‹ Traité de l'hystérieChapitre 15 sur 19 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Complications de l'Hystérie.

Devons- nous comprendre au nombre des complications tous les phénomènes insolites , toutes les formes variées que l'hystérie peut présenter ? Devons-nous y comprendre tou-

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les les maladies qui peuvent se développer pendant son cours ? Déjà nous avons fait la part des phénomènes et des variétés, nous n'avons pas à nous en occuper. Nous savons qu'ils ne sont pas et qu'ils ne peuvent pas être des complications. Parmi les maladies qui viennent se joindre à l'hystérie , i| en est bien peu que nous soyions disposé à regarder comme des complications. Si nous les admettions ainsi indistinctement, il n'y aurait pas de maladie qui ne pût compliquer cette affection ; car toutes peuvent accidentellement se joindre à elle. Ce ne sont point des complications ; elles se développent et elles marchent, comme si elles étaient seules et isolées de l'hystérie. Ainsi nous rejetons du nombre des complications la phthisie pulmonaire, la pneumonie, le pemphygus, les maladies organiques du cœur, les tumeurs anomales dans l'abdomen ou ailleurs, etc. , quoique Louyer-Villermay, Hoffmann, Reid, Jacquemin,etc. les aient admis. D'ailleurs à quoi aboutirait cette complaisante énumération de maladies dans lesquelles nous ne voyons qu'une concomitance fortuite ?

Nous réservons donc le nom de complications aux seules maladies qui s'unissent à l'hystérie , et qui viennent se confondre et s'identifier avec elle, de manière à marcher ensemble, à combiner leurs évolutions, et à exercer l'une sur l'autre une influence réciproque. Loin de nous cependant la pensée de prétendre qu'une affection pathologique, tant étrangère soit-elle à l'hystérie, n'exerce pas sur elle une influence plus ou moins marquée. Mais il n'y a là que cette réaction ou ce retentissement d'une souffrance sur l'économie entière, que le résultat de cette solidarité harmonique des organes, et nullement influence de combinaison, puisque chaque maladie parcourt ses périodes sans se marier, sans s'identifier avec l'autre. Nous allons plus loin encore , nous rejetons du nombre des complications, certaines affections hygiéniques ou pathologiques, que nous avons déjà étudiées comme des causes fréquentes de l'hystérie. Ainsi nous ne

regarderons pas les variations de la menstruation comme une complication. Elles ne sont qu'une cause dont l'hystérie suit les phases. C'est elle qui influence la maladie , et celleci n'en est jamais que l'effet. Il en est de même de toutes les autres suppressions, de tous les autres dérangements fonctionnels. Ils sont causes; et s'ils persistent, ils sont bien associés à la maladie, ils exercent bien sur elle une influence réelle , mais ils n'en reçoivent point. Ils ne peuvent et ne doivent donc pas être considérés comme de véritables complications. Ce n'est qu'en élaguant ainsi les maladies de tout ce fatras indigeste de complications et de phénomènes étrangers, qu'on est véritablement utile à la science. C'est en réduisant la maladie à sa plus simple expression, en la dépouillant de tous ses accessoires inutiles ou passagers, qu'on évitera la confusion et le vague qu'ont répandus sur ces descriptions d'ailleurs si savantes, les auteurs qui, en entassant, englobant et généralisant tout, ont embrouillé l'étude des maladies et la science. La question ainsi envisagée se simplifie beaucoup, et le nombre des complications se trouve singulièrement restreint. Nous ne regarderons comme telle que l'hypochondrie, l'épilepsie, les névralgies, et quelques affections mentales.

Nous savons déjà que l'hypochondrie vient souvent compliquer l'hystérie , et qu'elle en est même un effet assez fréquent. Cette association des deux maladies est même si commune en Angleterre, que Sydenham, comme nous l'avons vu, a fait de cette complication une maladie unique, et a entraîné dans son erreur la plupart des médecins qui l'ont suivi. Le célèbre Lorry, subjugué par l'exemple, est allé plus loin encore, puisqu'il a identifié la mélancolie, l'hypochondrie et l'hystérie, pour n'en faire qu'une maladie. Cependant il est toujours facile de distinguer ces affections, quand elles existent séparément; et même, lorsqu'il y a complication , chacune apporte dans la communauté mor-

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bide ses phénomènes particuliers et distinclifs , et il est facile encore de faire la part de chacune et de lui rattacher les phénomènes morbides qui lui appartiennent. Il y a complication véritable et complète , parce que les deux maladies marchent ensemble , et qu'elles exercent l'une sur l'autre une influence bien marquée. Les crises et les souffrances hystériques rembrunissent de plus en plus l'imagination , et l'imagination viciée exaspère de plus en plus le système nerveux et le prédispose de plus en plus à la mobilité hystéiique. C'est un cercle vicieux , dans lequel chaque maladie est à la fois cause et effet , exerce et reçoit l'influence. Ce sujet , qui naguère aurait demandé de longues dissertations , est trop connu aujourd'hui pour nous y arrêter davantage. Louyer-Villermay le premier, a commencé à débrouiller ce chaos soit par les faits, soit par leur analyse et le raisonnement. M. Dubois, d'Amiens, n'a plus permis de confusion , en établissant avec une lucidité étonnante la différence que présentent les deux maladies dans leurs causes , leurs phénomènes et leur traitement. Personne n'a porté plus loin cette analyse philosophique qui le caractérise. M. Landouzy s'élève contre cette association avec beaucoup de chaleur. Il la croit sinon impossible , du moins excessivement rare , et il ne craint pas de récuser l'autorité d'Esquirol , qui pourtant n'a jamais rien avancé qui ne lui fût démontré par les faits.

C'est avec l'épilepsie que l'hystérie se marie ensuite le plus souvent (hystéro-épilepsie ). C'est la complication la plus grave et peut-être la plus fâcheuse. Ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, l'hystérie en se prolongeant et en répétant souvent ses accès les plus intenses , amène quelquefois la forme ou la complication épileptiforme, dont les auteurs ont donné une foule d'observations, entre autres Maisonneuve. D'autres fois, la complication existe d'emblée. Les deux maladies se développent simultanément, et elles continuent à marcher ensemble. Quelquefois les crises sont

distinctes. Le plus souvent les accès sont une combinaison de symptômes communs aux deux maladies. On vient d'en recueillir une observation sur une jeune fille de 1 7 ans, placée dans le service de M. Piorry , janvier 1845 et avril 1846, parce que la malade était rentrée. M. Landouzy en cite plusieurs observations,'etM.BeauenarecueilIiun grand nombre à la Salpêtrière. Nous avons eu occasion d'observer ces deux variétés-, mais la dernière est beaucoup plus fréquente, au moins c'est celle que nous avons eu le plus souvent occasion d'étudier. L'invasion est ordinairement plus brusque, la perle de connaissance est instantanée , complète, les contractions sont plus brusques , et assez souvent l'écume remplit la boucbe. Dans l'un et l'autre cas , le moral du malade est affecté ; il devient morose , les facultés intellectuelles s'en ressentent aussi,'et il y a une sorte de stupeur produite, autant peut-être par l'influence morale qu'exerce toujours l'idée de l'épilepsie , que par l'affection même de l'organe de la pensée. Dans tous ces cas, la guérison est toujours difficile. Les névralgies viennent aussi quelquefois s'associer à l'hystérie comme complication. Peut-être même devrionsnous regarderie trop fameux clou hystérique comme une né vralgie. D'autres névralgies peuvent compliquer la maladie, marcher avec elle , en suivre toutes les phases , s'exaspérer avec les crises , se calmer pendant leur intervalle ; elles paraissent exaspérer quelquefois la maladie , et d'autres fois en recevoir une influence qui les réveille. C'est ce que nous avons vu quelquefois dans la névralgie temporale et maxillaire, et plusieurs fois pour la gasti algie. Les autres névralgies peuvent aussi compliquer l'hystérie , et M. Duparcque cite une observation de névralgie de l'utérus. Quoique les deux maladies soient bien unies , elles peuvent s'isoler dans leur terminaison : l'une peut guérir et l'autre lui survivre plus ou moins longtemps. Celte circonstance est commune à toutes les complications.

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On a vu enfin une diminu/ion et une perversion dans les facultés intellectuelles venir compliquer l'hystérie. Le cas est rare. Le plus souvent ces facultés éprouvent une sorte d'exaltation qui se met en harmonie avec le degré de susceptibilité nerveuse. Quelquefois l'altération mentale est le résultat de crises successives et violentes , comme nous l'avons fait remarquer; mais elle n'en existe pas moins, et dès lors elle devient une complication grave , que les crises ne font ordinairement qu'accroître. Parmi ces névroses cérébrales, la catalepsie est la plus fréquente, Elle est aussi la moins grave, la moins dangereuse. Elle présente avec l'hystérie les mêmes nuances d'association que l'épilepsie. La nymphomanie se trouve dans le même cas. Elle est souvent cause de l'hystérie.

Indépendamment de ces quatre complications , on voit quelquefois certaines fièvres nerveuses venir compliquer l'hystérie et ajouter beaucoup à sa gravité , pendant que , d'un autre côté, les crises augmentent leur intensité et en accroissent le danger. La chlorose est une cause pathologique de l'hystérie. Elle ne cesse pas lorsque celle-ci est déclarée. Elles marchent ensemble; mais est-ce là une complication? Il pourrait se présenter d'autres complications que nous ne repoussons pas , mais qui sont tellement éventuelles qu'on doit les admettre plutôt comme des possibilités que comme des réalités. Quoique nous pensions que Louyer-Yillermay a ajouté une trop grande importance à la complication de la phlhisie pulmonaire, elle n'en est pas moins une coïncidence bien fâcheuse. M. Piorry vient de voir dans son service deux cas de fièvre intermittente hystérique. Le premier fut mortel; le second a été guéri par le sulfate de quinine.

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