CHAPITRE XI
Diagnostic différentiel «le l'hystérie.
Par ses rapports d'analogie comme par la fréquence de ses complications , l'hystérie a montré avec certaines maladies des points de contact si grands , que bien des fois les observateurs ont cru y trouver de la similitude et les ont confondues , soit en les prenant indistinctement l'une pour l'autre , soit en les identifiant pour n'en faire qu'une maladie. Dès lors il devient indispensable d'établir le diagnostic différentiel de chacune, afin de faire éviter toute méprise. Pour cela il faut faire ressortir les signes propres à chaque maladie, non seulement dans ses phases diverses, dans ses formes nombreuses, dans ses variétés , mais encore dans les rapports et les analogies qu'elle peut avoir avec les autres maladies. Il suffirait pour cela de se rappeler tous les signes de l'hystérie tels que nous les avons tracés , et de les comparer avec ceux des autres maladies ; car aucune ne se ressemble parfaitement.
Nous pourrions grossir beaucoup le nombre des maladies avec lesquelles l'hystérie doit être différenciée ; mais nous le réduirons aux cas les plus essentiels , ù ceux seulement dans lesquels les analogies sont assez grandes et qui par conséquent ont pu occasionner des méprises. Nous en admettons cinq, l'hypochondrie, l'épilepsie, les convulsions, les névralgies, la nevropathie. Trop de différences distinguent la syncope, la catalepsie et l'apoplexie, pour que nous songions à en établir un diagnostic particulier. 11 y a une plus grande différence encore entre l'hystérie et Iesphlegmasies et autres altérations organiques. Aussi nous ne cherchons pas à en établir le diagnostic, bien que la mode des névroses gagne tellement que tous les jours je vois, par un
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abus inconcevable, qualifier du nom de névrose les phlegmasies et autres lésions physiques les mieux caractérisées. Nous ne croyons pas non plus devoir indiquer les moyens de distinguer les différents degrés et les phases différentes de l'hystérie ; l'étude que nous avons faite de la symptomatologie nous en dispense.
Nous plaçons Vhypochondrie en première ligne à cause de son association fréquente et de son identification établie par Sydenham, dont l'opinion avait tellement prévalu, que longtemps après on n'osa pas s'en écarter. Tellement que le sévère Baglivi lui-même voulait qu'on regardât comme hypochondriaque chez l'homme et hystérique chez la femme toute maladie qui présentait des phénomènes insolites et qui résistait aux médications ordinaires : quandô morbus aliquis remediis débité prescriptis cedere nolit, insolitisque quibusdam modis, atque à sua naturâ valdè remotis, progreditur ; suspicandum erit de occultis animi passionibus.... vel si muîieres sint de fomite hyslerico (lib I). On est étonné de voir encore J. Frank adopter cette opinion. Lorsqu'on ne pouvait pas moins faire que de reconnaître la différence qui existait entre les deux maladies, on laissait subsister la confusion, et l'on se contentait, à l'exemple de Lorry et de Pomme, de dire que c'était la même maladie nerveuse qui, chez l'homme prenait la forme de l'hypochondrie, et, chez la femme celle de l'hystérie ; en d'autres termes, que V hystérie était aux femmes ce que Vhypochondrie était aux hommes. Malgré ces autorités imposantes, nous ne craignons point de le dire, la différence entre les deux maladies est immense, et lorsqu'il y a complication de l'une avec l'autre, chacune a sou caractère tellement bien tracé qu'il est impossible de les confondre. Personne n'a su mieux apprécier la distance qui les sépare, que M. Dubois, d'Amiens. Depuis son origine jusqu'à sa terminaison tout diffère : causes, symptômes, marche, siège, nature, terminaison, traitement, tout est différant
ou du moins agit d'une manière différente. — Dans Tune et l'autre maladie il faut une prédisposition nerveuse naturelle ou acquise. Quoiqne analogue sous bien des rapports cette prédisposition n'est pas la même. Dans l'hystérie le système nerveux cérébral a beaucoup de sensibilité jointe à une mobilité très grande. Voilà pourquoi la femme y est beaucoup plus sujette. Dans l'hypochondrie la mobilité est moins grande, mais il y a déjà plus de bizarrerie, et les facultés intellectuelles ajoutent à cette bizarrerie une teinte de tristesse qui donne au caractère un cachet particulier et bien distinct. C'est cette disposition de l'intellect qui rend la maladie beaucoup plus commune chez les hommes, bien qu'elle ne soit pas étrangère aux femmes , comme l'ont prétendu quelques auteurs. Il y a donc une différence essentielle dans la modiBcation de la prédisposition nerveuse. Mais cette différence n'entraine pas, comme le veut M. Dubois, d'Amiens, le défaut d'influence du tempérament nerveux dans l'hypochondrie. La thèse contraire serait plus facile peut-être à soutenir, puisque tous les jours nous voyons des crises d'hystérie violentes attaquer les personnes qui y paraissent le moins disposées. C'est à la manière différente d'agir des climats chauds sur le système nerveux, et des climats froids, tempérés et humides sur l'imagination, qu'il faut attribuer la plus grande fréquence de l'hystérie dans les premiers, et de l'hypochondrie dans les seconds. L'hystérie et l'hypochondrie ne peuvent donc pas être les mêmes : il n'est donc pas vrai que les sexes seuls en fassent la différence.
Les causes qui font développer ces deux maladies semblent être les mêmes , puisque les unes et les autres sont des incita teurs du système nerveux. Cependant, nous y trouvons encore une différence. Dans l'hystérie , les causes agissent plus spécialement sur le système nerveux par des impressions vives ou des secousses brusques. Les affections même de l'âme sont celles dont l'action prompte et vive secoue
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violemment l'économie; la frayeur, les émotions, la colère. Dans l'hypochondrie la cause agit lentement. Elle n'est et ne peut jamais être instantanée. Qu'elle agisse sur les nerfs ou qu'elle émeuve directement l'organe de l'intelligence, ce n'est Jamais d'emblée qu'elle le fait : c'est en agissant lentement et à plusieurs reprises. Jamais l'imagination n'est hypochondriaque après une révolution morale , comme l'hystérie qui surgit brusquement et avec intensité au moment d'une frayeur. Les causes morales et physiques agissent avec lenteur dans l'hypochondrie : ce sont les passions les plus tristes, les chagrins , les sentiments contrariés , et surtout les excès dans les travaux intellectuels qui la produisent, tandis que ces causes ont bien peu ou point de prise sur l'hystérie, parce que, dans tous ces cas, la cause agit sur l'imagination , sur l'intelligence et sur son organe , et qu'elle ne peut pas opérer brusquement !a modification nerveuse et mentale , et le désordre des sensations et de l'intelligence qui caractérise l'hypochondrie. C'est d'après ces considérations , que M. Dubois , d'Amiens , fait ressortir les manières différentes d'agir de la lecture des livres. Ceux qui parlent à l'intelligence, comme les livres de médecine, etc., causeront l'hypochondrie ; ceux qui parlent aux passions , au cœur , comme les romans, produiront l'hystérie. Hoffmann avait donc bien raison de dire : difjerunt porro magnè hi duo morbi ratione causarum.
L'hystérie se déclare brusquement par une crise qui cesse pour ne pas reparaître , ou qui se reproduit indéGniment. Sa marche est irrégulière , il est vrai ; mais il n'y a point de sensations bizarres, point de travers de l'imagination , point d'altération dans les facultés intellectuelles. Sensations et facultés , tout est intact. S'il y a des pleurs ou des éclats de rire , de la tristesse ou de la joie , c'est par boutade et sans raison. L'hypochondrie débute lentement. Elle semble s'essayer longtemps avant de se déclarer. Sa tristesse est rai-
sonnée. L'imagination médite et rumine longtemps ses souffrances avant de les transformer , avant de se travestir ellemême. II n'y a point de crises convulsives , point de sensation de globe ascendant, et s'il y a quelques faibles spasmes, ils ne prennent jamais le caractère des convulsions.
Dans 1'bystérie, des crises convulsives se renouvellent à des époques plus ou moins rapprochées, et elles laissent les malades parfaitement tranquilles pendant les intervalles qui les séparent, excepté dans les cas d'hystérie constitutionnelle où le système nerveux conserve les spasmes et les sensations de la névrose. On ne trouve jamais dans l'hypochondrie ces accès périodiques ou irréguliers. Elle peut présenter des moments de souffrances, de paroxysmes, et de désespoir plus grand, et des moments de calme plus marqués aussi ; mais cela ne ressemble en rien aux crises de l'hystérie. Au milieu du calme le plus apparent, l'imagination conserve une couleur rembrunie et bizarre, qu'on saisit mieux qu'on ne peut l'expliquer, qui porte les malades à parler toujours d,; leurs souffrances actuelles ou passées et à les comparer avec celles des autres malades , et qui les fait croire atteints de toutes les maladies qu'ils lisent ou dont ils entendent parler.
Le plus souvent l'hystérie se borne à un ou plusieurs accès, et sa durée est assez limitée. L'hypochondrie est toujours longue, d'autant plus qu'il lui a fallu plus de temps pour se développer. Elle ne finit jamais à son début, ou bien alors ce n'était pas l'hypochondrie. Une remarque importante et qui n'a pas échappé à M. Dubois, d'Amiens, c'est que dans l'hystérie, " il n'y a toujours, bien qu'à des degrés différents, que des phénomènes exprimant des lésions identiques depuis l'invasion jusqu'à la fin des accès ; tandis que dans l'hypochondrie , les auteurs ont trouvé et ont successivement exposé une foule de systèmes incohérents, sans pouvoir s'attacher à une série d'organes plutôt qu'à une autre.
Devenue chronique et constitutionnelle , l'hystérie se
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prolonge indéfiniment aussi. Pourtant elle est toujours plus susceptible d'une guérison complète. L'hypochondrie ne guérit pas toujours ; et lors môme qu'elle est guérie, si elle a été chronique ou constitutionnelle, l'imagination conserve quelque chose d'insolite et souvent de bizarre, qui indique les traces profondes que l'hypochondrie a laissées.
Dans l'hystérie le système nerveux cérébral est seul compromis. Son vice d'altération consiste dans une augmentation de la sensibilité. et de la mobilité ou de son influence sur la contractilité musculaire. Dans l'hypochondrie, les deux système nerveux sont compromis, et l'organe de l'intelligence en même temps. Mais ce n'est plus une augmentation de leurs fonctions, c'en est une perversion, un désordre qui provoque toute sorte d'actes bizarres et irréguliers. Le siège et la modification pathologique sont donc aussi différents.
L'état du moral, pendant l'intervalle des crises hystériques, est bien différent de l'état hypochondriaque. La susceptibilité est extrême, les idées sont variées ; malgré les plus grandes inquiétudes, il y a sécurité parfaite sur l'avenir ; les malades rient et pleurent alternativement : leur imagination est vive et variable ; loin de rougir de leur maladie, elles prennent plaisir à lui rapporter tout ce qu'elles éprouvent même dans leurs maladies les plus graves. Tandis que personne ne veut être hypochondriaque, la maladie et son nom sont en horreur. — L'hypochondrie ne survient ordinairement chez les femmes qu'après l'âge du retour, lorsqu'elles deviennent bien moins sujettes à l'hystérie. On en conçoit la raison.
Les deux maladies ne sont pas ordinairement plus dangereuses l'une que l'autre, mais l'hypochondrie est beaucoup plus longue, plus souvent incurable ; plus souvent aussi elle conduit à une lésion mentale, ce qui est d'autant plus facile, quedéjâlesfacultésintellectuclles sont compromises. Ce cachel
particulier se retrouve encore dans le traitement. Si dans les deux maladies, on doit agir sur le système nerveux pour le modifier et le ramener à son type normal, dans l'hypochondrie on insistera beaucoup plus sur les moyens hygiéniques, moraux et intellectuels, parce qu'il faut de toute nécessité combattre l'état de perversion dans lequel se trouve l'imagination.
II n'est pas toujours aussi facile qu'on pourrait le croire de distinguer l'hystérie de Vépilepsie , et dans quelques circonstances la forme des accès présente une si grande ressemblance, que plusieurs auteurs se sont demandé si les deux maladies étaient vraiment différentes. Nous le concevons sans peine, en nous rappelant ce que nous avons dit de la valeur et de la constance des signes. Dans les cas ordinaires, cependant, l'épilepsie est facile à distinguer : elle est plus particulière à l'enfance, et si la frayeur, une vive émotion, l'imitation en sont les causes ordinaires communes à l'hystérie, celle-ci, presque exclusive au sexe féminin, reconnaît le plus souvent pour cause une passion contrariée et les dérangements de la menstruation. ïl y a des différences bien tranchées dans la forme des accès. La crise épileptique est toujours brusque et indépendante de toute influence de la volonté; le malade tombe à la renverse où il se trouve et en poussant un cri aigu et particulier, et il perd connaissance ; dans ses convulsions il y a plus de rigidité, et ses secousses particulières et brusques différent de celles de l'hystérie : la face surtout est horriblement convulsée, elle prend un aspect hideux que n'a pas l'hystérie et qui inspire un effroi que n'inspire pas non plus celle-ci. Dans l'hystérie aussi il y a plus de contorsions, plus de déplacements. L'cpilcplique ne se roule pas comme le fait si souvent l'hystérique. Il ne sent pas le globe œsophagien. Dans l'épilepsie, il y a une sécrétion très abondante d'une salive ccumeuse. Toutes les sensations sont suspendues pendant la
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crise épileplique ; elles se conservent encore dans l'hystérie, et si la malade pousse des cris, ce sont plutôt des gémissements que des cris. L'accès épileptique a une durée plus limitée que l'hystérique : ils ne durent que 10 minutes ou un quart d'heure. Ils sont plus réguliers et moins sujets à une influence étrangère. Tandis que ceux de l'hystérie durent des heures et même des jours, et souvent ils présentent des alternatives de rémission et d'exacerbation. On a remarqué dans l'épilepsie une certaine contraction violente du pouce en dedans, intus fleclantur pollices, qui ne se rencontre pas dans l'hystérie. Lorsque la crise épileptique est finie, le malade ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé, et s'il n'éprouvait pas un brisement des membres et une tristesse plus grande, il ne se douterait pas qu'il a été malade : tandis que dans l'hystérie, le souvenir de ce qui s'est passé se conserve, et il ne reste rien de triste et de sombre dans l'imagination. L'épilepsie est rarement guérissable; elle se termine souvent par la démence, la manie, l'apoplexie, terminaisons qui sont très-rares dans i'hystérie. Combien aussi le traitement diffère dans les deux maladies ! L'épilepsie demande des spécifiques énergiques et bien longtemps continués, dont l'hystérie ne s'accommoderait pas. C'est une marche toute différente à suivre. Malgré ces différences, l'hystérie revêt quelquefois des formes si analogues à celles de l'épilepsie, qu'on peut la regarder comme une variété, ou même comme une complication des deux maladies. Alors ce n'est plus l'hystérie, ce n'est pas non plus l'épilepsie ; c'est Tune et l'autre. « Il importe à l'humanité, dit Louyer-Yillermay, au bonheur des familles et à l'ordre public, que ces maladies soient bien distinguées l'une de l'autre. Combien de fois n'a-t-on pas fait enfermer dans des maisons destinées aux épilepliques, de jeunes personnes affectées d'hystérie ! Quel spectacle pour ces jeunes malades, que celui d'une jeune compagne en proie à une attaque
d'épilepsie ! et quel chagrin devait leur faire éprouver l'idée d'être réduites au môme sort, destinées à la même condition, et devenir à leur tour un spectacle de douleur et d'horrible commisération! On sentira combien cette distinction est importante, si l'on réfléchit que beaucoup de jeunes personnes ont été et sont encore, par suite de cette méprise, repoussées de la société dont elles feraient l'ornement, repoussées par leurs parents dont elles seraient le bonheur ou l'orgueil, mais dont le cœur se brise et se dessèche à l'idée d'une maladie.... qui n'existe pas. »
Les affections avec lesquelles l'hystérie semble présenter le plus d'analogie sont les convulsions. Tout y paraît identique soit du côté des prédispositions, soit du côté des causes, soit du côté des phénomènes. Cependant l'hystérie diffère essentiellementde toutes les autres convulsions. Quelle que soitleur forme, tonique, clonique, ou éclampsique , c'est l'enfance qui est l'époque la plus sujette aux convulsions. Les deux sexes y sont également exposés. Les causes en sont bien plus multipliées et plus indépendantes des lésions fonctionnelles des organes de la génération. Si la connaissance se conserve également dans les deux maladies, s'il n'y a pas d'écume à la bouche, cependant les convulsions ne présentent jamais cette sensation de boule qui fait le caractère de l'hystérie, et qui seule suffirait pour empêcher toute méprise. Souvent les convulsions sont mortelles dès les premières ou les secondes crises ; et pour les combattre, il faut plus souvent recourir aux évacuations sanguines, afin de dissiper la congestion cérébrale qu'elles occasionnent ou dont elles sont la conséquence. Uéclampsie surtout des femmes en couche ne doit pas être confondue avec l'hystérie, parce qu'elle exige un traitement actif dont celle-ci n'a pas besoin. Dans la première à peine y a-t-il eu quelques mouvements convulsifs, que la congestion cérébrale se révèle par l'assoupissement carotique et la plénitude du pouls.
Il est si facile de distinguer les névralgies de l'hystérie, que nous ne croyons pas devoir insister beaucoup sur ce point. Quoique les causes présentent quelques rapprochements, cependant elles en diffèrent assez. Ce n'est pas une émotion brusque ni la frayeur qui occasionnent la névralgie. C'est le chagrin prolongé, c'est l'impression du froid, c'est une cause physiologique, et bien souvent la cause est inconnue. Les crises névralgiques n'ont aucune ressemblance avec les crises hystériques. C'est une douleur violente, atroce, déchirante et sans convulsions. S'il y a quelquefois un mouvement convulsif, il est toujours local, comme dans le tic douloureux, et la volonté peut toujours déterminer les mouvements des membres. Quel que soit le siège de la névralgie, membres, tronc, appareils organiques ; il est toujours facile de la reconnaître, il est toujours impossible de la confondre avec l'hystérie. Elle peut s'associer avec elle et lui imprimer une marche plus douteuse; mais alors c'est une complication ou une forme qu'on ne saurait pas confondre sans montrer beaucoup de légèreté. Nous n'avons pas été peu étonné de voir Louyer-Villermay confondre l'hystéralgie avec la métrile, et les assimiler pour n'en faire qu'une maladie.
La névropathie présenterait beaucoup d'analogie avec l'hystérie, si celle ci n'avait pas ses crises. Car dans l'intervalle, lorsque l'hystérie est chronique, les malades sont dans un état névropathique, qui ne diffère souvent que fort peu de la simple névropathie. Cependant la sensation du globe, le volume de l'abdomen, etc., ne se présenteront jamais dans cette dernière. Il peut quelquefois y avoir simultanéité des deux affections, et, comme nous l'avons dit, l'hystérie constitutionnelle est une névropathie avec crises. Alors cette dernière se confond et s'efface, et les crises décident le caractère de la maladie.
Les différences qui séparent l'hystérie de la nymphomanie
sont si grandes, que nous ne croyons pas devoir nous occuper d'une manière particulière de cette dernière névrose; bien qu'on l'ait quelquefois confondue avec l'hystérie, l'erreur ne serait plus possible. Il en est de même de Y hydrophobie. La difficulté et quelquefois l'impossibilité d'avaler les liquides, et l'impatience qui accompagne cette difficulté et qui fait repousser les boissons ne suffisent pas pour les faire confondre. Serait-ce dans des cas de ce genre qu'on aurait cru avoir guéri quelquefois la rage ? Nous en dirons autant de la catalepsie, dont la rigidité immobile ne ressemble en rien aux convulsions de l'hystérie. Quelquefois les deux maladies s'associent. Alors il est toujours facile de faire la part des phénomènes appartenant à chaque affection.
Nous n'étendrons pas plus loin ces considérations sur le diagnostic différentiel de l'hystérie, parce que les autres maladies, apoplexie, angine de poitrine, asthme, palpitations, vomissements, hoquets, dysphagie spasmodique, vers, etc., avec lesquelles plusieurs auteurs ont voulu l'assimiler, sont des phénomènes qui peuvent s'y joindre et lui donner une forme particulière. Mais à part ces circonstances, lorsque ces phénomènes sont l'expression d'une affection idiopathique, il ne sera jamais possible de les confondre. Nous insistons beaucoup sur la nécessité de bien préciser les phénomènes de toutes les maladies, afin de les isoler complètement. C'est le seul moyen d'arriver à débrouiller le chaos qui règne si souvent encore dans l'étude des maladies, et d'éviter les erreurs diagnostiques, et par conséquent pratiques, que cette confusion entraîne si souvent et dont nous avons quelquefois lieu de nous plaindre et de gémir. On apprendra donc à ne plus confondre une foule de maladies nerveuses des femmes avec l'hystérie, à ne plus voir cette maladie dans leurs moindres affections. En faisant à chacune son droit, elles diminueront le nombre des hystéries pour aller se caser à leur place, et y trouver le traitement qui leur convient.
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Parlerons nous de Y hystérie simulée admise par quelques auteurs? Elle peut se présenter; mais ce n'est plus une maladie. Il n'y a plus de symptômes différentiels à indiquer. C'est au praticien à se tenir en garde contre la supercherie. M. Colombat a très-bien indiqué les moyens à l'aide desquels on pourra la découvrir : « On s'informera d'abord si la malade n'a pas des motifs pour feindre cette affection. On étudiera alternativement les symptômes, et l'on cherchera à s'assurer s'ils ne sont pas incompatibles avec ceux qui sont essentiels à la maladie. On tâchera de faire tomber la malade en contradiction avec elle-même ; enfin on acquerra presque toujours la certitude que les attaques sont simulées, si la malade refuse de se soumettre à un traitement. On évitera avec le plus grand soin de laisser apercevoir le moindre doute sur la maladie. Les soupçons affligeraient vivement les malades, et pourraient aggraver leur état, si la maladie était véritable. »
Nous croyons devoir reproduire un avertissement donné par J. Frank, et qui nous paraît assez important. «Il arrive souvent, dit ce praticien célèbre, qu'une hystérique soit affectée d'une maladie étrangère et nouvelle, dont elle omet rarement de rendre compte. Il arrive de là que le médecin non sur ses gardes, méconnaissant la complication , est conduit à expliquer par l'hystérie les maux dont se plaint la malade. Cette grave erreur met en danger la vie de celle-ci et la réputation du médecin. » Le même auteur joint encore les réflexions les plus justes sur le diagnostic relativement aux ca ractères de la maladie. « Il ne faut pas croire , dit-il , que la forme des affections spasmodiques étant déterminée , le diagnostic soit complet. Il reste à indiquer le caractère du mal , car il existe quelquefois une grande différence entre un spasme et un autre spasme de la même forme. Quoique la cause prochaine des affections spasmodiques vagues consiste dans la sensibilité excessive ou pervertie, et dans l'impuissance
qui en résulte de supporter sans trouble les impressions , cela n'empêche pas que le caractère du mal , et jusqu'à un certain point sa forme, ne dépendent de la nature de la cause qui a blessé la sensibilité et excité la maladie.» Celle observation est tellement vraie, qu'elle est confirmée non-seulement chez des hommes différents, mais aussi chez un seul et même malade. En effet, un paroxysme de spasme diffère d'un autre en ce qu'il est excité tantôt par une peine de l'âme, tantôt par une boisson échauffante , tantôt par une erreur de régime , tantôt par un refroidissement, tantôt par une excrétion quelconque retenue, etc. On comprend par là ce que Frédéric Hoffmann a dit des médicaments destinés à combattre les paroxysmes : Ne que quod semel proficit , id alto tempore juvat.