CHAPITRE IX
Durée et terminaison* de l'Hystérie.
Nous connaissons les phénomènes et la marche de l'hystérie. Déjà même nous avons parlé plusieurs fois de sa durée, mais d'une manière individuelle et jamais d'une manière générale. Il est vrai qu'il est impossible d'indiquer une durée commune à une maladie qui présente sous ce rapport des différences si grandes. Rien ne peut être fixé. Tantôt un accès d'un quart d'heure fera toute sa durée (obs. 1 , V) , et elle ne reparaîtra pas. Tantôt quelques accès plus ou moins rapprochés la représenteront, et elle finira avec eux pour ne pas reparaître (obs. II, III, VI, VIII, XII, XVI). C'est le cas le plus ordinaire de notre seconde variété. Tantôt elle se prolongera indéfiniment, soit parce que la constitution y est une prédisposition permanente , soit parce que la cause se renouvelle sans cesse, ou se trouve inhérente aux dispositions physiologiques de la personne , comme nous l'avons vu dans les observations VII et X. Quelques cas de la seconde variété et la troisième variété tout entière sont compris dans cette catégorie. Ainsi l'hystérie, envisagée en général, ne peut pas nous permettre de préciser sa durée. Elle variera à l'infini selon la cause, la durée ou le renouvellement de la cause, et surtout selon les prédispositions individuelles de la constitution. Si, dans quelques circonstances, elle ne dure qu'autant que durera une crise ; dans bien des cas aussi elle se prolonge des mois et des années, il est vrai qu'il y a des exacerbations et des rémissions plus ou moins marquées, plus ou moins prolongées selon surtout les mille circonstances de causalité. En cela l'hystérie ressemble à la plupart des maladies nerveuses, dont elle pourrait être regardée comme le type le plus original. Rien n'est aussi variable.
Si on croit les avoir saisies d'un côté, elles vous échappen d'un autre.
Quoique l'âge n'apporte pas de bien grandes différences dans la durée de l'hystérie, cependant elle va en diminuant à l'époque de la ménopause, et presque toujours alors les malades, qui ont été bien longtemps tourmentées, cessent de l'être, ou le sont beaucoup moins, ou bien les crises diminuent de fréquence et d'intensité. C'est encore un point de contact que présente l'hystérie avec les autres affections nerveuses. Nous voyons dans cette circonstance une preuve de plus en faveur de notre opinion, contrairement à ceux qui croient y trouver une raison favorable au siège de l'hystérie dans la matrice. En effet, après la cessation des règles, les maladies de l'utérus deviennent beaucoup plus fréquentes. Si donc l'hystérie devient moins fréquente à cet âge critique, cela tient au changement organique général, à la diminution de mobilité nerveuse, et non à l'utérus. La femme subit alors la loi commune de décrépitude ou de diminution, et l'étude de la physiologie aux différentes époques de la vie, nous apprend qu'à l'âge de retour le système nerveux éprouve chez tous les individus une diminution de sensibilité bien remarquable.
Nous n'avons point à nous occuper de la terminaison de l'accès, nous avons tu comment il finissait plus ou moins complètement. Rappelons ici un phénomène qui se présente quelquefois et sur lequel Àstruc, Louyer-Villermay , et quelques-autres ont beaucoup insisté , c'est l'écoulement d'une liqueur muqueuse et spermatique par le vagin. Ce phénomène est beaucoup moins fréquent qu'on ne pourrait le croire, et il ne mérite pas toute l'importance qu'on lui a attribuée. 11 en est de même de l'éternuemcnt qui parait juger quelquefois une crise. Il n'a lieu que bien rarement. Cette terminaison de l'accès n'est point la fin de la maladie, elle n'est ordinairement que le passage d'un état à un autre. Ce
de l'hystérie. 3C9
que nous devons seulement étudier, c'est comment la maladie elle-même se termine. D'après l'observation clinique, nous pouvons établir les quatre modes de terminaison suivants : 1° le retour à la santé ; 2° le passage à l'état chronique ; 3° la terminaison par la mort ; 4° la conversion en une autre maladie.
I. — La guérison est la terminaison à la fois la plus heureuse et la plus fréquente de l'hystérie. Quelle qu'en soit la variété, nous l'avons vue se terminer presque toujours ainsi, un peu plus tôt, un peu plus tard, excepté dans les cas de complication qu'il ne faut jamais confondre avec l'hystérie simple et franche. C'est pour ne pas avoir bien distingué ces cas, assez rares d'ailleurs, que plusieurs auteurs ont dit que l'hystérie se terminait quelquefois par des évacuations ou sécrétions critiques abondantes. Nous n'avons jamais observé de semblables crises dans cette maladie, excepté, nous le répétons, dans les cas de complication, ou dans les cas où la maladie était occasionnée ou entretenue par une cause pathologique. Alors la crise agit sur cette affection cause ou complication, et le bienfait qui en résulte n'est que secondaire. La crise guérit bien l'hystérie ; mais elle ne la guérit qu'en enlevant la maladie qui en est la complication ou la cause : sublalâ causa, tollitur effectus. Car nous ne devons pas regarder comme une crise curative la salivation abondante par laquelle se termina un violent accès d'hystérie, dont Pison nous a donné l'observation. Cette hypersécrétion n'a été dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres cas analogues de sécrétions augmentées, que l'effet du paroxysme et non la cause de sa terminaison. Si nous rejetons ces mouvements insolites par lesquels la nature médicatrice vient souvent juger et guérir les maladies, nous ne devons point toutefois, repousser le rétablissement d'une évacuation sanguine ou humorale, naturelle ou artificielle, qui aurait été supprimée : car bien des fois ces évacuations ré-
tablies onl suffi pour guérir assez rapidement l'hystérie. C'est ce qu'on remarque principalement chez la jeune fille ou chez la femme dont la menstruation est dérangée. A mesure que l'évacuation mensuelle se rétablit et se régularise, l'hystérie diminue et quelquefois même cesse brusquement. Dans ces cas d'hystérie en quelque sorte symptomatique, le retour à la santé est plus franc. Il laisse des traces moins durables et moins profondes, que lorsqu'il y a une prédisposition constitutionnelle bien marquée et des causes morales incessantes.
L'hystérie accidentelle est, de toutes, celle qui se termine le plus souvent par le retour à la santé. C'est elle aussi qui est la plus susceptible d'une prompte guérison. Bien souvent la maladie est finie après une première crise, lorsque c'est une émotion vive, une frayeur qui l'a occasionnée. Bien souvent aussi elle cesse, après un nombre plus considérable, quoique très-limité de crises, lorsque surtout sa cause finit, et cesse ainsi de les renouveler et de les entretenir. Alors, ou bien les accès, qui ne se reproduisaient que sous l'influence d'une cause provocatrice, cessent de reparaître aussitôt que cette cause cesse de les solliciter, et l'intervalle ou le calme qui séparait les crises, devient, en se prolongeant, l'état de la santé. Ou bien par l'habitude ou la disposition morbide des sujets, les crises, qui se renouvelaient d'ellesmêmes et sans incitation étrangère, se prolongent encore, mais plus faiblement, et elles vont en diminuant progressivement, jusqu'à ce qu'elles aient tout-à-fait disparu et que le système nerveux vicié soit revenu à son rhythme normal. Celte terminaison heureuse peut être hâtée par une médication sagement dirigée. Malgré sa fréquence, cette terminaison n'est pas cependant constante : quelquefois, surtout lorsque des causes insolites ont lieu, la maladie ne se termine qu'en changeant de forme.
Lorsque l'hystérie est devenue constitutionnelle* la gué-
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tison peut encore s'obtenir (obs. X) ; mais alors elle se fait toujours attendre longtemps ; la maladie ne peut plus céder subitement. Il faut que l'organisation rentre dans ses droits naturels, et cela ne peut pas être l'affaire d'un jour , à moins de quelques-uns de ces grands bouleversements, qui changent brusquement la vitalité de l'organisme en produisant une impression profonde dans toute l'économie. La névropathie des intervalles se calme peu à peu, les crises vont en diminuant d'intensité, et tout rentre insensiblement dans l'ordre. Ce n'est pas non plus alors par des mouvements critiques que la maladie se juge ; elle le fait par acrisie, comme le disaient les anciens. Dans quelques circonstances cependant, on pourrait regarder comme une crise le rétablissement d'une évacuation naturelle ou habituelle , hémorrhagie, sueurs, émonctoires, etc., et surtout la menstruation. On a pourtant vu, quoique bien rarement, des évacuations abondantes d'urines, des selles fréquentes, et d'autres sécrétions servir de crise à l'hystérie. On a vu quelquefois une maladie aiguë, pneumonie, variole, etc., devenir la crise de la maladie et la terminer, comme on a vu tout grand changement physiologique et même la grossesse (obs, VIII), avoir le même résultat.
II» — L'hystérie ne se termine pas toujours aussi promptement, ni aussi heureusement. Bien souvent elle passe à l'état chronique ou constitutionnel. Cela arrive surtout chez les personnes prédisposées par toutes les circonstances que nous avons longuement énumérées, ou bien lorsque la cause agit continuellement ou se renouvelle souvent. Alors, cause et maladie, tout se réunit pour modifier de plus en plus le système nerveux, pour le façonner et l'habituer à cet état morbide, qui s'enracine chaque jour davantage. Cette maladie constitue ce qu'on appelle les vapeurs. Elle est alors longue et interminable. Cependant elle guérit encore, mais lentement et à l'aide d'un, traitement bien dirigé et long-
temps continué. D'autres fois celle variété de l'hystérie change de forme, se métamorphose.
M. Gérard, de Morteau,dans son intéressant mémoire sur l'hystérie et l'hypochondrie, pense qu'alors les crises « ont toujours'produit quelques congestions viscérales qui nourrissent l'éréthisme des appareils nerveux et sanguins, et favorisent, avec la persévérance ou le retour de la cause, la répétition des accès. » Cela est vrai bien souvent, mais pas toujours.
III. — La mort est quelquefois la terminaison de l'hystérie, ainsi que nous l'avons vu dans notre observation XI, et que les auteurs l'ont vu quelquefois aussi. Mais presque toujours alors elle est la conséquence d'une affection concomitante ou simultanée, et le plus souvent d'une congestion cérébrale ou d'un épanchement. Elle n'est donc pas l'effet de l'hystérie elle-même. Il est vrai que dans ces cas la maladie concomitante peut avoir été produite par l'hystérie, et alors encore ce n'est que secondairement que la mort serait l'effet de cette dernière maladie. Cependant, nous l'avons déjà dit, cette terminaison fâcheuse peut être le résultat direct de l'hystérie. Voici comment alors les choses se passent. Lorsqu'un accès est à son plus haut degré d'intensité, lorsqu'il y a une violence extraordinaire dans les accidents , nous avons vu que la réaction pouvait être assez puissante sur l'encéphale , pour en troubler et même en paralyser les fonctions, puisque alors il y avait perte de connaissance. Cette action fâcheuse sur l'encéphale peut aller au point de suspendre et d'anéantir complètement toutes ses fonctions, et elle peut, en se prolongeant, amener une mort rapide par une sorte d'apoplexie nerveuse. D'un autre côté, la crise peut aussi se porter avec plus de violence sur les muscles pectoraux , et causer une contraction tonique qui empêche les mouvements alternatifs de la respiration, ou qui paralyse leur action. Dans l'un et l'autre
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cas, la respiration est suspendue, l'hématose n'a plus lieu, l'asphyxie est imminente, et avec elle la mort peut arriver. C'est bien pire encore, lorsque l'affection nerveuse semble se concentrer sur le cœur. Ses mouvements tumultueux ou leur suspension peuvent amener la syncope, et celle-ci peut quelquefois être mortelle, comme Forestus, Bottonus, Vigarous, Morestant, Horstius, Cordœus, Nacquart en citent plusieurs exemples. Ce n'est que de cette manière qu'on peut justifier l'opinion d'Arétée, qui regarde la mort comme assez fréquente ; et celle de Forestus, qui donne comme un signe mortel la présence de l'écume à la bouche ; évidemment alors il y a épanchement dans le cerveau.
Les cas de mort produite par la violence de la crise sont très-rares, mais on en conçoit la possibilité. Il en est d'autres plus fréquents, quoique bien rares aussi. C'est lorsque les crises réitérées et l'état névropathique de l'intervalle épuisent les malades et les maigrissent en viciant la nutrition. Ces malades s'affaiblissent chaque jour davantage, et ils finissent par succomber dans quelques-unes des faibles crises qui persistent encore, ou dans un état de faiblesse et d'anéantissement qu'on ne peut comparer à aucune maladie, ou enfin parce qu'une concentration fluxionnaire morbide se sera opérée sur un organe ou sur un appareil, et aura fait ainsi déclarer une maladie mortelle.
Il faut bien se garder de confondre avec les morts réelles ces suspensions de la vie, dans lesquelles les malades, immobiles et insensibles, sont dans un état si semblable à celui de la mort, qu'on s'en est quelquefois laissé imposer, et que des personnes encore vivantes ont été précipitées dans la nuit des tombeaux. Quoique la plupart des faits qu'on cite semblent avoir été inventés à plaisir, il en reste assez encore de bien constatés pour inspirer les précautions les plus sévères. Quoique le plus souvent ces faits n'aient point été le résultat de l'hystérie, il suflitde l'exemple de cette mijady Rousse!,
que son mari conserva huit jours par désespoir, et qui eut le bonheur de la voir revenir à la vie. Il suffît de cette jeune fille qui, laissée dans un état de mort apparente à la suite d'une crise violente d'hystérie , revint à elle au milieu des cérémonies funèbres, et avoua que son plus grand supplice avait été de voir et d'entendre toutes les dispositions de son enterrement sans pouvoir dire qu'elle n'était pas morte. Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer les signes à l'aide desquels on a cru pouvoir faire reconnaître la mort réelle de la mort apparente. Comme la mort elle-même, ils sont quelquefois illusoires et apparents : l'immobilité, l'insensibilité, le défaut de respiration, l'absence du pouls peuvent tous induire en erreur, parce qu'on peut les trouver isolés ou réunis sans que la mort ait eu lieu. On ne saurait donc trop s'entourer de tout ce qui peut apporter de nouvelles lumières sur cet état de mort simulée. C'est pour cela que nous avons cru devoir joindre un signe de plus à ceux qu'on possède déjà. Comme nous l'avons dit plus haut, les deux ordres de fonctions cérébrales et ganglionnaires existent indépendamment. Malgré leur association harmonique ces fonctions peuvent s'isoler et même se survivre les unes aux autres : tellement que la mort peut en frapper un ordre, pendant que l'autre conserve encore la vie. Cet isolement, il est vrai, ne peut pas durer longtemps, parce que l'association de leurs actes est indispensable à l'entretien de la vie générale, mais enfin i! existe, et déjà plusieurs physiologistes l'ont signalé. Le fait une fois établi, nous comprenons que si la mort peut Irapper un ordre de fonctions pendant que l'autre lui survit, ainsi que nous en avons vu plusieurs exemples, à plus forte raison la mort apparente pourra-t-clle frapper ce même ordre el laisser l'autre intact , c'est-à-dire qu'il peut y avoir suspension d'exécution des fonctions dans un ordre sans que l'autre s'en ressente. Ainsi, dans certafaoa léthargies, dans ccrlainc* catalepsies, dans les cas d'hvslérie dont le-
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crises laissent la vie en apparence anéantie, on conçoit que le système nerveux cérébral, que le cerveau lui-même soient plongés dans un état de torpeur vitale, qui ne leur permettra l'exécution ou plutôt la manifestation d'aucune fonction, tandis que les fonctions de l'appareil ganglionnaire continuent de s'exécuter, sinon dans toute leur plénitude, au moins en partie et de manière à laisser voir la vie encore latente dans ces fonctions retirées. La grande circulation est suspendue, il est vrai ; mais la circulation capillaire n'est pas encore éteinte ; elle continue quelquefois, alors que la vie paraît avoir abandonné le reste de l'économie. Elle semble réfugiée dans ce système. Seul aussi il donne des signes de vie, et si l'on enfonce une aiguille dans un tissu où les capillaires sanguins soient assez développés, comme aux lèvres, on en voit surgir une goutte de sang. Ce phénomène se manifeste tant qu'il y a Yie. Il cesse aussitôt que la mort l'a envahi. Il y a cinq ans, je fus appelé pour voir dans un café un de ces chanteurs bouffons qui y attirent la foule : il venait d'être frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante. J'y arrivai en même temps que le docteur C, confrère estimable sous tous les rapports. Depuis un quart d'heure, le malheureux ne donnait plus aucun signe de vie. Je pratiquai avec une lancette deux ou trois petites" mouchetures aux lèvres, et je fis voira mon confrère que le sang en sortit par une grosse gouttelette. Deux heures après je retournai auprès du mort. Je pratiquai d'inutiles piqûres, il ne s'écoula plus de sang. Voilà donc un signe de plus à ajouter à ceux qu'on a donnés pour reconnaître la mort réelle. Tant qu'une piqûre ou une moucheture fera couler une goutte de sang, la mort n'est pas complète ; la vie occupe encore les capillaires sanguins. Mais ce signe n'est pas toujours bien fidèle et bien constant. La vie peut encore exister et les capillaires ne donner aucun indice de circulation , ne fournir aucuno goutte de sang, parce que, d'une part, ils peuvent cire ex-
sangucs, et que, d'autre part, la mort peut les avoiratteints au moins partiellement, et avoir anéanti la circulation capillaire dans le point que vous aurez piqué. Mais si ce signe n'est pas constant, et que par conséquent on ne puisse rien conclure de son absence, sa manifestation, lorsqu'elle a lieu, est pathognomonique ; toujours alors la Yie existe encore, toujours par conséquent il faut différer la sépulture. Nous rappellerons à ce sujet la sage recommandation de Klein : Pro mortuis habitœ, ante diem ter dam terrœ non sunt mandandœ. IV. — Nous avons dit que l'hystérie pouvait se convertir en toute autre maladie : l'observation en a fourni un grand nombre d'exemples. Celle qui est la plus ordinaire, la plus naturelle et la plus fréquente , c'est la névropathie. On le comprend aisément en faisant attention que déjà pendant son existence , l'hystérie s'accompagne de phénomènes névropathiques bien marqués. Plus l'hystérie aura vieilli, plus les secousses violentes de ses crises auront eu le temps de faire sur le système nerveux une impression profonde et durable. Dès-lors on conçoit que ce système acquière la susceptibilité et la mobilité qui conduisent à la névropathie ou qui la caractérisent. Aussi l'hystérie peut alors disparaître seule e* iaisser les nerfs en proie à la névropathie. ï.cs malades peuvent donc être délivrés de leurs crises et de tout l'appareil hystérique , et cependant conserver toutes les sensations de la névropathie. Cette conversion nous parait si naturelle , que nous sommes étonné qu'elle n'ait pas lieu plus souvent. J'ai eu plusieurs fois occasion d'observer la conversion de l'hystérie en épilepsie. Maisonneuvc l'avait déjà signalée. Cette conversion ne s'observe guère et ne peut guère s'observer que dans la seconde variété , et seulement dans les cas où les crises sont portées au plus haut degré d'intensité, comme lorsqu'elles occasionnent la perte de connaissance. Il ne faut pas croire pour cela que la conversion soit une conséquence nécessaire de cette forme de crises. Trop de faits de
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guérison ne nous permettent pas d'en avoir la pensée. Dans ces crises avec perte de connaissance , la transition semble d'autant plus facile, que déjà il y a beaucoup d'analogie entre les deux maladies. La sensation de globe disparaît, et la salivation écumeuse s'établit : il y a , pour ainsi dire, transformation. Je viens d'en avoir encore un exemple bien remarquable, chez une jeune fille domestique qui, après dix-huit mois de crises hystériques consécutives à une frayeur, prend aujourd'hui des accès d'épilepsie bien marqués.
Une des conversions les plus fréquentes de l'hystérie et en même temps la plus importante peut-être à signaler, c'est sa transformation en hypochondrie. Lorsque des souffrances nerveuses ont longtemps tourmenté les malades, lorsque des crises violentes les ont souvent torturés , l'imagination , qui d'abord juge et apprécie les souffrances à leur juste valeur, obsédée par leur présence incessante , finit par ne plus les perdre de vue , par s'en occuper sans cesse , et par en prendre tellement l'habitude , qu'elle semble ne plus pouvoir s'en passer. Alors elle les médite sans cesse , elle s'en fait son occupation presque exclusive : elle réagit à son tour sur le système nerveux déjà malade , et elle en exagère l'irritabilité et augmente d'autant sa susceptibilité. Alors elle raisonne ses maux , elle les combine et les dispose presque toujours pour en faire une maladie imaginaire. La souffrance est réelle; elle sent ce qu'elle dit sentir, mais l'interprétation est vicieuse : il y a erreur de l'imagination avec toutes ses fantasmagories. Cet état hypochondriaque s'allie bien souvent à l'hystérie longtemps avant que celle-ci cesse complètement, et il constitue cette maladie vaporeuse hystérico-hypochondriaque qui est si commune en Angleterre et qui a causé la grande erreur de Sydenham lorsqu'il a identifié les deux maladies. La conversion ne se fait jamais brusquement: elle est toujours lente et progressive. Ce n'est que peu à peu que l'imagination se vicie en viciant l'interprétation des sensa-
lions qu'elle reçoit. Ce n'est que peu à peu que l'hystérie s'efface ; et lorsque les crises ont cessé , la névropathie lui survit et sert à entretenir l'hypochondrie.
L'hystérie conduit quelquefois aussi à la mélancolie. On conçoit aisément qu'une maladie nerveuse , qui retentit si souvent sur l'organe de l'intelligence , puisse en pervertir les actes de différentes manières et amener la mélancolie. Il y a d'abord complication avec les idées les plus rembrunies ; plus tard l'hystérie cesse et laisse la mélancolie avec ses noirs lui survivre.
On a vu, et nous l'avons vu aussi, les crises hystériques occasionner la perte ou la diminution de la mémoire , une sorte de stupeur mentale ; cela n'arrive et ne peut arriver que rarement et seulement lorsque les crises sont violentes , souvent renouvelées, et surtout lorsqu'elles agissent plus vivement sur l'encéphale. Quelques auteurs ont signalé d'autres désordres graves du côté de l'intelligence , et même la manie. Quoique nous n'en ayions jamais observé aucun cas , nous en comprenons la possibilité et nous les admettons , surtout lorsque la maladie se prolonge de longues années. Nous regardons ces circonstances comme des effets de la maladie , bien plus que comme une conversion. Au reste, nous n'ajoutons aucune importance à cette forme d'explication , elle nous paraîtrait un jeu de mots. L'une et l'autre opinion pourraient se soutenir avec autant de raison , puisque les deux cas peuvent également se présenter.
Nous rattacherons à cet ordre quelques autres phénomènes morbides qui sont aussi le résultat ou l'effet des crises hystériques, bien plus qu'une conversion de la maladie. Nous ne pouvons en signaler qu'un petit nombre : car ils sont si variés, si nombreux, si bizarres, qu'il serait trop long de les indiquer tous. D'ailleurs on pourra juger ceux que nous omettons par celui dont nous allons faire mention, la paralysie. On en trouve quelque? vasrucs indications dans les an*
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ciens et surtout dans Hippocrate. Lcpois a vu une religieuse chez laquelle les accès hystériques donnèrent lieu une fois à une paralysie du bras et de la jambe gauche , et une autre fois à une paralysie du bras seulement. Boivin et Dugès se sont occupés assez fructueusement de ce sujet, ainsi que plusieurs autres auteurs , entre autres Brodie , de Londres , Wiltson , Laycock (*), Macaulay, Savary. M. Duchassaing en a publié une observation intéressante dans les Annales médico-pstjcholofjiqucs,sepicxïihre'iSA4. M. Chevallier en a recueilli plusieurs faits. M. Pelletier et M. Girard en ont aussi observé plusieurs. M. Louis vient aussi de faire connaître un fait important qui durait depuis onze ans , et dans lequel la mort a été la terminaison fâcheuse de la maladie. Personne n'a jeté un plus grand jour sur ce phénomène que le docteur Maurice Macario , dans un savant mémoire inséré dans le même journal , dans lequel il a su habilement mettre à profit les leçons de M. le professeur Piorry. Toutes les parties soumises à l'influence du système nerveux cérébro-spinal peuvent être frappées de paralysie en plus ou moins grand nombre à la fois. M. Piorry désigne cette affection sous le nom â'anervie hystérique ; elle peut atteindre la contractilité et la sensibilité, tantôt isolément, tantôt simultanément. La paralysie de la contractilité, amyoslhenie , affecte plus souvent les membres inférieurs; on l'a vue même atteindre le rectum , la vessie, le pharynx, le larynx, l'œsophage , la poitrine. Elle survient brusquement et sans être annoncée par des phénomènes précurseurs : elle est plus ou moins complète , et frappe plutôt les muscles extenseurs que les fléchisseurs. Elle peut se dissiper au bout de quelques instants, durer plusieurs jours ou plusieurs mois. La paralysie du sentiment, ânes-
(1) Le docteur Laycock a, dans sou Mémoire sur celte paralysie, trop souvent rattaché à l'hystérie ce qui en était indépendant. Ce qui nuit à v.\\ travail rempli de savantes x^
thésie , peut n'affecter que la peau ou même une partie de cette enveloppe. Elle peut choisir aussi un ou plusieurs organes des sens : la vue est le plus souvent affectée , puis l'ouïe. Cette anesthésie peut être plus ou moins complète , et durer aussi quelques instants, ou plusieurs mois et plusieurs années. Elle peut se reproduire à chaque crise hystérique , comme M. Guérard vient de le voir dans son service sur une jeune fille , et comme on a vu plusieurs fois l'amaurose le faire; de même elle peut ne pas se montrer une seconde fois , ou ne se montrer que deux , trois, ou quatre fois. Quelquefois même elle alterne avec une augmentation de sensibilité qui peut aller jusqu'à la douleur. Enfin elle peut alterner avec une autre paralysie. Tout est si variable, que ce serait s'exposer à des erreurs si l'on voulait, comme l'a fait le docteur Hocken , préciser cette perturbation de la vision , qu'il ne faut pas non plus confondre avec les amauroses qui dépendent d'une lésion organique , d'une crise, des vers, etc. Il y a beaucoup de variations dans le degré de chaque espèce de paralysie , lorsqu'elles existent spontanément. Tantôt il y a simple diminution de contractilité avec perte complète de sensibilité. Tantôt il y a paralysie complète du mouvement , tandis que la sensibilité se conserve un peu plus ou un peu moins. Leur guérison est tantôt brusque , tantôt lente et progressive. Elle est simultanée. Cependant il n'est pas rare de voir survivre une paralysie à l'autre. On les a même vues alterner quelquefois. Bien des fois la paralysie n'arrive que lentement et à la suite de crises nombreuses , ou dans l'hystérie chronique. Alors elle n'est jamais complète subitement ; mais sa durée est beaucoup plus longue et elle est bien plus difficile à guérir. Il paraîtrait que l'hémiplégie a lieu dans ces cas , plus souvent à gauche qu'à droite.
L'aphonie qui accompagne les crises ne peut pas être regardée comme une paralysie. Mais celle qui les suit quelquefois et qui se prolonge plusieurs heures , plusieurs jours et
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môme plusieurs semaines , est une quasi-paralysie ou du moins une lassitude des muscles du larynx qui n'offre rien de grave. Telinge, Laborde, Horstius, en citent des observations. Il en est de môme de la dysphagie , qui est presque toujours le résultat du spasme œsophagien et presque jamais celui de la paralysie. M. Macario agite la question de savoir si , comme le veut M. Piorry, cette paralysie est le fruit d'une altération organique physique , et il se décide pour la question inverse. Il l'attribue avec beaucoup plus de vraisemblance à une sorte d'atonie ou d'inertie du système nerveux. Cette explication rentre tout-à-fait dans nos idées, et tout ce que nous avons dit jusqu'à présent suffit pour en convaincre. Et pour ne rien laisser à désirer sur la question physiologique , il établit que d'après la belle découverte de Charles Bell et de M. Magendie sur les nerfs du sentiment et sur les nerfs du mouvement , ce sont les cordons postérieurs qui sont affectés dans l'anesthésie , et les cordons antérieurs dans l'amyosthénie. Nos observations viennent corroborer les assertions émises par l'auteur. Nous ne repoussons pas cependant la possibilité d'une lésion vitale dans l'encéphale ou la moelle épinière hors le moment de la crise , où la volonté perd son empire ; ce n'est plus son défaut d'influence sur les muscles et sur les sens qui en est la cause unique, ainsi que Brodie l'a prétendu.
Au lieu de paralysies par résolution , quelques auteurs ont observé des contractions permanentes , ou contractures de quelques membres ou de quelques parties de membres. Les malades ne peuvent plus les mouvoir , parce qu'ils ne peuvent pas faire cesser la contraction involontaire et presque tétanique des muscles. J'ai vu plusieurs fois, tantôt des crampes se prolonger quelques instants après les crises; d'autres fois des contractions toniques survivre quelques heures à la crise , surtout aux mains. Les extenseurs et les fléchisseurs sont également siège de cette contraction, mais plus souvent
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ces derniers. Chez une seule femme on a vu celte contracture lui tenir les doigts grandement ouverts et renversés, durer cinq à six jours. Je ne crois pas devoir admettre l'intervention de l'encéphale dans ce phénomène. Il a lieu , parce que les muscles ont reçu une surexcitation pathologique qui , dans ces cas, survit à la crise. C'est un phénomène purement local , aussi local que la crampe.
Lorsque l'influx nerveux se fait sentir au cœur, ce qui est assez fréquent , il en résulte des palpitations qui peuvent , par leur durée et par leur fréquente réitération , passer à l'état anévrismal. De môme s'il se porte sur les poumons , sur l'estomac , sur les intestins , il peut donner lieu à des phénomènes purement nerveux , qui , par leur durée , finissent aussi par amener de véritables altérations organiques.
Nous croyons encore à la transformation de l'hystérie en un asthme convulsif , parce que la chose est dans l'ordre , et surtout parce qu'elle a été observée. Backer en cite un fait remarquable.
Nous avons vu , ainsi que M. Nacquart , un hoquet excessivement bruyant remplacer , pendant plus de vingt ans , des crises hystériques auxquelles une dame avait été sujette. — On a vu aussi des tics douloureux ou permanents remplacer ou alterner avec les crises hystériques.
Quoique bien souvent un engorgement de matrice ( Dupareque), une métrite chronique (Pujol), une métrite légère (Lisfranc), persistent après la cessation de l'hystérie et se transforment quelquefois en squirrhe et en cancer, nous n'avons pas cru devoir indiquer ces maladies comme des conséquences de la cessation de l'hystérie , comme une conversion de celte dernière. Elles en sont , au contraire , une cause fréquente.
Nous ne reconnaissons pas non plus certaines prétendues conversions de l'hystérie admises par quelques auteurs. Ainsi Alibcrt a eu lort de regarder comme "une conversion de l'hys-
DE l'hystérie. 383
lèrie en fièvre muqueuse , la suspension qui eut lieu deux fois de la première, lors de l'apparition de la seconde. Cheyne s'est trompé lorsqu'il a cru que la phlhisie tuberculeuse était la conséquence de fortes hystéries ; c'est bien plutôt , dans ce cas, l'éréthisme nerveux occasionné par la première impression de la tuberculisatiou qui a déterminé le mouvement nerveux hystérique. Sydenham ne s'est pas moins trompé, lorsqu'il dit avoir vu l'hystérie se convertir en hématémèse , étisie , goutte, apoplexie , paralysie , syncope. Dans la plupart de ces cas, il y a eu tantôt simple concomitance, d'autres fois succession fortuite, quelquefois succession d'effet à cause, mais non conversion. C'est ainsi que nous envisageons aussi le fait dont parle Reilet dans lequel une femme fut , pendant six mois , délivrée de ses crises hystériques par un ulcère , auquel succédèrent de nouvelles crises ; de même que le fait d'une autre dame qui cessa de prendre des crises pendant toute la durée du traitement d'une fracture. Aussi nous blâmons Louyer-Villermay d'avoir admis toutes ces terminaisons sans examen préalable. Il en est de la plupart de ces cas comme de la suspension de l'hystérie pendant le développement d'une grossesse, où l'on ne s'avisera pas, je pense , de voir une conversion de l'hystérie. On pourrait plutôt regarder la suspension comme le résultat d'une révulsion , comme une concentration nerveuse plus grande sur un point au détriment des autres.
On a agité la question de l'influence de l'hystérie sur la génération. Quelques auteurs ont prétendu que la maladie abolissait la fonction. D'autres ont soutenu, au contraire, qu'elle lui donnait plus d'activité. La plupart des femmes hystériques sont aussi aptes à la conception que les autres : Louyer-Villermay pense même avec quelques auteurs qu'elles y sont plus aptes. Cette circonstance est une nouvelle preuve de l'indépendance dans laquelle se trouvent l'hystérie et l'utérus, puisque les fonctions de cet organe n'en sont pas trou-
blées , ce qui ne manquerait pas d'arriver, s'il était le siège de la maladie, s'il était l'organe malade. Lorsqu'il y a stérilité, elle est indépendante de l'hystérie, elle tient à d'autres causes. En général les médecins se sont, en cela comme en beaucoup d'autres choses, trop pressés de rapporter à la maladie, des accidents, des phénomènes ou d'autres maladies, qui lui sont complètement étrangers.
Si nous n'avons point consacré de chapitre particulier aux rechutes, ce n'est pas que nous les méconnaissions : bien des fois déjà nous avons eu occasion de les signaler. Lorsque la maladie a cessé, elle laisse toujours dans le système nerveux une susceptibilité d'autant plus grande, qu'elle a duré plus longtemps, ou que les crises ont été plus nombreuses et plus fréquentes. C'est une véritable prédisposition, sous le joug de laquelle vit la personne guérie, et qui l'expose à contracter de nouvelles crises et une nouvelle hystérie, pour des causes bien plus légères qu'il ne le fallait auparavant ; les mêmes phénomènes se reproduisent avec les mêmes variations. La maladie redevient la même qu'auparavant. Seulement elle est plus grave et plus tenace, parce que la cause qui l'a déterminée, ayant trouvé une organisation déjà modifiée, ajoute à cette modification, et la rend plus profonde, et par conséquent plus longue et plus difficile à guérir. Cette assertion, vraie en général, ne peut pas être absolue , tant sont variables et changeants, les phénomènes et les actes nerveux.