seul objet ; en vain elle veut en éloigner l'image, le souvenir ne peut s'effacer de son esprit pendant la veille, et des songes durant la nuit le lui retracent encore. Le sommeil est souvent interrompu, la santé s'affaiblit ; la pâleur succède au coloris, à l'éclat de la fraîcheur ; des maux de tête se manifestent de temps à autre, quelquefois aussi des douleurs aiguës à l'épigastre ou autre part précèdent la crise de quelques heures; il s'y

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joint des vertiges, des engourdissements dans les membres, des bâillements le plus souvent interrompus, des pandiculations, des alternatives de rougeur et de pâleur, des palpitations, des angoisses ; des instants de délire ou plutôt d'absence. Les malades pleurent involontairement ou jettent des éclats de rire ; quelquefois elles chantent ou tiennent momentanément et comme par distraction des propos incohérents; elles sont ordinairement tristes et rêveuses. D'autres phénomènes précurseurs mais analogues se remarquent quand la cause dépend d'une affection morale différente, dont l'impression n'a été ni très-forte, ni très brusque, de l'approche des règles ou d'un dérangement dans le flux menstruel. » — A ces phénomènes on pourrait en joindre quelques autres, qui, pour ne pas exister constamment, n'en sont pas moins liés à cet état hystérique précurseur. Tels sont la perte d'appétit, ou une faim vorace qui fait dévorer les aliments en très-grande quantité, tantôt pour les digérer avec facilité, quelquefois pour les rejeter : ou bien, comme chez les jeunes filles chlorotiques, il y a une sorte de goût dépravé ou àepica, et bien souvent ce gonfiement abdominal, que nous avons déjà étudié d'une manière toute particulière.

Comme nous l'avons dit, ces symptômes n'existent pas toujours, et la crise survient brusquement. Ils n'existent pas non plus tous à la fois, et il suffit de quelques-uns pour annoncer la crise. Quelquefois ils ne durent que fort peu d'instants; d'autres fois ils se font sentir plusieurs heures et même plusieurs jours d'avance. Quelquefois, surtout lorsqu'ils sont le produit d'une cause éventuelle, on les voit se dissiper peu à peu sans qu'il y ait de crises ; d'autres fois ils en sont un iudice tellement certain, que les malades qui les ont déjà éprouvés ne se trompent pas sur leur signification, et prévoient l'invasion de leur attaque. Ces phénomènes sont quelquefois si pénibles, qu'ils fontdésirer ardemment l'accès,

parce qu'avec lui s'évanouissent les angoisses insupportables qui le devancent.

Ces phénomènes ne sont pas constants, et ils ne sont pas non plus toujours les mêmes. Et de ce que les auteurs les ont souvent trouvés différents, ils n'en existent pas moins, et nous ne dirons pas avec M. Dubois, d'Amiens, qu'ils ne signifient rien. Il faut en médecine dire tout ce qui est, et il ne faut pas rejeter un phénomène parce qu'il n'est pas constant. A ce compte quel est celui qui pourrait se flatter d'éviter l'élimination ? Il est bon de reconnaître le degré de confiance que sa fréquence doit inspirer en lui ; mais sa rareté ne doit pas le faire proscrire. Les seuls que nous devions repousser et que nous n'ayionspas mentionnés, sont ceux qui appartiennent à d'autres maladies, et qui n'ont été incorporés dans la description de l'hystérie, qu'à l'époque de sa confusion avec toutes les maladies nerveuses, dont elle était le type et le refuge, avant qu'on ait apporté plus de sévérité dans leur étude afin de bien les isoler les unes des autres.

Hystérie confirmée.

Une crise hystérique a eu lieu. Quelles qu'en aient été la cause et la durée, elle peut être unique et ne pas se reproduire. Dans d'autres circonstances elle se reproduira par l'action de la même cause ou d'une cause analogue, mais seulement toutes les fois que cette cause agira. En conséquence son retour, comme ses intervalles, ne peut rien présenter de régulier ni de constant. Chaque crise est subordonnée à sa cause, qui elle-même n'est que fortuite. De façon qu'on peut, en quelque sorte , regarder chacune d'elles comme une maladie nouvelle. Mais si elles se renouvellent souvent et à des époques assez rapprochées, alors le système nerveux, de plus en plus ébranlé, contracte une susceptibilité et une contraclilité plus grandes, la prédispo-

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sition hystérique se développe de plus en plus, et les crises se reproduisent pour la moindre cause, et quelquefois même sans autre cause que l'habitude qu'en a contractée le système nerveux.

Lors donc que la maladie est devenue, pour ainsi dire, constitutionnelle, soit accidentellement, comme nous venons de le dire, soit par la prédisposition physiologique de l'organisme, alors chaque crise ne s'isole plus, ne forme plus un être morbide à part ; elle se lie aux autres crises et même aux intervalles des crises, pour ne plus former qu'une maladie unique et continue, composée des deux états d'intervalle et de crises, tels que nous les avons fait connaître. Les accès se succèdent à des époques très-variées. Il n'y a rien de précis ni de constant dans leur retour. Tantôt ils sont séparés par des intervalles de plusieurs semaines et même de plusieurs mois. Tantôt ils se renouvellent tous les jours et même plusieurs fois par jour. D'autres fois, dans la même maladie, des crises mettront un grand intervalle, et d'autres se rapprocheront davantage. Il semble que, pendant la période du calme, l'économie fasse une provision d'excitabilité surabondante, pour la dépenser ensuite toute à la fois. En un mot, rien n'est plus irrégulier que le retour des crises. Cependant on les a quelquefois rencontrées périodiques à distance fixe, tous les jours, tous les huit jours au plus. Nous avons surtout remarqué cette périodicité dans les cas où elle était soumise à l'influence de la menstruation. Quelques femmes et même quelques auteurs ont cru , sans doute, alors, lui trouver des rapports avec les phases de la lune. Cette périodicité de l'hystérie n'a rien de commun avec les formes hystériques que prennent certaines fièvres intermittentes et dont Mercado, Sagar, Strack, Puccinotli, etc., ont fait mention sous le nom de fièvre pernicieuse hystérique. Le plus souvent les crises ont lieu pendant la veille. Quelquefois aussi elles surviennent pendant le sommeij ; mais ce cas est

assez rare; ce qui fait que plusieurs auteurs l'ont révoqué en doute. Assez souvent elles se maoifestent au réveil.

Rien non plus n'est plus irrégulier que l'intensité, la forme et la durée de chaque accès. Nous avons déjà signalé ces variations. A mesure qu'ils se multiplient et se prolongent, la susceptibilité du système nerveux augmente, et avec elle le caractère de la personne change aussi , et elle devient chaque jour plus impressionnable , plus vive , plus irascible et plus bizarre. On a dit que la grossesse ralentissait , diminuait , supprimait même les crises. On en a dit autant du rapprochement des sexes. Cette remarque des auteurs est vraie , et nous l'avons faite nous-raême. Elle peut paraître contradictoire avec ce que nous avons dit précédemment (obs. VIII, XIV ), puisque ces deux états physiologiques de la femme ont produit des crises au lieu de les arrêter; et nous avons dit que ces deux circonstances n'étaient pas les seules qui se fussent présentées à notre observation. Cependant ces deux faits , en apparence si opposés , cessent de paraître tels , si l'on fait attention que , d'une part, la maladie est une modification nerveuse , que peut produire tout agent incitateur capable d'opérer cette modification en surexcitant le système nerveux, et que, d'autre part, le même agent incitateur peut guérir en apportant dans le système nerveux une secousse ou une modification vive, qui change l'état morbide dans lequel il se trouvait. Voilà comment la même cause peut être bien souvent cause et remède de la même maladie. On a cru remarquer aussi que les crises hystériques étaient généralement suspendues pendant le cours des affections aiguës qui s'accompagnent d'un mouvement fébrile marqué , telles sont les pblegmasies internes. Cette suspension peut être définitive, et la maladie nerveuse se trouver guérie. Toutefois cette action des maladies inflammatoires n'est p;is sans exception. On se rend compte aisément de ses effets , quand on i;o:igc qu'elle imprime à l'économie «ne modifie*-

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tion puissante qui retentit avec force dans le système nerveux , et que la secousse et les changements qu'elle y opère doivent en modifier l'état morbide au moins momentanément.

En parlant de l'intervalle des crises , nous avons indiqué loutce qui se passait alors, et toutes les nuances qui pouvaient avoir lieu. Nous n'avons rien à ajouter; y revenir serait une répétition inutile. Nous savons tout ce que cette période présente de susceptibilité nerveuse , de phénomènes insolites, de sensibilité viciée et exagérée ou même diminuée. Nous ne devons pas nous y arrêter.

Degrés de l'hystérie.

Les auteurs ont admis différents degrés d'intensité dans l'hystérie, et surtout dans la force des accès.

Louyer-Villermay reconnaît trois degrés, suivant l'intensité de la maladie et de ses accidents. Mais il fait lui-même bien bon compte de sa division , en déclarant qu'elle indique plutôt la variété , parce que le plus souvent l'accès débute brusquement et qu'il se trouve ainsi porté sur-le-champ au maximum d'intensité. Dans son troisième degré surtout , l'auteur a compris cette intensité qui tient plus aux formes différentes qu'à l'hystérie elle-même, tels sont la syncope , l'épilepsie , la mort apparente.

Broussais aussi a admis trois degrés d'intensité : A. degré léger, caractérisé par la boule hystérique sans convulsions. B. degré plus grave , convulsions et participation de l'encéphale. C. degrés asphyxiques et apoplectiques, dans lesquels les symptômes sont portés au plus haut degré d'intensité , avec suspension des fonctions et quelquefois paralysie et mort.

M. Andral se conforme à la division la plus générale des trois degrés de i' hystérie.

M. Dubois, d'Amiens, les a réduits à deux.

Dugès et Boivin n'en admettent point : ils les regardent comme nuisibles à la description , parce qu'ils n'existent pas. Ils préfèrent tracer les variétés des accès, telles qu'ils les ont observées et que nous les avons indiquées plus haut.

Il est certain que la maladie ne se présente pas toujours au même degré d'intensité. Sous ce rapport il y a deux manières de l'envisager. Ou bien l'on veut entendre la maladie en général et le degré d'intensité ou de violence auquel elle parvient , ou bien l'on ne veut entendre que les différentes phases par lesquelles passe un accès pendant sa durée.

De quelque manière qu'on l'envisage, il y a bien évidemment des degrés différents d'intensité. Sous le premier point de vue , il n'est personne qui se refuse à reconnaître que la maladie est beaucoup plus intense chez quelques personnes que chez d'autres. On peut donc établir des degrés différents. Ainsi, dans quelques circonstances, la maladie sera légère , bénigne , soit parce que les accès seront peu graves , peu nombreux ou peu longs, soit parce que les phénomènes morbides des intervalles seront eux-mêmes peu intenses, peu marqués ou même complètement nuls. D'après ces considérations, on pourrait aisément trouver différents degrés ; on pourrait , en suivant la distinction que nous venons d'établiradmettre trois degrés assez caractérisés. Mais en même temps nous avertirons que cette division ne saurait être ni assez rigoureuse, ni assez constante, pour servir de guide invaria, ble. La maladie sera bénigne dans un accès et furieuse dans un autre. Des accès répétés auront lieu dans un jour, et ils laisseront ensuite la malade tranquille pendant longtemps. La crise la plus violente et la plus longue se dissipera et ne laissera après elle aucune suite ni aucune crainte de retour; tandis que la crise la plus légère ne sera bien souvent que le début ou le prélude d'une hystérie plus intense par la suite. Ainsi nous retrouvons dans ces variations cette incertitude

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vitale que nous avons déjà tant de fois signalée, ce nihil plane sinecrum de Galien.

On a aussi cherché à établir plusieurs degrés dans la succession des phénomènes de chaque accès. Louyer-Villermay surtout a fait tous ses efforts pour bien les préciser. Mais ici, encore plus que dans les degrés d'intensité de la maladie , il est bien difficile d'arriver à un résultat satisfaisant. Le plus souvent en effet l'accès commence brusquement par les phénomènes les plus intenses ; il finit presque toujours de même assez brusquement. Cependant , comme le début et la fin ne sont pas toujours aussi brusques , il a été possible de connaître plusieurs degrés dans la marche de chaque accès ; on en a admis trois.

Dans le premier se trouvent compris tous les phénomènes précurseurs que nous avons signalés, et surtout ces spasmes qui sont le commencement des contractions convulsives, et cette sensation du globe hystérique, qui s'élève, roule et parcourt différents points du tronc , qui se porte à la poitrine et à la gorge, et produit déjà les phénomènes de l'oppression, de la suffocation et de la strangulation. Ce premier temps se remarque surtout chez les personnes hystériques qui sont sujettes à prendre des crises, et qui conservent une constitution nerveuse particulière.

Après une durée plus ou moins longue de ces prodromes, la crise se dessine franchement , et les phénomènes de convulsion et de strangulation sont portés au plus haut point qu'ils doivent atteindre , tels que nous les avons décrits dans l'étude de l'accès. C'est le second degré ou la période d'intensité : elle peut durer un quart d'heure, une heure, plusieurs heures et même plusieurs jours.

Enfin , les phénomènes , après avoir passé par les différentes phases de suspension et de redoublement que nous avons fait connnaître , se modèrent peu à peu , deviennent moins intenses, et finissent par quelques spasmes de stran^

gulation et de contraction , moins intenses et moins graves, et qui se prolongent indéfiniment, quelquefois plus, quelquefois moins. C'est le déclin ou le troisième degré.

On peut quelquefois saisir et suivre avec beaucoup de facilité ces trois degrés : mais le plus souvent la ligne qui les sépare est si peu prononcée , qu'ils semblent se confondre en un seul. Ainsi le premier degré manque bien souvent, surtout lorsque la cause est brusque. Le second degré se confond alors avec le premier, et c'est par lui qu'a lieu l'invasion. Le troisième degré manque souvent aussi : l'accès finit brusquement et les malades passent du plus haut degré d'intensité à un rétablissement subit. On ne peut donc pas ajouter une bien grande importance à cette division de la maladie : elle ne peut être d'aucune valeur dans la pratique , mais en théorie il était bon de la signaler.

Variétés de l'hystérie.

Les faits que nous avons présentés , quoiqu'on petit nombre, nous ont permis d'y reconnaître plusieurs formes, que nous pouvons dès-lors regarder comme autant de variétés. L'hystérie ne se présente donc pas toujours uniforme. Cette remarque n'est pas d'aujourd'hui , elle a été faite par la plupart des observateurs, et quelques uns ont cherché à établir des variétés générales , afin de ne pas laisser ces nuances de la maladie renfermées dans les faits individuels.

Louyer-Villermay, dont l'ouvrage est si pratique, a admis deux variétés principales, l'hystéricismc et l'hystérie épileptiforme que d'autres, Sennert, Johnston, Lansonius, ont appelée épilepsie utérine. Dans la première , c'est une névropathie bizarre avec exacerbation se rapprochant des crises de l'hystérie. Dans la seconde, les crises sont violentes et semblables à l'épilcpsie. II en cite plusieurs observations puisées dans sa pratique et dans celle de ses confrères et sur-

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tout dans les auteurs et les recueils périodiques. Ces faits ne sont pas toujours bien en rapport avec son opinion. Sans en faire de véritables variétés , il énumère certaines circonstances qui auraient pu les faire regarder comme les types de nuances particulières, telles sont la syncope, les sensations voluptueuses , la fièvre hystérique de Baillou , différentes névroses ou paralysies, la production d'étincelles électriques à la peau , le changement de ton dans la voix et l'aphonie. Cependant il n'ajoute pas hii-méme beaucoup de confiance aux faits sur lesquels il pourrait établir ces variétés. — Pour les mômes raisons, nous ne croyons pas qu'on doive admettre Vhysteria libidinosa de quelques nosographes comme une variété. Cest la cause honteuse qui la produit qui mérite toute l'attention et qu'il faut combattre. La maladie n'est qu'un effet tout à fait secondaire de la masturbation.

On a divisé l'hystérie en idiopathique , symptomatique , sympathique et métastatique ; mais les particularités qu'elle présente ne nous semblent pas assez notables pour constituer

des espèces différentes ou môme des variétés Baillou et

Rivière , et d'après eux le célèbre Morgagni , admettent une .fièvre hystérique; mais le docteur Chambon ne reconnaît dans l'observation de Rivière que des symptômes anormaux appartenant à la fièvre, et je partage l'avis de ce médecin ( Louyer-Villermay, pag. 89.). Boivin et Dugès , considérant que les phénomènes morbides et surtout que l'état des malades se présentaient sous deux aspects bien différents, ont voulu les caractériser par une division qui fût utile à la pratique. Ils ont en conséquence admis deux variétés de l'hystérie , l'une pléthorique , l'autre nerveuse. La première est un état complexe presque toujours symptomatique d'une autre affection. La seconde seule est la véritable hystérie ; elle s'associe souvent à la première. MM. Fleury et Monneret, dans leur savant compehdium, reconnaissent trois formes principales : l'hystérie idiopathique , l'hystérie symptomatique ou

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viscérale, et l'hystérie épilepliiorme ou hysléro-épilepsie ; distinction peu logique , et qui dit trop ou trop peu. C'est avec juste raison que M. Landouzy reconnaît la difficulté d'établir une division satisfaisante : aussi groupant les états , degrés et division , il ne connaît que deux formes : l'hystérie sans convulsion et l'hystérie avec convulsion , distinction à laquelle il tient d'ailleurs si peu , qu'il déclare que ces deux formes sont plus souvent confondues que séparées.

C'est un tort sans doute de multiplier sans raisons les variétés sous lesquelles la maladie peut se présenter, et surtout d'admettre comme des variétés, des circonstances nerveuses , qui ne sont qu'une forme différente de manifestation sans rien changer au caractère de la maladie : mais c'en serait un non moins grand , que celui de ne pas reconnaître les variétés lorsqu'elles sont bien dessinées. Il en résulterait, dans la description de la maladie , une confusion dans laquelle les phénomènes les plus disparates, présentés pêle-mêle, ne permettraient plus d'en faire un tableau exact , uniforme et sérieux. Ce n'est donc qu'en dépouillant l'hystérie de ses phénomènes accessoires ou variables, que nous avons pu en présenter un tableau vrai dans tous les cas et dans tous les temps : mais en même temps nous nous sommes gardé de la manie de multiplier sans fin les variétés , en en faisant autant qu'il y a de phénomènes insolites qui se présentent ou qui peuvent se présenter. Déjà nous avons fait pressentir que nous ne voulions point nous engager dans cette route vicieuse , puisque après la description de la maladie nous avons indiqué plusieurs formes sous lesquelles elle pouvait se manifester. Aussi les phénomènes qui caractérisent ces manifestations ne suffisent pas pour constituer une variété.

C'est d'après ces considérations que nous avons cru devoir réduire à trois le nombre des variétés do l'hystérie , parce que là seulement , nous trouvons des nuances assez distinctes pour nous permettre d'établir cette division. Ces variétés

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sont l'hystéricisme, l'hystérie accidentelle et l'hystérie constitutionnelle.

L'hystéricisme est cet état dont nous avons donné un exemple (obs. IV) , dont Louyer-Villermay a tracé aussi les caractères dans sa première observation d'hystéricisme , et dont j'avais aussi donné un exemple dans la quatrième observation de mes recherches. M. Landouzy en a depuis réuni quelques faits. Dans cette variété, il n'y a point de crises violentes; ce sont des spasmes à chaque instant renouvelés, ce sont des sensations variées dans différentes parties du corps, ce sont ces vapeurs grimpantes et pénibles , ce sont ces sensations de boule, d'oppression, de nuances de suffocation ou de défaillance. Ce n'est pas l'hystérie complète avec ses violentes crises convulsives. C'est le premier degré de la maladie, ou plutôt c'est une névropathie hystérique excessivement pénible , quelquefois plus que l'hystérie ellemême avec ses crises bien dessinées, et qui, une fois passée, laisse tranquilles les malades. Je rencontre assez souvent cet état, et il m'a paru assez bien caractérisé pour mériter d'être regardé comme une variété. Quelquefois il est constitutionnel et inhérent à l'organisation, comme dans l'observation de mon premier travail. D'autres fois il tient à l'époque de l'établissement de la menstruation, comme dans l'observation de Louyer-Villermay. Le plus souvent il est le résultat de causes morales tristes ou de chagrins successivement accumulés, et qui ont agi sur l'économie par leur durée bien plus que par leur violence. Cette variété n'offre rien d'inquiétant, et presque toujours elle se dissipe avec assez de facilité, lorsque surtout on peut éloigner la cause qui l'a produite et qui l'entretient.

L'hystérie accidentelle est cette variété dans laquelle les crises surviennent brusquement et par l'action d'une des causes excitantes indiquées dans leur lieu. Qu'il n'y en ait qu'une, ou qu'il y en ait plusieurs qui se succèdent, que leur

retour soit régulier ou irrégulier, la crise a lieu violente , et après elle tout rentre dans l'ordre, tout reprend ses fonctions et son équilibre comme auparavant. C'est l'hystérie la plus fréquente, du moins c'est celle que nous avons eu le plus souvent occasion d'observer. A moins de complication , elle n'est jamais dangereuse , et l'on peut en général la guérir aisément , si l'on peut combattre d'abord la cause qui a produit les accès. Ils ont donc eu tort les auteurs qui ont voulu voir une variété dans l'hystérie à crises régulières sous le nom d'hystérie intermittente. Elle ne diffère pas de la variété générale que nous étudions, quoique bien souvent alors on puisse lui appliquer avec assez de succès le traitement anlipériodique.

Nous donnons le nom à'hystérie constitutionnelle à celle qui envahit tellement l'économie entière , qu'elle ne se manifeste plus seulement pendant la crise. Elle est de tous les instants. Ce sont constamment des souffrances nouvelles et variées. L'intervalle des accès est souvent plus pénible pour les malades que les crises elles-mêmes. Cette névrose hystérique les torture tellement, qu'elles préfèrent une secousse violente et passagère à cette souffrance de tous les moments. C est pendant son cours surtout, qu'on remarque souvent ces phénomènes insolites et ces formes variées des crises que nous avons signalés. Elle peut avoir lieu à toutes les époques de la vie ; mais surtout aux grandes époques cliroatériques, comme dans la puberté et dans l'âge critique. Elle n'est pas le résultat d'une cause brusque et unique; il lui faut une succession de causes , ou une cause longtemps prolongée. Notre observation X, empruntée à M. le docteur Favrot, et la seconde observation d'hysléricisme de Louyer- Yillemay en sont des exemples bien tranchés. Elle est la plus grave par sa durée et par les accidents qu'elle peut entraîner.

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