OBSERVATIONS ET RÉFLEXIONS
Les faits d'hystérie ont été recueillis à toutes les époques et dans tous les lieux. Ils sont immenses, j'aurais pu y puiser des matériaux nombreux. Je ne l'ai point fait, parce que, d'une part, cette collection seule eût dépassé toutes les bornes de la monographie la plus étendue, et que d'autre part, ils sont presque tous tronqués et incomplets, ou écrits sous des inspirations préconçues, qui en altèrent ou faussent la description, au point de donner quelquefois une maladie pour l'autre ; parce que surtout on peut bien mieux j uger et analyser ce qu'on a vu soi-même : alors aucun détail n'échappe, on n'est pas obligé d'y suppléer par des interprétations forcées et quelquefois mensongères. Au lieu de rien rejeter, j'ai largement puisé dans cette vaste et précieuse observation des anciens. J'y ai pris tout ce qui pouvait concourir à jeter quelque jour sur la question. J'ai fait mes efforts pour les rattacher la plupart aux faits types que j'ai recueillis moimême, soit pour confirmer ce que j'avais vu, soit pour rendre justice à ceux qui, les premiers, ont présenté la même observation. Dès lors on voit pourquoi je me borne à donner l'histoire des observations qui me sont propre?. Elle est donc bien loin de moi la prétention de croire avoir
tout yu : je sais trop qu'une chose semblable n'est pas possible à un seul homme. En outre, dix volumes ne suffiraient pas, si l'on voulait citer tous les faits qui viennent justifier toutes les nuances de l'hystérie, sous tous les rapports de causes, de phénomènes, de complications, de terminaisons, de thérapeutique, de lésions anatomiques et physiologiques.
Observation lre. Mrae A , était jeune et jolie et d'un
tempérament lymphatico-nerveux. Elle fut mariée à un homme excellent qui n'était occupé que de son atelier. Elle même, malgré la belle éducation qu'elle avait reçue dans un pensionnat, y prit une part très-acti ve et seconda à merveille son mari. Celui-ci, quoique bon etrempli de toutes sortes de bonnes qualités, conservait la rudesse des hommes de sa profession. Bien travailler et faire honorablement ses affaires lui semblait bien préférable aux manières gracieuses et aux propos doucereux d'une jeunesse évaporée. Aussi, tout en rendant justice au caractère de son mari, Mme A... était péniblement affectée de ses manières grossières et triviales : elle en était humiliée. Leur établissement prospérait. Cependant quelques nuages s'élevèrent dans le ménage, parce que l'on n'appréciait pas assez l'élégance de sa femme, et que celleci ajoutait trop d'importance aux formes peu polies de son mari. Mme A..., qui jusque-là avait joui d'une parfaite santé et qui n'avait connu que les douleurs de deux accouchements très-heureux , commença à éprouver quelques spasmes et une sensibilité très grande ; la moindre contrariété la transportait. Celte position dura plusieurs mois. Un jour une altercation très-animée avec son mari lui fit une impression d'autant plus pénible qu'elle eut lieu devant quelques personnes. La colère et la contrainte la mirent dans un état si violent, que sur le champ elle se mit à pousser des soupirs profonds avec une sorte de cri. Elle paraissait éprouver beaucoup de difficulté à respirer. La gène do la respiration augmenta et passa à un étal voisin de la suffo-
cation. Tout-à-coup des mouvements convulsifs des membre» et du tronc se déclarèrent, et la malade se renversa en se tordant. On éprouva beaucoup de difficulté pour la mettre sur son lit, et quatre personnes suffisaient à peine pour l'y contenir. On vint me chercher, et comme j'étais voisin de la malade, j'y arrivai tout de suite. Je fus témoin des contrac lions convulsives de tout le corps. Elles semblaient se calmer par moments, pour reprendre bientôt avec plus de fureur et nécessiter des efforts extraordinaires pour la retenir. Le col, à sa partie antérieure et sous le menton, était gonflé et dur, et agité d'un mouvement violent, analogue aux efforts de déglutition que produirait la présence d'un corps étranger volumineux qu'on s'efforce d'avaler. La respiration était gênée et saccadée ; et presque chaque inspiration ne s'échappait qu'avec une sorte de cri plus ou moins aigu. Les yeux étaient fermés, la tête renversée en arrière, et la face rouge, animée et couverte de sueur. La malade portait souvent ses mains vers le larynx, comme pour en dégager le corps étranger qui la suffoquait. Le pouls battait faiblement, avec régularité et sans trouble aucun. Je parlai à la malade. Quoiqu'ellecntendît,etqu'elle le fit comprendre, elle ne put pas répondre, parce qu'elle éprouvait beaucoup de difficulté et de spasmes dans le larynx. Elle ne parut se plaindre d'aucune autre souffrance que de la sensation pénible d'une boule ou d'un globe qu'elle avait senti remonter de l'abdomen à la gorge. Il n'y avait point de dérangement dans les évacuations menstruelles. J'envoyai sur le champ chercher une potion calmante, dont j'ai trouvé la formule quelque part et dont j'ai toujours éprouvé les bons effets. Pendant qu'on était allé chez le pharmacien, je pratiquai avec la main sur le devant du col, des frictions qui paraissaient la soulager, elle témoignait elle-même en éprouver du bien-être. J'essayai de la pincer dans différentes parties du corps; partout elle sentit, et elle chercha avec ses mains à éloigner la
mienne. Je voulus aussi tirer brusquement les cheveux des tempes. Par ses grimaces et par les mouvements de sa tête, elle nous donna la conviction qu'elle sentait très-bien ces tractions. On essaya aussi de lui faire respirer plusieurs alcoholats odorants, elle ne parut pas s'en apercevoir. On apporta de l'ammoniaque ; son odeur pénétrante lui fit vivement tourner la tête pour l'éviter ; et cela à plusieurs reprises. Aussitôt que la potion arriva, j'en fis avaler deux cuillerées à bouche. Elle eut beaucoup de peine, cependant elles passèrent. De nouveaux mouvements convulsifs trèsviolents semblèrent avoir été provoqués par les efforts qu'elle avait faits ; mais bientôt un calme bien notable en fut la suite. La malade put se faire mieux comprendre. Il n'y eut plus de crises violentes. Elle urina abondamment et rendit une urine claire et limpide comme de l'eau. Cependant la sensation de la strangulation par la présence d'un corps globuleux persista, et de temps en temps, des secousses involontaires agitèrent les membres. Le calme augmenta progressivement et finit par se rétablir. La sensation du globe et de la constriction du larynx fut le phénomène le plus tenace. Alors on put faire avaler quelques tasses d'infusion de mélisse. On continua en même temps de donner la potion par cuillerées d'heure en heure. Enfin la malade répandit un torrent de larmes : le mieux augmenta rapidement, et au bout de deux heures il n'y avait plus de spasme dans les membres et ils étaient comme brisés de coups. Le larynx seul restait gêné par la sensation du globe, mais sans mouvement. La respiration était encore un peu difficile ainsi que la déglutition et la parole. La malade s'endormit. Elle se réveilla au bout de quelques heures pour se rendormir encore. Le lendemain elle n'éprouvait plus que cette lassitude profonde qui suit les grandes fatigues, et une sensibilité telle, qu'elle tressaillait au moindre bruit. La moindre émotion lui réveillait la sensation d'une boule ascendante
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de l'abdomen vers le larynx, sans produire cependant les menaces de suffocation delà veille. Quelques éraollients par le haut et par le bas, les bains, le calme moral, la distraction achevèrent de dissiper ce reste de fatigue.
Réflexions. — Ce fait est l'histoire d'une crise hystérique dans toute sa simplicité. Ainsi dégagée de tout accessoire, de toute complication, la maladie est bien facile à analyser.
Constitution lymphatique nerveuse ; c'est celle qui est reconnue la plus favorable aux affections nerveuses, et surtout à l'hystérie. Education recherchée, beaucoup trop recherchée pour la fille d'un honnête artisan, qui ne devait pas aspirer à un rang trop au-dessus du sien. Mariage en conséquence mal assorti sous le rapport des formes et des manières, d'où est résulté une contrainte continuelle, une source sans cesse renaissante d'émotions d'autant plus pénibles qu'elles intéressent l'amour propre. Voilà pour les prédispositions. On conçoit qu'il y en avait bien assez pour amener le système nerveux.de Mme A..., à cette modification qui favorise les crises.
La contrariété ou l'irritation plus grande qu'elle a éprouvée a donc suffi pour produire une crise qui n'aurait peutêtre pas eu lieu sans ces antécédents. Telle a été la cause déterminante. Comme tous les sentiments , elle n'a pu agir que sur l'organe qui est le siège de l'intelligence et du moral, parce que seul il pouvait en recevoir l'impression ou la sensation. C'< st donc sur le cerveau que la cause a agi primitivement. C'est donc le cerveau qui ensuite a réagi pour opérer les phénomènes qui ont eu lieu. J'insiste sur ce fait , parce qu'il nous démontre que cet organe a été le point de départ de la maladie, ou son foyer d'irradiation. Mais a-t-il été pour cela le siège de la maladie? La question se jugera plus tard.
Des convulsions violentes ont eu lieu , en même temps que la sensation d'un globe s'élevait de l'abdomen au la-
rynx , et produisait là , d'une part une sensation de strangulation , et d'autre part un mouvement spasmodique des agents de la déglutition , comme si la malade avait à avaler un corps arrêté dans le pharynx. Ce sont les deux phénomènes dominants qui se sont présentés. Ils semblent à eux seuls constituer la maladie entière : car la difficulté de respirer et de parler tenait , d'une part à l'état de spasme dans lequel se trouvait le larynx , à l'espèce d'occlusion qu'occasionnait ce phénomène singulier ; d'autre part , à la difficulté et même à l'impossibilité où sont les malades de commander à leurs muscles et de s'en faire obéir. Les contractions musculaires sont toujours le résultat d'une excitation cérébrale transmise par les nerfs cérébraux aux muscles, ou d'une irritation directe ou idiosyncrasique de ces nerfs euxmêmes , qui agissent toujours sur les muscles pour les faire contracter avec énergie et d'une manière désordonnée. Ici l'excitation est partie de l'encéphale. C'est lui, organe de l'intelligence et du sentiment, qui a été affecté par des paroles un peu dures , et qui , par les nerfs , a réagi sur les muscles. Le point de départ a donc été le cerveau. Il a fallu que , dans cette circonstance , le système nerveux fût prédisposé à l'affection hystérique pour recevoir cette modification , attendu que , bien d'autres fois de pareils reproches avaient été adressés sans produire un semblable effet. Quoi qu'il en soit , il y a eu des contractions cloniques excessivement violentes.
La sensation d'un globe qui , de l'abdomen remontait vcis le larynx, et y déterminait des mouvements de déglutition continuels , nous présente deux phénomènes qui sont liés l'un à l'autre. Le premier est cette sensation elle-même. Les malades croient sentir réellement un globe dont la présence obstrue les voies aériennes. Disons de suite que c'est à celte sensation illusoire que les anciens , qui ne disséquaient pas ou qui disséquaient peu et mal , ont dû l'erreur
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des transpositions, des ascensions et des voyages de la matrice. Dans ce cas , l'ascension a paru partir du milieu de l'abdomen et non du pubis . Elle n'est donc point partie de l'utérus. Ce dernier organe était sain , il exécutait bien toutes ses fonctions. Il n'a éprouvé aucun trouble , aucun dérangement. De quel point direct est donc partie la sensation? Ici j'avoue mon ignorance. Je sais que quelques auteurs ne sont pas embarrassés et trouvent de suite à leur secours le plexus solaire. Mais avant d'admettre une opinion, il faut être conséquent, il faut savoir si elle est admissible, en un mot si elle est l'expression d'un fait, si elle peut se traduire en fait réel. Or, le plexus solaire et son ganglion semi-lunaire ont des attributions qu'ils ne peuvent point dépasser : cuique suum ; et les phénomènes de ce globe ascendant ne sont point du ressort de cet appareil nerveux. Il y a une sensation cérébrale, une sensation perçue. Cet acte est du ressort du système nerveux cérébral et non du ganglionnaire. Il y a une contraction spasmodique de l'estomac et de l'œsophage, et supérieurement du pharynx et du larynx , et la contraction de ces organes est sous la dépendance du système nerveux cérébral , puisque le pneumogastrique seul peut l'opérer. Cette contraction paraît donc dépendre de ce double cordon nerveux. On est d'autant plus disposé à le croire, que ce nerf doit, selon la théorie de Charles Bell et de M. Magendie, participer aux deux actes cérébraux , sensibilité et motilité , puisqu'il tire son origine des racines qui appartiennent les unes aux cordons antérieurs, le autres aux cordons postérieurs. Quoi qu'il en soit de cette théorie qui compte chaque jour un plus grand nombre de partisans , il reste prouvé qu'il y a dans ce phénomène 1° une contraction antipéristaltique ou ascendante de la partie supérieure du canal alimentaire ; 2° une contraction convulsive du pharynx et du larynx , et 3° la sensation d'un globe ascendant. Cette sensation est le signe
caractéristique de l'hystérie. Combien, en effet , de convulsions cloniques qui ne sont point des hystéries! Combien de contractions antipéristaltiques de l'estomac , qui ne sont point de l'hystérie , comme on le voit dans le vomissement, dans les nausées, dans les régurgitations, dans les vents, etc. ! Il y a donc là quelque chose de plus qu'une simple contraction antipéristallique. Il y a en même temps une tuméfaction qu'exagère sans doute la sensation viciée, mais qui n'en est pas moins réelle, puisque nous avons vu que le col était gonflé. Cette tuméfaction est-elle le résultat pur et simple de l'augmentation de volume de la fibre musculaire en action? Nous ne pensons pas qu'on puisse sérieusement adopter cette opinion exclusive. Elle est vraie en partie , nous le pensons. Mais elle n'est pas seule. Nous pensons qu'il se fait en même temps, dans les tissus circonvoisins un engorgement réel par l'afflux plus actif d'une plus grande quantité de sang. Ce qui fait penser ainsi , c'est que chez presque tous les malades j'ai rencontré la tuméfaction du col. Je ne puis parler que de celle-là, parce que seule elle est sensible. Dans la malade dont nous avons tracé la crise, le col est resté volumineux, quoiqu'il n'y en ait pas eu d'autre. J'ai vu plusieurs fois cette tuméfaction, dont le corps tyroïde paraît être le siège principal , survivre aux crises hystériques lorsqu'elles étaient un peu fortes.
Ainsi c'est dans le système nerveux cérébral que se sont passés les phénomènes de la maladie : dans le système nerveux général pour les convulsions cloniques , et dans le pneumogastrique pour la sensation spéciale du globe ascendant , et du mouvement convulsif de suffocation; voilà les deux caractères de cette effrayante affection. Faisons remarquer, en effet, que le cerveau, quoique foyer d'excitation, quoique point de départ ou de réaction , ne paraît pas autrement avoir été atteint dans ses fonctions. La malade conservait sa connaissance ; elle entendait et elle faisait ses efforts pour ré-
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pondre par signe ou de vive voix. Si elle ne pouvait pas le faire , cela tient à l'impossibilité où elle était de transmettre sa volonté par des nerfs mutinés et convulsés ; elle a pu rendre compte après de tout ce qu'elle avait éprouvé , de tout ce qui s'était passé auprès d'elle. Les auteurs ont , la plupart, indiqué cette conservation de la connaissance, ou du moins ils ont gardé le silence sur la perte de connaissance qu'ils n'auraient pas manqué d'indiquer si elle avait eu lieu. Personne n'a été plus explicite que Richter : In paroxysmo a Ihuc suî conscientia remanet.
Si nous examinons les fonctions ou les actes soumis à l'influence de la vie organique, nous voyons qu'aucun n'a été sérieusement affecté, et que les légères irrégularités qu'ils ont présentées dépendaient de causes étrangères bien appréciables. La gène de la respiration dépend de la constriction du larynx. La tuméfaction du col nous semble si facile à expliquer dans son enchaînement normal avec les autres phénomènes, que nous ne croyons pas devoir nous y arrêter; il en est de même de la sueur et de la rougeur de la face. La couleur blanche des urines présente seule un cachet particulier, qui se retrouve toujours et dans toutes les maladies nerveuses. On ne peut donc pas se refuser à admettre une influence de la maladie sur la sécrétion urinaire; elle n'est pas supprimée ni diminuée , elle est modifiée dans sa qualité. Pourquoi cela? Toutes les raisons qu'on en a données nous semblent peu satisfaisantes; la seule qui nous paraisse juste, est celle qui se contente de reconnaître le fait, en l'attribuant simplement à une modification vitale imprimée sympalhiquement par la maladie nerveuse elle-même ou par sa cause , et cela uniquement en vertu de ce consensus qui unit toutes les fonctions , qui les rend toutes solidaires, et qui fait qu'un organe ne peut pas souffrir sans que les autres s'en ressentent; qu'une vie ou plutôt qu'une classe de fonctions ne peut pas être malade , sans que l'autre y participe plus ou moins.
Dans l'histoire physiologique des maladies, on ne devrait jamais perdre de vue ce principe ; il ferait éviter bien des erreurs, et il conduirait à bien des vérités.
Cette crise violente et en apparence si effrayante s'est terminée heureusement après une heure et demie de durée ; c'est une des crises les plus longues qu'on rencontre. Cependant j'en ai vu se prolonger plusieurs heures et même des jours entiers; les auteurs en citent des observations. Tout est rentré dans son ordre normal , et aujourd'hui cette dame se porte très-bien. Son mari a même été dangereusement malade , et malgré les peines physiques et morales qu'elle a éprouvées pendant plus d'un mois, elle n'a rien ressenti qui pût ressembler à une crise , ni qui en fût le prélude ; parce que sans doute le moral , quoique profondément affecté , ne l'a pas été brusquement. Le sentiment pénible qu'elle éprouvait n'est point venu par secousses ; il n'a point saisi inopinément.
Les moyens curatifs que j'ai employés ont été bien simples : de légères frictions sur le devant du col , quelques odeurs stimulantes , des boissons antispasmodiques, et entre autres une potion fortement antispasmodique. Ces moyens ont-ils eu quelque influence sur la terminaison de l'affection? je le pense , parce que le mieux a bien vite succédé à l'ingestion des deux premières cuillerées de la potion , et que ces moyens que j'emploie souvent Bnissent à peu près toujours par arrêter la crise.
Si maintenant nous nous demandons quelle était la nature du mal que nous avons observé , la question paraîtra insoluble , si par nature nous entendons cette essence occulte des maladies qui a fait imaginer tant de rêveries théoriques sur les principes éloignés, les acres, les matières subtiles, les esprits vitaux , etc. Mais si nous nous renfermons dans la seule appréciation du caractère des actes physiologiques qui ont eu lieu, comme on doit le faire aujourd'hui ,1a chose sera assez
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facile. Qu'avons nous vu en effet ? des contractions musculaires anormales et sur lesquelles la volonté n'avait plus d'influence. C'étaient les véritables convulsions ou les spasmes des anciens. La maladie appartient donc aux affections convulsives ou spasmodiques. Nous devons nous en tenir là , si nous voulons rester renfermés dans les limites du vrai , dans les limites d'une bonne physiologie pathologique : car en voulant chercher plus loin les causes secrètes qui viennent agir sur les nerfs pour opérer la modification spasmodique, on ouvrirait la barrière à toutes les hypothèses , et Dieu sait alors où l'imagination s'arrêterait. Si , comme on l'a dit, naturam tnorborum ostendit curatio , les moyens qui ont été employés et leur efficacité viennent confirmer notre opinion.
J'ai consigné dans mon premier mémoire une observation, c'est la première, qui présente la plus grand analogie avec la précédente : la seule différence importante que j'y trouve, c'est que je pratiquai une saignée , parce que la congestion sanguine s'opérait avec intensité vers la tête , et qu'on pouvait , d'une part , la regarder comme une cause entretenante du mal , par la stimulation que la présence du sang dans le cerveau devait y occasionner; d'autre part, en craindre l'action sur cet organe , et redouter les effets de celte irritation et de cette présence prolongée , et même un épanchement.
Ce fait est le plus simple possible : c'est celui qui se présente le plus souvent dans la pratique. Il est peu d'auteurs qui n'en citent des observations semblables ou analogues. Déjà Mauriceau avait décrit cette hystérie d'un seul accès dans sa vingtième observation. Il serait trop long de les citer tous, cela n'ajouterait rien à la question. M. Landouzy en a réuni un grand nombre,
Observation IIe. — Mmo F...., était une de ces femmes privilégiées auxquelles la nature semble avoir prodigué ses faveurs au physique comme au moral. Adorée d'une
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mère qu'elle adorait, chérie d'un époux qui ne lui laissait rien à désirer, et mère d'une fille qui se développait à ravir, elle jouissait de tout le bonheur qu'on puisse espérer sur cette terre, et elle n'avait jamais connu la maladie. Sa constitution sanguine et nerveuse était d'ailleurs des plus heureuses. Sa mère tomba malade et succomba lentement à une hydrothorax. On peut se faire une idée de tout ce que souffrit, de peines physiques et morales, une âme aussi aimante que celle de Mme F... ; cependant sa santé résista. Deux mois après, son enfant alors âgée de deux ans, fut prise d'accidents cérébraux très-graves, qui menaçaient celte pauvre mère de lui faire perdre sa fille. Elle ne la quitta ni jour ni nuit, et elle fut 28 jours sans se coucher. Au moment où la convalescence s'établissait, et où 1 espérance ramenait le calme et le bonheur, la petite fille s'éveilla en sursaut et en jetant des cris déchirants. Mme F..., qui avait résisté à la mort de sa mère et à la longue et cruelle maladie de sa fille, tant que son imagination tendue avait en quelque sorte soutenu ses forces et son courage, fut tellement frappée et bouleversée de ces cris, qu'elle prit subitement une crise hystérique, dont les phénomènes furent en tout semblables à ceux que nous avons remarqués dans l'observation précédente, et qu'il est en conséquence inutile de reproduire. Elle dura trois quarts d'beure. Quelques révulsifs promenés aux jambes et des antispasmodiques suffirent pour en arrêter le cours. Il ne lui resta qu'un peu de brisement dans tout le corps et une sensation pénible, analogue à celle d'une boule dans le larynx. Huit jours après, elle paraissait bien rétablie. Sa petite, en buvant, avala, comme on dit, de travers, et elle prit une quinte de tou\ violente avec menace apparente de suffocation. La mère, effrayée, prit une seconde crise hystérique aussi violente que la première, et qui se dissipa comme elle. Quelques jours après, elle eut ses règles comme à l'habitude et elle n'en fut
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point fatiguée. Dix jours après, son enfant fit un faux pas en s'amusant, et elle tomba. L'émotion et la frayeur que causèrent les cris de la petite occasionnèrent une troisième crise hystérique, qui se passa comme les autres. Depuis cette époque et pendant plus de six mois, Mme F.. , n'a jamais passé quinze jours sans prendre des crises. Jamais elles ne sont survenues sans quelque cause, tant légère fûtelle. Sa santé ne s'en trouva pas dérangée autrement. Je conseillai alors sérieusement à la malade de se soumettre à un traitement rationnel, afin d'éviter de voir ces crises accidentelles se transformer en maladie habituelle et chronique, dont il deviendrait chaque jour plus difficile de se débarrasser. Les bains, les saignées et les antispasmodiques furent impuissants. Je l'envoyai passer quelque temps à la campagne. Les crises diminuèrent de fréquence et devinrent moins intenses. Cependant elles revinrent toujours. Je fis prendre tous les jours une de ces prises :
Racine de valériane en poudre . 50
Écorce de quina 100
Castoreum 10
Mêlez et faites Î5 prises.
Pendant leur emploi il n'y eut plus de crises. Je fis renouveler une seconde dose. L'hystérie ne reparut pas. Depuis plus de vingt ans, Mme F..., n'a pas eu de nouvelles crises, et cependant elle a éprouvé de bien grandes et bien vives affections morales. Après avoir perdu toute sa fortune, elle a vu succomber son mari à une maladie bien longue, pendant laquelle elle lui a prodigué tous les soins que la tendresse la plus affectueuse puisse imaginer.
Réflexions. — Comme dans la première observation, Mme F... a été prédisposée à la maladie par une sensibilité physique et morale bien grande, qui fut exagérée par la maladie et la perte de sa mère, et ensuite par la cruelle maladie de sa fille. La première crise a été l'effet d'une
émotion vive, d'une sorte de frayeur. Vingt fois dans d'autres circonstances, elle avait éprouvé de pareilles émotions, et jamais il n'en était rien résulté. Les conditions dans lesquelles Mme F..... se trouvait n'étaient donc plus les mêmes. Sa sensibilité, son impressionnabilité étaient donc plus grandes. Son système nerveux avait donc éprouvé une modification qui le rendait plus apte à recevoir des impressions qui ne l'eussent point affecté auparavant. La frayeur que lui ont occasionnée les cris de son enfant a donc agi directement sur l'organe de l'intelligence, sur le cerveau, parce que seul il pouvait recevoir cette sensation. Il a réagi sur le système nerveux cérébral et a produit les convulsions et la sensation de ce globe ascendant. J'ai oublié de dire que, pendant la crise, la partie supérieure de l'abdomen était dans une agitation continuelle et bruyante, par la contraction de l'estomac et de la partie supérieure de l'intestin, et la présence de beaucoup de gaz. Du reste Mme F... ne perdait jamais complètement connaissance. Elle entendait, mais il lui était impossible de répondre et d'agir comme elle l'aurait voulu. Sa volonté n'était point transmise, ou plutôt les organes qui lui sont soumis s'y refusaient momentanément. Ils étaient aux prises avec une exaltation qui ne leur permettait pas de participer à rien autre. Ainsi, nous retrouvons ici le même point de départ, les mêmes actes con • vulsifs ou spasmodiques , la même sensation du globascendant. Ces phénomènes sont les seuls qui soient lies essentiellement à la maladie. Tous appartiennent à la classe des fonctions cérébrales. Aucun acte de la vie organique ou ganglionnaire n'est venu s'y joindre d'une manière marquée. Cette classe de fonctions n'y a pris aucune part active. Elle n'y a participé qu'en vertu de cette grande loi du consensus harmonique qui lie tout, et n'en l'ait qu'un tout indivisible. Elle n'a souffert que parce que dans cette association solidaire, lorsqu'un organe ou une vie souffre,
les autres souffrent aussi, lors même qu'ils ne le manisfestent pas par des actes sensibles ; c'est une conséquence immuable des les lois de la vie.
De nombreuses crises se sont succédé pendant près d'un an. II se présente ici une question bien importante. Ces crises ont-elles été chacune une maladie particulière, commençant et se terminant chaque fois ? ou bien ont-elles été des accès périodiques, liés et enchaînés pour représenter la même maladie, qui se traduisait ainsi par une succession de crises? L'une et l'autre opinion pourraient se soutenir. Cependant nous adoptons, dans le cas actuel, le retour des crises, comme constituant chacune une maladie particulière, puisqu'elles ont toujours été l'effet d'une nouvelle cause déterminante. Mais nous admettons, en même temps, la persévérance, de la prédisposition hystérique, acquise par les émotions morales dans lesquelles Mme F.... s'était trouvée. Je sais qu'il n'en est pas toujours ainsi, et nous aurons bientôt occasion de le voir.
Chaqne crise a été terminée assez promptement, demiheure, trois quarts-d'heure, une heure au plus. Il est vrai que toujours on a pu faire prendre quelques cuillerées de la potion antispasmodique et quelques autres calmants. Cependant nous avons la conviction que les crises se seraient terminées heureusement d'elles-mêmes, peut-être un peu moins promptement, il est vrai , parce que nous l'avons vu ainsi bien des fois.
Pour prévenir le retour des crises, nous avons eu recours à une poudre toutàlafois antipériodique et antispasmodique, et nous avons réussi. En administrant le quinquina, j'avais moins en vue de combattre la périodicité, que de changer la modification pathologique du système nerveux, etdela prémunir, en la montant ainsi à un diapason différeut, contre les causes productrices de l'hystérie. De quelle manière a agi le remède? Je n'en sais rien : il a réussi ; c'est tout ce
que je sais. Peut-être a-t-i! produit une double action antipériodique et tonique des nerfs.
Cette observation vient donc confirmer ce que la précédente nous avait enseigné, que dans l'hystérie les actes morbides sont le résultat de l'action du seul système nerveux cérébral, et qu'ils consistent dans une exaltation spasmodique ou convulsive.
Ce fait ressemble à beaucoup d'autres que l'on rencontre tous les jours dans la pratique médicale. 11 n'est pas de praticien qui n'observe souvent de ces constitutions, chez lesquelles la moindre cause suffit pour produire des crises hystériques. Qu'il y ait une intensité plus grande, une durée plus longue ou pluscourte, quelques variations dans la forme des phénomènes, cela ne change point le caractère de la maladie. Elle se présente toujours la même. Toujours il est facile d'y trouver la viciation spasmodique du système nerveux cérébral,
Les cinq premières observations que Louyer-Villermay rapporte sous le nom di'Hxjstéric simple, sont de ce nombre. Toutes les cinq reconnurent pour causes des affections morales. Toutes les cinq ont donc trouvé leur point de départ dans le cerveau.
Mais ce ne sont pas seulement les affections morales tristes, les peines d'esprit qui prédisposent à l'hystérie en exagérant la susceptibilité du système nerveux. Tout ce qui tendra à augmenter cette susceptibilité conduira au même résultat. Nous avons signalé celte filiation dans notre exposé physiologique. Ajoutons ici que l'une de ces causes nerveuses les plus grandes, c'est la lecture des romans, dans lesquels les passions les plus sombres ou les plus erotiques sont mises en jeu. Elle est d'autant plus perfide qu'on ne s'en défie pas. Le docteur Àdelmann vient d'en publier un fait remarquable dans son recueil de médecine pratique (1844).
DE l'UYSTÉRIE* i 1 ô
Observation III. — Mme L.... était d'une constitution phlegmalique nerveuse très-robuste. Elle avait eu deux enfants, un garçon et une fille, et ses couches avaient été très-heureuses. Son dernier accouchement eut lieu à l'âge de vingt-deux ans. Jusqu'à vingt-cinq ans Mme L... jouit d'une très-bonne santé. Alors elle se livra à une occupation de détail, qui la retenait dans son magasin depuis le matin jusqu'au soir, et les dimanches comme les autres jours. Cette vie sédentaire lui porta, comme elle le disait, sur les nerfs. Un rien la faisait tressaillir : « un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre. » Elle aurait eu besoin de sortir quelquefois pour aller respirer un air pur, pour secouer la monotonie et l'ennui d'un détail toujours identique. Mais la dure nécessité la retenait à son poste. Elle n'avait personne pour la remplacer; de façon que son système nerveux devint chaque jour plus mobile et plus impressionnable. Un jour un enfant glissa et tomba à la porte de son magasin, la frayeur qu'elle en eut provoqua sur le-champ une crise d'hystérie. La crise fut longue. Par moment la malade semblait plus calme, elle pouvait même articuler quelques sons; et tout-à-coup les contractions convulsives se renouvelaient. Lorsque j'arrivai auprès d'elle, il y avait plus d'une heure qu'elle luttait. On avait inutilement fait des applications sinapisées. Les odeurs pénétrantes d'eau de Cologne, d'éther, d'ammoniaque, d'acide acétique, n'avaient pas été plus efficaces. Quelques infusions de mélisse avaient été administrées sans effet. J'envoyai sur-le-champ chercher une potion antispasmodique. Deux cuillerées ne purent être avalées qu'avec beaucoup de difficulté. Les secousses convulsives furent moins toniques, c'est-à-dire, moins durables; elles n'étaicntplus que dessecousses brusques et instantanées, et si parfois il s'y joignait des contractions plus durables, elles ne ressemblaient plus aux contractions convulsives, qui nécessitent la force de plusieurs personnes
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pour être contenues ; elles ressemblaient à ces contractions connues sous le nom de pandiculations, et dans lesquelles ou s'étire plutôt qu'on ne se convulsé. On redonna de temps en temps quelques cuillerées de la potion, et la crise s'apaisa insensiblement.
Un mois s'écoula sans que Mme L... éprouvât rien de particulier. Elle était rentrée dans son état de santé antérieure. Cependant sa mobilité paraissait augmentée. Elle ressentait plus souvent des espèces de frémissements intérieurs. Très-souvent aussi elle éprouvait une très-légère sensation de boule hystérique ascendante, parlant de l'épigastre et s'éîevant au larynx. Ces phénomènes étaient fugaces, légers et bien insignifiants. Tout-à-coup et sans cause connue, Mme L.... fut prise d'une crise hystérique aussi violente que la première. Elle fut moins longue parce qu'on retrouva l'oidonnance que j'avais faite précédemment, et qu'on fit refaire la potion antispasmodique. Elle se termina de la même manière, et l'état nerveux ne parut pas changé. Vingt cinq jours après, une troisième crise eut lieu, et toujours sans cause connue. Elle ne dura que trois quarts d'heure, mais il resta , après, un malaise bien plus yrand et plus prolongé que les deux fois précédentes. Mme L.... se rétablit, et le lendemain, elle était à peu près dans son état habituel. Quinze jours après une quatrième crise se déclara. Ensuite elles revinrent tous les huit, dix, douze ou quinze jours. On ne faisait appeler personne : on répétait l'ordonnance que j'avais faite. Cependant l'état nerveux se trouva exagéré de plus en plus, et cette malheureuse dame était tourmentée de presque toutes les sensationsqu'elle éprouvait : lotîtes étaient pour elle une cause de souffrances. Plus d'un an s'était écoulé depuis que je ne l'avais vue. Comme dans le cas précédent, je prescrivis un mélange de valériane et d'écorce de quina. Mais comprenant que la cause du mal résiliait dans la vie sédentaire., dans cette occupa-
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tîon monotone de débiter de petits paquets, toujours les mêmes et aux mêmes individus, et cela dans un magasin sombre et presque lugubre, je conseillai le changement de profession, comme le seul remède à la maladie. Mes conseils furent suivis d'autant plus volontiers que Mme Le... s'ennuyait à mourir. Elle fut passer quelque temps à la campagne. Elle ne reprit plus de crises, et tout le cortège des spasmes et des mouvements nerveux s'évanouit en même temps. Pendant toute la durée de cette longue maladie, les menstrues coulèrent comme auparavant, et les autres fonctions s'exécutèrent aussi bien que dans l'état ordinaire de santé.
Réflexions. Quoiqu'en apparence semblable au précédent, ce fait en diffère cependant beaucoup. Dans le premier en effet, les crises hystériques étaient toujours le résultat d'une cause nouvelle provocatrice. Dans le second, au contraire, les crises, après la première, ont toutes été spontanées et indépendantes de toute cause apparente. De plus, dans l'intervalle des crises, la santé ne se rétablissait pas aussi complètement. Mme L... conservait toujours un état nerveux, qui n'était plus l'état normal de la santé. Sans être malade, elle éprouvait sans cesse quelques spasmes ou autres incommodités nerveuses. Ce fait est donc important en ce sens que les crises ont'trouvé dans l'économie elle-même les motifs et la raison de leur développement. Il n'y avait plus simple prédisposition organique, simple susceptibilité à l'action d'une cause déterminante, il y avait organisation nerveuse ou hystérique plus avancée. C'était une susceptibilité arrivée au point que les crises, une fois la première produite, se renouvelaient d'elles-mêmes par le simple jeu de l'organisme ainsi modifié. L'habitude avait rendu l'économie en quelque sorte hystérique. Nous devons cependant faire observer que la première crise a été occasionnée par une émotion, une frayeur; en conséquence que la cause
a agi sur l'encéphale , qui seul a reçu et pu recevoir l'impression de cette cause, et que cet organe a réagi sur le système nerveux déjà si prédisposé , déjà si voisin de la crise. Lorsque l'économie s'est ensuite suffi à elle-même pour reproduire les crises, c'est alors encore le système nerveux cérébral qui est devenue à la fois siège et agent. Ces constitutions ne sont point rares. Les auteurs en ont rencontré et cité de nombreuses observations, et chaque jour en présente à l'attention du praticien, surtout dans les grandes villes. Il peut y avoir et il y a des nuances dans le nombre, le rapprochement et la durée des crises ; mais ces différences sont de peu d'importance, le fait principal reste le même. Il est inutile de présenter une analyse nouvelle des phénomènes, ils se sont présentés les mêmes que dans les deux cas précédents : mouvements convulsifs généraux, mouvements convulsifs particuliers de l'estomac, de l'œsophage et du larynx, sensation du globe dit hystérique. Quoique les crises n'aient pas été renouvelées sous l'influence de causes apparentes, nous ne devons pas cependant nous dissimuler que la malade était dans la disposition étiologique la plus favorable à ces crises. Il n'y avait pas d'émotion brusque, pas de frayeur ni de colère ; mais il y avait un moral et un physique emprisonnés dans un local mal aéré, malsain, dans une occupation monotone et bien insipide pour une personne sensible et active. En fallait-il davantage pour agir sur ce corps, sur ces nerfs ? En fallait il davantage pour rendre déterminantes ces causes prédisposantes? Ce n'est pas la première fois que la pathologiea vu les causes prédisposantes devenir ainsi déterminantes par une action prolongée, et surtout chez les sujets malheureusement disposés. L'état de Mme L... était une hystérie presque permanente. Lors même qu'il n'y avait pas de crises, la prédisposition était si grande, qu'elle était bien voisine de la crise. On conçoit d'après cela combien il était facib' à l'or
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ganismc de passer de cet état à la crise elle-même. Ce que nous ne devons pas oublier, c'est que pendant plus d'un an, qu'a duré cet état, la santé de la malade n'en a pas été autrement dérangée. Toutes les fonctions organiques s'exécutaient avec la plus grande régularité. Digestion , respiration, circulation, sécrétion urinaire, fonctions utérines, tout avait conservé son type normal, rien n'avait subi le moindre changement.
Le traitement n'a rien présenté de remarquable que le succès des antispasmodiques et la nécessité de combattre la cause de la maladie , la vie sédentaire , pour guérir la maladie elle-même , dont elle était un aliment et un stimulant continuel : elle était pour l'hystérie l'épine de Van Helraont pour l'inflammation : sublata causa, tollitur effecius.
Quelquefois l'intermittence sera plus complète. D'autres fois elle le sera moins. Quelquefois aussi la réaction des actes vitaux compromis sur ceux qui ne le sont pas, les altérera aussi ; alors il y aura plus de difficulté à bien préciser le véritable caractère de l'affection. Cependant, nous ne craignons pas de le dire, avec un peu d'attention , on y parviendra toujours assez facilement, et l'on fera ainsi la part de chaque ordre de lésions , et de celles qui sont idiopathiques et de celles qui sont symptomatiques. Les auteurs citent des faits nombreux de ces crises hystériques intermittentes. On a môme cherché à leur trouver de l'analogie avec les fièvres intermittentes. De cette analogie on a déduit un traitement anli périodique par les préparations de quina. Dans ces derniers temps, M. Géry en 1841, et M. Mazade en 1843 ont fixé l'attention sur ce point de pathologie et de thérapeutique , ils citent quelques faits de succès.
Obs. IV. — Mme G..., quoique d'un tempérament lymphatique-nerveux, jouissait d'une bonne santé. Elle était mère de trois enfants: ses couches avaient été heureuses. Renfermée dans le soin d'élever sa famille , de surveiller un
atelier , et de faire son ménage , elle ne paraissait pas destinée à être jamais la proie des maladies nerveuses. Des revers de fortune la forcèrent d'abandonner son atelier, et je la perdis de vue pendant quatre ans. Pendant ce laps de temps elle passa par toutes les vicissitudes de l'inquiétude la plus désolante. Le chagrin et le désespoir qu'elle éprouvait, étaient bien faits pour modifier sa sensibilité et le rhythme normal du système nerveux. C'est, en effet, ce qui arriva progressivement et sans que la malade ait pu me rendre un compte bien fidèle de la marche et des progrès de son affection. Voici dans quel état elle se présenta à moi; lorsqu'elle me fit appeler le 28 janvier 1841. Elle était couchée , pâle et défaite , ses yeux exprimaient un état de langueur sentimentale fort remarquable. Tout son corps était sensible et douloureux ; tous ses sens étaient exaltés au dernier point. Le plus petit bruit, la plus faible clarté , la plus légère sensation insolite, provoquait presque constamment la sensation d'un globe qui, d'une part, parcourait l'abdomen tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et quelquefois dans plusieurs sens successivement, mais toujours en remontant des régions inférieures vers l'épigastre ; et qui , d'autre part, s'élevait le plus souvent de la région épigastrique vers le larynx, et occasionnait ainsi un état de spasme et de déglutition presque couvulsive, comme pour avaler ce corps étranger, en même temps que la déglutition elle-même était rendue quelquefois impossible dans les moments de spasmes les plus grands. Cependant j'ai voulu m'assurer bien des fois si réellement la déglutition était impossible comme le pensait la malade, et comme j'étais moi-même disposé à le croire, d'après l'idée que je m'étais faite de ce spasme ascendant ou de ce mouvement antipéristallique de l'œsophage. Toutes les fois que , malgré ses préventions, elle le voulait sérieusement, la déglutition s'opérait. Indépendamment de cet étal permanent , la malade prenait, cinq ou six fois par jour, des
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spasmes hystériques plus intenses , espèce de crise dans laquelle les accidents étaient moins violents que dans les cas précédents, puisque la malade ne tombait pas, et qu'elle conservait encore assez d'empire sur ses actes moteurs. Ces crises duraient un quart d'heure , une demi-heure ou une heure , et elles se dissipaient au bout de ce temps , soit qu'on eût fait ou qu'on n'eût pas fait quelque chose. Le plus souvent elles se terminaient par des larmes abondantes que Mme G. ne pouvait pas retenir , et qui s'accompagnaient de gros sanglots convulsifs , qu'il n'était pas non plus au pouvoir de la malade d'empêcher. Quelquefois même il lui prenait des envies de pleurer qu'il fallait satisfaire , ou bien elle voyait une crise être la conséquence des efforts qu'elle faisait pour les retenir ; mais alors il n'y avait pas de sanglots , les larmes coulaient abondamment et sans effort. De loin en loin , Mme G... était assaillie subitement d'une douleur excessivement aiguë qui paralysait momentanément sa vie. Elle poussait un cri au moment de son apparition , et ensuite elle restait immobile et comme stupéfaite , parce que le moindre mouvement augmentait cette sensation cruelle. Il lui'semblaitqu'uninstrument aigu était enfoncé dans la partie. C'est de là sans doute qu'est venue la dénomination de clou hystérique qu'on a donnée à cette forme de douleur. Sa durée était très-variable, depuis quelques instants jusqu'à plusieurs heures. Elle disparaissait pour quelques jours ; cependant il arrivait quelquefois de la voir se reproduire plusieurs fois le même jour. La pression ne produisait aucun effet sur ces points douloureux. C'est à la tête qu'ils se faisaient le plus souvent sentir, et surtout au crâne et du côté gauche. Quelquefois cependant ils se fixaient sur le cœur et même ailleurs , mais beaucoup plus rarement.
Les autres fonctions s'exécutaient bien , et la menstruation n'était point dérangée. La digestion seule était variable et capricieuse. Tantôt la malade mangeait avec avidité et
digérait bien, tantôt elle perdait l'appétit, éprouvait de la répugnance pour les aliments, et ne mangeait pas, ou si elle mangeait quelque chose , la digestion était laborieuse, et elle s'accompagnait de borborygmes , de renvois , et d'une sensation pénible dans la région de l'épigastre , qui alors devenait sensible à la pression et conservait longtemps cette sensation. Cette dernière circonstance avait principalement fixé l'attention du médecin, qui, prenant la maladie pour une gastrite franche , avait eu plusieurs fois recours à l'application de sangsues tantôt sur l'épigastre tantôt aux cuisses. La malade n'en avait jamais retiré aucun effet avantageux. Ses nerfs en avaient , au contraire, toujours été plus fatigués et les crises plus fréquentes. L'état de faiblesse et de désespoir où je trouvai la malade inspirait des craintes légitimes pour l'avenir, et il me conduisit à une exploration bien attentive de tous les organes et de toutes les fonctions.
La digestion , qui seule paraissait souffrir , nous permit de repousser l'idée d'une affection idiopathique de l'estomac car la langue était rose, molle et large, l'épigastre n'était point tendu , et la douleur que la malade y éprouvait n'était pas constante. D'ailleurs cette fonction s'accomplissait trèsbien par moments. Tl fut plus facile d'éloigner l'idée d'une altération dans les autres organes et appareils ; je fus donc forcé de me rejeter uniquement sur l'appareil qui était l'agent des phénomènes morbides , et de ne reconnaître là qu'une affection nerveuse hystérique. Je prescrivis en conséquence les boissons émollientes , et , à cause des crises , une potion antispasmodique. J'insistai sur les lavements , daus lesquels entraient la racine de valériane et Yassa fertida , et j'exigeai que le régime de la malade fût un peu substantiel. J'espérai surtout de relever son moral abattu en promettant une guérison assurée. Le soulagement fut subit. Les crises cessèrent de se reproduire ; mais la mobilité nerveuse et les sensations de douleurs se renouvelaient encore un peu. Au
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bout de cinq jours , la potion et les lavements paraissaient fatiguer et irriter la malade ; je les fis supprimer , et je me contentai , pour potion , de prescrire une dissolution de 5 centigrammes de cyanure de potassium dans 125 grammes d'eau distillée à prendre par cuillerées à café, et je fis prendre des lavements avec la décoction des entrailles de poulet. L'ardeur que Mme G... éprouvait intérieurement fut bientôt apaisée , et l'amélioration se prononça bien franche. J'exigeai que la malade se levât et qu'elle commençât quelques occupations pour se distraire. Bientôt je pus la faire sortir, et alors la guérison fut achevée. La durée du traitement fut d'un mois environ. Cependant Mme G... conserve une grande mobilité nerveuse , et je crois que de nouveaux chagrins ou quelque émotion vive pourraient facilement faire reparaître de nouvelles crises. Il importe donc d'une part, d'éloigner avec beaucoup de soin , toutes les causes physiques et morales capables d'agir sur la malade; d'autre part, de la fortifier toujours par une nourriture convenable et par de l'exercice, et surtout celui de la promenade.
Réflexions. — Yoilà une forme d'hystérie un peu différente des précédentes. Ce ne sont plus des crises violentes et se dissipant complètement. C'est un état permanent de spasmes, de crises moins fortes et de douleurs aiguës et atroces. Nous envisagerons donc cette maladie sous deux points de vue principaux. Nous fixerons d'abord notre attention sur l'état de souffrance continue ; ensuite nous ferons remarquer ces douleurs vives, poignantes et aiguës que la malade éprouvait par fois. Cette forme de continuité du malaise hystérique se rencontre assez souvent. Il constitue ce qu'on appelle vulgairement les vapeurs. C'est là ce qu'il nous parait plus convenable d'appeler hystéricisme , afin de le distinguer de l'hystérie proprement dite , que nous réservons seulement aux cas où les crises surviennent et se terminent brusquement. Cet état , par sa durée , passe facilement à l'hy-
poehondrie. Il n'y avait pas de complication semblable, cependant la malade se croyait perdue, elle se désespérait. Mais cette crainte de la mort ne ressemblait point à celle de l'hypochondriaque. Il faut bien distinguer ces deux états , pour ne pas s'exposer à faire des confusions toujours nuisibles à la science. C'est pour ne l'avoir pas fait , que Sydenham a commis l'erreur si grande de confondre ces deux maladies, et de les adjoindre pour n'en faire qu'une. Mais , disons-le par anticipation , il y a une différence immense , non seulement dans le caractère des phénomènes nerveux des deux affections, mais surtout dans l'état de l'intelligence. Si maintenant nous analysons pbysiologiquement les phénomènes de la maladie, les actes morbides par lesquels elle s'est manifestée, nous retrouvons 1° les mêmes spasmes, les mômes contractions insolites, la môme sensation du globe ascendant; seulement les accidents étaient permanents, ils n'étaient pas portés à un très-haut degré d'intensité. Ils semblaient avoir ainsi perdu d'un côté ce qu'ils avaient gagné de l'autre ; 2° de plus, des sensations de douleurs poignantes dont le siège variait , quoiqu'il fût le plus souvent fixé à la tête. Ces douleurs d'une nature particulière sont connues sous le nom de clou hystérique ; elles sont plus rares que ne l'ont dit beaucoup d'auteurs. Quelquefois cependant elles constituent le seul phénomène de l'hystéricisme , ou plutôt les crises hystériques ne se manifestant que sous cette forme, elles semblent s'être converties en ce clou hystérique. Ces phénomènes n'en appartiennent pas moins tous au système nerveux cérébral : les spasmes , les contractions sont des actes musculaires qui ne peuvent s'exécuter que par la médiation ou l'influence nerveuse cérébrale; les sensations perçues sont des actes du môme système nerveux. Si nous cherchons à remonter à la nature, à l'essence de cette affection nerveuse , à la modification qu'ont éprouvée les nerfs , l'embarras devient plus grand. Cependant , si nous nous repor-
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tons à tout ce que nous avons déjà observé , et si nous le réunissons à ce qui s'est présenté dans le fait actuel , nous voyons constamment des spasmes ou des contractions convulsives exagérées et involontaires. Nous serions donc porté à y reconnaître une exaltation d'action du système nerveux. Si nous jetons les yeux sur les douleurs qui ont eu lieu , nous admettrons encore celte exaltation, parce que la douleur n'est que la sensation normale exaltée par l'irritation des nerfs. Maintenant, si nous faisons attention qu'il ne suffit pas d'irriter les nerfs pour produire les phénomènes hystériques, nous serons obligé, tout en admettant l'irritation de ce système, de reconnaître une modification d'irritation qui se traduit et qui ne peut se traduire que de cette manière , une véritable modification spéciale. Il est si vrai qu'il en est ainsi , que les causes qui la font développer sont toutes des causes d'excitation nerveuse, il est vrai; mais en même temps nous voyons ces mêmes causes ne pas toujours produire les mêmes phénomènes ; il faut pour cela qu'elles trouvent des prédispositions spéciales. Sans cette condition, elles produiront des effets tout différents, et chez la même personne. Ainsi chez Mme G..., ce sont les revers de fortune et tous les chagrins qu'ils traînent après eux qui ont amené l'hystéricisme. Les chagrins , comme toutes les affections morales , appartiennent aux passions, et les passions sont du domaine de l'encéphale , et par conséquent du système nerveux cérébral , quoi qu'en aient dit les anciens , et surtout Bichat , et avec lui quelques modernes qui semblent vouloir faire revivre l'opinion contraire. La cause a donc agi sur l'encéphale et sur les nerfs cérébraux. Si nous nous demandons pourquoi elle a produit chez Mme G... la modification morbide que nous appelons l'hystéricisme , plutôt que l'hystérie ellemême, nous en trouverons la raison, non point dans l'organe <jui est le même, non point dans le mode d'action qui est le même aussi , mais dans la durée de cette action. En effet.,
dans les trois premiers cas, nous avons vu la frayeur ou autre sensation instantanée , agir brusquement sur l'encéphale et opérer par sa réaction les phénomènes hystériques. Or, dans ce cas, nous voyons la cause prolonger son action , n'agir que lentement , et n'opérer en conséquence qu'une réaction lente et modérée, et une modification lente aussi et progressive et non spontanée.Voilà pourquoi ce n'est pas par des crises violentes que la réaction s'est manifestée, c'est par des spasmes moins intenses, mais incessants comme la cause elle-même. Ne nous hâtons pas trop de généraliser cette pensée , elle pourrait trouver et elle trouverait en effet de nombreuses exceptions. N'oublions jamais que les modifications vitales varient d'un instant à l'autre dans notre économie, et que par conséquent l'action des modificateurs varie également, ce qui avait déjà fait dire à Galien Nihil plane sincerum. C'est pour n'avoir pas assez tenu compte de ces variations et pour s'être trop pressé de généraliser, qu'on a si souvent présenté des hypothèses, qui, bien que reposant sur des faits vrais, devenaient erronées par cette extension abusive, et perdaient même le droit de nous transmettre ce qu'elles avaient de vrai. Car tel est le sort de tous les systèmes : ils sont abandonnés et repoussés en entier dès qu'on a reconnu qu'ils péchaient par quelque point. Cependant je le dis hautement, il n'y a peut-être pas de système, tant ridicule nous paraisse-t-il, qui ne cite et ne compte des faits à son appui. Mais, parce qu'il a eu la prétention d'être plus qu'il ne devait et ne pouvait être, la proscription l'afrappé; elle semble vouloir le punir de ses ambitieuses prétentions. Le traitement a été calmant et antispasmodique, et nous avons eu le plus grand soin d'agir en même temps sur le moral de la malade. Il a donc agi sur le système nerveux de manière à combattre l'érélhisme, l'exaltation dans laquelle il se trouvait. Il vient donc corroborer ce que nous avons vu jusqu'à présent, que la maladie a son siège dans lo système
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nerveux et qu'elle en est une modification irritative. Il s'est présenté une particularité que nous ne devons point passer sous silence, parce qu'elle est de la plus haute importance dans la pratique médicale. C'est que l'action prolongée des antispasmodiques est devenue irritante pour les organes sur lesquels elle se passait, et qu'il a fallu les cesser. Cette contradiction apparente estillusoire. Nous ne nous arrêterons donc pas à réfuter l'opinion qui voudrait voir là une contradiction dans l'action à la fois calmante et irritante du remède. II n'est personne qui ne puisse y faire la réponse, parce qu'il n'est personne qui ne sache faire l'analyse de cette prétendue double action thérapeutique. Or, plus qu'aucun autre médicament peut être, les antispasmodiques, en calmant les spasmes du système nerveux cérébral, agissent trop vivement sur les actes organiques, et déterminent des modifications de ces actes qui sont de véritables excitations. Ne perdons jamais de vue cette double action des médicaments, c'est le seul moyen de ne nous égarer jamais.
Observation V. — J'emprunte l'observation suivante à mon premier ouvrage sur l'hystérie et l'hypochondrie : elle est la troisième. Mme Th... douée d'une grande sensibilité, arriva à l'âge de 29 ans sans éprouver rien de particulier dans sa santé. Elle avait été mère plusieurs fois, et elle était heureuse autant qu'on puisse l'être. Elle avait pour le fromage une antipathie si prononcée, que la moindre parcelle, mangée sans le savoir, suffisait pour la faire vomir. Le 25 novembre 1827, elle soupa chez une de ses amies. La gaité la plus franche régnait dans la société, lorsqu'elle fut prise tout-à-coup d'une crise d'hystérie , qui dura une heure et demie, jusqu'à ce qu'elle eut rejeté ce qu'elle avait mangé. On mettait cet accident sur le compte d'une indigestion ; mais connaissant les effets du fromage sur l'estomac de cette dame, je m'informai si elle n'en avait point mangé* et j'appris qu'un des mets en contenait un peu. Neuf
mois après, le même accident arriva, et par la même cause du fromage incorporé dans un mets. MmeTh... n'était pas sujette aux indigestions, et dans ces cas elle n'avait pas mangé de manière à en occasionner une.
« Il eût été inutile de décrire les phénomènes du paroxysme, parce qu'ils étaient bien tranchés et sans complication. La cause de l'accident est palpable : c'est du fromagf déguisé que la malade a mangé. L'impression désagréable de cet aliment sur la surface de l'estomac en a excité la sensibilité, et ce viscère a réagi sur le reste de l'économie. Celte impression a agi sur l'estomac, de la même manière que la menstruation agirait sur l'utérus ; l'organe seul est différent. Ainsi nous retrouvons dans l'analyse de leurs phénomènes et de leurs agents, 1° les deux ordres de nerfs cérébraux et ganglionnaires; 2° l'excitation viciée de l'un des deux ou de tous les deux ensemble ; 3° leur réaction sur les organes qui coopèrent aux actes morbides du paroxysme. Si l'impression a été reçue par la huitième paire, ce qui est vraisemblable, la réaction est si naturelle que c'esl par ce nerf lui-même que s'opèrent la plupart des actes morbides de l'hystérie. Si, au contraire, elle a été reçue par les nerfs glanglionnaires, la chaîne de transmission devient plus longue ; il faut qu'elle se fasse par le plexus gastrique et par le solaire, dans lesquels des filets du pneumogastrique et des nerfs lombaires viennent se jeter et puiser la sensation anormale. La chaîne pourrait aller jusqu'anx ganglions thoraciques , dans lesquels la transmission se ferait par les branches communiquantes. Il en résulterait une sympathie cérébrale dans le premier mode et une sympathie cérébro-ganglionnaire dans les deux autres.
Réflexions. — J'ai cru devoir rapporter textuellement le fait et l'analyse que j'en avais donnée, parce qu'elle est aussi complète qu'on puisse le désirer, parce que j'étais remonté
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à l'action de la cause, à la modification des actes du système nerveux qui a été le siège et l'agent de tous les phénomènes, et à la forme qu'il a présentée. Il ne faut pas croire que le fromage ingéré puisse être la seule cause alimentaire de l'hystérie. Nous pensons que les voies digestives peuvent recevoir l'impression hystérique d'une foule d'autres aliments. Nous pensons même qu'elles peuvent quelquefois se trouver dans des conditions qui leur fassent rencontrer une cause d'hystérie; dans des aliments dont elles s'accommodent très-bien dans d'autres circonstances, parce qu'elles ont alors acquis une disposition, une modification, une susceptibilité qui leur fait ressentir d'une manière toute différente l'impression des substances souvent les plus simples et les plus agréables. Ce que je dis là est le résultat de l'observation journalière des faits. C'est parce que je l'ai vu bien des fois que j'en fais la remarque. Aussi les faits semblables ne sont pas rares. Louyer Villermay a connu une dame [qui était prise de convulsions hystériques, toutes les fois qu'elle déjeunait avec une tasse de café au lait. Le café peut devenir sans doute quelquefois cause d'affection nerveuse. Mais peut-il être toujours et constamment la cause de toutes les maladies de l'utérus, et surtout le café au lait, comme le prétend M. Clément Ollivier d'Angers ?
Nous rapportons à cette cause toutes les irritations ou modifications insolites qui peuvent avoir lieu dans les voies digestives. Ainsi, indépendamment des aliments, on a vu la présence des vers occasionner l'hystérie, et M. Mongelaz en cite deux abservalions (1).
Ohservalion VI. — Mme V... âgée de 22 ans, était mariée depuis six mois. Sensible et très-aimante, elle avait rencontré un mari qui savait apprécier ses qualités, et dont la
(1) Lors même que la crise eût élé le résultat d'une indigestion, comme le veut M. Laudouzv, i ien ne serait changé. C'est presque jouer sur les mot-0.
tendresse et les attentions délicates faisaient tout son bonheur. Pendant six mois, sa santé fut parfaite, à part quelques maux d'estomac, espèce de gastralgie qui n'altérait aucune fonction. Le 21 mai, Mme V... fut, avec sa famille et son mari, jouir à la campagne d'un beau jour de printemps. La journée se passa très-bien ; mais le soir en rentrant, elle sentit la fraîcheur du serein. On soupa. Elle mangea de bon appétit sans pouvoir cependant se réchauffer. A dix heures et quart, au moment où elle allait se retirer, elle fut prise subitement d'un frisson général , qui fut le prélude d'une crise hystérique des plus violentes. Mme Y... n'en avait jamais eu. On vint me chercher. Lorsque j'arrivai, la crise venait de finir, et la malade n'éprouvait plus que ce brisement inséparable de la violence des contractions, et encore un peu de sensation de constriction à la gorge. Elle n'avait point perdu connaissance, et les contractions étaient pénibles et même si douloureuses, qu'elles arrachaient des cris à la malade. Dans cette souffrance générale, aucune partie du corps n'était plus douloureuse, c'est-à-dire, n'était le siège d'une douleur distincte Par précaution, je prescrivis une potion antispasmodique et l'infusion de fleurs de mauves et de feuilles d'oranger éduleorée avec le sirop de gomme, et je me retirai. A minuit moins un quart , une seconde crise aussi violente que la première se déclara brusquement. Yu l'intensité des accidents et l'élôignëment de mon logis, on descendit au premier étage chez le docteur R .. mon ami, et on le pria d'avoir la bonté de monter sur le champ. Malgré sa diligence, lorsqu'il arriva auprès de la malade, la crise était finie. Il confirma mon diagnostic et il ne changea rien à la prescription. A deux heures et demie, une troisième crise, plus féroce que les deux précédentes, se déclara encore subitement. On descendit bien vile déranger mon estimable confrère. Il vit la crise hystérique la plus violente qu'il eût jamais rencontrée. La violence des
contractions, les cris de la malade et l'expression de sa physionomie toute bouleversée, faisaient un tableau horrible. Cependant la malade conservait toute sa présence d'esprit, et, malgré la constrittion du pharynx et du larynx, elle pouvait par moment articuler quelques paroles et se faire comprendre. En même temps le corps était froid cemttte le marbre, et couvert d'une sueur également froide. Le pouls était à peine sensible, et rapide au point de ne pas laisser compter les pulsations. M. 11... fit pratiquer des fomentations sinapisées bien chaudes sur les membres, et boire quelques tasses d'infusions théiformes bien chaudes. Peu à peu la chaleur se rétablit, la sueur devint chaude et les contractions allèrent en diminuant. Enfin au bout de deux heures, Mme V... était revenue à son état presque naturel. Malgré ce calme, malgré la potion, il n'y eut point de sommeil.
A huit heures du matin j'étais auprès de la malade. Le docteur R... monta la voir avec moi. Il n'y avait pas de crise , et mon collègue la trouva si bien qu'il espéra que tout rentrerait dans l'ordre : car la malade avait encore de temps en temps quelques-unes de ces secousses involontaires , de ces sensations qui sont les précurseurs ou les conséquences des crises convulsives. Cependant, d'après le récit qui me fut fait, d'après ce refroidissement glacial et cet état insolite de la circulation pendant la crise, je pensai qu'il y avait quelque chose de plus qu'un état nerveux , qu'une simple crise; et que celle-ci n'avait été que le résultat symptomatique de quelque lésion grave. Le pouls était encore petit et serr;, plus de 130 pulsations par minute. Aucune partie du corps ne faisait éprouverde douleur réelle. Ce n'était partout que ce sentiment de brisement qui suit toujours les contractions violentes. Néanmoins, eu portant les mains sur l'abdomen, je le trouvai contracté et dur comme une pierre, et quoique la malade n'y accusât pas de
douleur , je ne balançai pas , j'annonçai une péritonite mortelle. Je ne prévoyais que trop juste. Malgré les soins combinésjdu docteur R.. elles miens, malgré l'assistance de deux autres praticiens recommandables de notre cité , malgré les saignées , les sangsues , les mercuriaux à l'intérieur et à l'extérieur, malgré les émollients internes et externes, malgré les applications de peaux animales chaudes, la péritonite marcha avec une rapidité que rien ne put ralentir , et la malade fut enlevée en moins de cinq jours.
Réflexions. — Cette observation, qui fut intéressante sous tant de rapports , nous présente un fait d'hystérie fort remarquable et par sa cause et par ses phénomènes. Mme Y... jouissait d'une bonne santé. Jamais elle n'avait eu de crises hystériques. Elle était la femme la plus heureuse. Les devoirs conjugaux avaient-ils amené une prédisposition nerveuse chez une femme sensible? on peut le présumer, mais à ce compte, les jeunes dames seraient toutes prédisposées. Quoiqu'il en soit, un refroidissement produit , par son action sur la peau, une réaction intérieure qui va se fixer sur le péritoine , et qui ne se manifeste d'abord que par une excitation nerveuse générale , par une crise violente. La crise a donc été provoquée par les préludes d'une inflammation intense du péritoine. Or, nous savons combien est puissante la réaction de la première impression de l'irritation inflammatoire d'un organe. Presque toujours elle masque la maladie première, la maladie réelle. L'invasion de cette vaste inflammation a donc été la cause des accidents nerveux hystériques qui ont eu lieu. Le siège de la cause ou le point de départ a donc été autre part que dans le cerveau et dans l'estomac; il a été dans le péritoine. Nous disons que celle enveloppe a été le siège de la cause et non le siège de la maladie hystérique ; parce que la maladie dont elle a été le siège est une péritonite et non une hystérie. Cette dernière s'est passée dans une sphère, en quelque sorte étrangère au péri-
de l'iitstérie. 133
toine,dans un appareil bien différent. Déjà nous pouvons nous convaincre qu'une maladie qui se montre toujours la même , quoique produite par des causes différentes , doit avoir son siège , non dans les organes sur lesquels les causes agissent , mais dans celui qui est l'agent des phénomènes par lesquels elle se traduit à nos sens. Or, les contractions convul sives, les sensations de boule ascendante , etc. , n'ont rien de commun avec le péritoine. Elles n'entrent point dans ses attributions, pas plus que dans celles de l'estomac. Elles sont des effets, des actes du système nerveux cérébral. Déjà nous pouvons donc penser que cet appareil doit au moins jouer un grand rôle dans la maladie. Comment a agi la cause? comme toutes les causes. L'irritation violente du péritoine a produit une sensation vive sur cette membrane , et cette sensation a retenti dans toute l'économie, et le système nerveux cérébral a été le plus affecté. Pourquoi toutes les péritonites, pourquoi toutes les inflammations ne produisent-elles pas le même effet? Parce que, nous ne saurions trop le redire , les sujets ne sont pas tous dans les mêmes dispositions; parce que le même individu n'est pas toujours lui-même dans ces dispositions identiques, et que la cause qui fait développer un jour un phénomène , en fait développer un différent un autre jour. Ici l'hystérie n'a été que secondaire et sympathique ; mais elle n'en a pas moins été hystérique , et c'est presque toujours ainsi qu'elle a lieu. Il est bien rare qu'on puisse Ja regarder comme idiopathique, c'est-à-dire, comme indépendante de la lésion d'un organe.
Comme affection nerveuse, la maladie en elle-même ne nous offre toujours que les mêmes considérations de cause , de phénomène /de siège et de terminaison. Je ne puis m'empêcher de faire remarquer avec quelle prudence il faut procéder à l'examen d'une maladie, lorsque des phénomènes insolites se présentent comme chez Mme V... Le refroidissement glacial , cette petitesse et cette vélocité du pouls, cette
violence des crises, tout devait faire présumer une cause désorganisatrice extrême. De pareils phénomènes n'ont pas lieu sans que la vie et les organes aient reçu une atteinte profonde. ïl n'y avait pas seulement affection convulsivede l'appareil cérébral. Les phénomènes n'étaient plus renfermés dans le domaine de cet appareil. Un froid glacial, une sueur froide , un pouls imperceptible et rapide étaient des attributs appartenant à un autre ordre de fonctions , à une autre vie. Les deux ordres fonctionnels étaient compromis. L'état du pouls indiquait à coup sur l'envahissement et les préludes d'ane maladie dépendante des mêmes attributions que la circulation. C'était une inflammation qui se manifestait. Ces grandes perturbations au début d'une maladie, sont toujours l'indice d'une gravité plus grande. La contraction dure et insensible encore de l'abdomen m'a révélé une péritonite intense. C'est un signe qui ne m'a jamais trompé , en faisant la part de sa cause : car il ne faudrait pas la confondre avec la contraction saturnine, qui d'ailleurs s'accompagne de douleurs toutes particulières.
La terminaison a été fâcheuse , il est vrai ; mais ce n'est pas par la maladie nerveuse que s'est opérée cette terminaison , c'est par l'inflammation du bas ventre.
Nous ferons une dernière réflexion. Les crises hystériques ont été violentes au début du mal, lorsque l'inflammation n'était encore qu'à ses prodromes. Elles n'ont plus eu lieu aussitôt que l'inflammatiou a été forte et intense. II était bon d'en faire la remarque, parce que nous aurons occasion de la signaler d'autres fois encore.
Ce que nous avons vu ici pour la péritonite, nous l'avons vu pour d'autres phlegmasics, et nous ne l'avons pas vu seul; beaucoupd'auteurs ont vu l'hystérie provenir d'une irritation tantôt inflammatoire aiguè ou chronique, tantôt hyperlrophique ou désorganisatrice. Ce n'est pas seulement dans un organe important ou très-sensible que la maladie
de l'ijystékie- J35
s'est ainsi prononcée ; c'est bien souvent lorsque le mal avait *>on siège dans des points peu importants par leurs fondions, ou peu développés par leur sensibilité. Reconnaissons donc que toujours il a fallu que le sujet fût doué d'une prédisposition très-grande : car autrement comment expliquer le développement rare de' l'hystérie dans les cas de tumeurs fréquentes qui ne la produisent pas ordinairement.
Obs. VIL — Mme sœur Sle. A... était entrée au couvent à l'âge de quinze ans; elle n'était pas réglée, et cependant «:11e jouissait d'une bonne santé. Six mois après seulement, la première apparition des règles eut lieu. Jusque là elle n'avait éprouvé que de la satisfaction dans la maison où elle était. Sa douceur, son zèle, son empressement à prévenir le moindre désir de ses supérieures ou de ses compagnes, l'avaient fait chérir de toutes, et aucun nuage n'était venu troubler son bonheur. Tout-à-coup, après quelques signes de pléthore et de congestion vers les parties inférieures de l'abdomen , notre jeune sœur est prise de convulsions violentes , avec tous les phénomènes de l'hystérie , sensation du globe ascendant, conslriction convulsive du larynx et du pharynx. Il y avait en même temps un mouvement ondulatoire fort remarquable dans la région épigastrique. Cette partie semblait agitée par des contractions violentes de l'estomac, et la main , appliquée dessus , en sentait le mouvement. Il n'y avait pas perte de connaissance; mais il y avait impossibilité absolue de parler et d'exprimer sa pensée par aucun signe. La volonté avait perdu son empire sur les muscles de la vie animale. Assez voisin de la maison où demeurait cette religieuse , je pus arriver pour voir la fin de la crise. Je prescrivis la potion antispasmodique et l'infusion de violettes et de feuilles d'oranger à l'intérieur , des frictions avec l'éther sur l'épigastre et sur le devant du col. La crise dura en tout une heure et demie. Après, il resta , indépendamment de ce sentiment ordinaire de brise-
ment, et de cette gêne de la déglutition , une douleur atroce dans les lombes. On s'aperçut que le sang coulait. On espéra beaucoup de cette hémorrhagie utérine ; la crise ne reparut pas, mais les douleurs persévérèrent deux jours sans relâche , et elles retinrent la malade au lit pendant tout ce temps.
Un mois s'écoula sans accident. Alors la même cause amena les mêmes crises et les mêmes douleurs. Comme j'avais recommandé de faire préparer la même potion antispasmodique si les crises se reproduisaient , on avait suivi mon conseil , et l'on avait pu faire avaler quelques cuillerées dans les moments de suspension légère des accidents. Aussi la durée de la crise fut moins longue; mais les douleurs des reins persévérèrent avec la même intensité. Les calmants les plus énergiques n'y purent rien. Depuis lors , les mêmes crises se sont reproduites tous les mois et toujours à l'époque menstruelle. Pendant dix ans j'ai vainement employé tous les calmants, tous les antispasmodiques, tous les martiaux , tous les antipériodiques , les saignées et les sangsues, rien n'y a fait. Toujours les crises ont apparu avec les règles et avec la même intensité. Toujours les douleurs atroces des reins leur ont succédé. Cette position était si pénible et les désirs de la malade étaient si pressants , que je me décidai à recommencer quelque médication. J'essayai d'abord un purgatif pris I'avant-veille des menstrues. L'écoulement périodique arriva sans qu'il y eût ni crises ni douleurs. Le purgatif fut réitéré le mois suivant, les crises furent encore évitées. Le troisième mois, notre religieuse crut pouvoir se passer du remède , les crises et les douleurs revinrent plus violentes que jamais. Elle s'assujettit à la purgalion pendant neuf mois; elle pensa pouvoir s'en dispenser; mais les crises curent lieu. Alors elle s'y soumit pendant cinq ans. Au bout de ce temps elle essaya encore de s'en paser. Cette fois il n'en résulta rien de fâcheux:
l'économie avait enfin pris l'habitude de laisser couler le sang sans manifester sa réaction hystérique ni algique.
Depuis ce moment, douze ans, l'écoulement périodique s'est effectué avec régularité, sans qu'il y ait rien eu de nouveau.
Réflexions. — Jusqu'à présent les faits que nous avions observés avaient reconnu pour cause des agents qui avaient agi sur différents organes , et qui avaient laissé la matrice étrangère à la production de l'hystérie. Dans celui-ci cet organe a été le siège de l'irritation morbide. A chaque époque menstruelle , chez une femme bien constituée et d'une forte santé , une crise hystérique a eu lieu au moment où l'écoulement s'établit. Tout le monde sait combien la congestion qui s'opère sur cet organe , combien le travail qui a lieu pour l'élimination d'une certaine quantité de sang, exercent d'influence sur l'utérus d'abord , et par réaction de cet organe-roi sur toute l'économie , et principalement sur le système nerveux. Tout le monde sait que c'est à cause de cet état si pénible , si extraordinaire et quelquefois si souffrant, que les femmes appellent maladies leurs règles. Il n'est donc pas étonnant que ce double travail de congestion et d'élimination produise un effet si grand et opère une réaction si puissante. Mais, s'il en était ainsi, pourra-t-on dire, la même cause devrait produire les mêmes effets ; en conséquence toutes les femmes devraient être hystériques à cette époque , et les 99 centièmes au moins ne le sont pas. Pour réponse, nous invoquerons les prédispositions, comme dans les cas précédents. II faut , pour que la forme hystérique des crises ait lieu, que l'économie ou plutôt le système nerveux soit dans des conditions particulières , que la physique et la physiologie ne peuvent pas apprécier , et que la pathologie dévoile seule encore par les phénomènes. Voilà pourquoi mille personnes auront leurs règles sans être torturées par des crises hystériques , et une autre en présentera d'atroces. Voilà pourquoi la même personne aura cent fois ses règles
sans en être fatiguée, et prendra une crise hystérique la cent-unième fois, si la prédisposition physiologique s'est développée chez elle. Cette prédisposition est elle-même si bizarre, qu'il est impossible non seulement de la saisir, mais de la rencontrer identique et donnant à l'économie l'aptitude à prendre une crise par toute espèce de nerfs. Bien souvent, et, nous pouvons même le dire, le plus souvent, cette disposition est toute spéciale , c'est-à-dire qu'elle est relative seulement à une cause dont elle favorise l'action, tandis qu'elle se montre rebelle ou nulle pour toute autre cause. Ainsi, chez cette religieuse, la prédisposition était tout entière pour la menstruation , et aucune autre cause d'hystérie n'avait de prise sur elle. Ennuis, chagrins, frayeur, maladies étrangères à l'utérus , tout glissait sur elle sans laisser d'impression sur le système nerveux. Il en a été de même des observations précédentes. La prédisposition était favorable à l'action de la cause qui a produit la maladie, mais dans aucun cas, la menstruation n'a rien produit d'hystérique. Pourquoi cela? Je n'en sais rien. C'est le mystère de la vie, qui agit et fait agir de tant de manières en apparence si contradictoires, qu'il est impossible de la saisir ou plutôt de la fixer. Il faut connaître ces modifications, afin de ne point s'égarer; mais il ne faut pas compter les déterminer avec une précision mathématique ; à chaque instant de nouvelles modifications viendraient déjouer nos calculs. Voilà pourquoi la méthode numérique absolue est une méthode insuffisante, parce qu'elle ne tient pas assez compte delà vie et de ses modifications. Quoi qu'il en soit de ces considérations de physiologie pathologique, toujours est-il vrai que l'utérus a été le siège de la cause, le point de départ de la maladie. Cet organe est même le plus souvent le siège de cette cause hystérique, mais nous avons vu qu'il ne l'était pas toujours. Et déjà nous pouvons conclure qu'ils ont eu tort, ceux qui ont voulu ne voir que lui comme siège et de
de l'uvstéiue. 139
la cause et de la maladie. L'observation que j'ai cilée se trouve prise chez une religieuse , par conséquent chez une célibataire. Faut-il en conclure , avec quelques auteurs , que cette position prédispose plus qu'aucune autre à cette mala die , ou que l'état de continence en est la cause la plus ordinaire? Comme preuve convaincante on s'appuie surtout sur le fait rapporté par Galien , de cette jeune femme qui , devenue hystérique pendant son veuvage , avait guéri par un second mariage , et était redevenue hystérique par un second veuvage , pour guérir une seconde fois par un troisième mariage. Ces faits particuliers sont vrais ; mais ils ne sont pas assez généralement répandus, pour faire établir une règle aussi générale. J'ai été pendant de longues années médecin de plusieurs communautés de filles très-nombreuses, et je n'ai jamais observé de crises hystériques plus qu'ailleurs, peut-être moins. Car , à part ce fait et un cas d'hystérisme chez une autre religieuse à imagination vive , je n'ai eu qu'une seule occasion de voir des crises hystériques vers la fin d'une métrite dont une sœur avait été affectée. En voilà suffisamment, je pense, pour rétablir la vérité à cet égard. Les phénomènes n'ont présenté rien de particulier en euxmêmes. Nous y avons trouvé la contraction musculaire convulsive , le spasme de l'estomac, de l'œsophage , du pharynx et du larynx, la sensation du globe ascendant, etc., tous dépendant du système nerveux cérébral, et représentant une modification spéciale d'irritation. Un phénomène est venu se joindre à cette maladie et la compliquer : c'est la douleuratroce qui survivait à la crise pendant deux ou trois jours. Cette circonstance est importante, parce qu'elle prouve que ce n'est pas la douleur qui est la cause du mal. La crise a lieu brusquement et précède la douleur : celle-ci la suit deux jours environ, et, quelque violante qu'elle soit, elle ne reproduit plus de crise. La douleur et l'hystérie sont donc indépendantes. Cela est si vrai , que bien des personnes sont
sujettes à l'hystérie à l'époque de l'apparition des règles sans éprouver de douleur ; et que d'autres , en plus grand nombre, éprouvent des douleurs atroces, au point de pousser des cris et d'être obligées de garder le lit sans avoir de crises. Ainsi la douleur, pas plus que toute autre irritation , ne peut être regardée comme la cause de l'hystérie ; pour qu'elle le devienne, il faut qu'elle trouve la prédisposition spéciale qui rend le système nerveux apte à recevoir l'impression et à la convertir en crises. Je ne saurais trop insister sur ce point parce qu'il est capital , parce que c'est faute de l'avoir bien entendu , que les auteurs se sont égarés.
Tous les traitements ont échoué contre cette affection . Un seul a réussi , ce sont les purgatifs administrés avant l'époque menstruelle. Comment ont-ils agi ? Quelle modification ont-ils imprimée à l'économie pour changer la modification pathologique? Ces questions sont insolubles : car nous ne pouvons donner que des conjectures et des raisonnements plus ou moins probables. Ce n'est point par révulsion , puisque l'évacuation périodique ne changeait pas. Ce ne peut pas être comme antispasmodique, comme calmant, etc. Ce qu'on pourrait dire de plus rationnel, c'est qu'ils ont opéré une sorte de révulsion nerveuse. En appelant sur le tube digestif une activité plus grande , ils ont concentré sur lui la direction nerveuse qui se faisait en excès sur l'utérus. Ils ont ainsi rétabli l'équilibre , et opéré une modification thérapeutique qui a dissipé la modification pathologique. Ce serait bien une sorte de révulsion , mais, une révulsion purement nerveuse. Ce moyen qui, à plusieurs reprises, a si bien réussi dans ce cas , échouerait probablement dans d'autres cas semblables, parce que la modification pathologique des sujets présenterait des circonstances qui les rendraient rebelles à son action. Cependant j'ai été conduit à son emploi par les succès que j'en avais obtenus plusieurs fois dans des circonstances de douleurs atroces développées
de l'uystérie. 141
au commencement de l'apparition des règles. C'est un empirisme rationnel qui ne prouve rien en sa faveur , mais qui doit nous engager à ne jamais renoncer entièrement à la cure de l'hystérie , parce que nous ne pouvons pas plus apprécier la modification thérapeutique que la modification pathologique , et qu'à chaque instant elle peut se présenter dans des conditions qui peuvent rendre efficace un moyen ou une médication qui, dans un autre cas, avait été impuissante, et qui le redeviendra peut-être le lendemain.
Les auteurs fourmillent de faits dans lesquels la menstruation plus ou moins douloureuse , viciée, anormale, a été la cause de l'hystérie. Louyer-Villermay , Boivin , Dugès, Lisfranc, Montgelaz, Landouzy, en ont cité plusieurs. La plupart des auteurs s'accordent aussi à dire que dans ces cas l'hystérie disparaît avec le rétablissement des menstrues , ce qui cependant n'a pas toujours lieu. Nous avons vu l'hystérie survivre à plusieurs anomalies menstruelles , et les auteurs cités en ont aussi recueilli des observations. Nous nous occuperons plus tard de ce phénomène. Georget nous paraît avoir eu tort de nier l'influence des désordres menstruels, et peut-être M. Dubois d'xVmiens en a-t il trop atténué les effets hystériques.
Observation VIII. — Mme F... était blanchisseuse, d'une bonne constitution. Seulement elle était très-irascible : un rien la faisait mettre dans une colère violente. Elle s'était mariée à l'âge de 23 ans. La première année ressembla aux années précédentes. Toutes les fonctions continuèrent à s'exécuter aussi régulièrement qu'auparavant. Elle devint enceinte, ou du moins elle vit ses règles manquera leur époque ordinaire vers la fin de juin 1843. Au bout de cinq ou six jours , sans être plus fatiguée que d'habitude, elle fut subitement prise d'une violente crise d'hystérie. L'agitation était si grande et les contractions si puissantes , que plusieurs hommes avaient de la peine à la retenir ; elle se
roulait par terre, et renversait presque tout ce qu'elle rencontrait ; elle n'entendait , ne voyait et ne sentait rien , et la face était rouge, vultueuse et horriblement convulsée. Il semblait par moment y avoir un peu de calme , les contractions paraissaient s'affaiblir , mais tout-à-coup elles reprenaient aussi intenses qu'auparavant. Lorsque j'arrivai , il y avait près d'une heure que la crise durait; j'envoyai chercher une potion antispasmodique , et je profitai d'un des moments de suspension des contractions pour lui en faire prendre deux cuillerées à la fois. Elle les avala avec beaucoup de peine. Je pratiquai en même temps une saignée de 500 grammes. Pendant que le sang coulait , elle essaya à plusieurs reprises d'entrer en convulsion, mais ce fut avec beaucoup moins de violence qu'auparavant. J'administrai encore deux cuillerées de la potion; le calme devint plus grand , il n'y eut plus que de faibles retours des contractions. La déglutition devint plus facile , et la malade put reprendre connaissance. Enfin , au bout de trois-quarts d'heure, l'orage était conjuré ; la crise avait duré deux heures.
Cinq jours après eut lieu une seconde crise aussi violente que la première. On ne me fit point appeler; on se contenta de tenir la malade et de lui faire prendre un peu d'eau de fleurs d'oranger quand on pouvait : la crise dura près de deux heures dans toute son intensité. Mme F. resta plus brisée que la première fois, et pendant 24 heures, elle éprouvait de temps en temps des sortes de frémissements spasmodiques et la sensation du globe œsophagien.
De pareilles crises se renouvelèrent tous les deux, trois , quatre , cinq ou huit jours pendant les cinq premiers mois de la grossesse : quelquefois même une crise paraissait terminée, le calme était rétabli; et au bout d'une demi heure ou d'une heure ou deux , la crise recommençait. Toutes ces crises furent abandonnées à la nature, et leur durée fut de quatre à sept heures. Deux fois seulement on alla chercher
de l'hystérie. 14,3
la potion que j'avais prescrite. Chaque fois trois ou quatre cuillerées arrêtèrent la crise, qui alors dura quelques heures de moins. Après le cinquième mois, lorsque l'enfant commença à bouger, les crises devinrent beaucoup moins violentes , moins intenses, moins longues et moins rapprochées. On n'avait presque plus besoin de tenir la malade , et elle ne perdait pas entièrement connaissance. La crise ne durait plus qu'une ou deux heures , et elle ne revenait que tous les huit ou quinze jours. Dans l'intervalle il y avait plusieurs fois par jour, pour une cause légère , comme sans cause, de petites crises sans convulsions manifestes, mais avec spasmes dans les membres , et surtout sensation du globe ascendant, et quelques mouvements dans l'épigastre et dans la région du col ; quelquefois alors il y avait vomissements. Cet élat dura pendant toute la grossesse : il est vrai que la malade ne fit rien pour le dissiper. L'accouchement eut lieu trèsheureusement, et les crises n'ont pas reparu ; le retour a eu lieu , les règles se sont rétablies , et plus rien de semblable aux crises ne s'est manifesté.
Réflexions. — Ce fait a quelque analogie avec le précédent; comme lui, il trouve la cause et le point de la maladie dans l'utérus; comme lui, il voit l'exercice d'une fonction de cet organe produire les crises. Dans le premier cas, c'était l'impression ou la modification vitale ou physiologique de l'utérus à chaque période menstruelle. Dans le second cas, la menstruation s'est exécutée d'une manière très-normale avant et après la grossesse , sans produire des crises ; c'est la grossesse , c'est la présence du produit de la conception , c'est le travail de l'utérus qui a été la cause des crises. Celte double circonstance prouve ce que je disais plus haut au sujet des modifications ou des aptitudes différentes suivant les sujets. Voici une dame chez laquelle les règles ne produisent rien, et qui cependant présente la prédisposai i au plus haut degré , puisque nous l'avons vue en proie aux
crises les plus violentes. Pourquoi cette différence dans les effets de la même cause? Je laisse de côté la réponse à cette question ; il n'y en a pas d'autres que ces modifications ou susceptibilités différentes et spéciales. La matrice n'était pas malade , mais son état physiologique avait changé par l'imprégnation du germe. Nous savons tout ce qu'elle opère de réaction dans l'économie dans les cas ordinaires ; nous ne nous étonnons donc pas qu'elle ait pu produire la modification hystérique. Nous ferons remarquer que , dans ces deux cas , la maladie n'a pas été le résultat d'une cause pathologique, d'une affection morbide de l'utérus , mais de l'exécution normale de ses fonctions. Cependant ces deux actes produisent dans cet organe une modification nouvelle , une impression particulière , une sorte d'éréthisme spécial , qui le sort de son état de repos habituel pour le monter à un rhythme d'activité plus grande.
Quoique les phénomènes se soient reproduits les mêmes que dans les cas précédents , ils ont présenté un degré d'intensité que nous ne leur avions pas encore remarqué. Il y a eu une perte complète de connaissance, sans que cependant il y eût syncope : car le pouls continuait à battre naturellement , et les contractions musculaires étaient même plus énergiques. Plus tard , lorsque les crises ont eu perdu de leur violence, la connaissance s'est conservée, et la malade entendait, et se rendait raison de ce qui se passait auprès d'elle. Ce phénomène de perte de connaissance n'est pas rare : il arrive dans la plupart des crises un peu fortes. Cependant il ne faut pas confondre cette perte de connaissance réelle avec la simple impossibilité de transmettre sa volonté. Ce dernier cas est le plus fréquent. Il serait facile de s'en laisser imposer, et , comme je l'ai vu bien des fois, de prendre celte impossibilité de traduire sa pensée pour une perte complète de connaissance. Cette circonstance mérite toute notre attention. Pourquoi a-t-clle lieu dans ce cas? pourquoi man-
de l'histérie 145
quait-elle dans les autres? est-elle essentielle à la maladie? et si elle ne lui est pas essentielle , quelle peut en être la cause? La perte de connaissance n'est point essentielle à la maladie , puisque le plus souvent elle n'a pas lieu , et que même vers la fin, dans le cas présent, elle manquait. Ce phénomène dépend de la suspension des fonctions intellectuelles. Il est donc spécialement lié à l'encéphale : c'est donc cet organe qui occasionne cette suspension , cette abolition momentanée; sa sensation n'est plus perçue puisque la malade n'en a plus connaissance. Tous les autres actes de l'intelligence sont également anéantis. Cependant nous ne pouvons pas dire que l'encéphale n'exécute plus aucune fonction : car les contractions convulsives persévèrent avec énergie, et elles ne peuvent le faire que par la réaction du cerveau. Ainsi , il faudrait admettre suspension, d'une part , et d'autre part, continuation d'actes modifiés et de la respiration. Ce que la physiologie moderne explique très-bien , sans admettre toutes les prétentions de la phrénologie. Deux causes peuvent produire cette suspension de l'intellect : 1° la violence du mal. Tout le monde sait quelle est la puissance de la douleur, d'une émotion , d'une crise sur l'encéphale , et peut se faire une idée de l'action de la crise violente qui avait lieu ; 2° une congestion cérébrale. On conçoit comment une cause qui a pu agir avec autant de violence sur le système nerveux , a pu agir en même temps sur l'encéphale. On le conçoit d'autant plus facilement , qu'on voit souvent la même cause opérer cette congestion sans qu'il y ait le moin dre phénomène hystérique. On conçoit encore que des contractions aussi violentes de tout le corps , et que le resserrement spasmodique de la poitrine et la suspension momentanée de la respiration puissent refouler le sang vers les grands organes splanchniques, et y faire participer le cerveau. Dans ces cas la maladie est plus intense , puisqu'elle présente de plus la lésion d'un organe important ; elle est plus grave
aussi et elle peut avoir des résultats plus fâcheux. Dans celte circonstance , tout est rentré dans l'ordre à mesure que la crise s'est calmée ; et c'est ce qui arrive dans des cas semblables : mais il n'en est pas toujours ainsi , et on le comprend. Au milieu d'efforts aussi grands , la congestion peut être poussée au point soit de produire une hémorrbagie cérébrale, soit d'opérer dans l'organe de l'intelligence une modification vitale et pathologique qui constitue une maladie , une complication. Voilà pourquoi je me suis décidé à pratiquer une saignée dans la première crise. Il me paraît essentiel d'en agir ainsi dans ces cas ; on ne saurait trop se tenir en garde contre les effets de cette congestion.
Cette affection , abandonnée à elle-même , s'est terminée parles seuls efforts de la nature. Ni la maladie, ni les crises n'ont été dangereuses. Cependant nous ne pouvons pas nous dispenser de signaler les bons effets du traitement , sinon contre l'affection elle-même , au moins contre les crises , puisque celles-ci ont été beaucoup moins longues toutes les fois qu'on a eu recours à une potion antispasmodique. La fin de la grossesse a été la fin du mal. Il semble que la présence du fœtus ait été l'épine incitatrice des crises , puisqu'avec son absence elles ont cessé. Bien que cette cause et son ablation ne soient pas toujours à notre disposition , nous n'en tirerons pas moins la conséquence qu'il est bien essentiel de l'étudier, afin de la combattre autant que faire se pourra.
On sait combien , depuis Hippocrate , la continence a été chargée de faits dont elle était le plus souvent innocente. Un médecin , appelé dans un couvent pour saigner une jeune religieuse qui prenait de violentes crises d'hystérie , rassura tout le monde en appelant l'état de la malade une maladie religieuse, dans la persuasion que la continence en était la cause. Neuf mois après un accouchement mit finaux crises ( Gazette des Hôpitaux , 1 1 juin 1814.).
La première observation citée par Dugès et Boivin est un
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cas d'hystérie durant la grossesse ; cependant nous n'y trouvons pas les caractères bien tranchés de l'hystérie. Ce sontdes phénomènes nerveux liés à une forte gastralgie bien plus qu'à l'hystérie. Quelques auteurs ont cependant prétendu que la grossesse guérissait ou du moins suspendait l'hystérie , parce qu'ils en avaient rencontré des exemples. Cela est vrai, et l'on conçoit que la grande modification imprimée à l'économie par la conception puisse opérer cette suspension; ce qui n'empêche pas les faits d'hystérie occasionnés ou prolongés pendant la grossesse, tels que les ont cités Forestus, Dugès, etc. ObservationlX. — Mme D..., femme très nerveuse, s'était mariée à vingt ans ; une première grossesse et l'accouchement avaient eu lieu, comme dans les cas ordinaires, sans rien présenter de particulier. Sa santé était bien rétablie. À vingt-cinq ans elle devint enceinte pour la seconde fois ; la grossesse ne présenta rien d'anormal , et l'accouchement fut très-heureux. Elle voulut nourrir : les mouvements souvent renouvelés auxquels elle était obligée de se livrer chaque fois qu'elle allaitait, firent enflammer la vulve; toutes les fois qu'elle se soulevait, il en résultait une douleur vive locale, qui de là s'étendait comme un cercle autour du bassin. Cette sensation , ainsi renouvelée à chaque instant pendant plusieurs jours , les irrita vivement , les enflamma , altéra même la sensibilité morale. La vue de son enfant la révoltait malgré elle, parce que sans doute il était la cause de ses souffrances. Les lochies coulèrent convenablement, et la matrice resta tout-à-fait étrangère à cette scène de souffrances. Pour surcroît de mal , un sein s'engorgea et devint très-douloureux ; cependant il ne se forma pas d'abcès. Cet état de martyre se prolongea quatre jours ; dans un moment de souffrance très-vive , la douleur porta au cœur : il y eut défaillance et presque lypothimic. Au bout de quelques instants se manifesta une crise hystérique violente avec perte de connaissance; de nouvelles crises, d'abord occasionnées seule-
ment par la souffrance de la vulve accrue par les mouvements , se renouvelèrent ensuite fréquemment à toute heure et très-fortes , quoique l'inflammation fût dissipée , et que l'allaitement ne fit éprouver aucune douleur. Cbose remarquable! elles survinrent souvent pendant le sommeil, alors elles éveillèrent la malade. Jamais il n'y en eut pendant que l'enfant était au sein occupé à téter ; la santé eût été passable sans cet accident. Au bout de neuf mois, Mme D... sevra son enfant , dans la pensée que l'allaitement pouvait être la cause entretenante de sa maladie. Les crises devinrent plus vio. lentes pendant quinze jours : alors, sans diminuer de fréquence , elles diminuèrent d'intensité ; il n'y eut plus perte complète de connaissance. Les règles reparurent au bout de trois mois : elles revinrent périodiquement tous les mois , et elles n'apportèrent aucun changement dans l'état de la maladie, qui, malgré tous les remèdes, persévéra encore neuf mois ; alors elles disparurent tout-à-fait. Depuis trois ans, il n'y a plus ni crise ni état nerveux remarquable , et Mme D... jouit d'une très-bonne santé : elle est enceinte depuis sept mois , et elle n'éprouve que de bien faibles malaises de grossesse. Qu'arrivera-t-il plus tard? par précaution je lui empêcherai de nourrir.
Réflexions. — Nous n'avons rappelé que les traits les plus saillants de cette observation si remarquable sous bien des rapports. Mme D... était d'une constitution nerveuse,: élevée avec délicatesse et selon son rang , elle avait exagéré cette constitution , première cause prédisposante de l'hystérie. La grossesse , quoique naturelle et heureuse, augmenta toujours la susceptibilité nerveuse. Enfin l'accouchement n'avait pu moins faire que d'y ajouter. Toutes ces causes de modifications nerveuses avaient amené la prédisposition hystérique , lorsque l'inflammation des organes sexuels vint achever cette prédisposition par les souffrances atroces qu'occasionnait chaque mouvement que faisait la mère pour donner à
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téter ; c'est dans une de ces souffrances que la première crise a eu lieu. On voit par quel enchaînement de prédispositions il a fallu passer pour arriver à la spécificité hystérique. Une première grossesse et le part avaient eu lieu sans rien changer à la santé de la malade ; la seconde grossesse et l'accouchement n'y changent rien non plus en apparence. Ce n'est que par la violence des douleurs , d'une vulvite que le phénomène hystérique se déclare. Faut-il conclure de là que l'inflammation de la vulve et du vagin et la douleur qu'elle occasionne sont et seront une cause efficiente toujours efficace de l'hystérie ? Nous avons mille fois observé cette inflammation , nous l'avons vue mille fois accompagnée de douleurs non moins atroces , et cependant nous ne l'avons vue déterminer l'hystérie que chez Mme D... ; il fallait donc qu'il y eût quelque chose de spécial chez cette dame. Il le fallait, et cependant rien ne le faisait connaître. Quoi qu'il en soit, la cause déterminante et le point de départ ont eu leur siège dans les organes extérieurs de la génération. Il nous est impossible de savoir et de dire si la matrice y a pris part, et jusqu'à quel point. L'inflammation était limitée aux organes extérieurs , et rien ne faisait présumer qu'elle y participât. Les lochies ont coulé régulièrement , et la résolution du globe utérin s'est opérée comme à l'ordinaire. Il est une circonstance qui peut paraître insignifiante , et qui cependant nous paraît mériter quelque attention. Ce n'est pas au milieu de la douleur que la première crise hystérique a eu lieu ; ce n'est pas par elle qu'elle a été provoquée: la douleur a produit la syncope , et c'est au moment du retour à la connaissance que la crise s'est déclarée. Cette remarque est importante , parce qu'elle prouve que c'est moins l'irritation de la douleur qui est la cause de l'hystérie , qu'une certaine modification vitale , qu'il n'est pas donné de saisir autrement que par ses effets , puisqu'elle ne se dévoile d'avance par aucun signe spécial , puisque nous n'avons aucune donnée po-
sitive qui nous permette d'en formuler le diagnostic. Aujourd'hui elle existe , demain elle n'existe pas. Aujourd'hui c'est une cause qui la met en évidence , demain c'est une autre. J'insiste sur ce point, parce que c'est faute de l'avoir bien connu et médité, ou plutôt faute d'en avoir tenu compte, que les hommes du plus grand génie se sont bien souvent fourvoyés à la poursuite d'un positivisme qui n'existe pas et qui ne peut pas exister en pathologie; tout y change d'un instant à l'autre. La vie y rend tout variable : Nihil plané sincerum. Ne poussons pas cependant cette idée trop loin , elle nous conduirait à un septicisme déplorable. Nous signalons la variabilité de ces modifications, parce qu'elle est, et qu'il faut la connaître si l'on veut éviter de fréquentes déceptions. Mais gardons-nous d'en conclure que rien n'est positif en médecine ; nous tomberions dans une erreur plus préjudiciable encore , en ce qu'elle serait le refuge et l'excuse de l'ignorance. Nous les signalons afin que le médecin se persuade des difficultés sans nombre qu'il a à surmonter, afin qu'il redouble de zèle pour chercher à constater toutes ces nuances, afin qu'il ne soit point étonné , ni surpris, ni pris au dépourvu , lorsqu'elles se présenteront.
Une fois que l'économie a été en quelque sorte enrayée dans l'hystérie , elle n'a plus eu besoin d'une cause provocatrice; ses crises se sont développées spontanément, quoique la vulvite fût bien guérie. La lactation a paru étrangère aussi à la production des crises, puisqu'il n'y en a jamais eu pendant le moment de l'allaitement, puisque l'allaitement ayant cessé au bout de neuf mois, les crises ont continué encore un an. Les fonctions de l'utérus ne paraissent pas avoir exercé une plus grande influence ; les règles n'ont pas coulé pendant la durée de l'allaitement; c'est le cas le plus ordinaire des nourrices : elles ont reparu après le sevrage, et les crises n'ont pas cessé , n'ont pas changé de forme pendant neuf mois encore. Si le point de départ ou la cause a été
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dans les organes de la génération , on ne peut pas y placer le siège de la maladie : car des organes qui exécutent bien leurs fonctions , qui n'apportent aucune modification aux phénomènes morbides dans le moment de leur activité plus grande, ne sont pas malades, ou du moins ils n'exercent plus aucune influence sur la maladie. Celle-ci résidait donc tout entière dans l'appareil qui la faisait connaître par ses manifestations, par ses actes ; cet appareil était le système nerveux cérébral.
L'analyse des phénomènes nous donne le même résultat que dans les observations précédentes ; nous n'y reviendrons pas. Nous ferons observer qu'il y a eu deux périodes dans l'intensité des crises : dans la première, qui fut de neuf mois, elles étaient beaucoup plus violentes et avec perte de connaissance ; dans la seconde , qui fut d'un an , la violence des crises fut moins grande , et il n'y eut plus de perte complète de connaissance. Le cerveau a donc pris une part directe à la maladie pendant la première période , tandis qu'il lui a été étranger pendant la seconde. Il nous paraît naturel de conclure delà que cet organe n'est pas essentiellement affecté dans l'hystérie , et que lorsqu'il l'est , c'est par réaction sympathique ; c'est par la participation que les organes prennent tous à la souffrance des autres organes , surtout quand ils leur sont liés d'une manière aussi intime que le cerveau l'est aux nerfs. La maladie était toujours la même, elle était toujours l'hystérie dans la seconde période, qui fut plus longue, et cependant elle n'a pas eu besoin , pour être telle , que le cerveau fût affecté. Le système nerveux cérébral seul a été le siège du mal , puisque seul il a été l'agent des phénomènes morbides. Les crises arrivaient au moment où l'on s'y attendait le moins et sans causes provocatrices aucunes ; elles arrivaient même pendant le sommeil. Aucune frayeur, aucune douleur, aucun dérangement de fonction ne les provoquait ; elles étaient tout entières dans la modification vitale de
l'appareil qui les traduisait, dans l'appareil nerveux. C'était si l'on veut une diathèseou presque une cachexie.
D'après cette manière d'envisager la question, nous ne devons plus faire consister la maladie dans la crise ellemême, et regarder cette observation comme une succession d'hystérie ; nous devons y voir une maladie entière et unique, qui existait même en l'absence des crises. Ce sera un état d'hystéricisme, mais avec des crises plus franches, plus précises, mieux déterminées. Ce n'est plus l'hystérie consistant dans une crise seulement, c'est l'hystérie consistant dans une succession de crises, c'est une forme de la maladie, comme déjà nous avons eu occasion de l'observer plusieurs fois, et comme on la rencontre souvent et avec des modifications qui tiennent à cet état si mobile du système nerveux.
Je n'ai pas fait mention des moyens qui furent mis en usage, parce qu'ils furent tous également impuissants. Les crises se dissipaient aussi bien sans remèdes qu'avec des remèdes. Il est vrai qu'elles n'ont jamais été bien longues, une heure au plus, et souvent une demi-heure seulement. La maladie s'est terminée d'elle-même, et sans qu'on puisse on attribuer l'honneur aux médicaments qui ont été employés. Elle s'est en quelque sorte usée, et c'est lorsqu'elle a eu parcouru ses périodes qu'elle a cessé, comme si elle avait épuisé son activité.
Observation X. — Nous empruntons l'observation suivante à M. Favrot, qui l'a consignée dans son excellente thèse sur la catalepsie, l'épilepsie et l'hystérie.
« Marie Moreau, couturière, âgée de 17 ans, est d'une belle et forte constitution; à 13 ans elle avait déjà acquis la grandeur qu'elle a maintenant, mais elle était extrêmement maigre. A quatorze ans eut lieu la première apparition des menstrues. Elles parurent à l'époque régulière, les deuxième, troisième et quatrième mois ; mais leur durée fut tout au plus de quelques heures. Il survint de l'embon-
point, et il y eut une suppression de 8 mois. Il y eut, pendant deux mois quelques accidents du côté de la poitrine ; puis de l'ennui, de la tristesse, un grand amour de la solitude, des envies de pleurer très-fréquentes ; ils se manifestaient surtout lorsqu'elle entendait le son d'un orgue. Toutes les questions lui étaient insupportables, la violence ne pouvait môme la faire parler. Défaut d'application, haine subite contre les étrangers et même contre des personnes de sa famille ; envies de rire inexplicables. Tout d'un coup vers le soir, sans cause appréciable, au moment de se coucher, Marie, alors âgée de quinze ans et demi , est prise d'un léger vomissement de sang, de mouvements convulsifs du tronc et des membres. Elle avait les yeux et la bouche contournés, et elle poussait des cris violents. Il y eut perte complète de connaissance, pendant près d'une heure. — Après cet accès, il y avait fatigue générale, les membres étaient courbaturés ; un léger sommeil survint ; mais il était très-agité, et plutôt fatigant que réparateur.
« Elle rentra dans son état antérieur. Au bout de quinze jours un second accès se manifesta. Il la prit en plein jour et dans la rue ; la durée en fut de deux heures au moins; mais il fut différent du premier, en ce sens qu'il y eut plusieurs rémissions suivies presque aussitôt de rechutes, et que la malade attribua à l'effet que produisit sur elle la multitude qui l'entourait et la grande chaleur : on l'avait transportée chez un épicier. — Le lendemain, nouvel accès, le surlendemain aussi. Et depuis elle passa rarement un jour ou deux sans qu'il y eût des rechutes : elles se répétaient souvent deux ou trois fois par jour. Leur durée devenait de plus en plus longue, quelquefois même les accès duraient trois ou quatre heures. Il y avait alors des moments de rémission. Les cris étaient modifiés dans leur intensité; souvent se manifestait un hoquet pendant deux ou trois heures ; la mémoire était presque abolie.
a L'odeur d'une fleur, la présence de quelqu'un qui lui était désagréable, la réunion de plusieurs personnes, la vue d'une boutique d'épicier, l'odeur de la cannelle, enfin les causes les plus futiles en apparence , suffisaient pour déterminer une perte de connaissance et un accès.
« Cet état dura cinq mois ; mais sous l'influence d'un traitement assez actif, il y eut d'abord une amélioration assez notable, et enGn une rémission complète pendant un mois. L'état général fut assez bon, sauf une oppression presque continue. On essaya, mais inutilement de rappeler la menstruation ; une fois cependant elle parut pendant une heure environ. L'état normal resta le même, la malade avait toujours les nerfs agacés : elle aimait plus que jamais la solitude, supportait impatiemment la moindre contrariété, et continuait à avoir ses parents en aversion.
« Un nouvel accès très-long et très-intense, dans lequel les mouvements convulsifs nécessitèrent plusieurs personnes pour la contenir, renversa ses espérances de guérison. Il dura une heure et demie sans rémission. La fatigue qui le suivit fut très-grande. L'oppression surtout augmenta à un tel point qu'on fut obligé de pratiquer une abondante saignée, qui fut suivie de syncope avec de légers mouvements convulsifs. Rémission pendant cinq ou six jours, ensuite reprise des accès, qui se renouvellent très-intenses, deux ou trois fois par jour. Ils firent des progrès effrayants et la décidèrent à venir chercher des ressources à Paris. Les remèdes furent impuissants. Une scarlatine suspendit les accès pendant dix jours. Avec les crises parurent quelques accidents cérébraux de paralysie. Les accès reviennent deux ou trois fois par jour avec irrégularité dans leur marche et dans leur intensité. Chaque fois ils aggravaient les accidents cérébraux et thoraciques. — Au lieu d'une aura cpileplica, nous avons un grand élouffement, comme le sentiment d'une boule qui, partant de l'hypochondre gauche, remonterait
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jusqu'au niveau de la fourchette du sternum, et déterminerait la sensation d'un poids insupportable.
« Dans les accès, les contractions sont très-marquées : torsion des membres thoraciques ; flexion très-prononcée de la jambe sur la cuisse; bouche contournée, pas d'écume à la bouche, globe oculaire élevé, de sorte que la sclérotique seule est visible. — Après l'accès, pas de sommeil, grande lassitude , courbature , hoquet convulsif ; goût très-prononcé pour les crudités et les choses excentriques.
« Sous l'influence du traitement antispasmodique, l'intensité des accès diminua ; mais en même temps, il y eut diminution progressive de la sensibilité et du mouvement dans le côté gauche, au point qu'on peut par moment piquer la malade avec des épingles sans déterminer de la douleur. « Médication antiphlogistique et emménagogue. Les accès ne reviennent plus que tous les deux ou trois jours. Leur durée n'est que de dix minutes, un quart d'heure. Les convulsions sont moins fortes, et le sentiment de lassitude qu'elles laissent après elles est moins prononcé.
t Légère apparition des règles précédée de douleurs trèsvives dans le ventre, d'éîouffement, de malaise général ; quelquefois les attaques sont remplacées par de légères convulsions sans perte de connaissance, persistance toutefois de l'hémiplégie et de la céphalalgie. — Yentouses à la nuque, sangsues aux parties.
« Janvier. Apparition éphémère des règles ; pas une seule attaque dans tout le courant du mois ; quelquefois cependant légers mouvements convulsifs sans perte de connaissance. Le moral commence à s'améliorer, les goûts aussi. « Même traitement, pilules de Méglin, série des opiacés ; pilules de Columbo contre les vomissements. Ils sont arrêtés ; la respiration devient plus facile ; parfois pourtant la malade éprouve des douleurs névralgiques intercostales, bien caractérisées. La céphalalgie persiste ; tout d'un coup la
malade, en voulant se retenir à une table dans une chute qu'elle crut faire, put porter son bras, et s'aperçut que le libre usage de ce membre lui était revenu. La jambe aussi était un peu moins contractée. Cependant il lui fallait encore des béquilles pour marcher. — Parfois quelques hoquets et certains mouvements nerveux. — En février elle quitta l'hôpital presque entièrement guérie.
« Quelques vomissements, une fièvre intermittente qui dura deux mois, quelques mouvements nerveux, des spasmes, des migraines n'altérèrent point sa santé qui se fortifia de plus en plus, chez ses parents.
« De retour à Paris, elle éprouva de l'étouffement et en fut délivrée par une saignée. Depuis, elle a éprouvé une névralgie sus-orbitaire, une névrose du larynx avec aphonie, et quelques crises d'hystérie légères et toujours provoquées par quelque affection vive. Il lui reste pourtant quelques goûts bizarres, mais elle se trouve satisfaite de son état actuel. »
Réflexions. — Cette observation est présentée par l'auteur comme un type d'hystérie. Elle réunit en effet tous les caractères de celte maladie arrivée au plus haut degré d'intensité. Ce n'est point une crise seulement, c'est une succession de crises, dans l'intervalle desquelles la malade conserve un état nerveux qui est plus qu'une prédisposition, qui est la maladie dans ses moments de calme. La cause paraît difficile à bien préciser. La malade y était fortement prédisposée par l'état pathologique et presque strumeux dans lequel elle se trouvait. Aussi sa mobilité nerveuse avait acquis beaucoup d'accroissement. L'époque de la menstruation arriva. Cette évacuation périodique eut de la peine à s'établir; elle parut incomplètement. Des accidents nerveux et pectoraux eurent lieu ; et tout-à-coup une première crise hystérique très-intense se déclara. Elle était avec perte de connaissance. Depuis ce moment elle se sont succédé à des
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époques très-rapprocbées tant que la menstruation a été irrégulière. C'est donc à l'irrégularité de cette fonction , c'est donc au malaise que devait en éprouver l'utérus, c'est donc enfin à la réaction que devait opérer cet organe sur le système nerveux, qu'il faut attribuer la cause réelle de la maladie. Quant à l'étouffement, quant aux cris, quant aux vomissements , quant aux contractions spasmodiques de l'estomac, etc., ce sont des phénomènes nerveux qui peuvent se rencontrer dans l'hystérie comme dans toute autre maladie nerveuse ; mais qui n'appartiennent en propre à aucune, qui ne sont le signe caractéristique ou essentiel d'aucune. Du reste l'analyse des phénomènes nous conduit toujours au même résultat : contraction convulsive des membres, sensation d'une boule ascendante, contraction du pharynx et du larynx, tous actes dépendants du système nerveux cérébral. Il y a eu perte de connaissance dans les crises de la période la plus intense. Nous avons déjà dit (obs. VIII) que cette perte de connaissance n'était point essentielle, qu'elle pouvait manquer et qu'elle manquait le plus souvent ; et que, lorsqu'elle existait, elle était le résultat, ou de la réaction d'une crise violente sur l'encéphale, ou de la congestion que doit opérer la contraction spasmodique de la poitrine et quelquefois la suspension de la respiration, ou bien enfin d'une complication pathologique de l'encéphale. Il est évident que dans cette observation, il y a eu complication ; que le cerveau était malade en même temps que le système nerveux. Sans une maladie et une maladie grave de cet organe, il n'y aurait pas eu diminution de la sensibilité et de la myolilité, et ensuite abolition presque complète de ces deux fonctions cérébrales ; il n'y aurait pas eu diminution considérable dans l'énergie des fonctions cérébrales, dans les fonctions intellectuelles. Nous signalons cette particularité, parce qu'elle est d'une plus grande importance qu'elle ne le paraît d'abord. Non seulement elle
nous apprend que l'hystérie peut se compliquer et qu'elle se complique avec différentes affections, aussi bien de l'encéphale que d'autres organes ; mais elle nous avertit qu'il ne faut jamais nous presser de juger une observation au premier coup d'œil. Elle nous fait voir combien l'on gagne à procéder méthodiquement à l'analyse minutieuse de chaque phénomène et de remonter à sa cause physiologique, à son agent, à son organe. C'est le seul moyen de ne plus s'égarer. C'est le seul moyen de ne jamais embrouiller la science, en chargeant une maladie de tous les phénomènes accidentels ou étrangers qui peuvent s'y joindre. Cette analyse physiologique mérite plus d'attention qu'on n'a l'habitude de lui en donner. Elle est aussi sûre au moins, et souvent plus sûre que l'analyse anatomique ; car cette dernière manque bien souvent, tandis que la première se trahit toujours par quelque côté, que l'observateur attentif sait bien vite saisir. C'est pour celte raison que nous n'osons pas adopter l'opinion de M. Gendrin, qui fait de l'hystérie une anesthésie. Toutes les médications ont été employées sans beaucoup de succès. Celle qui paraît cependant avoir obtenu quelques résultats avantageux, est la médication antiphlogistique combinée avec les emménagogues et les antispasmodiques. C'était tout ce qu'on pouvait faire rationnellement.
Obs. XI. — Mme de N... était d'une constitution très-nerveuse ; cependant elle jouissait d'une bonne santé. Elle avait 26 ans, et elle était enceinte pour la troisième fois. Elle n'avait eu pendant sa grossesse que les incommodités ordinaires à cette condition. Elle approchait de son accouchement avec une joie mêlée de terreur. Une sorte d'appréhension involontaire la fatiguait beaucoup. Enfin, le 25 mai 1828, le travail de l'accouchement commença. Les douleurs devinrent très-vives, et chacune d'elles provoqua des spasmes violents. L'un d'eux revêtit tout-à-coup la forme et le caractère d'unc[crise hystérique des plus violentes, avec perte com-
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plète de connaissance. Elle dura une demi-heure , et la malade se trouva bien, à part un violent mal de tête. Un quart d'heure après, une contraction utérine provoqua une seconde crise plus violente que la première. L'accoucheur fut effrayé, et il fit appeler de tous côtés des médecins en consul tation. Les secousses nerveuses étaient violentes et nécessitaient l'assistance de plusieurs personnes pour retenir la malade; ïe spasme convulsif de la gorge et le mouvement de déglutition étaient continuels j la face était fortement injectée, les yeux étaient rouges et roulaient dans leurs orbites ; la malade paraissait insensible.
Une forte saignée fut pratiquée , et l'on prescrivit des boissons calmantes et antispasmodiques, et surtout la vapeur de l'ammoniaque souvent passée sous le nez. Après la saignée la crise diminua d'intensité, les fosses nasales devinrent même sensibles à la vapeur ammoniacale. Mais bientôt de nouvelles convulsions aussi violentes que les premières, recommencèrent cette scène d'horreur. La veine fut ouverte de nouveau , et quatre cents grammes de sang furent encore tirés. Le calme sembla se rétablir avec l'affaiblissement; mais la malade ne reprit ni connaissance , ni sensibilité, La matrice était passablement dilatée : on profita de ce calme pour aller chercher l'enfant avec le forceps , ce qui fut pratiqué avec beaucoup d'habileté par son accoucheur. La souffrance de celte manœuvre réveilla de nouvelles contractions pendant un quart d'heure. Elles se calmèrent de nouveau pour se renouveler encore , et plonger la malade dans un état de coma stertoreux, au milieu duquel elle succomba en moins d'une heure.
L'autopsie n'a pas été faite.
Réflexions. — II n'est pas rare de voir le travail de l'enfantement occasionner des convulsions, des éclampsies. Sous ce rapport, celte observation ne présente rien de bien remarquable. La crise a revêtu la forme hystérique , voilà ce qui
la distingue de la plupart des autres. On conçoit comment chez une femme nerveuse, à imagination vive et frappée , le système nerveux a pu facilement recevoir des douleurs expulsives la modification hystérique. Les faits précédents nous dispensent de plus longs détails. Le point de départ a été dans la matrice ; mais en même temps il a fallu que cette cause trouvât la prédisposition physiologique , pour agir comme elle l'a fait; autrement il n'aurait pas pu y avoir de crises hystériques , pas plus que dans les milliers d'accouchements qui se font sans en provoquer.
Le fait devient plus important sous le rapport de la perte de connaissance , en ce qu'il démontre de plus en plus que cet acte morbide est le résultat de la participation de l'encéphale à la maladie , et l'indice d'une complication ou tout au moins d'un état pathologique étranger à l'hystérie. Ce ne sont point les crises hystériques qui ont emporté la malade aussi rapidement, c'est la congestion cérébrale qui s'est opérée en même temps; c'est l'épanchement ou sanguin ou séreux; c'est la lésion, la compression de l'encéphale. Aussi cette malheureuse dame est-elle morte parle cerveau. Si l'on en eût fait l'autopsie, nul doute qu'on eût trouvé la lésion dans ce viscère; d'où on aurait pu conclure que là où était la lésion organique, là était le siège du mal, là était la maladie. Oui sans doute, le mal qui a fait succomber Mrae de PS... était dans le cerveau; mais, nous l'avons vu, il y avait complication; il y avait congestion cérébrale et hystérie. Cette dernière affection ne s'est manifestée que par ses phénomènes physiologiques : or, nous l'avons dit, les actes physiologiques morbides sont des guides aussi certains , dans la recherche du siège d'une maladie, que les lésions cadavériques. Cette complication n'en mérite pas moins la plus grande attention , parce qu'elle se présente souvent, même dans les cas qui paraissent les plus simples, et surtout à cause des résultats fâcheux auxquels elle peut donner lieu.
DB l'hystérie. ICI
Elle commande impérieusement de combattre la congestion sanguine cérébrale avec beaucoup d'énergie, aussitôt qu'on la reconnaît. Je dis la congestion cérébrale , puisque la perte de connaissance n'est pas toujours le résultat d'une congestion.— Très-souvent , le plus souvent peut être , elle est l'effet d'une réaction sympathique et par conséquent nerveuse. Alors la saignée peut devenir au moins inutile. Le fait cité ne paraîtrait pas favorable à la saignée , si nous n'avions pas vu qu'elle n'avait été pratiquée que pendant la seconde crise , époque où il y avait déjà sans doute une lésion profonde , un épanchement commencé , <jui faisait un appel à la fluxion sanguine et contre laquelle la saignée ne pouvait plus rien : car dans beaucoup d'autres cas analogues, j'ai retiré de la saignée les résultats les plus satisfaisants.
Ce fait, tout malheureux qu'il est , ne doit rien faire préjuger sur la gravité de l'hystérie , puisque c'est la complication qui a été la cause de la mort. Je ne saurais trop insister sur cette distinction de la maladie essentielle avec ses complications. Ce n'est qu'en isolant ainsi les affections morbides , et en faisant ainsi à chacune la part de ce qui lui appartient', qu'on arrivera à fixer la valeur des mots de chaque maladie , et qu'on débrouillera le chaos qu'on voit régner trop souvent encore dans l'étude de la patho logie. Etudions les types primitifs d'abord , isolons-les de tout entourage étranger, et après, nous saurons toujours, au milieu de la maladie la plus compliquée , faire le triage de ce qui appartient à chacune.
Les faits de congestion cérébrale hystérique se présentent souvent , et les auteurs en ont recueilli beaucoup. On en trouve un fort intéressant dans Louyer Villermay. Il a eu pour sujet une jeune fille qui , contrariée dans ses affections, fut prise d'une crise hystérique avec congestion ; elle dura plusieurs jours. Il en rapporte un autre fait qui lui a été communiqué par le docteur Janroy , l'un des plus habiles
praticiens qui aient existé. La crise congestive dura trois jours. M. Landouzy en a aussi recueilli quelques-uns.
Observation XII. — Mme B... , âgée de 22 ans , et d'une susceptibilité nerveuse fort grande , s'était mariée à quatorze ans. Les dangers que courut son mari pendant les événements de 1814 et de 18 lo lui occasionnèrent de fréquentes révolutions , et elle commença à sentir un poids incommode dans le bassin. En 1816 elle devint enceinte, elle accoucha et se rétablit très-bien. En 1819 , à la suite d'un voyage un peu rude , les règles se supprimèrent, et une vaste inflammation envahit l'utérus et ses annexes. Il en résulta une tumeur dure et excessivement douloureuse qui occupait plus de la moitié inférieure de l'abdomen. Ce fut dans cet état que Mme B... arriva à Lyon et qu'elle réclama mes secours. Je ne retracerai point ici la longue et intéressante histoire de cette maladie , je dirai seulement que le traitement antiphlogistique le plus énergique fut mis en usage , et que ce qui produisit les effets les plus avantageux , ce fut l'application sans cesse renouvelée de 2 sangsues à la vulve ou à la partie supérieure des cuisses. Tant que le sang coulait les douleurs étaient suspendues ; aussitôt qu'il s'arrêtait, des douleurs atroces se renouvelaient. Sous l'influence de ces évacuations sanguines, la tumeur inflammatoire diminua progressivement. Lorsqu'il n'en restait presque plus de traces et que la convalescence paraissait assurée, il se déclara de violentes crises hystériques , et un peu de liquide s'épancha dans l'abdomen. Les diurétiques sont combinés avec les antispasmodiques les plus énergiques , camphre , éther , sous-nitrate de bismuth , en même temps qu'on suspend les évacuations sanguines. Les crises hystériques sont arrêtées , les craintes d'hydropisie se dissipent et la guérison s'achève. Cette observation curieuse a été consignée dans son entier dans le Journal général de médecine , tome 7D , page 3 H.
Réflexions. Cette observation , qui fut si intéressante sous
de l'iitstérie. 163
tant de rapports, ne doit nous occuper que sous le point de vue de l'hystérie. Quelles que soient les considérations que nous puissent fournir et ce développement inflammatoire énorme de l'utérus et de ses annexes , et les bons effets de cette application continue des sangsues pour opérer un écoulement de sang non interrompu , nous devons en faire abstraction pour ne fixer notre attention que sur les phénomènes hystériques. Nous voyons encore ici le point de départ et la cause de la maladie dans l'utérus. En conséquence, cette circonstance n'a rien de nouveau pour nous ; mais ce qui mérite surtout notre attention , c'est la nature de l'affection de l'utérus , c'est l'époque de l'inflammation à laquelle l'hystérie s'est manifestée. Tant que l'inflammation a été intense, que les douleurs ont été aiguës, l'hystérie n'a pas eu lieu* Elle n'a commencé que lorsque l'inflammation apaisée a permis à l'organe de reprendre son volume ordinaire, ou du moins celui qu'il avait avant la phlogose. Pouvons-nous conclure de là que ce n'est pas la période inflammatoire aiguë qui occasionne l'hystérie? que ce n'est que lorsque cette période est passée, lorsque l'économie ne ressent plus de douleurs vives, ni de réaction puissante? Tel est le fait. Qu'on en donne ou non une explication satisfaisante , il n'en sera pas moins vrai ; il n'est point une règle exceptionnelle. Déjà Pujol avait eu l'occasion de le constater , et il avait signalé la disposition plus grande de l'économie aux affections nerveuses pendant le déclin des inflammations que pendant leur période aiguë. Notre scepticisme nous fait un devoir de rappeler que , pour que l'hystérie se déclare , il faut que sa cause trouve les prédispositions morbides convenables. Ce n'est pas la douleur, ce n'est pas l'inflammation qui occasionne l'hystérie , s'il n'y a pas de prédisposition antérieure. Bien plus, elles ne l'occasionneront pas, ou du moins elles ne l'occasionneront que bien rarement , même avec cette prédisposition. Il semble qu'alors sa vie ou sa ma-
nifestation est trop fortement concentrée sur un point unique pour que l'économie entière puisse participer et réagir à la fois. La chose ne devient possible que lorsque la fluxion inflammatoire a diminué; que lorsque les autres organes peuvent plus facilement recevoir une plus grande dose d'excitation, se l'approprier et réagir. Voilà pourquoi les affections nerveuses sont si rares pendant les grandes maladies inflammatoires ; pendant qu'elles sont si fréquentes lorsque les maladies ont, par leur durée , mis le système nerveux dans un état de susceptibilité et de mobilité très-grande, qui alors se manifeste tout à son aise. Qui ne sait qu'à une inflammation qui a duré longtemps , survit toujours un état nerveux très-grand, qui rend beaucoup plus impressionnable, et qui peut se servir à lui-même de cause de maladie nerveuse. Aussi Pujol avait déjà observé que c'était moins l'inflammation ou l'irritation la plus vive qui cause la maladie, qu'une affection presque inappréciable, dans laquelle il serait plus facile de dire en quoi elle ne consiste pas , qu'en quoi elle consiste.
Pour appuyer ces considérations , j'aurais pu citer un assez grand nombre d'observations , dans lesquelles j'ai vu la métrite la plus aiguë parcourir ses périodes sans accident nerveux , jusqu'au moment de la convalescence , où des crises d'hystérie, répétées plus ou moins souvent, sont venues en quelque sorte en donner le signal. J'aurais pu surtout faire ressortir cette bizarrerie inconcevable dans laquelle le cancer, en dévorant, avec des douleurs atroces, l'organe qu'il envahit , ne produit jamais de crise hystérique. Dugès et Boivin n'en citent pas un seul cas , et cependant ils rapportent plus de quatre cents observations de cancers utérins avec des douleurs rongeantes plus ou moins atroces, et soumis à la cautérisation , à l'amputation, sans parler de mille autres cas de prolapsus, d'applications de pessaires, d'antévcrsion, d'abcès, de phlébite utérine, de fistules, d'anté-
de l'uystêrie. 165
flexion , de rétroversion , d'introversion , de môles , d'hydatides, de polypes et mille autres tumeurs ou excroissances soit de l'utérus, soit des ovaires et autres annexes de l'utérus. M. Duparcque ne rapporte pas non plus un fait d'hystérie que le cancer ait occasionné; il a vu trois fois, il est vrai('), l'engorgement chronique de la matrice produire l'hystérie. Mais alors il n'y a ni les douleurs lancinantes du cancer, ni la flèvre de l'inflammation. Les malades sont dans un cas analogue à celui de la résolution de l'inflammation , ou de son passage à l'état chronique : car nous ne devons pas y comprendre la sixième observation , dans laquelle les crises hystériques furent occasionnées par une suppression de menstrues, et dissipées par leur retour après plusieurs mois de durée. M. Duparcque explique du reste fort bien comment la congestion utérine se forme, par quelle cause elle est produite et par quel enchaînement de phénomènes elle passe à l'état d'engorgement et de squirrhe, comment enfin elle peut engendrer d'autres maladies et d'autres phénomènes, et surtout l'hystérie. Malgré le peu de faits dans lesquels M. Duparcque a vu l'hystérie accompagner les engorgements de l'utérus (p. 212), il n'en regarde pas moins ces engorgements comme la cause ordinaire de cette maladie. Ce qui nous a un peu étonné : car ce praticien habile venait de dire que souvent l'hystérie avait lieu sans qu'il y eût altération organique ou affection vitale de Vutérus ou de ses annexes. M. Récamier n'est pas moins explicite dans ses profondes recherches sur le traitement du cancer. Sur plus de cent cinquante faits, il ne parle pas une seule fois de l'hystérie , quoique des douleurs atroces, des opérations cruelles , des organes essentiels dévorés, n'y aient pas manqué et qu'ils aient occasionné une foule d'autres accidents, tels que névralgie (t. 1, p. 144, 444),
(1) Sup au moins 100 observations , ce sont les 41*' , 57me et 64"\
cachexies , paralysies , etc. M. Téallier, dans son estimable Traité du cancer de la matrice, met les douleurs les plus atroces au nombre des phénomènes qui l'accompagnent , et il n'y place pas l'hystérie. Sur vingt-sept observations, cette affection n'est jamais venue compliquer le cancer, ni pendant son cours , ni pendant le traitement plus ou moins douloureux et atroce qu'on a fait subir aux malades. On n'a vu que des douleurs, que des accidents névralgiques, pouvant accélérer la mort et ne produisant jamais l'hystérie. Dans un seul cas , c'est dans la dixième observation , la malade , étant enceinte, fit un effort qui occasionna des douleurs déchirantes dans le bas-ventre, et, après, des crises hystériques ; mais ce fut dix ans avant l'apparition du cancer : et jusque-là , de même que lorsque celui-ci fut déclaré, il n'y eut plus de crise. Boivin et Dugès , il est vrai , mettaient l'hystérie au nombre des accidents nerveux que peut occasionner la métrite , et dans leurs observations on ne retrouve plus ce phénomène. Il est en conséquence à présumer qu'en le signalant, ils ont eu plutôt égard à la présomption de sa possibilité, qu'à l'observation du fait lui-même ; car ils n'en reparlent plus. Le seul cas dans lequel ils en font mention (t. 2, p. 202,) n'était pas une métrite , et l'on voit des métrites produire la suppuration , la gangrène, arracher des cris de douleur aux malades et laisser les nerfs tranquilles. Nous pouvons en dire autant de M. Lisfranc : comme eux, il place l'hystérie dans la matrice, et il la fait dépendre d'une phlogose de cet organe, sans être pourtant exclusif. Il ne cite pas un fait d'hystérie dans lequel le cancer et la plupart des autres affections organiques de l'utérus aient été la cause de la maladie ; il s'élève, il est vrai, avec énergie contre ceux qui en tirent la conséquence que l'utérus n'est pas le siège de cette névrose , en démontrant que les modifications pathologiques ne sont plus les mêmes, et que par conséquent elles ne peuvent pas produire le même effet. M. Dauce, en traçant au noiubre des
symptômes de la métrite , des mouvements convulsifs gêné • raux, le tremblement des lèvres, le serrement des mâchoires, le strabisme, des cris, des rires désordonnés, avec excessive irritabilité morale , ne s'attendait pas que ces phénomènes communs à tant d'autres inflammations même externes chez ia femme, seraient presque transformés en accès hystériques.
A mesure que la santé s'est fortifiée, Mme B... a vu les crises se dissiper. La médication consiste donc alors à achever de faire résoudre l'organe enflammé , et à fortifier l'économie , tout en calmant le système nerveux. Il serait inutile d'attaquer de front l'hystérie elle-même , à moins que les phénomènes ne fussent trop intenses et ne compromissent les jours de la malade.
Ce que nous avons dit de l'inflammation de l'utérus peut s'appliquer à toutes les inflammations. Ce n'est que vers la fin , lorsque la période de la fluxion inflammatoire est terminée, lorsqu'il ne reste plus qu'un état nerveux spécial, que surviennent les affections nerveuses différentes suivant la modification. Cependant nous ne devons pas taire une vérité qui résulte de l'observation la plus nombreuse des faits. jC'est que l'hystérie est la forme nerveuse que revêtiront les accidents qui succéderont à la matrice plutôt que toute autre névrose , tandis que ce sera l'inverse pour les autres phlegmasies. De là nous conclurons que la matrice exerce sur le système nerveux une influence toute spéciale, et que parmi les modifications morbides qu'elle occasionnera, l'hystérie lui est plus spécialement affectée; mais ne poussons pas trop loin cette attribution , ne la généralisons point ; nous nous exposerions à recevoir à chaque instant un démenti par les faits, les plus puissants des raisonnements. Déjà nous avons vu beaucoup de cas d'hystérie reconnaître une cause et un point de départ ailleurs que dans la matrice. Dans le journal hebdomadaire , n° de septembre 1829 , M. Raynaud cite l'observation intéressante d'un cas
d'hystérie symptomatique. Elle était entretenue par une petite tumeur au-dessous du sein, et elle disparut après l'ablation de cette tumeur. Un fait semblable avait été recueilli et publié dans l'ancien journal de Trévoux.
Observation XIII. — Mme A.... épicière avait atteint l'âge de 22 ans avec tous les attributs d'une bonne santé ; quelquefois seulement il y avait un peu de bizarrerie et de caprice dans son caractère , et son imagination s'était beaucoup nourrie de la lecture des romans. Elle s'était mariée depuis vingt mois. La vie sédentaire et du magasin ajouta encore à cette imagination vaporeuse : elle était douée de beaucoup de raison et de force de caractère , et elle s'acquittait de tous ses devoirs avec empressement et résignation. Au mois de mars 1844 , une émotion un peu vive, dans le moment où elle avait ses règles , en arrêta le cours. Il y eut suppresion. Immédiatement après , il se déclara des douleurs de poitrine assez aiguës et des maux de reins si violents , que Mme A... ne put pas se lever; elle garda le lit pendant plusieurs jours, dans la pensée que cela ne serait rien. Enfin, ne trouvant point d'amélioration, et voyant môme la douleur de poitrine augmenter , elle me fit appeler. Je conseillai quelques boissons adoucissantes et calmantes, et entre autres moyens, douze sangsues aux cuisses à cause de la suppression des règles. Le sang coula convenablement pendant deux heures ; alors , sans cause connue , une crise hystérique très-violente se déclara : elle dura une demi heure , et lorsque j'arrivai , elle était finie. La malade ne se plaignait plus que de ressentir une sorte de tuméfaction tensive au col , quoiqu'il n'y parût rien. Je regardai cette crise comme une évacuation sanguine , et je me retirai. Une heure après , eut lieu une nouvelle crise semblable à la précédente ; une troisième se renouvela une heure après, et une quatrième encore, toujours une heure après. Après chaque crise , la malade se plaignait davantage de son col. On était venu me chercher
DB l'hystérie. 169
pendant la 4e, et j'arrivai assez tôt pour en être témoin. Elle présentait tous les phénomènes de la crise hystérique ; la face était rouge et le col énormément tuméfié ; il y avait insensibilité presque absolue. La crise finit avant qu'on eût le temps de rien faire autre chose que d'appliquer la moutarde sur le coude pied. Le col devint très-volumineux, et il était facile de voir que la thyroïde était la cause et le siège de cette tuméfaction. J'avais prescrit la potion antispasmodique et quelques infusions théiformes de feuilles d'oranger. La malade en prit pendant la cessation de la crise , et il n'en reparut pas de nouvelles. Le col resta volumineux , et présenta tous les caractères d'un goitre aigu qui , depuis , s'est à peu près complètement dissipé sous l'influence d'une médication appropriée.
Réflexions. — Cette observation nous fournit quelques sujets de méditation , principalement sur sa cause productrice. Une dame d'une bonne santé, n'ayant jamais eu rien de nerveux , quoique un peu prédisposée par la nature de ses lectures et par son éducation , éprouve une suppression. La fonction utérine est donc bouleversée. De là , part l'influence morbide ; mais ce n'est point l'hystérie que la suppression détermine, ce sont des douleurs dans la poitrine et dans les lombes : ces douleurs elles-mêmes ne provoquaient point de crises. Douze sangsues sont appliquées ; leur pénible et douloureuse morsure ne provoque point de crise non plus ; ce n'est que lorsque le sang a coulé pendant deux heures que la crise a lieu. C'est donc ici une crise, une hystérie par une privation de sang , une crise qu'on peut assimiler aux convulsions ab evacualione d'Hippocrate , et signalée successivement par tous les praticiens. La sensation pénible produite par le vide opéré dans les vaisseaux a donc provoqué la crise , tandis que les douleurs ne l'ont pas fait. Encore une fois ce n'est pas toujours la douleur ou l'irritation la plus violente qui est la cause déterminante de
l'hystérie. C'est une modification de sensation toute spéciale et surtout en harmonie avec la prédisposition dans laquelle se trouve la personne. La modification était la même, puisque c'était la même personne, et à la même époque. Il n'y a point eu d'influence directe de l'utérus, puisque la suppression de sa fonction mensuelle a produit toute autre chose. Les douleurs de rein et de poitrine , et les piqûres des sangsues , ont été impuissantes , quoique, dans d'autres circonstances , elles puissent opérer ce qu'elles n'ont pas fait cette fois. Il a fallu l'évacuation sanguine , parce que cette évacuation s'est trouvée dans le moment en harmonie avec la modification physiologique de M'ne A... Ne perdons jamais de vue ces modifications de la vitalité dans les organes et dans l'organisme , elles se présentent à chaque instant. Seules , elles peuvent nous donner la clef ou l'explication d'une foule de phénomènes que l'organisme matériel seul ne peut faire comprendre. Voilà donc une cause d'hystérie qui part du sang, c'est donc une cause humorale. Elle est due à la diminution de ce liquide. On comprend comment il a pu agir, nous l'avons dit. Mais ce n'est pas la seule manière dont il le puisse. Il peut aussi chez les sujets prédisposés agir par surabondance , par excès , par pléthore ; les exemples en sont fréquents , et c'est la raison pour laquelle je me dispense d'en citer. Il peut encore agir par viciation du liquide ; sa quantité est ce qu'elle doit être ni plus ni moins considérable , mais sa qualité est viciée , et l'impression que fait sur les organes un sang de mauvaise qualité , ne peut que produire une souffrance, ou au moins un malaise qui, chez une personne prédisposée , déterminera l'hystérie. Cela nous explique beaucoup de faits de cette maladie qu'on ne saurait à quoi attribuer.
La maladie n'a pas été de longue durée. Elle s'est terminée assez promptemcnt, et jamais peut-être l'influence des antispasmodiques n'a été mieux marquée, puisque des crises
de l'hystérie. 17 1
qui se renouvelaient d'heure en heure, n'ont plus reparu dès le moment qu'une potion antispasmodique a été administrée.
Dans ce cas une congestion sanguine s'opérait du côté de la tête : cela nous donne la raison de la perte de connaissance presque entière qui avait lieu. La congestion ne pouvait pas être excessive, puisque l'hémorrhagie des sangsues avait soustrait une certaine quantité de sang. Cependant elle s'est opérée avec assez d'intensité pour amener l'engorgement de la thyroïde, et produire d'abord une hyperhémie locale et ensuite une hypertrophie. Peut-être aussi, la direction fluxionnaire qui s'est établie avec la glande a-t-elle empêché celle de l'encéphale et prévenu des désordres plus grands dans cet organe. Tout se balance dans l'économie, et cela est indispensable pour que l'harmonie reste. Si cet ordre est rompu, et qu'il s'opère une fluxion quelconque sur un point ou sur un organe, une autre fluxion la diminuera ou la dissipera, suivant qu'elle sera plus forte. Telle est la théorie de la dérivation et de la fluxion, qui joue un si grand rôle en médecine, et dont le vitalisme a pu seul donner la raison. Celte dernière circonstance vient encore à l'appui de ce que nous avons déjà plusieurs fois signalé au sujet de la congestion cérébrale, comme effet et tout à la fois comme complication plus ou moins fâcheuse de l'hystérie. M. Lisfranc a, dans ces derniers temps, signalé l'influence des hémorrhagies abondantes sur la production des accidents hystériques.
Observation XIV. — Au milieu de la nuit du 1 7 mai 1 828, je fus appelé chez Mme B... jeune femme très-sensible et très-vive, qui était en proie à une crise hystérique des plus intenses. La crise durait encore lorsque j'arrivai. La malade se tordait avec violence. Elle se contractait en se roulant et souvent par secousses, qui, en la pliant brusquement dans un sens, la jetaient de côté comme aurait fait un ressort qu'on aurait détendu. Il n'y avait pas perte complète de
connaissance, car Mme B... sentait les pincements, les tractions des cheveux, et l'ammoniaque qu'on lui passait sous le nez ; mais il lui était impossible de rien manifester autre et d'exécuter aucun mouvement volontaire. Elle ne pouvait pas avaler, tant le spasme de strangulation était grand. Je fis glisser à plusieurs reprises quelques gouttes d'éther dans la bouche. La crise s'arrêta : elle avait duré environ une heure ; et Mme B... rentra dans son état ordinaire. Parles renseignements que j'obtins, la crise s'était développée au milieu de l'acte vénérien. Mme B... se portait bien : elle était assez portée au plaisir de l'amour, et souvent la copulation produisait des crises hystériques, c'est-à-dire qu'au moment de la jouissance, le spasme était si violent qu'il se transformait en crise ; car elle jouissait avec fureur même dans les cas les plus simples. Lorsque la crise se déclarait, c'était presque toujours par une contraction brusque du corps en arrière comme dans l'opisthotonos, etsibrusquementqueson cavalier était projeté plus ou moins haut. Cependant il était rare que la crise fût aussi violente que celle dont je fus témoin. Elle se renouvelait quelquefois au bout de huit jours, comme elle pouvait demeurer cinq ou six mois sans reparaître. J'ignore si depuis 5 ans Mme B... a eu de nouvelles crises et par la même cause.
Réflexions. — La cause de la crise hystérique ne saurait être douteuse : c'est le coït . faut-il pour cela regarder cet acte de la génération comme une cause de cette affection ? Si l'on répondait par l'affirmative, combien de crises devraient avoir lieu tous les jours et à chaque instant î cet acte produit une sensation voluptueuse très-grande , un spasme très-prononcé, qui avait porté le cynique Diogène à regarder l'amour comme une courte convulsion. Mais il y a loin de là à l'hystérie. Toutes les femmes jouissent, et fort peu ont des crises. Avouons toutefois que certains auteurs ont cru trouver une si grande ressemblance entre ces deux
de l'hystérie. 173
états, qu'ils les ont, pour ainsi dire, confondus, en regardant l'hystérie comme un moment de jouissance vénérienne. Je n'ai pas besoin de réfuter cette opinion bizarre : chacun peut en fournir des preuves. Cependant il ne faut pas se dissimuler que les jouissances de l'amour ne portent beaucoup sur les nerfs, et ne prédisposent aux affections nerveuses et à l'hystérie. Nous le reconnaissons, sans en faire une loi générale et absolue. Trop de faits viendraient s'ins crire contre cette opinion, quand ce ne serait que la classe nombreuse des filles publiques. Plus que personne elles sont appelées à multiplier leurs jouissances, et cependant elles ne connaissent guère l'hystérie. Il est vrai qu'on les accuse d'avoir presque éteint la sensibilité de leurs sens par l'abus de l'usage qu'elles en font. Ce qui semblerait le prouver, c'est que les femmes entretenues, les grisettes et les femmes galantes du grand monde, sont peut-être les plus exposées à ces crises. S'il est vrai que chez elles, le sixième sens n'a pas perdu sa sensibilité, il est plus vrai encore que leur imagination ne s'est point abrutie, qu'elle s'est, au contraire, exaltée par des sentiments affectueux violents, et très-souvent aussi par la lecture des romans. Il a donc fallu, chez Mme B... une constitution particulière, une prédisposition spéciale à l'hystérie, pour que l'acte le plus physiologique de la vie ait pu produire cette maladie. Au reste, cela ne présente rien d'étonnant. On conçoit que l'exaltation de la sensibilité puisse être portée alors jusqu'à la crise ; et l'on doit même s'étonner qu'une sensation aussi vive n'en occasionne pas plus souvent.
Cette assertion pourra paraître paradoxale, ou tout au moins contradictoire à l'opinion de beaucoup de médecins, qui regardent le célibat et la continence comme une des causes les plus fréquentes de l'hystérie. Ils s'appuient sur le précepte du mariage qu'Hippocrate formula en ces termes : nubet Ma et morbum ejfugiet^ parce qu'il avait vu une
femme devenir hystérique pendant son veuvage, et guérir par un second mariage ; ce qu'il reproduit ainsi autre part : ego impero virgines his morbis affectas, quam citissimè cum viris conjungi, ce que l'érudit Sennert a répété ainsi : tutissimum quoqueest, ut taies virgines matrimonio honesto viro jungantur . Entre autres exemples analogues à celui qu'a cité Hippocrate, on lit dans les éphémérides des curieux de la nature (Dec. III, ann. 1, obs. 12). qu'une jeune fille hystérique guérit par l'action du mariage, et devint nymphomane pendant l'absence de son amant. C'est même ce qui a fait donner le conseil indécent de faire coïter une femme dans le moment de la crise, comme Duret assure l'avoir fait : Jussi ut rem cum uxore sua haberet, rem habuit, indeque convaluit. C'est de là aussi qu'est venue la pratique plus immorale encore de certaines matrones dontparle iEtius : Excreto muïtocrasso viscoso quesemine, ex digitorumcontraclione, etc., que notre Paré décrit avec sa naïveté ordinaire, et dont Sauvage nous a transmis une histoire : Clitoridis titillatio, borbitonsore impudico instituta, paroxysmum solvebat. Il paraît même que cette infâme pratique se conserve dans certains endroits, puisque Astruc nous apprend qu'avant l'arrivée du médecin les commères n'ont pas manqué de devancer les conseils qu'il aurait pu donner à cet égard. Comment admettre comme médication de l'hystérie une aussi coupable manœuvre, lorsque nous savons qne le clitorisme est une cause fréquente de maladies nerveuses, et surtout de crises hystériques et de prédispositions aux crises. Nous aurions pu en rapporter bien des observations, mais nous sommes déjà si encombré , que nous aurions craint de nous embarrasser sans utilité. D'ailleurs, est-il bien vrai que ce soit le coït et le clitorisme qui aient fait cesser les crises? Nous pouvons en douter, lorsque nous voyons les crises les plus violentes cesser d'elles-mêmes au bout de fort peu de temps. Certes il ne fallait pas que les crises fussent bien fortes dans les cas
de l'hystérie. 17Ô
cités : car alors on ne conçoit pas comment un mari, quelque déterminé qu'il fût, aurait pu consommer un acte, qui demande à s'envelopper du mystère et de toutes les illusions de limagination.
Ces opinions en apparence contradictoires sur les effets de la continence et de l'incontinence dans la production de l'hystérie , sont également erronées lorsqu'on veut les généraliser. Elles sont vraies quant aux faits dont elles émanent ; mais tous les faits ne sont pas circonscrits à la petite sphère de chacune d'elles. Oui, sans doute, le coït et son abus , oui, sans doute aussi la continence peuvent produire l'hystérie et peuvent la guérir. Cette contradiction cesse d'en être une, si nous faisons attention à tout ce que nous avons vu et dit antérieurement. Tout agent d'une excitation vive et d'une modification spéciale du système nerveux cérébral devient ou peut devenir une cause d'hystérie. Y a-t-il donc rien d'étonnant que le coït puisse la déterminer ou énerver assez pour y disposer? y a-t-il aussi rien d'étonnant de voir la continence, ce jeûne d'organes appelés à remplir une fonction si importante , si puissante , si pleine de réactions sur le reste de l'économie , opérer des changements nerveux , par le malaise de cette privation, et rendre ces changements, des prédispositions et quelquefois même la maladie ? Ce que ces agents peuvent dans la production , ils le peuvent aussi dans la guérison : car pour guérir l'hystérie que faut-il faire? tout simplement arrêter ou changer le mode d'incitation qui la détermine, et pour cela les calmants et tous les modificateurs du système nerveux peuvent et doivent convenir. Il semble même bien souvent que les modificateurs qui combattent le mode de sensibilité nerveuse , par un mode d'excitation différent ou plus puissant, sont plus efficaces. Voilà pourquoi les odeurs fortes, les urlications, pincements, arrachement des cheveux, sinapismes, eau bouillante, produisent si souvent de bons effets. Il est donc facile maintenant de nous faire
17f) TRAITÉ
une idée du mode d'action et de la continence, et des actes vénériens. Nous connaissons leur puissante influence sur le système nerveux. Nous voyons dès-lors comment la modification nouvelle qu'ils lui impriment peut dissiper celle qui lui était antérieure ; de cette manière , il n'y a plus de contradiction. La chose s'explique d'elle-même : c'est une modification opposée à une autre modification ; c'est un changement de modification. C'est là tout le secret de l'hystérie , comme celui de la pathologie et de la thérapeutique entière.
M. Lisfranc a vu marier un grand nombre de filles hystériques : chez les unes la maladie a été guérie, chez les autres elle a été exaspérée. Il a cru remarquer la cause de cette différence dans la constitution des jeunes personnes. Celles qui étaient molles , à fibres lâches , étaient guéries ; celles qui , au contraire, étaient d'un tempérament nerveux, d'une grande irritabilité utérine, et quelquefois atteintes d'une névrose ou d'une phlogose utérine, voyaient les accidents s'aggraver. Tout en reconnaissant cette grande influence des organes génitaux et de leurs fonctions, ne l'exagérons point, et surtout ne la croyons pas aussi générale qu'on a voulu le dire. Si d'une part les filles publiques ne sont pas plus exposées à l'hystérie que les autres femmes ; d'autre part aussi , les religieuses n'y sont pas plus sujettes non plus, puisque nous avons eu un si petit nombre de crises hystériques à observerchez les religieuses, quoique nous ayons été placé, pendant plus de vingt ans, à la tête de deux établissements qui ne comptaient pas moins de deux cents célibataires chacun. Georget, M. Girard, etc., ne s'élèvent pas avec moins d'énergie contre cette opinion.
Ainsi , à mesure que nous avançons , nous voyons par les faits et par leur analyse sévère , se débrouiller le chaos de l'hystérie. En faisant à chaque chose sa part , chaque phénomène trouve sa place , et la trouve toujours la même.
Observation XV. — Mlle de V... était née de parents qui
de l'uystkkii:. 177
l'idolâtraient; vive et spirituelle, elle fut toujours précoce au moral comme au physique. On la mit en pension à l'âge de dix ans , dans l'intention surtout de modérer la pétulance de son caractère ; elle grandit beaucoup jusqu'à l'â-c do quinze ans, époque à laquelle on la relira de pension. La menstruation s'était établie ù treize ans , et elle avait toujours continué à quelques légères irrégularités près, qui n'avaient exercé aucune influence sur la santé. Rentrée sous le toit paternel, sa vie devint plus monotone et plus sédentaire; peut-être aussi son imagination ardente était-elle dévorée de ce je ne sais quoi qui dit à l'oreille des jeunes filles qu'il leur faut un mari , ce qu'elles savent toujours si bien déguiser. Quoi qu'il en soit , Mlle de V... perdit sa fraîcheur : elle prit des palpitations et quelques sentiments d'oppression , et les menstrues coulèrent avec moins d'abondance. Peu à peu les signes de la chlorose la plus complète s'établirent ; les palpitations surtout et l'oppression étaient extrêmes ; la malade ne pouvait presque pas faire un pas. La suffocation devenue plus grande parut occasionnée par une sorte de strangulation, par la boule hystérique. Chaque jour cette affection nerveuse fit des progrès ; à chaque instant de la journée , c'était une crise bien dessinée, mais limitée encore à la sensation de strangulation. Bientôt il s'y joignit d'autres phénomènes nerveux très-variés : un moment c'était une syncope, un autre moment des vomissements, une autre fois une crise d'asthme, parfois une sorte d'absence des facultés et des sens sans évanouissement réel. Enfin au bout de quelques jours, de véritables crises hystériques vinrent compléter ce tableau d'affections nerveuses. La crise présenta par moment une suspension complète de la respiration pendant plusieurs minutes, phénomène remarquable, qu'on rencontre pourtant assez souvent. Alors il y avait aussi suspension des convulsions, et en apparence abolition des sens. La durée, comme l'intensité des crises , n'avait rien de fixe : quelquefois elles
duraient une demi heure, d'autres fois deux ou trois heures. Leur fréquence n'était pas moins variable. Tantôt il y en avait cinq ou six par jour, d'autres fois elles demeuraient plusieurs jours sans reparaître. Ce fut dans cet état que Mlle de V... fut ramenée de la campagne, où elle avait été conduite dès l'apparition des premiers signes de la chlorose, dans la pensée que le bon air et l'exercice lui seraient avantageux.
Tout cet appareil nerveux me parut dépendre de la chlorose, c'est à-dire de l'altération du sang. En conséquence, je prescrivis les pilules ferrugineuses de Blaud, et j'y joignis quelques antispasmodiques. Les crises parurent de suite diminuer de fréquence ; cependant elles se renouvelaient encore assez souvent. Au bout de dix jours , l'action des pilules sur l'économie ne fut pas douteuse : la malade reprit un teint plus naturel ; en même temps la circulation s'exécuta avec plus de liberté. Les palpitations diminuèrent, et avec elles le sentiment de suffocation; les crises hystériques disparurent complètement le douzième jour. Il resta cependant quelques spasmes et la sensation de la boule ascendante pendant quelques jours encore. Au bout de trois semaines , la santé fut tout-à-fait rétablie; je l'envoyai à la campagne jouir des derniers beaux jours, pour achever sa guérison. Mlle de Y..., toujours mieux portante , rentra dans la ville au mois de novembre suivant. Peu à peu la vie sédentaire et l'air brumeux de l'hiver ramenèrent la pâleur, et avec elle les autres accidents de la chlorose. La marche en fut rapide , et sa réaction sur le système nerveux fut très-prompte aussi. Les crises hystériques et tout leur cortège ne tardèrent pas à reparr.itrc. J'eus recours de nouveau aux pilules de Blaud; elles parurent produire d'abord quelque effet : mais bientôt, soit que l'économie y fût accoutumée, soit que le mal lût plus intense, elles ne produisirent plus rien. Je leur substituai les pilules de Valet; elles furent tout aussi impuissantes. Malgré la pà-
de l'hystérie. 179
leur de la face, la violence des palpitations et la dureté du pouls me décidèrent à faire appliquer douze sangsues aux cuisses, immédiatement après l'époque menstruelle qui avait à peine marqué. Le sang coula abondamment , les palpitations s'amendèrent , la suffocation diminua , et à l'aide de quelques amers et antispasmodiques , la guérison fut bientôt obtenue. Depuis ce moment elle ne s'est pas démentie. Mlle de V... s'est mariée, elle a été mère deux fois, et cela sans accident aucun.
Reflexions. — Plusieurs questions s'élèvent ici. Quel a été le véritable point de départ de l'hystérie? quelle a été sa cause? Une mobilité nerveuse très-grande, et une de ces imaginations ardentes qui vont toujours au-delà du vrai et du possible , donnaient à Mlle de V... la plus grande prédisposition aux affections nerveuses. Dans cette constitution, le développement des organes génitaux a dû exercer une puissante influence. Peut être aussi l'accomplissement de leur fonction n'étant pas complet, ce défaut a-t-il été pour beaucoup dans la production de la chlorose , sur le développement de laquelle il est à présumer qu'une vie sédentaire et dans une ville brumeuse et humide a dû prendre une part très-active. Toutefois, ce n'est point sous l'influence de celte cause génitale que l'hystérie aurait pu se développer, puisqu'elle n'a paru qu'après la chlorose , puisqu'elle a disparu avec la chlorose , pour reparaître encore et disparaître avec elle, et cesser de se manifester, bien que les organes génitaux conservassent toute leur activité et toute la puissance de leur influence. Evidemment la cause de l'hystérie et son siège n'ont pas pu se trouver dans l'utérus : et si cet organe y a participé , ce n'est que secondairement, après et par le développement de la chlorose. C'est donc cette affection seule qui a été la cause de la maladie ; la chose est certaine. Comment a-t-elle agi? voilà le point important et difficile. Cependant si l'on envisage que, dans cette affection, l'hématose
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est incomplète, si l'on se rappelle que le sang est le véhicule des matériaux de la nutrition , et qu'il est l'agent incitateur matériel de la vie dans les organes , alors on comprendra comment il peut , lorsqu'il est vicié dans ses qualités , produire sur les organes des impressions pénibles , des sensations anormales , et provoquer ainsi des réactions insolites et nerveuses qui expriment leur malaise. Il est facile maintenant de comprendre par quelle succession , par quel enchaînement d'actions et de réactions , le sang, ainsi vicié , a fini par amener l'hystérie. Il est facile aussi de comprendre comment , en rendant au sang ses qualités naturelles , on a fait cesser les accidents nerveux avec les phénomènes de la chlorose.
Bien que la maladie elle-même ait été nerveuse, la cause était humorale ; et comme c'< tait cette cause qui entretenait les phénomènes nerveux ; c'est elle aussi qu'il a fallu combattre d'abord pour dissiper la maladie nerveuse. Il faut convenir que l'hystérie n'a joué dans cette observation qu'un rôle secondaire. Quoique ses phénomènes fussent plus apparents, plus tumultueux, la chlorose n'en était pas moins la maladie essentielle et dominante. Il est à présumer cependant que si nous n'eussions pas eu le bonheur de dissiper la chlorose assez tôt, l'élan donné à la modification hystérique serait devenu habituel en se prolongeant, et qu'alors celte affection eût survécu à la chlorose, et fût ainsi devenue maladie idiopathique dans toute la force du mol. Les phéno mènes nombreux qui ont eu lieu, quelque différents qu'ils paraissent de ceux de beaucoup d'autres observations, se rattachent toujours au même principe, toujours au système nerveux cérébral. Tout en eux démontre un mode particulier d'excitation de ce système nerveux. Mais au lieu de rcsler cantonné dans les contractions musculaires et dans le pneumogastrique, il a fait une excursion sur la plupart des aulres viscères ou appareils, et il y a fait développer des plunomè-
nos toujours en rapport avec les actes naturels de chacun d'eux, vomissements, palpitations, coliques, suffocation. Il est aisé à qui en a l'habitude de faire l'analyse physiologique de ces phénomènes, de les coordonner avec l'ensemble de la maladie , avec le système nerveux malade. Ce sont ces variations qu'on rencontre souvent chez les jeunes filles hystériques, qui ont occasionné la confusion qui s'est quelquefois introduite dans la description de la maladie , parce qu'on a souvent prêté beaucoup plus d'attention aux phénomènes accessoires qu'aux phénomènes réels et pathognomoniques, parce que bien souvent aussi on a alors confondu la maladie avec quelques autres affections avec lesquelles ces phénomènes avaient quelque analogie. C'est de cette manière qu'on la confondra quelquefois avec la catalepsie, quelquefois avec l'épilepsie , quelquefois surtout avec l'hypochondrie.
Ce qui prouve que la cause a été humorale , c'est que la chlorose étant guérie, l'hystérie a été guérie aussi , et que la chlorose étant revenue , l'hystérie en a fait autant , pour se dissiper une seconde fois avec la chlorose. Quoique cette particularité soit étrangère 5 ce qui regarde l'hystérie, nous ne devions pas la passer sous silence , parce qu'elle est toute pratique. Nous avons vu les ferrugineux sous la forme des pilules de Blaud faire cesser la première chlorose ; nous avons vu la seconde résister à ces pilules et à celles de Valet pour céder à une évacuation sanguine. Voilà sans deute un contraste qui paraît fort bizarre , et cependant il ne nous présente rien que de bien simple : il vient à l'appui de ce que nous avons fait remarquer au sujet de ces mille variétés de la susceptibilité , non-seulement dans chaque individu , non-seulement dans chaque maladie , mais encore à chaque instant. Ce n'est pas la première fois qu'on a réussi à guérir la chlorose avec des saignées. Les palpitations et l'oppression dont elle s'accompagne ont conduit beaucoup de praticiens à les employer. Malgré le succès qu'on en a obtenu quelque-
fois , et que nous en avons obtenu nous-mêmes , nous ne saurions recommander trop de prudence et de précaution. L'altération du sang commande cette réserve , et nous savons que dans ces cas les palpitations et l'oppression ne peuvent être que bien rarement un signe de congestion ou de pléthore.
Ce fait nous a présenté une particularité que nous n'avions pas encore rencontrée dans les autres , c'est cette suspension de la respiration et des mouvements convulsifs pendant une minute ou deux et plus. Alors l'immobilité complète de la personne présente un aspect effrayant : elle est l'image de la mort. Ne nous étonnons donc pas que lorsque cet état s'est prolongé pendant plusieures heures et plusieurs jours , on ait pu commettre l'erreur impardonnable d'ensevelir comme mortes des personnes qui ne l'étaient pas. Les cas sont rares , mais ils se sont multipliés assez pour réveiller l'attention du public et des magistrats. Cependant ne laissons pas croire que ces cas de mort apparente aient tous été occasionnés par l'hystérie ; ce serait une erreur. Le plus grand nombre lui étant étranger : c'est la catalepsie surtout , ou la névrose cataleptique qui en est la cause la plus ordinaire ; mais comme l'hystérie en a été coupable quelquefois , et qu'elle peut l'être encore , il convenait de la signaler. Heureusement la chose est très-rare , et lorsque dans les siècles un fait semblable a lieu , Dieu sait combien de retentissement il a ; et encore le plus souvent, lorsqu'on veut se donner la peine de remonter à la source , il est bien rare de ne pas le trouver altéré et falsifié ou exagéré.
Comme la chlorose est , ainsi que l'hystérie , liée bien souvent à un dérangement fonctionnel de la menstruation , on a pu les confondre ou n'en faire qu'une maladie identique sous une forme différente. Sydenhani , qui faisait aussi émaner l'hystérie d'une viciation particulière du sang et des
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esprits , avait cru trouver cette analogie , et il faisait de la chlorose une espèce particulière d'hystérie : chlorosisi sive febrim albam quam quidem speciem esse affectionis kystericœ nullius dubito. C'est à ces cas particuliers d'hystérie chlorotique que M. Pidoux donne le nom de vaporeuse indécise , parce qu'alors il y a , comme dans la chlorose, altération , appauvrissement du sang.
Observation XVI. — Pendant que je faisais le service de médecin dans l'hôpital de la. ville que j'habite, j'eus occasion d'y recueillir une espèce d'épidémie d'hystérie , ou plutôt un développement de crises chez plusieurs personnes par une sorte d'imitation involontaire. Voici l'observation telle que je la trouve consignée dans le compte-rendu de l'administration.
Pendant le mois de mars 183S , une jeune fille fut reçue pour des crises hystériques très-violentes qui se renouvelaient sans cause connue presque tous les jours , et même souvent plusieurs fois dans le même jour. Elle était douée d'un tempérament nerveux très-prononcé , et par conséquent d'une sensibilité physique et morale très-grande. La menstruation s'opérait bien, et lorsque l'époque menstruelle arrivait, elle n'exerçait aucune influence ni en bien ni en mal sur l'intensité ou la fréquence des crises. Elles arrivaient à toute heure du jour indistinctement et sans avoir été provoquées par aucune cause physique ou morale , au moment où la malade y songeait le moins. Cependant la moindre émotion , la seule pensée qu'une crise pouvait survenir , suffisait pour la provoquer. Du reste les facultés intellectuelles étaient dans l'état d'intégrité le plus parfait, et toutes les autres fonctions s'exécutaient avec la plus grande régularité. Le lendemain de l'entrée de cette malade , une de ses voisines qui était convalescente d'une gastrite , éprouva une forte impression en voyant son agitation et ses mouvements, et en entendant ses cris pendant le paroxysme. Elle sentit ses nerfs se mettre
insensiblement en mouvement, et une crise semblable à celle qu'elle voyait en fut bientôt la conséquence. Celte personne âgée d'environ 30 ans était très bien réglée, et elle n'avait jamais éprouvé aucune crise nerveuse, quoiqu'elle eût bien des fois été en proie à des émotions, à des chagrins et autres affections morales. Pendant que ces deux malades étaient agitées par leurs crises , une troisième qui les regardait sentit peu à peu une émotion intérieure se saisir d'elle, se répandre dans tout le corps en l'agitant, et croître assez rapidement pour qu'en moins d'un quartd'heure elle se transformât en une véritable crise semblable à celle de ses compagnes. De même que les précédentes , cette femme n'en avait jamais éprouvé aucune, quoiqu'elle eût passé par les misères de la vie et qu'elle eût été mère de plusieurs enfants; elle était bien réglée et elle n'avait jamais rien senti du côté de la matrice. — Le lendemain , la première hystérique prit une seconde crise , et de suite les deux malades qui , la veille en avaient pris une , en furent brusquement atteintes de nouveau. Une quatrième malade, couchée quelques lits plus loin, se sentit agitée à son tour , et une crise réelle se déclara, quoiqu'elle ne présentât aucune prédisposition aux affections nerveuses , ni du côté du moral, ni du côté du physique. Quelques heures après, la malade qui avait été atteinte la seconde , prit spontanément un accès , seulement en songeant au désagrément que cela lui causait. Aussitôt les trois autres en furent prises subitement aussi. Une cinquième femme qui avait été sujette à des spasmes nerveux , ne put résister à l'impression que lui occasionnèrent l'agitation et les cris de ces malades; elle tomba en répétant involontairement tous les actes insolito dont elle avait été témoin ; alors , toutes les deux ou trois heures , ces cinq malades furent prises de crises violentes. C'était tantôt Tune, tantôt l'autre qui commençait ; mais aussitôt que l'une était frappée , les autres l'étaient de suite après.
Cet envahissement successif me fit craindre de voir bientôt la salle entière atteinte d'hystérie. Je m'empressai d'isoler autant que possible chaque malade en les plaçant à de grandes distances et dans des lits où elles ne pussent pas se voir. Malgré cette précaution, les crises n'en allaient pas moins leur train. Aussitôt que Tune était prise, son cri particulier pénétrait les autres, et toutes s'agitaient et criaient a l'unisson. Quoique je prévisse queles antispasmodiques ne pourraient rien contre cette affection, faute d'autres moyens je les administrai pendant deux ou trois jours, mais sans succès. Alors je cherchai à a^ir vivement sur le moral. Pour cela je fis placer sur la tablette de chaque malade un pot d'eau, afin d'en asperger brusquement celles qui prendraient des crises. Le résultat justifia en partie mes intentions, je jetai moi-même l'eau sur la face des malades. Chez presque toutes, la crise fut arrêtée ; et chez trois elle ne reparut pas, parce que la crainte d'une semblable aspersion fit naître une volonté puissante qui empêcha les effets nerveux. Chez la première qui avait été atteinte sympathiquement, les crises ne tardèrent pas non plus à disparaître. Mais celle qui était entrée pour celte affection, continua à en éprouver. Il est vrai qu'elles diminuèrent progressivement de fréquence et d'intensité, et que, lorsque la malade sortit, elle n'en éprouvait plus que lorsque une émotion un peu vive les lui occasionnait.
Réflexions. — Quatre personnes, qui n'avaient jamais été atteintes d'aucune crise hystérique, en sont prises, lorsque une personne hystérique est placée à côté d'elles. Quoique rares, les faits semblables se présentent encore assez fréquemment pour avoir inspiré à quelques auteurs la pensée que l'hystérie pourrait bien être contagieuse dans certains cas. Le délire des filles de Millet rapporté par Plutarque; celui à peu près semblable des filles de Lyon recueilli par Primerose : la possession des Ursulines de Loudun, qui a
fait tant de bruit à cause de la fin tragique de l'infortuné Grandier; l'épidémie hystérique de l'hôpital de Leyde, dont Boerrhaave a été le témoin et l'historien ; les vénériens de l'hôpital des Capucins à Paris, qui, du temps de Cullérier oncle, tombaient de leur mercure, en sont des exemples connus. La Suède vient d'être le théâtre, en 1 8 il et 1842, d'une nouvelle épidémie de ce genre de névrose. Elle a été décrite par le docteur Sonden. Comme cette extase nerveuse n'était pas hystérique nous n'en parlerons pas autrement. On trouve le fait suivant dans les nouveaux éléments de thérapeutique d'Alibert : une demoiselle était en proie à des accès d'hystérie ; la servante de la maison, entrant dans la chambre au moment où sa maitresse était atteinte de convulsions, tomba aussitôt dans le même état. Louyer- Yillermay en cite un, qui a la plus grande analogie avec le précédent. Plusieurs dames virent une de leurs amies pendant sa crise ; deux d'entre elles furent prisent quelques heures après. M. le professeur Andral raconte, dans ses leçons orales, que la vue d'une jeune personne prise de crises d'hystérie, détermina le même accident sur tout un pensionnat. M. Landouzy dit en avoir enregistré plusieurs exemples. Cette apparente transmission de la maladie d'un individu à l'autre ne se fait point par contagion : elle est due à cette disposition souvent invincible que nous avons à l'imitation. Lorsque nous voyons faire quelque chose, même les grimaces les plus hideuses, nous éprouvons souvent le besoin de les répéter. C'est cette disposition qui établit une contagion par imitation. — Aucune des cinq hystériques qui font le sujet de cette observation, ne présentait de signe qui pût faire soupçonner la moindre affection morbide de l'utérus. Cet organe remplissait ses fonctions avec toute la régularité possible , même chez celle qui était malade la première. Chez les quatre qui sont devenues malades par influence imitative, la cause n'a pas pu agir sur la matrice :
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elle a agi sur l'encéphale, dont la réaction est allée retentir sur tout le reste du système nerveux. De là nous pouvons tirer la conséquence que l'hystérie n'est pas, ainsi que le voulaient les anciens, et que le veulent encore la plupart des modernes, une affection spéciale de l'utérus. — La prompte guérison de presque toutes ces malades, par une aspersion d'eau, et surtout par la crainte de nouvelles aspersions, prouve combien est grande l'influence de l'imagination sur cette maladie, et combien le médecin peut en tirer parti dans son traitement. En agissant comme j'ai fait, j'ai imité Boerhaave et Cullérier qui avaient réussi, le premier en faisant tenir un fer rouge tout prêt pour cautériser les personnes qui seraient atteintes : le second en faisant faire dans la salle provision de seaux d'eau, pour en arroser celles qui tomberaient de leur mercure. Celte médication est une nouvelle preuve que l'hystérie n'a pas son siège exclusif dans l'utérus; car elle n'a certainement pas agi sur cet organe. C'est une grande crainte et une volonté puissante, qui seules ont opéré la cure ; et ces actes n'appartiennent qu'à l'encéphale. Nous pourrions encore faire observer que dans le même moment , trois femmes étaient couchées dans nos rangs pour des cancers utérins, et que ni les unes ni les autres n'ont jamais été prises d'affections nerveuses hystériques.
Les anciens connaissaient très-bien cette transmission contagieuse. Ovide l'a consacrée dans les vers suivants :
Dum spectant oculi lœsos, laeduutur et ipsi; Mu! laque corporibus transitione uoceut.
Virgile a exprimé la même pensée dans le vers suivant :
Nescio quis leneros oculus milri fascinât agnos.
On voit , par celte note que je me suis plu à transcrire en entier , que déjà à cette époque je m'occupais à analyser les faits d'hystérie , et que cette analyse m'avait couduit où
elle nous a conduit plus haut. Cette circonstance mérite quelque attention. Elle est une preuve que mon opinion n'est pas une de ces lueurs éphémères qui apparaissent un instant, et qu'on saisit avec empressement et presque sans les avoir examinées. Celte analyse sévère date donc de 'oin , et je pourrais dire de bien plus loin encore ; car alors elle n'était que l'expression d'une opinion bien arrêtée , que les faits justifiaient tous les jours, et qu'ils ont de plus en plus confirmée.
Observation XVII. —De grands désastres de fortune et la perte d'un fils chéri avaient successivement beaucoup affecté Mme Q... Ses chagrins irrémédiables agirent sur ses nerfs et en augmentèrent la susceptibilité. Un rien lui causait une sensation vive et souvent pénible, et la faisait tressaillir; cependant elle ne prenait pas de crises de nerfs. De nouveaux malheurs plus cuisants encore vinrent ajouter à ses souffrances. Alors elle prit plusieurs crises hystériques. La nécessité et les devoirs de mère la forcèrent de songer à elle et à deux enfants qui lui restaient. Les crises hystériques se dissipèrent; mais une gastralgie avec douleur constante plus ou moins vive vers l'hypochondre droit, sembla concentrer toute l'affection nerveuse dans Tépigastre. La digestion se faisait assez bien, pourvu que des souvenirs trop attristants ou de nouvelles peines morales ne vinssent pas la troubler. Une année se passa dans cet état. Alors de nouveaux chagrins s'ajoutèrent aux premiers et vinrent accroître ses souffrances et aggraver sa position. La douleur gastro-hépatique devint plus aiguë ; la moindre émotion la faisait étendre depuis Tépigastre jusqu'au pharynx. Ce qui se renouvelait vingt fois par jour. C'était , comme l'expliquait la malade, une corde tendue, resserrée et douloureuse. Il lui semblait que ce trajet était écorché. Le plus souvent cette sensation ne durait pas longtemps; d'autres fois elle se prolongeait des heures et môme des journées en-
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tières ; cela dépendait des dispositions morales dans lequellcs Mme Q... se trouvait. Mille fois interrogée sur la nature de cette sensation , elle l'a toujours dépeinte telle que nous avons dit. Au lieu de cette sensation de tuméfaction , de gonflement et de boule que fait éprouver l'hystérie , c'est une constriction , un resserrement douloureux ; d'ailleurs les voies aériennes éprouvent moins de gène, il n'y a pas de suffocation utérine.
C'est dans cet état que Mme Q... est venue me consulter. Les calmants et les antispasmodiques les plus doux ont été conseillés. J'ai surtout insisté sur les bains , sur l'exercice en plein air et sur les topiques calmants appliqués sur le devant de la poitrine. Mme Q.., en a déjà éprouvé une amélioration notable ; tout porte à croire qu'elle sera bientôt rétablie , surtout si le moral peut trouver plus de tranquillité.
Réflexions. — Je ne donne point cette observation comme un exemple d'hystérie , quoiqu'il y ait eu des crises pendant quelque temps Mon intention est de fixer l'attention sur la sensation œsophagienne que la malade éprouvait , afin d'en faire remarquer la différence avec la sensation du globe ascendant de l'hystérie. Dans l'un et l'autre cas, c'est le même organe , l'œsophage , qui en est le siège ; c'est le même nerf, le pneumo-gastrique , qui est modifié dans ses attributions. Ce nerf peut donc être , ainsi que tous les autres nerfs, différemment modifié : car il n'y a point de ressemblante entre cette sensation de corde tendue et douloureuse, et la sensation du globe ascendant. J'aurais pu présenter mille autres faits analogues , parce qu'ils sont assez fréquents dans la pratique. J'ai donné la préférence à celui-ci, parce qu'il vient de se passer sous mes yeux, et en second lieu, parce que la malade ayant eu des crises hystériques un an auparavant, est plus à même d'établir la différence. Ainsi il ne faut pas croire que toute sensation pénible ou dou-
lourcuse, qui de l'épigastrc s'élève au larynx et au pharynx, soit toujours hystérique. Cette sensation peut d'ailleurs varier beaucoup elle-même, et j'ai eu l'occasion d'en rencontrer plusieurs formes très-différentes Je l'ai regardée comme une affection nerveuse, mais comme une névralgie et non comme une hystérie. C'est ainsi par les faits, qu'on arrivera à distinguer et à préciser chaque affection et chacun de ses modes. Il nous importait de faire ressortir ce point de différence de l'hystérie avec d'autres affections nerveuses.
Observation XVIII. — Le 23 avril 1839 , à deux heures de l'après-midi , je fus appelé en toute hâte chez M. T..., tailleur. Cet homme, âgé de 35 à 37 ans, jouissait habituellement d'une bonne santé. Cependant , depuis quelque temps , des contrariétés de famille le rendaient taciturne et de mauvaise humeur. Rien pourtant ne paraissait changé dans son état normal , lorsque ledit jour il reçut une nouvelle qui lui fit beaucoup de chagrin. Le besoin de pleurer se faisait sentir , et il se contint. Cette contrainte réunie au sentiment pénible qu'il éprouvait , lui fut plus nuisible que s'il se fût livré avec explosion à toute l'expression de sa douleur; et trois heures après, il fut pris d'une crise violente, pour laquelle on courut chercher plusieurs médecins. Lorsque j'arrivai, mon ami le docteur G... était déjà auprès du malade. Depuis trois -quarts d'heure, celui-ci se roulait avec des contractions convulsives telles, que plusieurs hommes avaient de la peine à le contenir. Le col était gonflé et agité par des contractions convulsives. Il y avait également, dans la région épigastrique , un mouvement ondulatoire fort remarquable. La respiration paraissait excessivement gênée. Par moments la violence des contractions se modérait un peu : alors le malade portait les mains au col et semblait vouloir en enlever le corps étranger qui paraissait l'étouffer. La connaissance n'était pas entièrement perdue; et dans les moments de calme , il pou-
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vait avaler quelques gorgées de liquide, quoique avec beaucoup de peine. Nous profitâmes d'un de ces instants pour faire passer quelques cuillerées d'une potion antispasmodique. Les odeurs stimulantes , les sinapismes, les frictions de toute espèce, rien ne fut négligé. Les redoublements des contractions furent bientôt modérés. La déglutition devint plus facile. On fit prendre plusieurs cuillerées de la potion, et la crise fut terminée en moins de deux heures. Aussitôt que le malade put parler un peu librement , il se plaignit de la sensation d'un globe qui l'étranglait.
En nous retirant, le docteur G... me demanda si ce n'était pas là un cas d'hystérie chez l'homme. Je partageai d'autant plus volontiers son opinion, que ce n'était pas la première que j'observais.
Réflexions. — Si la crise avait eu lieu chez une femme, elle ne présenterait rien de particulier, parce qu'elle ressemble aux paroxysmes hystériques les plus simples, bien que portée à un très-haut degré d'intensité. Mais elle a eu lieu chez un homme, et le fait devient par cela même important. En effet jusqu'à ce moment nous n'avons cité que des observations d'hystérie recueillies chez des femmes. On aurait pu croire, d'après cet ensemble de faits, que les femmes seules étaient sujettes à cette maladie, ainsi que l'ont cru et que le croient encore beaucoup de médecins. Mais pour être rare chez l'homme, elle ne lui est pas inconnue. Or, si on l'y rencontre quelquefois, elle ne peut pas avoir, chez lui, son siège dans l'utérus. Ce n'est que sous ce rapport que cette observation devient importante. Car si la maladie ne peut avoir son siège dans un organe chez un sexe, * lie ne peut pas l'avoir davantage chez l'autre. C'est pour cette raison que les partisans du siège de l'hystérie dans l'utérus, refusent de la reconnaître chez l'homme, et accusent les observateurs qui en citent des exemples, ou bien d'avoir manqué de vérité, ou bien d'avoir pris pour
1 hystérie des phénomènes hystériforraes, qui n'étaient et ne pouvaient pas être l'hystérie, et de s'en être ainsi laissé imposer par les apparences. Ici nous avons été deux pour constater le caractère de la crise, et ce n'est pas moi qui en ai inspiré la pensée au docteur G... contre sa croyance, il s'est rendu à l'évidence, parce que son amour-propre n'était point engagé à soutenir une opinion qu'il n'avait adoptée que parce qu'elle lui avait été inculquée par ses maîtres. II a reconnu ce qu'il voyait, et il n'a point cherché de détour ni de faux fuyant pour repousser ou dénaturer un fait qui se présentait si simple et si bien caractérisé.
Trois ans après, je fus appelé en consultation auprès de M. B... avec les docteurs Viricel, Dupuy et Levrat. Celuici nous dit que le malade, alors âgé de 52 ans, était livré depuis longtemps aux boissons spiritueuses. Dix ans auparavant, il lui avait vu prendre de fréquentes crises hystériques, provenant d'une gastralgie permanente. Il éprouvait la sensation du globe œsophagien ascendant, et tous les mouvements convulsifs de l'hystérie. La gastralgie n'avait jamais disparu complètement, quoique les crises eussent cessé. Il avait continué ses habitudes de boissons et il était alors en proie à un squirrhe de l'estomac.
Les faits de gastralgie produisant des crises hystériques ne sont pas rares. J'ai eu bien des fois l'occasion d'en observer. Mais ce qui rend celui-ci précieux, c'est qu'il a été recueilli sur un homme et par un confrère estimable, qui n'a eu que l'intention de nous éclairer sur la nature de la maladie en nous en présentant l'historique fidèle.
Entre autres faits d'hystérie chez les hommes, je ne puis oublier celui dont j'ai été le témoin dans l'infirmerie d'un établissement auquel j'étais attaché, et dont l'histoire a été consignée dans mon mémoire sur l'asthénie, couronné par la Société royale de Médecine de Bordeaux. Le malade pouvait avoir 30 ans. Il prenait des crises extraordinaire-
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ment violentes et il perdait connaissance. Plusieurs hommes ne pouvaient pas le contenir. Ce fait, recueilli il y a plus de 20 ans, devint précieux pour moi, à cause de l'existence de l'hystérie chez un homme, et plus encore peut-être à cause d'une circonstance unique à laquelle il donna lieu. Dans une de ses crises, le malade en se débattant, appliqua involontairement un coup violent sur le testicule droit de l'infirmier. Cette glande fut pendant 24 heures^ le siège d'une douleur atroce que. rien ne put calmer. Alors la douleur s'apaisa. Mais en même temps le testicule avait disparu, il avait été absorbé, je ne trouvai plus que le cordon et quelques fragments de l'épididyme. Malgré l'importance de ce fait, ce n'est pas le cas de nous en occuper ici.
Je passerai sous silence quelques autres faits d'hystérie que j'ai observés, parce qu'ils n'ont présenté rien de particulier, et qu'ils ne pourraient rien ajouter à ma conviction ni à celle des autres, Mais je ne puis pas abandonner ce sujet, sans dire que depuis longtemps déjà, les auteurs ont signalé l'existence de l'hystérie chez l'homme. Il ne faut pas en chercher la cause dans la nouvelle position de la matrice, dit Arétée, puisque les hommes peuvent éprouver ce symptôme. Galien avait déjà dit : Idvtro quoque viris evenire solet. Pison et Willis, qui, les premiers placèrent le siège de l'hystérie dans l'encéphale, n'en firent point l'apanage exclusif du sexe féminin. Ils reconnurent qu'elle pouvait aussi attaquer l'homme quoique plus rarement. Willis en cite une observation. Il en est de même de ceux qui, avec Graaf, Sydenhain, de Gorter, With, Lorry, Van-Swieten , Tissot , Raulin , etc. , n'ont vu dans cette maladie qu'une affection nerveuse ou autre, commune aux deux sexes. Boerhaave lui même est forcé d'en convenir. Fr. Hoffmann dit que chez l'homme l'inversion et la perversion du mouvement péristaltique des intestins produisent l'hystérie, de la même manière que chez la femme le mou-
vement spasmodique des nerfs motus nervorum spasmodicus, ex uteri vitio, et il en cite un exemple. Morgagni, Pomme, Gardien, MM. Andral, Lisfranc, Piorry, Colombat, Gonolli, Tratter, ont' adopté cette croyance et ils n'ont pas craint de citer des exemples d'hystérie bien caractérisés chez l'homme.
Cette opinion restait flottante entre les opinions de la névrose générale et de la névrose spéciale de l'utérus, lorsque Georget vint déclarer avec toute l'assurance de la conviction, que l'hystérie avait son siège dans le cerveau et nondans l'utérus, et que les hommes y étaient sujets aussi bien que les femmes. Quelque temps après, M. Trolliet, médecin distingué de Lyon, et qui aujourd'hui jouit à Alger d'une réputation justement méritée, vint aussi, par des faits puisés dans sa pratique et dans celle des hôpitaux, démontrer que la maladie était commune aux deux sexes. Plus tard M. Brachet, de la môme ville, observant sur le même sol, arriva aux mômes conséquences, tout en reconnaissant la bien plus grande fréquence de la maladie chez la femme. Gardien dit avoir rencontré en l'an 9, tous les signes de l'hystérie chez un cultivateur, M. Breschet en a recueilli un fait bien remarquable, publié par M. Voisin, dans son ouvrage important sur les maladies mentales. M. Casimir Broussais a cité le cas d'un soldat, qui, étant affecté d'une gastro-enlérite, sentait comme une boule partir de l'abdomen et remonter jusqu'au haut de la poitrine. Le 95e volume du journal géuéral de médecine en contient une observation, publiée par le docteur Hellis, qui l'avait recueillie sur un jeune homme. M. Cerise vient encore ajouter son opinion à celle de tant d'autres, et il s'appuie sur un fait d'hystérie qu'il a recueilli chez un homme. MM. Mahot, Alegre, Ollivier d'Angers, Billod, Scip. Pinel, Fabre, Mullcr, en ont aussi recueilli des faits bien circonstanciés.
Qu'il nous soit permis d'ajouter à ces faits et à ces opinions une tradition vulgaire généralement répandue dans les
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campagnes : on y croit que l'homme est sujet à l'hystérie aussi bien que la femme ; mais comme la dénomination de mal de mère y est consacrée pour désigner l'hystérie chez la femme , on lui donne le nom de macîe lorsqu'elle attaque les hommes. Pour les gens de la campagne, le macle est ce qui caractérise l'homme.
D'après de pareilles autorités, et en aussi grand nombre, on devrait s'étonner que la question fût indécise. Cependant elle l'est encore pour quelques auteurs, qui veulent que le siège exclusif de l'hystérie soit dans l'utérus, et qui par conséquent nient sa possibilité chez l'homme, en taxant les faits observés comme illusoires ou simplement hystériformes. Louyer-Villermay est de ce nombre. Il pense que les cas d'hystérie qu'on a observés chez l'homme ont mal été appréciés, et qu'on a pris pour hystérie des faits d'hypochondrie ou d'épilepsie. La raison qu'il en donne est bien faible. C'est, dit-il, parce que la matrice n'existe pas chez l'homme. Il juge les faits qu'ont observés les auteurs, par celui qu'il a recueilli. Dès lors nous comprenons son hésitation, car ce fait n'est qu'une épilepsie chez un homme névropathique, complication qu'il n'a pas su analyser assez bien pour la distinguer. M. Landouzya fait revivre les mêmes objections; mais il est allé plus loin. En admettant l'hystérie chez l'homme, il s'est efforcé de démontrer qu'elle serait une preuve de plus du siège de la maladie dans les organes génitaux , puisque ce serait de ces organes que partirait le mal chez l'homme. Malheureusement cela n'est qu'une supposition , et ces organes ne sont pas l'utérus.
Je borne à ce petit nombre les observations que je voulais citer. J'aurais pu le grossir beaucoup, car il est peu de maladies que j'aie été aussi souvent appelé à traiter. Mais il nous suffira pour établir une histoire générale de la maladie, parce que j'ai cherché, autant que possible, les observations
qui pourraient servir de lype et autour desquelles pourraient sans peine se grouper toutes les autres. Nous pensons avoir réussi. Cependant, nous ne nous dissimulons pas, que si nous écrivions un traité complet, une monographie tout entière, nous aurions dû y joindre beaucoup de faits qui exprimeraient ou des causes, ou des nuances, ou des phénomènes particuliers, que nous n'avons pas rencontrés dans ceux que nous avons cités. Nous ne nous dissimulons pas surtout, que nous aurions dû rapporter des faits de complication de l'hystérie avec quelques autres maladies analogues, parce que l'analyse des actes appartenant à chacun, aurait fait ressortir beaucoup mieux ce qu'elles ont de commun et en quoi elles diffèrent. Encore une fois, ce n'est point un traité complet, c'est un mémoire, et déjà peut-être nous avons dépassé les bornes dans lesquelles doit se renfermer ce travail. Cependant malgré la longueur inséparable de cette manière de procéder, nous n'avons pas cru pouvoir nous en dispenser. La médecine plus que jamais doit au jourd'hui émaner de l'observation. Ârs medica tota in observationibus, a dit Hoffmann. En effet, les opinions qui sont fondées à côté des faits et sans eux peuvent éblouir un ins tant, mais l'observation en a bientôt fait justice : opinionum commenta delet dies. Nous touchons à une époque où l'observation clinique, où l'étude des faits seront les seules voies d'enseignement de la médecine. C'est, le malade sous les yeux, qu'on pourra décrire et faire comprendre sa maladie. C'est en le comparant au malade voisin , qu'on pourra en établir les nuances et les différences. C'est en faisant voir les changements qu'opèrent les médications et les remèdes, qu'on pourra en démontrer l'action thérapeutique. Voilà pourquoi nous avons cru devoir commencer par une sorte d'exposition clinique , persuadé que nous sommes que nous y puiserons les véritables, les seuls matériaux qui puissent servir à construire un édifice solide : majorcm vim factl
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experientia quam ratio, a dit Baglivi. Cependant, à Dieu ne plaise que nous voulions renfermer la médecine exclusivement dans les faits, nous tomberions dans un extrême peutêtre aussi coupable que celui de ne pas les consulter assez. Cette méthode que semblent avoir adoptée beaucoup de modernes, nuirait aux progrès de la science ; elle la détruirait. En ne voyant dans les maladies jamais que des individus, en les isolant de manière à ne trouver plus ni familles, ni classes, ni ordres, etc., on fait un vaste recueil de matériaux, dans lequel il est bientôt impossible de se reconnaître. Oui sans doute, il faut recueillir des matériaux, mais il faut les recueillir, non pour les entasser pèle mêle comme des pierres brutes, mais comme la pierre lydienne, veluti lapis lydus, pour les faire servir à construire le grand édifice de la science. S'en tenir à colliger ainsi les faits, deviendrait l'ouvrage d'un manœuvre qui ramasse les matériaux sans en connaître la destination. Le véritable médecin ne doit pas ainsi restreindre son rôle à une opération presque uniquement manuelle. Après avoir amassé ces matériaux, il doit devenir leur architecte, leur assigner à chacun sa place, et les y disposer convenablement. C'est là la véritable prérogative de l'homme intellectuel. Agir différemment, c'est se dépouiller de cette belle, de cette noble prérogative. A côté de ce grand art se trouve un écueil, c'est la manie de trop généraliser, cette passion de vouloir créer la science avec quelques faits isolés, et même quelquefois sans faits. Nous l'avons déjà dit, et nous ne saurions trop le redire ; défionsnous de cette manie. Recueillons un grand nombre de faits^ mettons-les en harmonie avec ceux qui ont été recueillis par nos devanciers, et alors élevons-nous à la généralisation, c'est-à-dire, construisons. Toutes les fois que nous agirons différemment, ou bien nous ne ferons qu'une œuvre fragile et sans base solide, ou bien nous encombrerons la science d'une forêt de faits, dans laquelle il faudra porter
une coignée hardie pour s'y frayer un chemin et y faire pénétrer la lumière.
Nous sommes donc partisan des faits , nous les regardons comme les matériaux indispensables de la science, comme les jalons que voulait Bacon. Mais en même temps nous sommes ennemi de cette méthode numérique exclusive, prétendue doctrine , qui veut tout soumettre dans la balance du plus grand nombre. Nous pensons qu'un grand nombre donne plus de poids à l'opinion qu'on veut soutenir. Nous pensons en même temps que tout n'est pas dans cette statistique étriquée , et que souvent un fait seul bien observé , bien analysé , aura autant de valeur que mille faits. Il suffira même , lui tout seul , pour renverser une doctrine , une généralisation que les mille autres avaient fait établir : c'est cette grande vérité que l'illustre Morgagni proclamait dans ces expressions énergiques : non numerandœ sed perpendendœ observationes. Convenons-en toutefois : autant le talent et le goût de l'observation sont communs , autant le véritable esprit de déduction et de généralisation est rare. C'est de leur association que dépend le génie. C'est parce qu'elles se rencontrent bien rarement, que la science avance si lentement. On a dit , il est vrai , que le propre du génie était de suppléer à V expérience. Cette maxime , qui peut être vraie quelquefois, a été plus souvent nuisible qu'utile , parce qu'elle a fait bien souvent prendre les rêves de l'imagination pour les créations du génie : Majorent fidem homines adhibent iis guœ non intelligunt , cupidine humant ingenii libentius obscura creduntur (Tacite). Aussi faut-il, comme le veut Montaigne, commencer par demander : se fait-il? avant de chercher comment est-ce que cela se fait; afin de ne pas s'exposer à trouver plus tard : il n'en est rien. Afin de ne pas rendre notre entendement si souple et erratique , qu'il soit le soulier de Théramène , bon à tous pieds. L'amour-propre nous égare , plutôt que de nous laisser convenir de notre
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ignorance, il nous fait chercher toutes sortes de raisons , bonnes ou mauvaises ; cependant il n'y a jamais de honte à avouer que nous ignorons ce que nous ne savons pas : nec me pudet fateri nescire quod nesciam. Et comme ces brillants mensonges embellis par le charme d'une imagination ardente peuvent séduire bien aisément , nous n'oublierons jamais que le faux approche quelquefois si fort du vrai , qu'on ne saurait trop se tenir en garde contre la méprise.
Que la puissance que nous attribuons à un seul fait ne nous aveugle point : nous n'accueillerons point avec légèreté an fait invraisemblable ; avant d'en tirer des conséquences, il est essentiel de s'assurer de sa réalité. Les faits ainsi bien constatés et bien assis sont comme le rocher immobile au milieu des flots.
Velut rupes vastum quas prodit in aequor , Obvia veulorum furiis , expostaque ponto , Vim cuuclam atque minas perfert cœlique marisque . Ipsa immola manens.
Ce n'est donc point une statistique que nous avons voulu donner de l'hystérie. Nous avons voulu faire connaître les différents points de départ , et les nuances les plus tranchées de la maladie, et pour cela, un fait, quoique rare , nous suffit aussi bien que plusieurs milliers de faits : je ne dirai rien que je n'aie vu et vu bien des fois. Scribo nec ficta, nec picta, sed quœ ratio, sensus et experientia docent. On est toujours bien fort quand on peut dire j'ai vu. On peut ne pas avoir la prétention d'avoir tout vu , et par conséquent de tout dire ; mais on doit avoir celle de ne jamais sortir du sentier de la vérité , de ne jamais s'égarer, parce que les faits, ces entêtés immuables , sont là , toujours là , pour nous appuyer si nous disons vrai , ou pour nous contredire si nous nous fourvoyons. Voilà pourquoi nous avons cru devoir commencer par cette exposition clinique ; nous l'invoquerons souvent. C'est d'elle , c'est de Panalyso
des faits et de leurs actes , que nous déduirons la description de la maladie. Tout ce qu'il nous reste à dire n'est et ne peut être que la conséquence des observations. Déjà on a pu se former une idée de la maladie , et de son caractère, et de sa nature. Il nous sera donc facile de faire notre histoire générale. Nous n'avons pour cela qu'à lier chaque phénomène dans son lieu , afin que le tout soit dans une harmonie complète. Quel plan suivrons-nous pour cette exposition? le plan à peu près adopté partout, le plan le plus scholastique, le plus classique possible. Il ne flatte pas ; mais il nous permettra de tout y classer sans rien omettre. Puisse notre travail se mettre au niveau de l'importance du sujet 1 Puisse-t-il mériter les suffrages des savants qui vont le juger I