‹ Traité de l'hystérieChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Etiologic.

Dès la plus haute antiquité , l'étiologie ou l'étude des causes des maladies a fixé d'une manière particulière l'attention des médecins. Elle le mérite en effet. Non seulement la cause produit la maladie , mais bien souvent elle en détermine le caractère, la forme et la durée. Bien souvent aussi elle nécessite l'emploi de moyens thérapeutiques particuliers pour la combattre en même temps , ou même avant la maladie , afin d'agir plus facilement sur celle-ci. Ces considérations doivent nous faire ajouter la plus grande importance à la recherche de la cause. Il ne faudrait pas cependant pousser trop loin la confiance dans le traitement de la cause. On pourrait s'égarer en s'opiniàtrant à vouloir la poursuivre indistinctement. Tant qu'elle persiste, tant que son action est incessante, il faut la poursuivre, il faut la combattre et la détruire. Vainement alor» on attaquerait la ma-

ladie. Sa cause sans cesse agissante l'entretiendrait ou la reproduirait encore incontinent. C'est alors , mais alors seulement , que l'adage sublatâ causa tollitur effectus est vrai dans toute son extension. C'est alors qu'il faut enlever la cause pour dissiper l'effet. Elle est l'épine dont la présence est une cause permanente du mal. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Fréquemment une cause produit son effet , l'économie en reçoit la modification pathologique qui constate la maladie ; et bien que la cause soit enlevée , la maladie reste. L'effet se suffit à lui-même , et bien souvent devient cause à son tour. Ce serait donc bien à tort qu'on prendrait cet axiome à la lettre, et qu'on voudrait en faire l'application à tous les cas. Malgré ces nombreuses exceptions , l'étude de la cause n'en demeure pas moins une des plus importantes de la pathologie. Car si l'on ne peut ou ne doit pas toujours l'attaquer, elle modifie presque toujours le traitement.

Quoique la cause soit une chose de fait, quoiqu'elle soit toujours la même et qu'elle doive toujours se présenter telle, elle n'en a pas moins subi le joug des doctrines, des opinions et des époques. Nous avons pu voir déjà , dans le court historique de la maladie , avec quelle facilité chaque auteur a su la faire plier à son opinion ou lui donner la couleur qu'il voulait en la couvrant de sa livrée. Les humoristes, les solidistes, les vitalistes, les utéristes , les névrosistes, les cérébristes, les gastritistes , etc., ont tous présenté d'excellentes raisons pour démontrer ou que la cause parlait du point dans lequel ils faisaient résider la maladie, ou du moins qu'elle agissait d'abord sur ce point. Les faits sur lesquels ils se sont appuyés sont vrais , parce qu'un fait ne peut qu'être toujours vrai. Mais ce sont les conséquences qui en sont mal déduites ; ce sont les généralisations de quelques faits qui deviennent fausses et erronées, parce que beaucoup d'autres faits ne peuvent pas entrer dans ce petit cadre ainsi

20G TKAITB

agrandi. Comme les réfutations de ces opinions appartiennent à un autre chapitre , nous allons de suite passer à l'étude de l'objet spécial de celui-ci.

Quelqu'usée que puisse nous paraître l'antique division scolastique des causes prédisposantes et efficientes , nous l'adoptons , parce qu'elle nous paraît la plus naturelle et surtout parce qu'elle nous permet de présenter avec clarté et méthode les différentes causes de la maladie, avantage qu'on ne saurait trop apprécier.

§ Ier. Causes prédisposantes.

Lorsque nous avons fait connaître l'état physiologique de la femme , notre but était de présenter cette constitution mobile et nerveuse , comme le type de la prédisposition aux maladies nerveuses et par conséquent à l'hystérie. Faut-il croire pour cela que toutes les femmes soient hystériques? Faut-il croire qu'elles le soient seules? Faut-il croire enfin que la femme quia présenté une fois les conditions favorables à l'hystérie , les présentera toujours ? Voilà des questions qui nous paraissent de la plus haute importance en physiologie pathologique , et dont la solution demande des explications qu'on méconnaît trop souvent aujourd'hui. Nous nous empressons de répondre par la négative à chacune de ces questions ainsi présentées d'une manière absolue. Non, toutes les femmes ne sont pas nécessairement hystériques. L'observation journalière nous en fournit de nombreuses exceptions , parce qu'elles ne présentent pas toutes cette constitution originaire ou acquise qui favorise son développement ; parce qu'elles ne se trouvent pas toutes dans les conditions de la vie qui en amènent les prédispositions. Mais toutes pourraient le devenir en se plaçant , de bonne heure surtout, dans ces conditions hygiéniques. Pourrait-on méconnaître leur puissante influence, si bien observée déjà par Hippo-

de l'uystérie. 207

crate , si bien signalée par tous les observateurs attentifs , et surtout si bien exprimée par M. Reveillé-Parise, qui se fait fort de rendre bientôt nerveux l'homme le plus fort et le plus robuste, et si bien développée par M. Cerise, dans son savant ouvrage sur l'influence de l'éducation. — Nous répondrons aussi : non , à la seconde question , parce que nous avons vu que l'homme aussi y était sujet, quoique bien rarement; mais il suffirait d'un fait pour faire établir la communauté de prédisposition , et nous en possédons un assez bon nombre , malgré les efforts de Louyer Villermay et de M. Dubois d'Amiens pour en atténuer la valeur et leur ôter leur importance. Si on les en croit , l'homme peut ressentir des accidents nerveux analogues à ceux de l'hystérie , mais qui ne sauraient être identifiés avec eux. — Nous répondrons encore : non , à la troisième question , parce que nous avons vu bien des fois la même personne présenter une fois une crise d'hystérie ou une succession de crises pendant un certain temps , et n'en plus présenter après, lors même que les mêmes causes se sont reproduites. Ici se présente une question d'un grand intérêt en physiologie pathologique , c'est de déterminer pourquoi la même cause ne produit pas toujours le même effet. Ce fait a bien souvent été méconnu, et toujours alors il a jeté de l'embarras, de l'incertitude, de l'incohérence dans les meilleures descriptions, dans les traités de médecine les plus savants. C'est au mépris de ce fait qu'il faut attribuer en grande partie la chute de la doctrine de Broussais. Une grande idée, une idée sublime la dominait, c'était celle de réduire la médecine tout entière à un principe unique, à l'irritation. Mais à côté de cette idée si féconde et si simple , se sont élevés une foule de nuances ou de faits qui n'ont pas pu se plier à ses exigences , et qui ont démontré son insuffisance en se plaçant en dehors de sa généralisation. Il est donc bien vrai que la même cause ne produit pas toujours le même effet dans notre économie vivante. Ainsi , sans

nous écarter du cercle des maladies nerveuses, nous voyons tous les jours la même affection morale, la même frayeur, etc., occasionner des maladies différentes chez des sujets différents, chez l'un une crise d'hystérie, chez l'autre une syncope, chez un autre une attaque d'apoplexie, un accès d'épilepsie, une suffocation asthmatique, des palpitations, etc. Bien plus, la même cause qui aura produit une fois une crise d'hystérie à une personne, lui occasionnera une syncope une autre fois , ou une simple émotion bien insignifiante. C'est la même cause qui a agi ; elle n'a pas produit le même effet. Cependant son action est toujours la même. Pourquoi donc l'effet n'y répond-il pas? La réponse est facile pour celui qui a médité sur l'ensemble de l'économie , pour celui qui , au lieu de la renfermer mesquinement dans ses organes matériels, a su apprécier le rôle de son agent incitateur, a su en un mot étudier ce vitalisme trop méconnu par les uns, trop isolé par les autres , toujours réel et puissant , quoique toujours débattu. C'est à lui, c'est à cette puissance vitale, que sont dues les mille modifications qui se présentent à chaque instant. L'action étant la même, l'effet devrait être toujours le même. Cela est en physique; mais la vie soustraite cette loi les corps organisés : elle leur impose ses lois à elle, et déjoue ainsi les combinaisons purement mécaniques les plus savantes. La vie imprime donc à nos tissus des modifications particulières , qui changent d'un instant à l'autre, et qui les mettent dans des conditions différentes, de façon que, suivant les dispositions dans lesquelles ils se trouvent , ils reçoivent des mêmes causes une impression différente. Leur réaction est en conséquence différente aussi, etdanscet enchaînement de modifications dans les actions , réactions et effets, se présentent toutes les nuances de résultats qui constituent soit les maladies différentes , soit les variétés des maladies. Pour que la même cause produise des effets si différents, il faut donc qu'elle rencontre des modifications différentes : ces

de l'hystérie 209

modifications se rencontrent donc dans les prédispositions d'abord, avantde se manifester dans les actes morbides. Ainsi nous sommes forcés de reconnaître, puisque cela est, que les prédispositions pathologiques ne sont pas les mêmes, et que, variant sans cesse d'un instant à l'autre , les effets des causes doivent varier aussi : c'est ce qui nous explique ce nihil plane sincerum de Galien, ce mot profond d'un grand observateur. Je sais que ces considérations n'appartiennent pas seulement àjl'hystérie : elles sont du domaine de la pathologie entière. Si je me suis permis cette digression , c'est parce qu'elles sont encore trop méconnues , et parce qu'elles ne peuvent pas trouver une application plus directe. Ainsi il faut une prédisposition, mais une prédisposition spéciale, qui ressemble en apparence à toutes les prédispositions nerveuses , et que rien ne peut faire reconnaître que l'effet : Quisquis suos patimur mânes.

D'où vient cette prédisposition? est-elle commune à toutes les femmes? suffît-il d'être femme pour en être doué? est-ce parce qu'elle a une matrice, qu'elle est ainsi prédestinée? Est-il donc vrai que , selon Fr. Hoffmann , mulier propter solum uterum tota morbus est? Ou bien, comme vient de l'avancer M» Chereau dans un mémoire d'ailleurs riche de bonnes choses sur les maladies des ovaires , ces organes joueraient-ils le principal rôle, le rôle unique chez la femme, en parodiant ainsi la fameuse phrase de Vanhelmont : propter solum ovarium mulier est id quod est. Ne cherchons point à jouer sur les mots : nous avons vu que la femme était , par sa constitution, plus nerveuse et plus sensible, et par conséquent plus impressionnable , plus apte à recevoir primitivement l'action d'une foule de modificateurs. Mais faut-il en conclure qu'elle soit pour cela constamment disposée aux affections nerveuses et surtout à l'hystérie? l'affirmative serait un peu exagérée , et l'observation de tous les jours viendrait nous donner un démenti en nous montrant une foule de

femmes qui ne reçoivent jamais les atteintes de l'hystérie. Il faut donc qu'indépendamment du sexe , la femme présente une organisation toute spéciale pour constituer la prédisposition. Cette organisation ou cette constitution prédisposante peut être originaire ou acquise.

Elle est originaire, lorsque l'enfant l'apporte en naissant: ou bien alors il la tient de ses parents, père ou mère, égale ment doués d'une constitution nerveuse , qu'ils transmettent ainsi, comme toutes les dispositions organiques ; ou bien il la contracte dans le sein de la mère , parce que celle-ci , pendant sa grossesse , aura été en proie à des passions, à des chagrins, à des maladies nerveuses ou autres, ou à une foule de vices de régime. L'organisation si molle et si délicate de l'embryon le rend très-impressionnable à l'action de ces influences maternelles. Comment n'opèreraient-elles pas à cette époque de la vie où le jeune être reçoit tout de sa mère, lorsque nous le voyons après sa naissance , à une époque où il a déjà acquis beaucoup plus de force , où les tissus sont mieux formés et plus denses , recevoir les influences les plus fâcheuses du lait de sa nourrice? Ce serait là une prédisposition originaire acquise , tandis que , dans le premier cas , elle serait héréditaire, et l'on peut lui rapporter tout ce qu'on a dit de l'hérédité. Elle ne peut pas être révoquée en doute : trop de faits la démontrent, trop d'auteurs l'ont constatée. L'hérédité paternelle cependant a été niée par quelques-uns, soit parce que, ne reconnaissant pas la maladie chez l'homme, ils ont pensé naturellement qu'il ne pouvait pas transmettre ce qu'il ne possédait pas : nemo dat quod non habel; soit même, parce qu'ils n'ont guère compris la transmission héréditaire du père à l'enfant , ce qui est une erreur physiologique bien reconnue. Quelque difficile que soit l'explication, le fait existe : tous les jours nous voyons l'organisation du père , ses dispositions pathologiques et ses maladies se transmettre à ses enfants. Si l'observation se tait au sujet de la

de l'hystérie. 21 1

transmission héréditaire de l'hystérie , à cause de sa rareté chez l'homme , il n'en est pas de même de la transmission d'une constitution nerveuse prédisposante. Les auteurs, entre autres Georget, MM. Ré veillé-Pari se, Gaussail, et nousmême, l'ont constaté mille fois. Quelle que soit l'origine, il y a donc une constitution physique qui prédispose à l'hystérie : c'est cette constitution nerveuse , ce tempérament nerveux , qui déjàavaitfixé l'attention des anciens, et surtout d'Arétée, qui nous dit que les femmes les plus disposées à l'hystérie sont juvenes mulierculœ, quœ sunt sensïbilioris generis nervosi, texturœ tenions.

La prédisposition sera acquise, lorsque l'enfant, né avec une constitution heureuse et rohuste, la verra se détériorer et devenir éminemment nerveuse, par l'influence des causes au milieu desquelles il se trouve. On conçoit en effet que ce petit être si délicat, celte cire molle si facile à impressionner, cereus in vitium flecti, éprouve toutes les modifications organiques de ces causes ambiantes, surtout si elles sont prolongées et souvent renouvelées. Voilà pourquoi une mère ou une nourrice dont le lait sera sans cesse modifié par des passions vives, par des écarts de régime, par des excès de tout genre, par des maladies ou indispositions fréquentes, détériorera la constitution de l'enfant, la rendra plus débile, plus nerveuse, plus impressionnable à l'action des agents pathologiques. Soyons bien persuadés que la plupart des femmes deviennent hystériques , Lien plus par les résultats des vices de leur éducation, que par ceux de leur constitution, et nous apprécierons toute l'importance d'une éducation commencée d'aussi bonne heure.

Plus lard, lorsque l'enfant grandit, il reçoit l'influence de deux ordres de causes, qui, selon qu'elles sont bien ou mal dirigées, lui sont salutaires ou nuisibles. L'élude de l'action de ces causes constitue toule l'hygiène. Elle forme deux grandes divisions, l'hygiène physique et l'hygiène

morale. La première comprend l'influence de tout le régime alimentaire, de l'exercice, des vêtements et des habitations. La seconde est relative au développement et à l'exercice de l'intelligence, et à l'influence des passions. La puissante influence de toutes ces choses non naturelles a été traitée mille fois dans les ouvrages sur l'hygiène et sur l'éducation des enfants. Mille fois on a fait ressortir combien, dans le jeune âge, on pouvait presque à volonté changer le naturel et la constitution. On a fait surtout ressortir l'action fâcheuse de tous les écarts d'une éducation vicieuse sur le développement du tempérament nerveux, et de son aptitude plus grande à contracter les affections nerveuses et principalement l'hystérie. Mais personne ne s'est étendu sur ce sujet avec autant de soin et de succès que M. Cerise. Son ouvrage sur les rapports de l'éducation sociale et privée, morale et physique avec les fonctions et les maladies nerveuses ne laisse rien à désirer. Nous ne répéterons donc pas tout ce qu'on a dit sur l'imprudence de vouloir hâter le développement de l'intelligence ; contentons-nous de dire avec tous les observateurs, qu'il n'y a peut-être pas de cause plus ordinaire de cette prédisposition hystérique, que les travers de l'éducation morale et intellectuelle. C'est pour cela que cette prédisposition sexuelle est moins marquée dans les classes basses du peuple que dans les classes élevées, et qu'elle disparait presque chez les peuplades barbares et sauvages, où les femmes sont, comme les hommes, vouées aux travaux les plus rudes. Voilà pourquoi aussi le séjour à la campagne y dispose très-peu, tandis que l'habitation des villes y est une prédisposition des plus puissantes à cause de la réunion et delà fréquence des causes efficientes. C'est ce qui a fait dire à Raulin qu'elle était endémique dans les grandes villes. Tout le monde le sait, tout le monde le comprend, tout le monde le signale et tout le monde va son train. L'usage l'emporte, et les conséquences fâcheuses qui en sont le résultat ne

font que s'accroître. Les médecins sont impuissants pour arrêter les progrès du mal : une mode serait plus puissante. N'importe, crions toujours. A force de faire ressortir ces travers et leurs mauvais effets, nous finirons peut-être par obtenir quelque chose.

Indépendamment de cette constitution nerveuse, peut-être unique prédisposition, on a compté au nombre des causes prédisposantes plusieurs modificateurs de l'économie, assez puissants pour la mettre dans les conditions qui favorisent l'action d'autres agents plus puissants, mais pas assez pour produire la maladie elle-même. Toutes les conditions hygiéniques, de quelque nature qu'elles soient, deviendront cause prédisposante, toutes les fois qu'elles agiront sur le système nerveux de manière à le modifier dans sa sensibilité et sa mobilité.

Les passions tristes, les passions contrariées sont les premières prédispositions. Les passions agréables elles-mêmes, lorsqu'elles exaltent l'imagination et avec elle le système nerveux, n'y prédisposent pas moins. L'amour surtout, celte passion de toute l'économie, lient le premier rang. Mais de toutes les causes prédisposantes, la plus commune et la plus fâcheuse, c'est la lecture des romans, surtout lorsque déjà l'imagination est exaltée et bercée de mille idées aussi fausses que riantes. Selon M. Dubois, d'Amiens : « le mysticisme favorise l'apparition des accidents hystériques ; il y a dans l'hystérie des joies et des peines immodérées. Le mysticisme, par ses rêveries extatiques, ses intuitions, ses recherches scrupuleuses d'émotions, en apparence morales, mais le plus souvent physiques, est très-propre à provoquer l'invasion des phénomènes nerveux. >»

Un régime alimentaire trop succulent ou trop irritant, de même que les écarts de régime multipliés, ainsi que l'a dit Forestus, peut, sans qu'il soit besoin d'expliquer comment, devenir une source de prédispositions, par les modifications

qu'il apportera dans le système nerveux. Cela nous explique pourquoi Pomme, qui exerçait dans le midi, a pu voir beaucoup de religieuses hystériques. A cette époque de notre histoire, les couvents s'étaient bien relâchés de la sévérité de leurs règles; et là, plus qu'ailleurs, les religieuses se bourraient de café, de thé et du régime le plus succulent. Ce qui ajoutait nécessairement beaucoup à l'action d'une vie oisive et contemplative. — L'abstinence et la privation d'une alimentation suffisante peuvent aussi devenir, ainsi que le remarque Sydenham, une cause prédisposante d'hystérie : car en affaiblissant le système nerveux, elles le reudent plus impressionnable et plus mobile.

Presque toutes les causes qui rendent le système nerveux plus irritable amènent ou peuvent amener la prédisposition physiologique à l'hystérie. Tout désordre dans les fonctions organiques par excès, par défaut ou par viciation, peut et doit être regardé comme une cause prédisposante, puisqu'il place l'économie dans les conditions favorables à l'action des causes efficientes. Aussi, indépendamment des vices de la digestion, nous devons signaler tous ceux des sécrétions on plus comme en moins. Toutes les évacuations excessives, ptyalisme, diurèse, diaphorèse, hémorrhagie, etc., affaiblissent l'économie et augmentent la susceptibilité ; toutes doivent donc être regardées comme des causes prédisposantes. Nous savons aussi à quels troubles fonctionnels donnent lieu les suppressions ou diminutions de sécrétions et d'évacuations. Mais de toutes ces fonctions, la menstruation est celle qui exerce la plus grande influence. Tous les auteurs qui se sont occupés de l'étude de la femme, Roussel, Moreau de la Sarlhe, MM. Virey, Brière de Boismont, Bureaud- Riofrey, Lachaise, Gardanne, Auber, Menville, tous ceux qui se sont occupés de l'influence de la menstruation ont constaté les fâcheux effets qui résultent des désordres de cette fonction. Tous les jours nous sommes appelé à con-

de l'hystérie. 21 â

firnier par notre observation cette observation de tous. Nous en avons cité quelques faits (obs. Vil et XV) et nous aurions pu en augmenter beaucoup le nombre. Il est une sécrétion dont l'excès provoqué artificiellement par l'onanisme produit une influence plus fâcheuse encore. Celte coupable habitude porte dans l'économie un certain degré d'innervation qui favorise si bien l'hystérie, qu'elle suffit bien souvent pour la provoquer. La viciation de la constitution en est une conséquence si fréquente et si connue, que nous ne croyons pas devoir insister sur elle.

Parmi les agents modificateurs de ce système, les maladies tiennent un des premiers rangs, et surtout les maladies chroniques. Cependant il ne faut pas croire qu'elles agissent toutes indistinctement et de la même manière. Il: en est même qui, malgré les douleurs atroces qu'elles occasionnent, semblent agir en sens inverse de la prédisposition. Tel est le cancer. La douleur est violente, le système nerveux est très-irrité, il y a insomnie complète et souffrances perpétuelles, et cependant l'hystérie n'en est jamais la conséquence. Les causes mêmes les plus propres à la faire développer, sont alors inefficaces. Il semble que l'accroissement morbide de la sensibilité se fasse au préjudice de la mobilité. Pour l'hystérie, la violence des douleurs ne suffit donc pas, il lui faut un autre état spécial. Cette espèce d'antagonisme entre la sensibilité et la motilité est réelle, et ce n'est pas seulement dans cette circonstance qu'on la rencontre. Si nous la faisons remarquer, c'est parce qu'elle nous a paru jouer un certain rôle, et parce qu'il est un fait physiologique auquel on n'a pas assez pris garde jusqu'à ce jour. Cela est si vrai que, ainsi que nous l'avons dit (obs. XII), ce n'est pas ordinairement pendant la violence d'une inflammation ou d'une douleur que l'hystérie survient, c'est lorsque le mal est amendé, c'est lorsque les nerfs , moins vivement irrités, peuvent laisser plus de prise à la motilité. A part le

cancer, les autres affections des organes génitaux sembleraient être celles qui prédisposeraient le plus à l'hystérie.

L'action des remèdes et surtout de certains remèdes actifs longtemps prolongée peut exercer sur le système nerveux une modification qui le prédispose à contracter plus facilement l'hystérie. Les médicaments, ces puissants modificateurs de l'économie, font assez comprendre toute l'influence qu'ils peuvent exercer, pour que nous nous dispensions d'entrer dans aucun détail. Il nous suffit de les avoir signalés.

Parmi les prédispositions, celle du sexe figure en première ligne. Nous pouvons le dire hardiment ; nous avons bien vu cent cas d'hystérie au moins chez les femmes, quand nous en avons rencontré un chez l'homme. La vie plus sédentaire de la femme peut y être pour beaucoup. On n'a pas oublié que Mme de Sévigné écrivait, il y a près de deux siècles, à sa fille Mme de Grignan, que la plupart des maladies des femmes provenaient de ce qu'elles avaient toujours le cul sur selle. Voilà pourquoi les professions sédentaires de la femme y prédisposent davantage.

L'âge apporte aussi une grande influence sur la fréquence de l'hystérie. On ne l'observe presque jamais qu'entre 15 et 50 ans. On peut donc regarder cette époque de la vie comme une prédisposition à la maladie. Est-ce, comme le veulent quelques auteurs, parce que c'est seulement alors que les fonctions de l'utérus s'accomplissent ? Ils ont raison, d'une manière générale, mais non point d'une manière absolue. Nous reconnaissons et nous proclamons la puissante influence de l'utérus pendant son activité de service ; moins cependant à l'époque même de la puberté, comme on l'a dit, qu'à une époque un peu plus avancée de la vie ; mais en même temps nous ne répudions pas l'influence des autres organes. Pour être plus rare elle n'est pas moins réelle. Ainsi l'hystérie peut survenir à d'autres époques qu'à celles qui lui a été signalée. Nous l'avons vue plusieurs fois chez

db l'hystérie. 217

de jeunes Allés de 7 à 9 ans, et chez des femmes de 60 à 70 ans. Chambon l'a même vue chez une femme de 82 ans sa parenle. Le docteur Silvano, de Turin, vient d'en voir un cas chez une jeune fille de 10 ans. On me demandera pourquoi je n'en ai point cité d'observation. Ma réponse est bien simple : j'ai déjà lieu de craindre d'en avoir surchargé mon travail ; en les multipliant trop, elles eussent été plutôt nuisibles qu'utiles. S'il eût fallu citer tous les faits qui présentent quelques nuances, mille de plus auraient à peine suffi. A quoi nous auraient servi 4 ou 5 pages de plus, pour nous dire seulement, que telle femme , âgée de 60 ans , avait été prise d'hystérie, et ainsi de suite pour tous les autres âges de la vieillesse et de l'enfance? Nous avons cru devoir nous abstenir de toute apparence de statistique à cet égard. Nous ne blâmons point les efforts qu'a faits le docteur Beau pour nous donner une statistique des faits qu'il a observés ; mais nous les regardons comme bien insuffisants, non seulement parce qu'ils sont établis sur une trop courte échelle, mais surtout parce qu'ils ne se présentent pas dans les mêmes proportions à d'autres observateurs. Cependant , c'est , comme nous l'avons dit, durant l'âge de la puberté qu'elle arrive de préférence. Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de placer ici le tableau stastistique fait par M. Landouzy d'après le relevé de 351 observations.

De 10 à 15 ans, 48 cas.

Cette stastistique , exacte d'après les faits publiés, ne nous paraît manquer de vérité que dans la période de 20 à 25 ans. C'est à cet âge, comme à la puberté, que j'ai rencontré le plus grand nombre d'hystéries. On voit aussi qu'à l'âge critique, la ménopause n'occasionne pas autant d'hystéries que l'ont pensé quelques auteurs, Gardanne entre autres.

On s'est beaucoup occupé de l'influence de la chaleur et du froid sur l'économie pour la disposer ou la prémunir contre les affections nerveuses. Les opinions les plus contradictoires ont été émises. Les uns ont prétendu et prétendent que la chaleur y dispose davantage, et ils pensent que les pays chauds, tels que la Grèce, l'Espagne, l'Italie, comptent plus de femmes hystériques. D'autres, au contraire, soutiennent que ce sont le froid et les pays froids qui y prédisposent davantage l'organisation. Les uns et les autres ont raison. Il ne s'agit que de partir d'un point fixe et bien déterminé pour s'entendre, et pour faire une juste part à ce contraste apparent.

Oui, la chaleur et les pays chauds augmentent la sensibilité, la rendent plus exquise et plus délicate, et sous ce rapport, ils rendent l'économie plus accessible à l'action des mille agents qui viennent surexciter le système nerveux. Oui sans doute aussi, la chaleur est l'amie des nerfs ; elle calme les spasmes, solvit spasmos ; et bien souvent le meilleur remède contre les vapeurs de l'hystéricisme, c'est de faire voyager dans les pays chauds, c'est de procurer une chaleur satisfaisante. D'une autre part l'action du froid est stimulante, et cette stimulation souvent renouvelée peut favoriser l'action des modificateurs nerveux. En même temps elle toniGc nos tissus et engourdit la sensibilité de manière à rendre l'économie beaucoup moins impressionnable. Ainsi, comme nous le disions , chaque opinion compte de bonnes raisons en sa faveur. Il ne s'agit que de les apprécier, que de se placer au

point où étaient les auteurs qui ont observé. C'est en procédant de cette manière que nous pourrons faire toujours une part bien juste des effets de chaque modificateur. Qu'on se rappelle que la température de notre corps est de -H 32 degrés Reaumur, et qu'il lui faut pour se soutenir une température moyenne de 15 à 25 degrés, on concevra que tout ce qui dépassera ces deux limites en plus ou en moins deviendra la cause d'impressions anormales et pénibles, et occasionnera par sa durée ou son renouvellement incessant une modiBcation organique et physiologique dans l'économie. Ce n'est que de cette manière qu'on peut expliquer ces apparences de contradiction qu'on remarque dans les auteurs.

Nos réflexions sur les climats seront les mêmes , et nous dirons que les extrêmes sont également nuisibles. Pour s'en rendre un compte satisfaisant, il ne faut jamais perdre de vue l'action de toutes les circonstances qui s'y trouvent réunies : sous ce rapport nous ne saurions trop recommander de faire la part de la civilisation. Quels que soient les climats, les contrées et la température , partout où la civilisation est plus avancée , partout où l'éducation est plus soignée , la sensibilité nerveuse est plus grande, et avec elle se développe une plus grande susceptibilité , une plus grande disposition à l'hystérie ; c'est là une remarque constante et qui ne souffre point d'exception. C'est de cette manière aussi qu'il faut entendre les différences qu'on a cru trouver dans la fréquence de l'hystérie chez les femmes de la ville et chez celles de la campagne. D'une part la civilisation plus avancée de la ville , l'éducation plus efféminée qu'on y reçoit, et le tempérament plus nerveux et plus irritable des citadins y prédisposent davantage. D'autre part la constitution plus dure et plus robuste des habitants de la campagne les rend beaucoup moins aptes à contracter les affections nerveuses et hystériques. Cependant les femmes de la campagne n'en

sont pas exemptes : plusieurs fois nous avons été appelé à leur donner des soins pour cette affection.

Ces réflexions peuvent s'étendre aux saisons. Nous avons vu des crises hystériques dans toutes ; nous avons vu des femmes hystériques se trouver mieux en été, d'autres mieux en hiver, au printemps ou en automne. Pourquoi cela? parce que chaque personne a , comme nous l'avons dit bien des fois , son idiosyncrasie , sa spécificité de prédisposition. Mais ce qui n'a jamais varié , c'est l'influence fâcheuse des changements brusques de température, et surtout de certains vents lourds et accablants du midi , et des temps d'orage. Toujours alors les personnes hystériques et nerveuses sont beaucoup plus fatiguées et plus disposées à prendre des crises, lorsqu'elles y sont sujettes. Il ne faut donc jamais prendre à la lettre les opinions tranchées des auteurs en faveur d'une influence exclusive et absolue , quels que soient les raisons et les faits qu'ils apportent à son appui , parce qu'alors ils n'ont pas tout vu et ils ne tiennent pas compte de ce qu'ils n'ont pas vu , et ils vicient les faits eux-mêmes par leurs interprétations forcées.

La forme des gouvernements ajoute encore plus de poids à ce que nous disons : elle est un des plus puissants agents des maladies nerveuses. Si, depuis si longtemps, l'Angleterre est devenue la terre vraiment classique de ces maladies, ne faut-il pas l'attribuer à ce gouvernement mixte , dans lequel les passions toujours en présence sont agitées et ballottées par des craintes et des espérances sans cesse renouvelées? Ainsi les gouvernements populaires , dans lesquels les passions sont plus développées et plus souvent mises en jeu , seront les plus favorables au développement des maladies nerveuses, lorsque surtout le luxe en aura banni les mœurs austères et la frugalité. Une cour voluptueuse et traversée par toutes les agitations de l'intrigue, ne sera pas moins favorable aux prédispositions nerveuses.

de l'iiistébie 221

Cependant n'ajoutons pas une trop grande importance à toutes ces influences : elles ne sont pas toujours aussi puissantes qu'on l'a dit, et presque toujours aussi il faut tenir compte de la position et de la direction d'esprit d'un auteur. Lorsqu'il fait d'un sujet l'objet spécial de ses études, il rapporte tout à ce sujet; tout en prend la couleur et la livrée, et cela se conçoit. On comprend comment un auteur pourra accorder une prédominance au sujet qui a fixé toute son attention. On comprend surtout qu'il aura pu souvent écrire sous l'inspiration de sa localité , et généraliser ce qu'il y a observé. Un auteur ne doit jamais oublier de nous avertir sous quel ciel il vit , comme le faisait l'illustre Baglivi , qui nous prévient dès son début qu'il écrit in aère romano. Le lecteur ne doit pas l'oublier davantage , afin de ne pas s'exposer à des quiproquos erronés, en généralisant l'observation recueillie dans un pays , parce que celte observation , vraie pour cette localité , devient , sinon fausse , du moins différente dans une autre. C'est bien souvent faute d'avoir pris cette précaution qu'on ne s'entend pas , lorsqu'il serait si facile de s'entendre.

Nous savons déjà , et de tout temps on l'a signalé , com bien la profession exerce d'influence sur l'économie. Nous savons surtout que toutes celles qui exigent une vie sédentaire augmentent singulièrement la sensibilité , et par conséquent la susceptibilité et la mobilité nerveuse. Or, comme la plupart des occupations des femmes les condamnent à cette vie intérieure, il est impossible qu'elles ne s'en ressentent pas ; c'est peut-être une des causes les plus grandes de leur prédisposition nerveuse. N'exagérons cependant rien : nous n'avons pas rencontré plus d'hystéries chez les couturières que chez les autres personnes , et autre part ( obs. XIV), nous avons fait ressortir la rareté de l'hystérie chez les religieuses, bien quelles fussent sédentaires, excepté, comme

nous l'avons dit, lorsque des écarts de régime viennent ajouter à leurs prédispositions.

Nous devons encore placer au nombre des prédispositions certaines époques du célibat. Lorsque chez les vieilles filles les fonctions génératrices ne sont point accomplies dans leur entier, l'utérus non satisfait réagit d'une manière pénible sur le système nerveux , et peut-être aussi le dépit et l'amourpropre s'y joignent-ils. Quoi qu'il en soit , la vieille fille prend à une certaine époque un état nerveux indicible , que nous regardons avec les auteurs comme une prédisposition à l'hystérie.

En dernière analyse , nous voyons que toutes les causes modificatrices de l'économie peuvent agir sur elle de manière à exagérer la susceptibilité nerveuse, lorsqu'elles sont dirigées dans ce sens. Dès-lors elles peuvent toutes devenir causes prédisposantes de l'hystérie , puisque cette maladie est bien plus facile à se développer chez les personnes qui ont éprouvé cette exaltation de sensibilité. Il en résulte une constitution nouvelle et particulière, qu'on pourrait regarder comme une sorte de diathèse ; mais dont il faut bien la distinguer : car autre chose est une prédisposition , autre chose est une diathèse. Nous serions fâché qu'on pût nous soupçonner de confondre ces deux états de physiologie pathologique , parce que nous leur trouvons une certaine analogie.

Puisque nous admettons une prédisposition hystérique , on nous demandera s'il est des signes auxquels on puisse la reconnaître. Il n'en est point de certain : cependant on peut la trouver dans tout ce qui caractérise le tempérament nerveux exagéré : fibre molle et délicate , finesse des traits , embonpoint médiocre et quelquefois lymphatique, avec beaucoup d'éclat dans la blancheur de la peau, etc. Mais ce tableau n'est pas toujours fidèle. Tous les jours les tempéraments nerveux affrontent toutes les causes de l'hystérie sans

de l'uystérie. 223

en éprouver la moindre atteinte : tandis qu'un autre tempérament peut recevoir des influences qui , sans en changer les caractères physiques , lui donnent la prédisposition hystérique la plus prononcée. Il est encore une remarque à faire et qui n'a pas échappé aux observateurs : chaque tempérament semble donner un caractère particulier à l'hystérie à laquelle il prédispose. Le tempérament éminemment nerveux rendra les crises plus mobiles, plus marquées par les spasmes internes ; tandis qu'un tempérament fort et pléthorique donnera plus d'intensité aux contractions convulsives. Cependant celte remarque n'est pas toujours bien juste : le contraire s'observe quelquefois, puisque M. Foville a cru pouvoir établir l'inverse. Tant il est vrai , comme nous ne cesserons d'en faire la remarque , que rien n'est plus variable que ce qui tient aux modifications de la vie.

Il eût peut-être été de quelque intérêt de rechercher si , dans la succession des temps , il n'y a pas eu des époques plus favorables au développement de l'hystérie, et surtout s'il est bien vrai que notre siècle , devenu chaque jour plus immoral avec plus de civilisation, soit, par ce fait même, une cause prédisposante plus grande. Sur la première question, nous n'eussions point balancé à nous prononcer affirmativement. On conçoit en effet que , dans les temps de bouleversements des états , le système nerveux plus surexcité donne lieu plus facilement aux maladies nerveuses. Quant à la seconde proposition , elle nous semble plus difficile à résoudre. Nous pensons bien que les progrès du luxe et de la civilisation, en énervant notre constitution physique, nous prédisposent aux affections nerveuses ; mais nous nions que la dépravation soit plus grande qu'autrefois. L'histoire des peuples et des siècles nous montre partout les mêmes vices. Toujours on y voit les mêmes crimes et les mêmes passions ; toujours les moralistes nous font de leur époque le tableau le plus hideux. Toujours les grandes catastrophes qui sont sur-

224 TBAITÉ

venues ont été le juste châtiment des crimes et de la corruption des peuples. Non , le siècle qui vit noyer le genre humain parce qu'une seule famille était restée vertueuse , ne valait pas mieux que le nôtre. Le feu qui dévora Sodome et Gomorrhe respecterait nos cités, parce que l'Eternel y rencontrerait au moins dix justes qu'il ne put trouver dans ces villes dépravées. Les siècles qui dressaient des autels à Vénus et à Cupidon , qui honoraient les Aspasie , les Lais et les Glycère , qui plaçaient Phrynée dans les temples , qui excitaient l'ire d'Aristote pour combattre les mélangées des masies avec les masies et chasser ces dénaturées et prépostères amours, ne pouvaient pas être des siècles de vertu. L'histoire nous a conservé une loi qui ne prouve pas en faveur de la moralité de ces Lacédémoniens si farouches, dit-on, et si sévères dans leurs mœurs. Que penser en effet de la nécessité où fut leur sage législateur d'enjoindre aux jeunes filles un vêtement que nous trouverions si indécent aujourd'hui , et qui avait pour but de ramener les hommes au culte du sexePQuepenser de son autre loi qui permettait aux femmes de se prostituer pour vivre? Que penser des mœurs de Paphos, Cythère, Gnide , Chypre , Amathonte , villes dont les noms rappellent la honte des femmes? Que penser aussi de ces prétendues mœurs romaines si sévères , qui laissaient les dames aller danser avec les histrions sur le théâtre ; qui laissaient le sage Caton prêter sa femme à Hortensius; qui ne permirent pas sous Auguste de trouver six vierges pour les consacrer à Vcsta; qui laissaient impunément mutiler les enfants pour exciter la commisération publique? Quel cas devait-on faire de la vertu dans un pays où les poètes, Horace, Tibulle, Properce , Catulle , ne célébraient que les courtisanes ? Quelles bonnes mœurs que celles de l'époque (572) où l'on comptait dans la ville de Rome 3,000 empoisonneurs! Il fallait que ce fût un bon métier. La moitié de l'espèce humaine n'était-elle pas dans l'esclavage traitée comme la brute? Le

de l'hystérie. 225

spectacle horrible des gladiateurs se roulant au milieu des plats qu'ils inondaient d'un ruissean de sang, ne faisait-il pas les délices de cette antiquité si révérée? Y eut-il jamais siècle plus corrompu que ceux dont Martial , Pétrone, Perse et Juvénal nous ont transmis la critique? Nos Justine et autres romans non moins scandaleux ne pâliraient-ils pas devant ces écrits licencieux dont Montaigne nous a rappelé et conservé le souvenir dans son livre des vers de Virgile? Les amours les plus honteux y étaient moins cachés qu'aujourd'hui ; les turpitudes des androgynes artificiels et des maisons de débauche, dont saint Clément nous a conservé la peinture dans son Pédagogue, ne trouveraient plus d'analogues aujourd'hui. Nos courtisans sont-ils plus complaisants que ne l'était Galba pour le favori d'Auguste, lorsqu'il disait à son esclave qui lui dérobait une aiguière d'argent : Ne vois-tu pas que je ne dors que pour Mécènes ? On cite , il est vrai , quelques exemples sublimes de courage et de vertu , qui apparaissent de loin en loin dans la durée des siècles, et qui sont comme ces rari nantes in gurgite vasto ; tandis qu'aujourd'hui ces mêmes traits se pressent en foule et ne valent plus la peine qu'on les inscrive. L'enthousiasme d'un écrivain a souvent fait toute la gloire d'un pays ou d'un homme ; et cependant, malgré leurs efforts , cette Grèce que nous admirons tant et de si loin , n'a pu nous transmettre que sept sages pendant la durée de plusieurs siècles , et encore des sages qui seraient aujourd'hui des fous. La civilisation aurait-elle déjà alors corrompu l'espèce humaine? Eh bien! voyez les temps héroïques : ils produisent quelques demi-dieux épars pour purger la terre des brigands qui l'infestent. L'espèce humaine était alors ce qu'elle est aujourd'hui. Alors elle naissait avec ses passions comme aujourd'hui , et aujourd'hui elle naît comme autrefois : rien n'est changé, que la forme. Les vices se reproduisent toujours les mêmes, parce que nous naissons toujours avec les mêmes passions , et que ce sont elles qui

nous subjuguent. Aussi ceux qui parlent des progrès de l'esprit humain sous ce rapport sont des dupes ou des imposteurs. Nous avons des vertus autant au moins qu'on en avait autrefois. Nous avons des vices aussi, mais pas plus; et si nous n'en avons pas moins, ils sont plus polis et plus cachés. Les proscriptions et les orgies les plus dégoûtantes et les plus infimes furent de tous les temps. Nos modernes Brutus ont , sous le règne de la Raison , au moins égalé les Tibère , les Néron, les Galigula et les Héliogabale (1).

(1) Qu'il nous soit permis de placer dans cette note quelque» citations qui prouvent tout ce que nous avons dit de la perversité des siècles anciens.

Pejoraque secula ferri Temporibus, quorum sceleri non invenit ipsa Nomen et à nullo posuit natura métallo. (Jcvéiul.)

Quippe ubi fas versum alque nefas. (Virg. Gëorg. liv. \,

Tain multœ scelerum faciès. (Vibg. Georo. )

Eheu ! cicatricum et sceleris pudet, Fratrumque : quid nos dura refugimus

/Elas? quid inlaclum nefasti

Liquimus? unde manum juventus

Metu deoruin continuil ? quibus

Pepercit aris? (Horace, liv. t. ode 30.)

P.ona jam nec nasci licet, ila corrupta sunt semiua. (Ciceroh.)

Oinnia fanda ncfanda malo pennista furore , Justificam notais mentem avertere deoruin. Catulle.)

Et cremat insoutes turba scelesta casas.

Mûris uulla fides , squalenl populatibus àgri. (Ovide Tristum )

Nunquam adeo fœdis adeoque pudendis

Utimur exe m plis, et ut peiorfl sopersiut.{ Juvhal, Soi. vin.)

Furit aller ainore , El pontum fraeuare potest, et vertere Trojam : fecce palrcm nati perimuat . natosque parentes , Mutunque annati coeunt in vulneia fratrcs. ( Manilics.)

db l'hystérie. 227

Chaque époque s'est toujours plue à blâmer ou à louer outre mesure les prédécesseurs. Voyons comme déjà le sublime Horace a rendu cette pensée.

Damnosa quid non imminuit diesî .(Etas parentum pejor avis tulit Nos nequiores , mox daturos Progeniem vitiosiorem. ( C. m. Od. vi.)

Au lieu de croire à la perfectibilité de l'espèce humaine, Horace croyait à sa dégénérescence progressive. Eh bien ! nous ne croyons ni à l'une ni à l'autre. Nous croyons à son immutabilité. Voyez les tribunaux ; ils vous enseigneront mieux que tous les raisonnements: toujours ils jugent, toujours les mêmes délits, et toujours en même nombre. Écoutez les prédicateurs : ils tonnent contre la perversité du siècle , comme ils le faisaient il y a cent ans , il y a 1 0 et 20 siècles, et comme ils le feront dans 20 siècles encore. Ainsi notre siècle n'est pas plus vicieux que ceux de ces antiques grands hommes , aux pieds desquels on nous fait prosterner por»* nous les faire trouver plus grands. Il n'est pas plus vertueux non plus, quoi qu'en disent les apologistes du progrès absolu et indéfini , qui s'efforcent de rapprocher de la perfection l'humanité collective , et qui ne voient pas que leurs rêveries utopiques renverseraient la société au lieu de la reconstruire.

Il en est de même de la question relative aux conditions de la femme dans notre système social ; question toujours palpitante d'intérêt, que soulèvent de temps en temps quelques-uns de ces utopistes qui , avec de belles phrases et de grandes prétentions , portent souvent le trouble dans la société, en déguisant le venin de leur système dangereux. Pour nous en convaincre, prenons la femme chez les peuples non policés, chez les sauvages. Elle y est très-malheureuse. « L'homme sauvage , dit Thomas , tout à la fois féroce et indolent, actif par nécessité , mais porté par un goût invin-

cible au repos , ne connaissant presque que le physique de l'amour, et n'ayant aucune de ces idées morales qui seules adoucissent l'empire de la force ; accoutumé par ses mœurs à les regarder comme la seule loi de la nature , commande despotiquemeot à des êtres que la raison fit ses égaux, mais que la faiblesse lui assujettit. Les femmes sont, chez les Indiens ce que les Ilotes étaient chez les Spartiates, un peuple vaincu obligé de travailler pour les vainqueurs. Aussi a-t-on vu sur les rives de l'Orénoque des mères, par pitié pour leurs filles, les étouffer en naissant. Elles regardaient cette pitié barbare comme un devoir , etc. »

M. Belouino a , mieux que personne , fait ressortir cet état de servitude et d'avilissement dans lequel s'est constamment trouvée la femme chez les anciens et chez les peuples civilisés.

La révolution dévorante de 93 semblait avoir englouti tout principe de morale et de vertu. La dépravation était à son comble. Le christianisme reparut et, comme dans les siècles de barbarie, il imposa des lois plus sévères à la vertu des femmes. Il ramena la pudeur , la décence et la chasteté, à une époque où toute morale semblait perdue pour jamais. Seul il a relevé les mœurs des troubles politiques qui éclipsaient la morale. Il fait beaucoup encore ; et s'il ne fait pas tout , c'est parce que le Créateur a placé dans notre cœur un levain qui fermente sans cesse pour arriver à ses fins»

§ II. Causes efficientes.

En admettant comme causes efficientes ou occasionnelles toutes celles qui sont capables de faire développer l'hystérie, elles se présenteraient bien nombreuses. Nous en trouverions dans presque tous les stimulants ou modificateurs de l'économie, internes ou externes, physiologiques ou pathologiques, moraux ou physiques. Nous pourrions même y

DE l'hYSTÈIUK. 2*29

rattacher la plupart des causes prédisposantes que nous avons signalées , parce qu'un grand nombre , en agissant plus vivement , ou en prolongeant leur action, ou parce qu'elles trouveront des nerfs déjà montés au rhylhme hystérique, peuvent produire immédiatement la maladie.

L'étude des causes est une chose de fait : elle n'a pas pu varier sur leur existence , parce que l'imagination ne crée pas les faits , comme elle crée les systèmes. Cependant nous ne pouvons pas nous refuser à reconnaître l'influence de certaines hypothèses sur cette étude môme. Il est impossible qu'un homme seul puisse tout observer : le tableau complet de l'étiologie ne peut être que le résultat de la réunion successive de l'observation de chacun. Or, le plus souvent, les circonstances et les localités , et plus encore que cela, les opinions dominantes, exercent sur l'observateur une influence dont il ne peut pas se défendre. Nourri avec une série de faits propres à la localité , identifié avec des opinions qu'il a sucées dès son enfance scientifique , il rapporte tout à ce qu'il voit ou à ce qu'il a appris. Voilà pourquoi les causes, ou plutôt leur interprétation , n'ont le plus souvent été vues que par une face ou à travers le prisme de l'opinion préconçue.

Ainsi Willis et Pomme, ayant pratiqué dans un monde tout névrosique , ont fait une part trop large à l'hérédité. Il en est de même de ceux qui ont placé le siège de l'hystérie dans la matrice. Comme Démocrite , ils n'ont tenu compte que des causes qui agissent sur cet organe , et quand ils ont parlé des autres , c'était pour démontrer par quel enchaînement elles ont pu arriver à ce viscère , pour y développer l'excitation hystérique. Nous les voyons mentionner avec complaisance toutes les incommodités de la virginité et de la continence , les appétits vénériens non satisfaits , les lectures lascives , la fréquentation des personnes un peu libres dans leurs propos et dans leurs actions , les passions contra-

riées , la chlorose , les flueurs blanches , les viciations et surtout la suppression de la menstruation , les altérations organiques rencontrées.

Les auteurs qui ont fait de l'hystérie une maladie du cerveau, n'ont fixé leur attention que sur les causes nombreuses qui agissent sur l'organe de l'intelligence :'affections morales, passion de l'étude, émotions , surprises , lésions pathologiques. Willis surtout et Georget ont fait des efforts inconcevables pour rattacher à cet ordre toutes les causes de la maladie, même celles qui en paraissent le plus éloignées.

Ceux qui ont fait partir de l'estomac tous les phénomènes de l'hystérie , n'ont vu que des aliments mal élaborés et le vice des digestions, ou , comme Broussais, les résultats d'une gastrite.

L'humorisme et la théorie des obstructions n'ont pas manqué non plus de bonnes raisons pour démontrer que les humeurs viciées sont les véritables causes de la maladie, toujours en ne tenant compte que de celles qui sont favorables à leur système, et en soumettant les autres à l'omnipotence des interprétations.

De toutes les opinions , celle qui a pu admettre plus facilement toutes les causes, sans les torturer par des explications forcées , est celle qui n'a vu dans l'hystérie qu'une affection nerveuse. Ses partisans ont de cette manière éludé bien des difficultés. Ils ont mieux expliqué et la manière d'agir de la cause et ses effets consécutifs.

Avouons toutefois que l'harmonie qui lie tous les actes de l'économie , que cette dépendance où ils sont les uns des autres , que ce grand consensus si bien reconnu par le père de la médecine , favorise singulièrement toutes les interprétations et toutes les explications. Quelque part qu'agisse une cause , son action va bientôt retentir partout, tellement tout est si bien lié et solidaire.

Pour tout dire et sans prévention , nous ne devons nous

de l'uïstérie. 231

renfermer exclusivement dans aucune de ces opinions. Nous devons en faire une abnégation complète. Nous devons tenir compte de toutes les causes , sans nous inquiéter de l'opinion qu'elle peut favoriser ou combattre. Comme il est essentiel de mettre de l'ordre dans leur énuméfation , nous les rattacherons toutes à la classification physiologique que nous avons admise. Ainsi , nous ferons deux grandes classes de causes. Les unes agissent sur le système nerveux cérébral ou la vie de relation , les autres sur le système nerveux ganglionnaire ou la vie organique. Comme la première de ces deux grandes divisions comprend deux points assez distincts dans leurs attributions , nous les diviserons et nous examinerons séparément les causes qui agissent sur l'encéphale, et les causes qui agissent sur le système nerveux cérébral. Le second ordre pourrait nous présenter autant de subdivisions qu'il y a d'appareils fonctionnels dans cette classe ; mais comme chacune de ces subdivisions ne joue pas un rôle bien important , nous ne les séparerons pas , nous ne ferons que les indiquer successivement. De cette manière nous nous renfermerons dans notre division trilogique , et nous aurons à examiner les causes qui agissent sur le cerveau, ou causes cérébrales ; les causes qui agissent sur le système nerveux cérébral , ou causes nerveuses ; et les causes qui agissent sur les actes du système nerveux ganglionnaire , ou causes organiques.

A. Causes cérébrales.

Nous comprendrons dans cette catégorie toutes les causes capables de produire l'hystérie en agissant directement sur l'encéphale. Comme elles peuvent agir de trois manières différentes , nous en distinguerons trois espèces : les unes intellectuelles, les autres morales, et les troisièmes pathologiques.

1° Causes intellectuelles. — Il n'est personne qui ne

sache combien est grand l'empire qu'exercent les facultés intellectuelles sur l'économie entière et principalement sur le système nerveux. Cette influence a fait l'objet de tant de recherches, elle se trouve consignée et développée dans un si grand nombre d'ouvrages, qu'elle est une chose acquise à la science , et sur laquelle nous n'avons pas à nous appesantir longuement pour la faire comprendre et admettre. Ainsi nous savoos que les études forcées , de même que les travaux exagérés du cabinet nuisent beaucoup à l'économie, soit en détruisant cet équilibre qui doit toujours régner entre les forces physiques et les forces morales , soit en augmentant la sensibilité et la mobilité du système nerveux cérébral. Jusque-là il n'y a que prédisposition ; mais lorsque par des excès de travaux intellectuels trop longtemps continués ou sans cesse renouvelés, on augmente à l'infini cette mobilité nerveuse , on finit par la porter jusqu'au point des crises hystériques. C'est là ce qui arrive ou du moins ce qui doit arriver : tous les auteurs sont d'accord là-dessus. C'est d'après eux que j'admets et que j'émets cette opinion : car je n'ai jamais rencontré d'exemple d'hystérie bien prononcé, qui fût le résultat direct des excès des travaux intellectuels. J'ai vu la constitution s'affaiblir, et passer à une grande mobilité nerveuse par suite de ces excès ; mais l'hystérie ellemême , je ne l'ai jamais vue. Cette circonstance ost importante, plus qu'elle ne le paraît d'abord : car si les travaux de l'intelligence sont rarement cause de l'hystérie , tandis qu'ils sont une des causes les plus fréquentes de l'hypochondrie, on doit en conclure déjà qu'il faut qu'il y ait entre ces deux maladies une grande différence , puisque une cause si puissante dans l'une est si faible dans l'autre. On doit en conclure aussi qu'il faut que ces travaux agissent d'une manière bien différente sur l'organe de l'intelligence de la femme et sur celui de l'homme. Qu'on examine les faits, ils viendront tous justifier cette différence. Peut-être

de l'hystérie. 233

les auteurs se sont-ils en général , trop laissé aller à répéter ce que Sydenham et ses adhérents avaient dit. Comme ils confondaient l'hypochondrie avec l'hystérie , ils ont dû leur assigner les mêmes causes. De là cette admission de l'empire des causes intellectuelles. Mais aujourd'hui qu'il n'est plus permis de confondre les deux maladies , il ne doit plus être permis non plus de confondre leurs causes. Je n'ai jamais vu de cérébropathie spasmodique à la suite de travaux intellectuels , a dit Georget. Pour peu qu'on réfléchisse sur le mode d'action des causes intellectuelles , on se rendra facilement compte de la différence des résultats. En effet, les travaux de cabinet, les études forcées, les projets vastes et les combinaisons de l'ambition et de la politique , exercent surtout les facultés de l'intelligence. Leur excès ou leur abus doit donc agir plus spécialement sur ces facultés ou sur leur organe. Or, dans l'hypochondrie, ces facultés sont essentiellement lésées , et elles ne le sont pas dans l'hystérie. La conséquence est naturelle : la cause qui agit dans la première maladie, ne pourra plus agir de même dans la seconde. Quant à l'action différente des excès intellectuels chez l'homme et chez la femme, elle vient à l'appui de ce que nous avons établi plus haut dans la différence qui sépare ces deux sexes relativement à ces facultés. L'organisation de la femme , la direction de ses occupations , la mobilité spéciale de son système nerveux : tout a concouru à produire la différence ; tout concourt également à mettre la même différence dans l'action des causes et des abus. De plus longs détails seraient d'autant plus inutiles , qu'il est facile maintenant de faire l'application de ce que nous venons de dire à tous les cas dans lesquels les excès des travaux intellectuels ont joué un rôle quelconque , soit chez l'homme , soit chez la femme. 2° Causes morales. S'il nous a été difficile de démontrer l'influence directe des causes intellectuelles, il n'en sera pas de même des causes morales : elles sont les plus communes,

les plus fréquentes et les plus ordinaires. Georget n'en connaît presque pas d'autres. Sur 22 faits qu'il a cités, 17 reconnaissent des causes morales. Louyer-Villermay, M. Dubois d'Amiens, etc., sont tous d'accord sur la fréquence de cette puissante influence. Elles comprennent tout ce qui se rapporte aux passions, aux affections vives de l'âme, aux sentiments plus ou moins vifs ou contrariés. Nous en avons vu des exemples dans les observations I, II, III, IV et XVIII. Ainsi tout ce qui viendra affecter le moral de la femme deviendra facilement cause d'hystérie, pour peu qu'il y ait quelques prédispositions. Le moral, comme l'intelligence, a son siège dans le cerveau. Ce viscère en est l'organe physiologique. Nous abandonnons à la physiologie le soin de démontrer cette vérité. Nous l'adoptons, parce qu'elle nous paraît une chose de fait, contre laquelle les subtilités,, à l'aide desquelles on essaie quelquefois de l'attaquer, ne font que la confirmer. Nous abandonnons aussi à la phrénologie le soin de nous faire connaître, quand elle le pourra, non seulement la partie du cerveau qui paraît destinée aux affections morales, mais surtout les points précis ou les organes spéciaux dans lesquels sont logées chaque faculté et chaque affection. Cette grande et interminable question, qui compte des partisans et des antagonistes du plus grand mérite, ne nous regarde en aucune façon. Renfermons-nous dans nos attributions, et n'étudions que les causes et leur manière d'agir. Ainsi, tout ce qui tient au moral agit de manière à produire l'hystérie chez la femme. Je dis chez la femme, parce que les passions de toute espèce ne tyrannisent pas moins l'homme, et que cependant elles produisent rarement l'hystérie chez lui. Voilà donc encore une différence immense entre les deux sexes. Tous les deux jouissent du même moral, tous les deux sont en proie aux mêmes passions, et cependant l'influeucc de ces passions n'est pas la même. Elles occasionnent l'hypochondrie chez

de l'hystérie. 235

l'homme, et l'hystérie chez la femme. La raison de cette différence ne nous paraît pas facile à donner; mais elle trouve sa source dans ce caractère physiologique sur lequel nous avons tant insisté en parlant du physique et du moral de la femme. Elle part de cette prédominance affective qui semble être son unique moteur, et de celte mobilité nerveuse qui lui est si intimement associée. Cette action différente de la même cause dans les deux sexes pourrait-elle nous servir de preuve nouvelle à la manière dont nous les avons envisagés tous les deux.

Les affections de l'âme agissent de deux manières dans la production de l'hystérie. Ou bien leur action est prompte et vive, ou bien elle est faible et lente. Lorsqu'elle est prompte, pour peu qu'il y ait prédisposition, elle produit une crise hystérique subite. Lorsqu'elle est faible, elle n'agit pas aussi brusquement, et ce n'est pas de prime abord qu'elle opère des crises ; ce n'est qu'à la longue, après qu'elle y a progressivement acheminé l'économie, à moins qu'une trèsgrande prédisposition, une sorte d'hystéricisme ou d'état voisin de l'hystérie, n'existe déjà. Ainsi un accès de colère ou de joie, une grande surprise, une émotion vive (obs. I), une frayeur subite (obs. II, III), la vue instantanée d'objets dégoûtants ou effrayants, un spectacle d'horreur ou d'épouvante, la chute d'une personne, une nouvelle fâcheuse, une perte douloureuse, la vue d'une personne en crise (obs. XVI), quelquefois même la répugnance d'un mets ou d'un médicament, et même le simple souvenir de ces objets, pourront occasionner des crises subites. « Mais on doit placer ici, dit Louyer-Villermay, l'influence si prononcée des lectures lascives, celle des romans et des livres erotiques, de ceux même dont le but est moral, mais qui offrent la description animée des passions amoureuses, les conversations qui roulent sur cet objet, quand surtout elles ont lieu entre des personnes du même âge et de sexes différents, l'habitude

des promenades publiques, des spectacles, des bals, des concerts et des réunions nombreuses, des repas splendides, enfin la culture prématurée ou trop continue des sciences et des beaux arts, qui agit puissamment sur l'imagination, surtout en multipliant les rapports entre les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe. »

Les affections lentes, comme les chagrins, les ennuis, les malheurs, les tortures de l'envie et de la jalousie, les échecs et les froissements de l'amour-propre, les divisions de familles, les haines de partis ou d'opinions, les bouleversements sociaux, les terribles effets des invasions, les exils, les proscriptions, l'expatriation, la honte, les remords, le repentir, la crainte de perdre quelqu'un qui nous est cher ou toute autre chose importante, les appréhensions d'une maladie ou d'un malheur qui menace un enfant ou toute autre personne chérie, une solitude trop grande, la fréquentation des personnes tristes et souffrantes, la lecture des livres où sont dévoilées les noirceurs du cœur humain ou les malheurs les plus grands, les dénonciations odieuses, les destitutions, les persécutions injustes, les cabales, etc., finissent, après avoir modifié le système nerveux, par faire éclater l'hystérie. Comme l'a dit avec beaucoup de sens Mme Cottin ; les peines qui usent la Yie sont presque toujours celles qui se cachent, et tel qui résiste à leur violence succombe à leur durée. Aussi a-t-on remarqué avec juste raison que les grandes catastrophes politiques amenaient à ïa fois une grande prédisposition aux maladies nerveuses et le développement même de ces maladies.

Cette influence des affections morales est si bien reconnue, qu'un moraliste n'a pas craint d'avancer que les causes des maladies nerveuses ne resteraient jamais ignorées, si l'on pouvait fouiller les replis du cœur humain. Peut-être même, en poursuivant cette étude avec persévérance, apprendraiton à connaître à quelle névrose telle passion donne nais-

db l'uystérib. 237

sance plutôt que telle autre. Si déjà quelques données ont paru répandre un peu de jour sur celles qui sont plus favorables à l'hypochondrie, nous ne sommes pas assez avancés pour dislinguer celles qui occasionneront l'hystérie ou toute autre névrose.

Quelle que soit la passion à laquelle on soit en proie, violente ou douce, aiguë ou chronique, c'est toujours par le cerveau qu'elle commence son action; et par celui ci elle réagit sur le système nerveux et détermine spontanément ou avec lenteur la modification qui doit produire la crise, ou bien la crise sur-le-champ, ou bien d'abord la prédisposition nerveuse et plus tard la crise. Leurs effets sont connus dès la plus haute antiquité, qui en a laissé de nombreux exemples : obstupui, a dit Virgile, steteruntque cornes et vox faucibus hœsit. C'est lorsqu'il y a prédisposition que les causes morales agissent avec une facilité étonnante , soit pour produire un premier accès, soit pour les renouveler, lorsque déjà il y en a eu d'autres. La moindre surprise, la vue d'une souris, d'une araignée, la joie même, suffisent alors.

Vouloir entrer dans les détails sur la manière d'agir des passions expansives , dépressives , etc. , serait reproduire sans utilité ce que tout le monde sait, et mes honorables juges encore plus que personne.

Disons cependant que ce n'est pas toujours directement que l'influence du cervean s'exerce sur le système nerveux. Bien souvent, surtout dans les affections morales tristes et longues, ce n'est que secondairement, en commençant par altérer l'action vitale de quelque autre viscère ou appareil. Ainsi le ralentissement de la circulation et par suite la gêne de la respiration précèdent quelquefois la lésion nerveuse. Bien souvent aussi la vicialion de la digestion paraît la première, et la lésion nerveuse en est la conséquence, soit qu'il y ait réaction d'un organe important malade sur le

système nerveux lui-même, soit qu'il y ait production d'une chyle de mauvaise qualité et action vicieuse de ce chyle sur le système nerveux. Mais ces interprétations n'ont besoin que d'être présentées» elles sont assez connues aujourd'hui.

Nous rattacherons à cet ordre de cause l'hystérie qui est le résultat d'une sorte d'imitation (obs. XVI). Ce n'est point une passion qui occasionne la maladie, ce n'est point un travail intellectuel, c'est la vue d'une autre personne hystérique. Sans qu'il y ait ni frayeur, ni raisonnement, il y a entraînement irrésistible à imiter les mouvements qu'on voit; il y a une sorte de communication des contractions d'une personne malade à une autre personne. Ce qui avait fait dire par quelques auteurs, que la maladie était contagieuse ; mais il n'y a rien de contagieux, il n'y a qu'une sorte d'imitation pathologique, fort remarquable, il est vrai, mais qui n'en est pas moins réelle, puisqu'elle compte plusieurs exemples, et qu'elle trouve des cas analogues dans un grand nombre de faits physiologiques. C'est dans le même sens que certains auteurs ont admis une hystérie épidémique, parce qu'elle frappe plusieurs individus dans la même localité. Il serait possible cependant qu'un air infect ou renfermé causât l'hystérie à plusieurs personnes en même temps : mais encore ce ne serait pas là une épidémie ; ne jouons pas sur les mots.

3° Causes pathologiques. Enfin nous devons comprendre dans cette classe les différentes affections du cerveau qu'on pourrait regarder comme causes de l'hystérie. Lepois , Willis et Georget n'en reconnaissent presque pas d'autres, et c'est en généralisant ainsi quelques faits particuliers qu'ils ont erré. Il est vrai que les affections cérébrales peuvent occasionner dans l'économie d'abord la prédisposition, cela se comprend. Il est vrai aussi qu'elles peuvent occasionner directement l'hystérie, pour peu qu'il y ail prédisposition. Celles qui paraissent agir le plus efficacement sont les ma-

»e l'hystérie. 239

ladies chroniques, tubercules, ramollissements, hydatides, kystes, abcès, etc., parce que pendant la durée de leur développement, elles ont le temps de prédisposer le système nerveux. Tandis que les maladies aiguës, trouvant rarement ce système prédisposé, occasionnent plutôt les convulsions, l'éclampsie, Nous devons convenir que ce point d'histoire de l'hystérie est encore fort peu avancé. C'est une étude à faire. Lorsque les maladies organiques de l'encéphale occasionnent l'hystérie, il est rare que ce soit constamment et toujours de la même manière. Ou bien l'hystérie disparaît au bout d'un certain temps, ou bien elle est remplacée par une autre affection de forme nerveuse. Le plus souvent c'est l'épilepsie qui succède alors. Bien souvent même ces deux formes de modification nerveuse se confondent en marchant ensemble, de façon qu'on ne sait à laquelle des deux maladies on a affaire. En effet, il y a complication, ou plutôt ce n'est ni l'une ni l'autre maladie: car elle n"estque le phénomène d'une lésion plus réelle, d'une altération organique. La plupart des faits signalés par les auteurs comme des cas d'hystérie épileptiforme ou d'épilepsie hystérique, sont dans ce cas. La maladie essentielle est la lésion de l'encéphale, qui se traduit par les phénomènes hystérico-épileptiques. Nous disons la plupart des faits, parce que nous ne repoussons pas l'alliance de l'hystérie avec l'épilepsie; nous l'avons rencontrée, etd'autres auteurs aussi.

M. Fabre, dans son dictionnaire des dictionnaires, fait la judicieuse observation, que de toutes les facultés de l'en • tendement, l'imagination est la plus active, et que c'est d'elle que partent la plupart des causes de l'hystérie. L'examen que nous venons de faire de cet ordre de causes nous prouve la justesse de cette remarque.

De toutes les causes cérébrales aiguës, celle qui paraît la plus fréquente est la congestion cérébrale. Il est vrai que le plus souvent elle ne fait que coïncider comme complication,

240 TKAITÉ

ou même comme effet, ainsi que nous l'avons vu dans la XIe observation.

B. Causes nerveuses.

Nous appelons ainsi les causes qui agissent sur l'économie par les impressions et les sensations que les nerfs cérébraux reçoivent des modificateurs hygiéniques ou pathologiques. Tant que le système nerveux est dans son état normal, les fonctions s'exécutent avec régularité, et les agents physiques n'exercent sur lui qu'un empire limité ; mais lorsqu'il a éprouvé quelque modification anormale, lorsque dans son ensemble ou dans quelques-uns des sens spéciaux, il a subi des modifications vitales qui ne mettent plus sa sensibilité générale ou spéciale en harmonie avec les agents incitateurs, ou bien lorsque l'action de ces agents s'écarte du rhythme normal qui lui est assigné, les impressions ne sont plus reçues comme elles le devraient, les sensations sont viciées, et leur action sur l'économie ne peut qu'être défavorable. C'est alors que l'hystérie en est une conséquence fréquente. Ainsi, comme pour les actes cérébraux, il faut que les sensations s'écartent de leur mode normal d'action pour produire la maladie ; il faut qu'elle soit plus intense ou viciée.

Causes hygiéniques. Parmi les causes hygiéniques, nous comprendrons toutes les circonstances qui, dans l'usage des objets de l'hygiène, exercent sur le système nerveux une action assez puissante pour le modifier et pour amener l'ébranlement hystérique. Certains chatouillements, la sensation de certains corps, comme le duvet de la pêche sur la peau, des pincements, l'urlicalion, des piqûres, des pressions, les coups, le feu, etc., peuvent produire ce résultat. Un exercice violent et trop longtemps continué, des veilles prolongées peuvent causer le même effet. Nous savons d'autre part toute l'influence qu'exercent les professions sédentaires

db l'hystérie. 241

sur les modifications nerveuses, nous pouvons ajouter sur la production de l'hystérie. Car, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, lorsqu'une cause prédisposante a opéré la prédisposition nerveuse, elle peut produire la maladie par sa persistance et devenir ainsi cause déterminante. Ce ne sont que les extrêmes ou les excès qui agissent ainsi sur l'économie. Il lui faut de l'exercice et du repos ; mais il faut que l'un et l'autre soient équilibrés et coordonnés avec modération sans excès et sans désordre. L'exercice est nécessaire. Il est le plus puissant tonique des nerfs ; mais il le faut limité. S'il passe les bornes imposées à la force normale du corps, il l'épuisé : il produit une lassitude, un malaise, une inervation , etc., et toutes les conséquences qui en découlent. Il faut aussi du repos, pour donner aux forces épuisées le temps de se réparer. Mais avec un repos trop long, les organes ne se développent pas, les fonctions languissent, le système nerveux devient plus impressionnable, il perd de sa force de résistance, et il acquiert cette prédisposition aux maladies nerveuses, si bien connue et tant de fois signalée. Si les personnes oisives, si les personnes qui passent leur vie à se dorloter dans un lit ou sur un divan, sont si sujettes aux maladies nerveuses , qu'elles en ont fait étendre la cause à presque tous les cas d'hystérie, cela tient à leur fréquence. Tout le monde connaît les effets de la mollesse sur l'économie et sur le système nerveux; nous les avons mentionnés bien des fois, surtout en parlant de l'éducation. Les effets de cette vie oisive se font encore sentir davantage, lorsqu'elle succède à une vie active, lorsque, par exemple, une personne se retire d'une profession qui l'occupait beaucoup, pour #se reposer et jouir du fruit de ses peines. L'économie ne s'accoutume pas aussi facilement à cette transition. Combien de fois nous avons vu alors le désœuvrement amener l'ennui, et les personnes acquérir d'abord une sorte d'inquiétude vague , qui passe bien vite à

un état névropathique, do»t l'hystérie est à son tour une conséquence assez fréquente !

Les impressions d'une forte chaleur, comme celles d'un froid rigoureux, peuvent aussi devenir cause d'hystérie par le malaise qu'elles occasionnent. Les exemples en sont nombreux et fréquents. Tous les jours nous voyons des dames prendre des crises hystériques en entrant dans un appartement chaud. Tous les jours aussi nous voyons les mêmes crises s'effectuer par le passage brusque d'un lieu chaud dans une température froide.

Les vêtements peuvent aussi devenir cause directe de l'hystérie, ou bien par la forte chaleur qu'ils produisent, ou bien par la gêne qu'ils font éprouver. C'est ainsi que j'ai vu, il y a quelques années, une jeune dame prendre une crise hystérique , parce que le boa dont elle avait entouré son col, avait causé une chaleur si fatigante, qu'elle ne put plus la supporter. C'est ainsi que nous avons vu une fois une chaussure trop étroite, une autre fois la pression incommode d'un chapeau mal fait, causer la maladie. — Ainsi toute espèce d'agent irritant qui agira directement sur la peau deviendra nécessairement cause d'hystérie, en fatiguant la sensibilité nerveuse cérébrale de l'enveloppe cutanée.

Mais ce n'est pas seulement à l'extérieur que les agents irritateurs agissent pour faire développer l'hystérie; nous les voyons aussi produire des effets semblables à l'intérieur sur les deux surfaces pulmonaire et gastro-intestinale, qui sont ouvertes à l'action de quelques agents.

Tous les jours on voit l'hystérie éclater dans une atmosphère chargée de principes acres ou délétères, sans que l'odeur repoussante y soit pour ri»n ; il n'y a que l'impression qu'en reçoit le poumon. Il en est de même de l'éther respiré à grande dose dans les expériences éthérées. Il en est de même lorsqu'une personne nerveuse reste dans un appartement renfermé, surtout lorsqu'il y a du monde. L'organe de

de l'hystérie. 243

la respiration en éprouve un malaise qui se communique à l'économie entière, et qui va consécutivement mettre en jeu l'appareil sensitif. L'action peut être plus vive ou plus vivement sentie, et l'effet plus prompt. Elle peut l'être beaucoup moins, et l'effet se faire attendre plus longtemps, et passer par une sorte de prédisposition avant de faire explosion. N'est-ce pas à une action semblable de certaines émanations, qu'il faut attribuer les crises qu'éprouvent quelques personnes, aussitôt qu'une autre personne spéciale se trouve dans le même appartement? L'histoire nous en a conservé plusieurs faits.

L'estomac n'est pas moins propre à recevoir des impressions fâcheuses de l'introduction de différents aliments et de différen les boissons. Nous avons vufObs. V.)que la présence d'un aliment que repoussait cet organe, a suffi pour produire une crise. Ce qui a eu lieu dans ce cas, se présente dans maints autres cas analogues ; de façon que , par leurs qualités, les aliments peuvent déjà agir sur l'estomac. Ils le peuvent aussi par leur quantité en occasionnant une indigestion : ils le peuvent encore par leur privation , en causant une sensation de malaise qui peut conduire à une crise hystérique. Nous avons connu une jeune personne qui, pendant une longue convalescence , prenait une crise aussitôt qu'elle sentait le besoin de manger, si elle n'y satisfaisait pas sur-lechamp. Dans tous ces cas, l'action de la cause sur l'estomac est directe, et c'est par réaction que la crise s'opère. C'est de la même manière qu'agiront les boissons stimulantes , spiritueuses ou aromatiques. On conçoit l'action des spiritueux. Mais il est quelques boissons auxquelles on a attribué une action spéciale peut-être un peu trop grande dans la production de l'hystérie. Ce sont surtout le café et le thé, que Stoll, Tissot, Zimmermann et Buchan ont regardés comme très-nuisibles et comme très- propres à produire les affections nerveuses. Oui , sans doute , l'abus des aromati-

ques, comme celui des excitants, toniques et échauffants, ne peut qu'être nuisible aux nerfs, en modifier l'action vitale, les prédisposer, et même par leur continuation arriver jusqu'à devenir cause efficiente. Mais n'exagérons rien : les dangers signalés par ces auteurs estimables ne sont pas aussi fréquents qu'ils l'ont cru; l'expérience de tous les jours est là pour les démentir. Jamais on n'a fait, en Europe, un usage plus abusif de ces boissons, et il ne paraît pas que l'analhème prononcé contre elles soit mérité. Cependant , en nous reportant à ce que nous n'avons pas cessé de proclamer, à ces différences de constitution et d'aptitude, suivant les localités, les usages des pays et les idiosyncrasies individuelles , nous nous rendrons compte de l'opinion contraire ou favorable. Ainsi l'ardent Italien, le méridional pétillant se trouveront plus vivement affectés que le froid et lymphatique Hollandais ou le septentrional engourdi. — La digestion peut encore exercer une immense influence, par la nature des sucs nutritifs qu'elle élabore. Mais ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de cette question.

Toutes les fois que la sensibilité du système nerveux cérébral s'écartera de son type normal , elle pourra donc amener des crises hystériques chez les personnes prédisposées. Mais indépendamment de ces causes générales de douleur, coups, entorses, douleurs de l'enfantement, chaque organe des sens peut recevoir de ses incitateurs spéciaux des impressions anormales , qui fatiguent d'abord l'organe et vont retentir dans l'économie entière , et agiter assez le système nerveux cérébral rpour déterminer l'hystérie, tantôt d'emblée, si la cause a agi vivement ou si l'aptitude et la prédisposition étaient bien grandes , tantôt lentement et par une succession de sensations renouvelées. On conçoit comment une lumière vive , brusque et fatigante ; comment des bruits forts] et discordants , ou même la musique ordinaire ou le son de certains instruments, mais agissant sur un (ym-

de l'hystérib. 245

pan vicieusement modifié ; comment des odeurs pénétrantes et désagréables ; comment des saveurs acres ou repoussantes, etc., ont pu et peuvent occasionner l'hystérie. Leur action anormale sur l'organe et leur réaction sur l'économie s'expliquent facilement. Les faits en sont communs, et nous aurions pu en surcharger bien des pages. M. Rostan a vu l'odeur du malva moschata , du lobella longiflora, du magnolia tripetala, etc. causer des crises hystériques. M. Colombat a vu l'odeur de la violette, celle de la fleur d'oranger, celle de la tubéreuse , du lys , produire le même effet. Hygmor a vu le musc et l'odeur de la civette causer l'affection hystérique. On a vu l'harmonica occasionner des crises d'hystérie à des personnes , pendant que des milliers d'autres en font leurs délices. J'ai vu une dame en prendre lorsqu'elle entendait jouer de cette vielle organisée qui plaît à tant d'autres personnes. Louyer-Villermay a vu le cri de la scie servir de cause à l'hystérie. Dans tous ces cas , il faut des prédispositions individuelles , qui nous donnent la raison de l'action d'un modificateur sur une personne et non sur mille autres.

Il est un ordre de sensations spéciales qui ne sont pas moins aptes à déterminer l'hystérie , peut-être même exercent-elles une action plus puissante que beaucoup d'autres : ce sont les besoins. Ainsi le besoin de manger , le besoin de respirer, le besoin d'évacuer les urines ou les matières fécales, ont présenté des cas d'hystérie , lorsqu'ils n'étaient pas satisfaits convenablement. Nous avons déjà fait connaître les mauvais effets de la faim. Indépendamment de ces besoins naturels , il en est d'artificiels ou de factices qui ne sont pas moins impérieux , et dont les effets ne sont pas moins nuisibles , lorsqu'ils ne sont pas écoutés. Ces habitudes contractées deviennent une seconde nature, et on ne peut plus s'en défaire, ou du moins d'une manière brusque , sans inconvénient et sans danger. Leur besoin non satisfait est une

source de malaises , qui peut aller et qui va quelquefois jusqu'à l'hystérie. Le tabac , le café , certains exercices sont dans «e cas.

Page 1