CHAPITRE IV
Symptomatologie.
Rien ne serait plus difficile que l'exposition sévère et méthodique des symptômes de l'hystérie, si on voulait le faire d'après les auteurs. En effet, avant qu'on eût fait pénétrer une clarté lumineuse dans l'étude et l'appréciation des maladies nerveuses, elles représentaient le véritable Protée, qui , changeant de forme à chaque instant, ou prenant sans cesse, comme le caméléon, une couleur nouvelle, était in-
saisissable, parce que, selon l'expression heureuse d'Hoffmann, ce n'est point une maladie unique, mais plutôt une cohorte de maladies : non est morbus unus, sed potiùs morborum cohors. Rien alors n'aurait pu suffire pour exprimer et coordonner le nombre et la bizarrerie des phénomènes qui étaient réunis sous la même dénomination ou sous des dénominations différentes, parce que rien n'aurait pu débrouiller le chaos qui régnait, lorsqu'on décrivait pèle mêle, et comme n'en formant qu'une, des maladies différentes quoique analogues, sous les noms de maladies nerveuses, de vapeurs, d'hystérie, d'épilepsie, de clou, d'asthme, d'hémoptysie, de suffocation, de vomissements, de coliques hystériques. Sauvages et Vogel avaient déjà reconnu avec sagacité, qu'on donnait souvent le nom d'hystérie à des affections qui n'avaient de commun avec elle que de légers points de contact symptomatiques, parce que, si l'on en croit Sauvages, on a trouvé plus commode de les englober ainsi, que de les étudier, ce qui avait porté Vogel à distinguer la maladie en vraie et fausse. Depuis lors, une analyse plus sévère des phénomènes et une étude plus approfondie des lois de la vie et de ses désordres pathologiques, ne permettent plus cette confusion vagueetsi nuisible à la science. Malgré ces progrès, nous ne pouvons nous dissimuler que les opinions dominantes ont aussi exercé une grande influence sur l'évaluation et la coordination des symptômes. Suivant, en effet, la doctrine qu'un auteur a adoptée, il lui a toujours été bien facile de la faire pénétrer dans l'exposition des phénomènes, afin de les faire venir en aide à cette doctriue. Quelques mots sont nécessaires pour faire apprécier cette manière de voir.
Les auteurs qui ont admis les vagabondages de la matrice, ont pu aisément la faire porter partout pour y causer les phénomènes pathologiques dont chaque partie est le siège . La sensation du globe, c'est la matrice elle-même qui erre
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dans le bas- ventre, ou s'élève jusqu'au larynx ; la sensation de strangulation, c'est la compression du larynx et du pharynx par cet organe lui-même; la suffocation, c'est le soulèvement du diaphragme par la matrice qui est venue s'abreuver vers le foie ou vers la rate. Dans les palpitations, c'est vers le cœur qu'elle s'est portée pour en troubler les contractions. Le clou hystérique, les douleurs, les crampes, les spasmes, les convulsions, tous ces phénomènes sont aussi le résultat du déplacement de l'utérus, et de son transport à la tête ou aux différentes parties du corps et des membres.
Il n'a pas été plus difficile à ceux qui ont admis un prin cipe humoral , acide ou alcalin, un ferment quelconque ou des vapeurs répandues dans le sang, d'y trouver l'explication de tous les phénomènes. Comme ces principes circulent partout avec le sang, partout leur présence occasionne les accidents nombreux et plus ou moins insolites qu'on remarque à la tête, à la poitrine, au bas-ventre ou dans les membres.
Ceux qui ont admis une décomposition quelconque du sperme ou du sang dans la matrice et l'émanation des vapeurs morbides de cet organe, n'ont pas été plus embarrassés. Est-ce la sensation du globe qui remonte et se fixe dans l'estomac ou au cou? Ils ont vu une masse de vapeurs échap pées de la matrice, et ils en ont suivi le trajet jusqu'au point où elle s'est fixée. Ont-ils eu à expliquer la cause des palpitations, des suffocations, des spasmes, des douleurs, des vomissements, etc. ? C'est encore l'influence maligne des vapeurs qui sont poussées aux organes, et qui en troublent ou pervertissent les actes fonctionnels à des degrés variés, selon la qualité ou la dose de ces vapeurs.
Ceux qui, en conservant à la matrice tous les honneurs de la maladie, n'ont admis, pour en opérer les accidents pathologiques, que les réactions de ce viscère sur les autres organes ou sur les différentes parties du corps, n'ont pas
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manqué de bonnes raisons. Les communications nerveuses, vasculaires, ligamenteuses, membraneuses de l'utérus, ont été des voies suffisantes de transmission des réactions de ce viscère. Cela posé, il n'est aucune partie du corps qui puisse se soustraire, et qui ne soit susceptible de présenter quelques phénomènes insolites.
Les communications sympathiques de l'estomac , des poumons, du cœur, et leur influence fonctionnelle sur toute l'économie, les rapports de la veine-porte avec les principaux viscères, ont fourni les plus belles raisons possibles pour expliquer les phénomènes d'une manière favorable à leur système, à ceux qui ont placé le siège de l'hystérie dans ces diverses parties.
Aucun organe n'a dû fournir des explications plus faciles et plus simples que le cerveau. Il est le point de départ et d'aboutissement de tous les nerfs de la vie cérébrale, et il entretient de nombreuses communications avec les nerfs du système ganglionnaire, disposition qui permet de rapporter tous les phénomènes à son influence morbide; douleurs, sensations bizarres multipliées, perversion des sens, tous ces symptômes sont des effets de la sensation cérébrale exaltée. Les palpitations, anhélations, spasmes, convulsions, sont le résultat de l'influence vicieuse de l'encéphale ; il n'est donc pas étonnant que le cerveau ait été regardé comme le siège spécial de la maladie.
Quelles que soient les nuances d'opinion de ceux qui n'ont vu dans l'hystérie qu'une affection des nerfs, il leur a été bien facile de faire jouer tout le rôle à ces organes des sensations et des mouvements. Qu'on admette ou non un fluide nerveux, des esprits animaux, un élher, ces substitutions de mots ne changent rien à la chose; les explications ne peuvent se donner qu'au moyen de la distribution des nerts à toutes les parties du corps, et de leurs nombreuses anastomoses. Ainsi ils deviennent partout siège et cause des
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sensations viciées et douloureuses, des spasmes, des strangulations, des mouvements organiques intérieurs, des palpitations, des oppressions, des convulsions, etc.
Les opinions mixtes, formées de la combinaison de plusieurs de celles que nous avons examinées, ont également réuni plusieurs explications pour rendre raison des phénomènes de l'hystérie.
A ces explications fournies par les théories générales, je crois devoir enjoindre quelques-unes qui sont particulières à la sensation de la boule. Dominé par son goût pour la mécanique , Boerhaave la fait servir à l'explication des flatuosités et de la sensation du globe. Il suppose que l'air s'introduit dans l'estomac et dans les intestins par l'œsophage, et que sa raréfaction et son élasticité causent tous les phénomènes de tension, de mouvement, de dégagement de gaz par la bouche et par l'anus, et que lorsqu'il est retenu supérieurement, il cause la sensation du globe qui monte, et qui par sa dilatation comprime la trachée-artère et cause la suffocation. Une explication semblable pouvait être admise dans le temps; mais n'est-on pas étonné de voir aujourd'hui M. Trolliet lui en substituer une qui est contraire à toutes les lois de la physique, de la physiologie et de l'observation ? Il décrit la maladie sous le nom de globe antipéristal tique, parce qu'elle consiste, dit- il, en un globe qui parcourt en remontant le tube digestif, soit dans les intestins, soit dans l'œsophage. Haller avait pourtant donné, depuis longtemps, une explication satisfaisante de ce phénomène, en le considérant comme le résultat de la convulsion des intestins et de l'œsophage, opinion reproduite par plusieurs auteurs, et que Mouro a mieux précisée, en attribuant le spasme à la sympathie des nerfs vagues.
Quel que soit le point d'où chaque auteur ait fait partir la maladie, il lui a donc été facile d'y rattacher les phénomènes, de manière à les faire correspondre à l'opinion adoptée, et
à les lier par des explications toujours satisfaisantes, parce que les phénomènes nerveux se prêtent facilement à toutes les interprétations et qu'ils ne manquent à aucune opinion.
Mais au milieu de cet assujettissement aux opinions dominantes, aux théories, aux hypothèses du jour, au milieu de leur prédilection pour certaines formes hystériques, qu'ils auront eu plus souvent occasion d'ohserver, les auteurs ont cependant cela de commun, c'est qu'ils se rencontrent tous lorsqu'ils fontl'énumération et la peinture des caractères essentiels de la maladie. Tous ont signalé cette sensation de globe , qui tantôt semble parcourir le bas-ventre, et le plus souvent paraît s'élever de l'estomac à la gorge. Tous ont fait ressortir les mouvements spasmodiques et convulsifs de tout le corps. Cependant ils n'ont pas toujours été bien scrupuleux sur le choix des phénomènes, ce qui fait que bien souvent ils ont mis sur le compte de l'hystérie, toute autre maladie un peu difficile à caractériser à cause des phénomènes un peu insolites qu'elle présentait. Ce que Willis avait déjà signalé d'une manière fort piquante : « Passio hysterica inter morbos muliebres, pessimae adeo famœ existit, ut semi damnati instar, plurium aliorum affectuum culpas gerat : si quando enim œgritudo inusitati moris,aut occultions originisin corpore fœmineo occurat, ita ut causa ejus latcat, et indicatio therapeutica sit prorsus incerta, statim uteri (qui plcrumque insons est) malam influentiam accusamus, et in symptomate quovis inusitato aliquid hystericum subesse pronunciamus, proindè ad hune scopum, qui sœpè tantum ignorance subterfugium est , intentiones medicœ et remediorum usus diriguntur (de morbis convulsivis, cap. X). » Ce reproche si habilement tourné par Willis n'a pas empêché Sydenham de l'encourir par la description la plus incohérente, par l'association de toutes les maladies nerveuses, de tous les phénomènes nerveux, de tous les symptômes bizarres qu'il a rencontrés et qu'il a réunis pour en faire la maladie la plus
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complexe et la plus insaisissable, qu'il compare justement à Protée ou au caméléon , et qui ne ressemble nullement à l'hystérie, et tout cela faute d'une analyse sévère. Louyer- Villermay, malgré ses efforts, est bien loin d'avoir évité ce défaut.
Une indication aussi vague ne peut donc nous suffire, parce qu'avec elle on ne peut pas connaître la maladie. Il nous faut tracer avec sévérité tous les phénomènes qui peuvent la caractériser. 11 nous faut en conséquence les examiner tous, et peser leur valeur à chacun. Ici se présente une difficulté, c'est de savoir dans quel ordre nous exposerons les phénomènes de l'hystérie. Est-il même possible d'en suivre un bien convenable, lorsqu'on voit les phénomènes quelquefois si disparates qu'on observe ? Adopterons-nous une distribution anatomique ou physiologique ? Suivronsnous une classification topographique de la tête aux pieds ou des pieds à la tête? Toutes ces méthodes peuvent être bonnes, très-bonnes dans la plupart des circonstances ou des maladies ; mais, dans l'hystérie, elles nous paraissent insuffisantes, peut être même peu propres à faire naître une idée juste de l'affection ; car en éparpillant les phénomènes qui sont réunis dans l'hystérie pour les caser dans chaque appareil ou chaque fonction auxquels ils appartiennent , en englobant dans le même appareil des phénomènes qui dans la maladie ne sont point unis, ce n'est plus en présenter le tableau, ce n'est plus en faire le portrait à l'aide duquel on puisse la reconnaître. Il nous semble que pour bien faire, il est essentiel de présenter d'abord la maladie telle qu'on la voit, d'offrir les phénomènes tels qu'ils se déroulent et à mesure qu'ils apparaissent, sauf à en présenter ensuite une analyse méthodique, qui leur assigne à chacun la place qu'ils doivent tenir dans une classification anatomique, physiologique ou topographique. Nous allons donc décrire l'hystérie, telle qu'elle se révèle dans son état de simplicité plus grande et
avec toutes ses nuances. Et comme il y a deux états bien distincts dans cette maladie, l'état de crise, et l'état de l'intervalle qui sépare chaque crise, nous examinerons séparément chacun de ces deux états.
1° Symptômes des crises. Nous l'avons dit, nous allons présenter d'abord la crise la plus simple, pour y rattacher ensuite les phénomènes nombreux et variés qui ont été observés par les auteurs : car si nous voulions les offrir à la fois à l'attention du lecteur, nous présenterions une énuméralion qui n'aurait point d'ensemble, nous en ferions cette hystérie Protée de Sydeoham, qui revêt des formes en apparence bien différentes et bien disparates, qu'on ne pourrait réunir ainsi pêlemêle, sans établir une confusion dans laquelle l'œil le plus exercé aurait de la peine à se reconnaître. Nous parlerons ailleurs des signes précurseurs ou prodromes d'une crise ou accès, parce qu'ils ne sont pas constants. Le plus souvent une crise simple débute d'emblée, immédiatement ou presque immédiatement après que la cause a agi, ou même sans cause connue, et au moment où l'on s'y attend le moins, chez les personnes hystériques.
Un spasme violent se fait sentir dans tout l'abdomen. Il semble partir de la région bypogastrique, et selon Astruc et Vigarous, plus spécialement du côté gauche ; d'autres fois il part de tout autre point de cette cavité. Ce spasme est sensible à la vue et au toucher par les mouvements, les duretés et les contractions qu'il opère dans tout l'abdomen. Il vient plus ou moins rapidement se concentrer dans la région épigastrique. Le plus souvent même il ne se fait sentir au début que dans cette région. Là aussi l'on sent et l'on voit un mouvement et une contraction ondulatoire irrégulière. De là le spasme, sans abandonner complètement les parties où il a commencé, remonte plus ou moins rapidement le long de l'œsophage, jusqu'au pharynx et au larynx, où il vient occasionner à la fois un gonflement, une tuméfaction bien
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manifeste, et des mouvements spasraodiques ou convulsifs continuels et analogues à ceux d'une déglutition pénible. De quelque part que s'élève le spasme, il est accompagné dans tout son trajet d'une sensation toute particulière. Il semble à la malade que c'est un corps globuleux du volume d'un gros œuf de poule qui parcourt tout le trajet de l'œsophage, et qui vient se fixer à la gorge, où par sa présence il produit la sensation et les effets d'une boule qui se serait placée là , et qui viendrait obstruer les voies aériennes et causer une sensation d'étranglement ou de suffocation (obs. I, II, III, etc.). Lorsque cette sensation est encore renfermée dans l'abdomen, non seulement la malade en a la conscience physiologique ; mais en y portant la main, on trouve un ou plusieurs corps durs, mobiles, s'affaissant avec facilité dans un point pour passer ailleurs et suivre ainsi le trajet de la sensation. Bien souvent un gémissement sourd ou des cris étouffés et plus ou moins forts et aigus s'échappent de la poitrine.
Les membres et surtout les membres inférieurs se refroidissent souvent : ils paraissent glacés dans quelques crises violentes et longues, tandis que la tête et le col deviennent plus chauds, plus rouges et que les veines jugulaires se dessinent sous la peau. Il semble y avoir transposition du sang et de la chaleur des parties inférieures vers les parties supérieures, au moins par bouffées. Dans des cas exceptionnels Hoffmann et M. Chauffard, d'Avignon, ont vu l'injection capillaire aller au point de produire une exsudation sanguine par petites gouttelettes sur la peau.
En même temps ou presque en même temps les membres commencent à s'agiter convulsivement, le plus souvent tous à la fois. Quelquefois ce sont les membres supérieurs qui commencent les premiers par une sorte de pandiculation forte et involontaire, et bientôt les membres inférieurs en font autant. Alors ils s'agitent par des mouvements clo-
niques tout-à-fait irréguliers, par des contorsions bizarres et sans but. Les malades les jettent de çà de là sans pouvoir, ni les diriger, ni les retenir. Il n'y a point non plus d'ensemble dans ces mouvements ; aussi la malade ne peut ni se tenir droite, ni se tenir assise. Il faut qu'elle s'étende, ou bien elle est renversée, soit par défaut de soutien convenable, soit par le mouvement désordonné de ses membres. Ce ne sont pas seulement les membres qui s'agitent ainsi, le tronc y participe ordinairement, et il se contracte, se plie et se contourne dans tous les sens. Les contractions de la poitrine viennent ajouter à la gêne de la respiration, et font quelquefois éprouver la sensation d'un cercle qui en serrerait la base. Il en est de même des contractions de l'abdomen, qui resserrent cette capacité très-irrégulièrement et cependant d'une manière différente que les spasmes intérieurs dont nous avons parlé plus haut ; il est toujours bien facile de les distinguer. Quelquefois, après quelques instants de construction, il y a un peu de relâchement et même un véritable ballonnement. La masse des muscles dorso-lombaires n'est pas moins violemment agitée. Elle opère ces contractions partielles et ces torsions brusques qui fléchissent quelquefois le tronc en demi cercle, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre et surtout en arrière. Lorsque toute la machine est ainsi détraquée dans ses agents moteurs, non seulement les mouvements sont irréguliers et insolites, mais ils meuvent le corps dans tous les sens, ils lui font prendre les postures les plus grotesques, gratter les murs, déchirer ce qu'ils peuvent accrocher , ramper par terre. La tête se renverse avec force, et les mains se portent assez ordinairement vers le col, égratignent et frottent comme si elles voulaient enlever quelque chose, et quelquefois elles frappent la poitrine avec violence. Si la crise est forte, les mouvements du tronc le font quelquefois bondir et rouler dans tous les sens avec une violence qui nécessite la force de plusieurs personnes pour
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pouvoir les contenir. Nous avons vu des femmes assez chélives acquérir alors une force telle que six hommes ne pouvaient pas les retenir, renverser, en se roulant par terre, les tables et les meubles, et inspirer un véritable effroi aux assistants. Les masséters aussi se contractent violemment. Ils font grincer les dents avec tant de force, qu'on les a vues se briser, ou déchirer la langue et les lèvres, ou faire aux personnes qui les entourent, des morsures très-profondes. Quelquefois les yeux roulent dans leurs orbites ou simulent le strabisme hystérique.
Ce clonisme ne se soutient pas toujours au même degré d'intensité. Il y a par moment une rémission qui semble être la fin de la crise, et pendant laquelle la malade presque toujours reste immobile, frémissant au moindre bruit et au moindre contact, l'œil fixe ou fermé, et quelquefois dans un état d'extase ou de somnambulisme. Les contractions recommencent bientôt avec la même fureur. Quelquefois cependant cette rémission se prolonge assez longtemps. Le clonisme luimême présente de nombreuses variétés, non seulement dans son intensité, mais dans ses phénomènes. Tantôt les contractions alternatives se succèdent avec rapidité et produisent des mouvements continuels. Tantôt la contraction d'un certain nombre de muscles reste permanente pendant quelques minutes, plus ou moins, et produit une raideur tétanique que rien ne peut surmonter. Enfin après une durée de 1/4 d'heure, d'une ou de plusieurs heures, la crise cesse brusquement , ou bien les rémissions sont plus longues, les redoublements moins violents, et la crise s'éteint insensiblement. Les malades étendent les bras et les jambes, bâillent et éternuent quelquefois (sternutatio si superveniat, cito paroxysmum claudit, Horstius), la respiration s'exécute plus librement et souvent des borborygmes ont lieu : obmurmurant inteslina. Depuis Hippocrate et Galien on a répété qu'une sécrétion particulière venait lubrifier les organes
génitaux. Mais on l'a adopté in verba magistri, ou pour favoriser certaines opinions : car cette évacuation n'a presquejamais lieu, si toutefois elle a lieu quelquefois. Presque toujours il se fait une évacuation abondante d'une urine claire et limpide comme Veau de roche.
Lorsque la solution de la crise est complète , les malades se sentent brisées et sans forces et restent étendues et quelquefois haletantes. Pendant quelques instants, ou même pendant quelques heures, elles conservent ordinairement des retours de spasmes ou de frémissements dans presque tout le corps ou dans quelques parties seulement. La sensation du globe laryngien ne se dissipe pas tout de suite, ou bien elle se renouvelle très-facilement.
Telle est la crise hystérique dans toute sa simplicité, dépouillée de tout phénomène accessoire et de toute complication, telle en un mot qu'il la faut pour caractériser la véritable hystérie. Nous nous sommes en conséquence abstenu d'indiquer les phénomènes qu'on rencontre quelquefois, mais qui ne font pas partie essentielle de la maladie. Toutes les fonctions ou tous les actes de fonctions dont nous n'avons pas parlé continuent à s'exécuter. Voilà pourquoi nous avons gardé le silence sur leur compte. Ainsi les facultés intellectuelles et sensoriales ne sont point compromises. La malade voit, entend, sent, elle sait qu'elle est dans un état de crise ; mais en même temps sa volonté ne peut pas arrêter ni diriger ses contractions musculaires ; elle a perdu toute son influence sur leurs agents. C'est en vain qu'elle voudrait modérer ou diriger ses mouvements, la chose lui serait impossible. On parle cependant d'une femme qui, au milieu de sa crise, entendant le médecin conseiller un vésicatoire, lui appliqua un rude soufflet. Ce fait est raconté par un confrère estimable et digne de foi, je n'élève point de doute sur sa vérité, mais j'en élèverai sur l'interprétation qu'il lui a donnée. Il n'est pas à présumer qu'une femme se permette
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une pareille action envers celui qui vient la soulager. Si, toutes les fois qu'on parle d'un remède qui contrarie les malades, un soufflet en était la conséquence, il y aurait tous les jours des milliers de soufflets donnés. Je pense, au contraire, que cet acte a été, comme les autres, indépendant de la volonté de la malade, et que le soufflet a été appliqué, parce que dans un des mouvements désordonnés du bras, la joue du docteur s'est rencontrée fortuitement sous la main convulsée. Il en a été ici, comme chez l'homme (obs. XVII) que nous avons vu appliquer involontairement un vigoureux coup de poing sur le testicule de celui qui cherchait à le retenir; comme dans tous les cas analogues où des coups sont donnés indistinctement partout, sans qu'on prenne la peine de les signaler ni de leur trouver un motif. Nous ne nous refusons pas cependant à croire qu'au milieu même des contractions d'une crise, surtout si elle n'est pas trèsintense, les malades ne conservent encore la faculté de faire exécuter quelques mouvements aux membres sans arrêter ceux de la maladie. Nous avons vu (obs. I) que, malgré les spasmes du pharynx et du larynx, les malades peuvent le plus souvent articuler quelques sons, dire quelques mots. Nous comparons cet état à celui de l'enfant qui, en proie aux mouvements bizarres de la danse de St-Guy, n'en exécute pas moins des mouvements volontaires, qui deviennent bizarres eux-mêmes par leur combinaison avec les contractions cloniques de la maladie. Ainsi dans les cas ordinaires les facultés intellectuelles ne sont pas abolies.
La circulation reste impassible au milieu du désordre. Le pouls bat avec calme et régularité. Cependant il n'est pas rare de voir des palpitations assez fortes ou une accélération de la circulation.
La respiration n'est point troublée par elle-même. Elle ne l'est que par les contractions désordonnées des muscles <le la vie cérébrale dont elle emprunte les secours. La gêne,
la contraction du larynx et de la poitrine, les spasmes mêmes delà respiration, ne dépendent point d'une lésion propre à cette fonction, ils ne sont que l'effet des contractions des muscles respirateurs.
La digestion même, malgré les mouvements de l'estomac et des intestins, ne semble pas troublée. Je n'ai jamais vu d'indigestion produite par des crises d'hystérie, bien que celles-ci arrivassent après le repas, et lorsque la digestion n'était pas encore faite. J'ai plutôt vu, et les auteurs l'ont vu aussi, l'indigestion causer des crises. La langue ne devient ni saburrale, ni rouge, ni irritée : elle n'indique pas de modification morbide dans l'estomac.
Les sécrétions ne paraissent éprouver aucune altération sensible. Si parfois le corps se couvre de sueurs en totalité ou partiellement, cela tient à l'agitation, au mouvement convulsif, espèce d'exercice violent plus que suffisant pour la provoqner, mais nullement à l'altération physiologique ou morbide de cette sécrétion. Sydenham, Pison, Hoffmann, M. Tanquerel-Desplanche , ont remarqué une sécrétion plus abondante de salive. Ce phénomène se remarque trop rarement dans l'hystérie pour en être regardé comme son effet, à moins qu'il n'y ait complication. Les urines continuent à être sécrétées : elles le sont même abondamment selon la remarque de Sydenham. Elles présentent un caractère particulier à peu près constant, c'est une limpidité incolore fort remarquable ; au reste, ce caractère des urines n'est pas particulier à l'hystérie, on le retrouve dans toutes les affections nerveuses un peu intenses. Les faits où l'on a cru remarquer leur suppression pendant des semaines et des mois sont entourés de trop d'incertitude pour leur ajouter une confiance sérieuse. Les recherches de M. Becquerel sur les urines de plusieurs hystériques, ne lui ont fourni que des résultats peu satisfaisants ; en général, elles lui ont paru presque toujours semblables aux urines naturelles.
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Ces réflexions nous ont paru indispensables avant d'aller plus loin, avant surtout de passer à l'examen de quelques autres phénomènes non compris dans ce tableau de la crise. 2° Symptômes pendant V intervalle des crises. Lorsque la crise est complètement passée, ou bien les malades rentrent dans leur état normal, ce qui est le caractère ordinaire après les crises provoquées par une cause vive et subite chez une personne qui jouissait d'une bonne santé, et il n'y a plus de crises, à moins qu'une nouvelle cause ne vienne en provoquer une nouvelle. Ou bien cette première est suivie d'une ou de plusieurs crises qui se succèdent à des époques très-différentes, et pour des causes plus ou moins graves et quelquefois même sans cause connue, par la seule raison que le système nerveux est monté à ce rhythme et que l'impulsion qui lui a été communiquée se conserve ou se renouvelle indéfiniment et passe quelquefois à l'état organique ou physiologique constitutionnel. Tantôt il n'y aura que quelques heures d'intervalle d'une crise à l'autre. D'autres fois il y aura plusieurs jours (obs. II, III); d'autres fois il y aura des mois (obs. VII) et même davantage. Le plus souvent leur retour est irrégulier. Quelquefois cependant il a lieu régulièrement à des jours et heures déterminés, de façon qu'on peut les prévoir d'avance. Ordinairement c'est pendant le jour qu'elles ont lieu, et cela se conçoit : pendant cette période de temps, mille causes d'excitation plus ou moins grande viennent agir sur nos sens. Quelquefois cependant, elles surviennent pendant la nuit, même pendant le sommeil (obs. IX;. Nous avons eu plusieurs fois occasion de le remarquer. Cette dernière particularité a fait naître mille conjectures plus ou moins vraisemblables et rationnelles sur l'action du sommeil, ou plutôt sur l'action de la circulation sur l'encéphale, ou sur l'action directe de ce viscère pendant le sommeil. Quelque ingénieuses que soient ces théories, elles sont si hypothétiques et si peu intéressantes pour le
praticien, que nous croyons devoir ne pas nous y engager plus avant. En effet tout ce qu'on a dit de la position horizontale, de la congestion cérébrale, de l'action des rêves, vient échouer devant les faits et devant ce raisonnement bien simple : tout le monde se couche horizontalement, tout le monde dort et éprouve la congestion du sommeil, et cependant le nombre des crises hystériques provoquées par le sommeil est infiniment petit. En outre la même personne ne prend pas de crise nouvelle, lorsqu'après en avoir pris une elle se rendort, quoiqu'elle se couche horizontalement. Bien plus, ce n'est pas toutes les nuit? qu'elle est prise de ces crises. Elle sera des semaines et des mois sans en prendre. Nous donnons, dans ce moment, des soins à une fille de 27 ans, qui demeure 6 à 8 mois sans avoir des crises, et qui en prend trois ou quatre nuits de suite et quelquefois le jour, lorsqu'une première crise a eu lieu. Que de réflexions il y aurait à faire sur cet intervalle entre les crises et sur leur multiplicité, lorsqu'il en est survenu une première! Comme nous n'aurions à donner que des conjectures toujours hypothétiques, nous les livrons à l'imagination de chacun, parce que chacun peut les raisonner à sa fantaisie sans que personne puisse le contredire.
Lorsque les crises se succèdent ainsi , quelle que soit leur régularité ou leur irrégularité, elles ne se ressemblent pas toujours. Elles diffèrent quelquefois par leur longueur et leur intensité, quelquefois même par le cortège des phénomènes : les unes revêtent une forme simple; les autres s'associent des actes étrangers à ce caractère de simplicité, sans que pour cela la crise se dépouille de ses caractères distinctifs.
Quelquefois la crise est annoncée assez longtemps d'avance par différentes sensations de malaises nerveux ou cérébraux , mais non pas cérébraux seulement , comme Georget voudrait le faire entendre. Car nous voyons une
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grande excitabilité dans le caractère et dans l'esprit, des douleurs lombaires, abdominales, pelviennes, thoraciques, des bâillements, des borborygmes, dans lesquels le cerveau n'a rien à faire directement, tout aussi bien que des pesanteurs de tête, des céphalalgies, de l'insomnie, des rêvasseries. Lorsque les crises se succèdent à des époques irrégulières, et alors seulement qu'elles sont provoquées par de nouvelles causes, elles constituent chacune une maladie particulière et distincte, bien isolée des crises précédentes et consécutives, avec lesquelles elles n'ont d'autre rapport que celui d'être une maladie semblable survenue chez la même personne, comme ferait une fracture qui arriverait toutes les fois qu'une roue de voiture passerait sur un membre. Seulement nous reconnaîtrons, chez la personne qui reçoit si facilement l'influence des causes hystériques, cette grande prédisposition nerveuse spéciale sur laquelle nous avons beaucoup insisté. Mais lorsque les crises se succèdent de manière à ne pas reconnaître de nouvelles causes déterminantes un peu satisfaisantes, de manière à se lier les unes aux autres et à entretenir entre elles une sorte de corrélation et de dépendance, alors elles ne forment plus autant de maladies distinctes, elles constituent une maladie unique qui est formée par des crises ou accès successifs et par des moments de rémission (obs. X), comme les fièvres intermittentes régulières ou erratiques. Ce n'est plus pendant la crise seulement que la personne est malade. Elle l'est aussi dans les intervalles ; elle, l'est toujours, quoiqu'elle paraisse jouir quelquefois d'une bonne santé. Elle devient ordinairement plus vive, plus impatiente, plus irascible. Son imagination et son caractère ne sont plus les mêmes. Les facultés intellectuelles, quoique régulières, sont modifiées, et les passions plus exallées rendent les amitiés et les haines plus vives, plus impétueuses, plus exclusives et souvent plus inconstantes et plus mobiles. Elle est infiniment plus impression-
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nable que dans son état normal à l'action des variations de l'atmosphère et du froid. La moindre sensation devient une souffrance ou une crainte. Tout son corps reste douloureux ou prêt à le devenir. A chaque instant, des spasmes variés se font sentir dans différents points à la fois ou isolément. A chaque instant aussi, les malades éprouvent ce qu'ils appellent des vapeurs, sensation d'où l'on a tiré la dénomination qu'on a donnée dans un temps et qu'on donne quelquefois encore à la maladie. Ils sentent, disent-ils, comme une vapeur qui s'élève d'un point quelquefois variable, quelquefois le même, et qui se porte tantôt sur la même partie ou sur le même organe, tantôt sur des organes différents, et quelquefois sur plusieurs organes à la fois ou successivement, et qui produit là une foule de phénomènes très-variés et cependant tous en harmonie avec la nature des fonctions de chaque organe. A la tête, ce seront le clou hystérique, des migraines, des pesanteurs, des éblouissements , des étourdissements, des insomnies ou un sommeil agité, et des réveils en sursaut, des somnolences, de la tristesse, des envies de pleurer ou de rire, une humeur quelquefois joviale et le plus souvent acariâtre et insupportable, de l'entêtement ou de la mobilité, une aptitude plus grande au travail, et quelquefois apathie et impossibilité de rien faire sans une fatigue extrême, et même de rien lire sans éprouver des bourdonnements, des vertiges, des bruits dans la tête. Aux différents sens de l'ouïe, de la vue, de l'odorat et même du goût, ce seront des anomalies de leurs sensations respectives, se rapprochant plus ou moins de quelques-unes de leurs névroses. Au pharynx, c'est une gêne extrême et même une impossibilité plus ou moins durable de rien avaler. Au larynx, ce sera une aphonie, ou la production de sons plus ou moins variables, plus ou moins discordants. Au poumon , ce seront des apparences ou des menaces d'asthme, des gênes plus ou moins grandes de la respiration,
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qui devient tantôt plus rapide, tantôt plus lente, suspiricuse, sanglotante, etc. Au cœur, il y a menace de syncope et quelquefois syncope complète; d'autres fois il y a des palpitations; la circulation est agitée , ralentie ou irrégulière ; les contractions du cœur se précipitent ou se ralentissent d'un instant à l'autre. A l'estomac, mille phénomènes non moins variés se présentent. C'est une faim dévorante, une sorte de boulinie; c'est une dyspepsie complète, l'anorexie; des gaz, des mouvements spasmodiques de ce viscère, des sensations plus ou moins pénibles ou douloureuses, des appétits dépravés, des vomissements, des vomituritions , une digestion rapide, ou une digestion excessivement lente, quelquefois insensibilité la plus complète dans l'épigastre, ou même soulagement par une forte pression ; d'autres fois sensibilité si fortement accrue, que le contact le plus léger, un simple vêtement devient douloureux, à plus forte raison une pression un peu forte. Les auteurs ont signalé le développement des gaz et leur expulsion quelquefois fatigante, soit pendant les crises, soit dans leurs intervalles. Aux intestins, les phénomènes ne sont pas moins variables sous le rapport de leur sensibilité et de leur insensibilité, des coliques diverses qui ont lieu, des gaz qui se développent, des évacuations alvines qui sont précipitées ou ralenties. Mais il est dans l'abdomen un phénomène qui m'a toujours paru fort extraordinaire, quoiqu'il soit fréquent, et dont j'ai souvent encore de la peine à me rendre raison ; c'est un développement énorme de cette cavité qui se distend rapidement , surtout après quelques contrariétés, et même bien souvent sans cause présumable ; on dirait que la femme est enceinte de neuf mois, ou qu'elle est atteinte d'une volumineuse hydropisie. Cet état se dissipe assez rapidement au bout de quelques heures ; cependant je l'ai vu souvent se prolonger plusieurs jours. Quelle en est la cause ? Qn iquefois ce sont des gaz développés dans les intestins : il est
facile de les reconnaître, il y a méléorisme. Tantôt ces gaz sont expulsés par le haut ou par le bas, tantôt ils disparaissent par absorption. Bien souvent aussi ce volume de l'abdomen paraît indépendant d'un développement de gaz. Il n'y a ni la rénitence, ni la sonorité de la tympanite. Ce n'est point non plus une hydropisie momentanée ; aucune fluctuation ne se fait sentir. L'abdomen est plus ou moins ferme ou mou, plus ou moins sensible au toucher. Il ne présente pas la dureté des engorgements viscéraux ; c'est un état particulier de consistance, analogue à celui d'un muscle relâché. Quelle sorte de fluxion s'opère là dans cette cavité et dans ces organes ? Est-ce une congestion des capillaires de toutes ces parties ? Est-ce une congestion séreuse? Estce une sorte d'hypertrophie momentanée? je ne sais que penser. Cependant s'il fallait me prononcer, je pencherais plus volontiers pour la première de ces opinions, avec laquelle la troisième aurait beaucoup de rapport. — Il n'est pas jusqu'à la vessie qui n'éprouve parfois une sorte de paralysie et d'engourdissement avec difficulté d'uriner, et d'autres fois une sensibilité telle qu'elle se contracte par la plus petite quantité d'urine et donne à chaque instant la sensation du besoin d'uriner. Quant aux organes génitaux, ils reçoivent aussi des influences bien nombreuses et bien variées, qui modifient de bien des manières leurs appétits, leurs actes et leurs phénomènes nerveux.
Ces vapeurs ne vont pas toujours au tronc et aux viscères qui y sont renfermés. Bien des fois elles se dirigent et s'arrêtent dans différentes parties des membres, et elles y occasionnent différents spasmes , différentes sensations ou diminutions de contraction, différentes exaltations de sensibilité , ou différentes paralysies ou diminution de sensibilité.
Ces phénomènes peuvent n'avoir qu'une durée très-limitée et se dissiper rapidement. Ils peuvent aussi persister plus ou
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moins longtemps, et durer des jours, des semaines, des mois et même des années.
Quelle est cette vapeur si commune? Quelle en est la nature? Tout ce que les pathologistes et les physiologistes ont dit à cet égard n'est qu'hypothétique, bien que vraisemblable. Est-ce le sang qui s'élève ainsi d'un point à un autre, comme l'ont dit quelques auteurs, et comme les malades prétendent l'expliquer? Est-ce la sérosité qui produit ce phénomène, ainsi que l'ont prétendu quelques autres auteurs? Sont-ce les nerfs, comme le veulent aujourd'hui la plupart des médecins ? Comment alors les nerfs agissent-ils ? Quelle est cette espèce à' aura hystérique? Est-ce le fluide nerveux qui se promène ainsi, qui s'accumule dans un point, en abandonne un autre, en vicie un autre, qui opère en un mot toutes ces formes de phénomènes protéiformes? Je n'en sais rien. Quelque séduisantes et vraisemblables que puissent être ces explications, nous les abandonnons pour nous en tenir au fait lui-même. C'est une sensation. Or, toute sensation est un acte nerveux, donc c'est un phénomène nerveux. Le reste nous est caché, et nous ne trouvons pas que les théories gratuites qu'on en a données aient soulevé le voile qui dérobe encore ce mystère.
Il ne faut pas croire que les phénomènes que nous venons d'énumérer comme propres à l'intervalle des accès hystériques, se présentent toujours, etsurtout qu'ils existent tous;i la fois. Bien des fois on n'en rencontre aucun, le malade n'est que plus impressionnable à l'action des causes des crises. D'autres fois il ne s'en présente qu'un bien petit nombre et même un seul. Ainsi ce ne sont pas eux qu'il faudrait compter pour reconnaître et constater l'hystérie. D'ailleurs, lors même qu'ils existeraient tous, s'il était possible, ils ne constitueraient pas encore l'hystérie. Ils ne représenteraient qu'un état nerveux général, qu'une névropathie, maladie bien différente et qu'on a malheureusement confondue trop sou-
vent avec l'hystérie. Pour caractériser cette dernière, il faut qu'il y ait des crises ou accès hystériques, de ces crises dans lesquelles aux mouvements convulsifs se joint cette sensation singulière d'un globe ascendant vers la gorge. Sans ce phénomène, l'hystérie est incomplète, elle n'a pas lieu. Une crise peut être violente, plus violente même qu'une crise hystérique. Si elle ne présente pas cette sensation, elle n'est qu'une crise nerveuse, qu'une crise de nerfs, comme le dit le vulgaire; circonstance, qu'il faut savoir bien distinguer : car les crises de nerfs ne sont guère moins fréquentes que les crises hystériques. Elles sont les crises névropathiques, et on ne peut et ne doit pas plus les confondre avec l'hystérie, qu'avec l'hypochondrie, qu'avec l'épilepsie. Quels que soit leur analogie et leur point de contact ou de ressemblance, elles constitueront chacune une maladie particulière. C'est en nous accoutumant à bien saisir toutes les nuances des affections, que nous éviterons bien des erreurs, ou tout au moins bien du vague et beaucoup de confusion dans l'histoire de la maladie. Accordons à chacune ce qui lui appartient, et nous verrons se dérouler devant nos yeux un tableau vrai et fidèle dans lequel chaque objet aura sa place distincte, tout en faisant voir ses rapports et ses connexions avec les autres objets, sans se confondre avec eux.
Variations.
Dans chaque crise hystérique, les choses ne se passent pas toujours aussi régulièrement que nous l'avons indiqué. Déjà nous avons vu qne, pendant l'intervalle, il se manifestait des phénomènes, qui variaient selon l'espèce de direction nerveuse qui s'opérait sur un point plutôt que sur un autre. Les phénomènes qui résultent de cette sorte de fluxion nerveuse, prennent quelquefois, pendant la crise, un développement tel, qu'ils prédominent tous les autres
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phénomènes, et que même quelquefois ils les effacent, et se mettent entièrement à leur place pour constituer à eux seuls la crise hystérique. Ces variations peuvent se présenter en grand nombre et sous une foule de formes différentes. Nous savons combien le système nerveux malade est capable de varier et de paraître différent de lui-même. Cependant tout part toujours d'un même principe, tout émane de la même modification morbide. Tantôt ces sortes de crises se combinent avec les autres phénomènes caractéristiques des crises véritables, c'est le cas le plus ordinaire. Tantôt elles s'en isolent, en quelque sorte, plus ou moins complètement et alternent plus ou moins régulièrement avec elles. Tantôt elles finissent par constituer elles seules l'affection nerveuse, se produisent comme les crises hystériques , dont elles ne conservent que des caractères assez faibles pour servir, pour ainsi dire, de souvenir. Il serait trop long de retracer toutes les formes sous lesquelles l'hystérie peut ainsi se masquer. Il nous suffira de signaler celles qui sont les plus fréquentes et que les auteurs ont le mieux étudiées.
La gêne gutturale, occasionnée par la boule hystérique , est quelquefois si grande, que la respiration, complètement interceptée, menace d'une suffocation imminente, et rend tout le corps raide et immobile , comme tétanique ou cataleptique. Ce phénomène n'est pas rare : il avait fixé l'attention des anciens, qui , pour cela , avaient donné à la maladie le nom de suffocation hystérique , suffocalio hysterica , hysterica apnœa. Quelques-uns même en ont été si frappés, qu'ils en ont fait une maladie à part, et Vigarous encore en fait une variété. Mais il n'y a rien là de particulier ; c'est une intensité plus grande dans le phénomène, et voilà tout. Cependant il ne faut point le négliger, parce qu'en se prolongeant il pourrait occasionner une véritable asphyxie ou une mort apparente.
Le clou hystérique , clavus hystericus , ovum hysterieum ,
tient le premier rang. Signalé par tous les auteurs, il ne sa présente pas cependant aussi souvent qu'on pourrait le croire, et que nous l'avions pensé d'après nos études. C'est une douleur excessivement vive qui prend quelquefois subitement , d'autres fois après quelques phénomènes avant-coureurs, et qui se fixe dans différentes parties du corps, et surtout à la tête. Quelquefois elle se reproduit toujours dans le même endroit , à l'œil , à la tempe , à l'oreille, au synciput, à l'occiput , etc. ; d'autres fois elle change de place chaque fois. Quelques auteurs ont cru pouvoir fixer son siège constant dans une partie de la tête, en suivant les impulsions théoriques qu'ils avaient adoptées : ainsi Galien dit qu'elle occupe les parties antérieures , à cause de la faiblesse des sutures et des communications veineuses. Joubert la fixe à l'occiput à cause de la circulation qui y produit une congestion plus facile. Gall et les phrénologisles la fixent au même point, à cause du cervelet qu'ils en font le siège. D'autres auteurs la placent au synciput , parce que c'est là que s'élèvent et se condensent les vapeurs hystériques. Le fait est, comme nous l'avons dit, qu'elle se remarque partout. Tantôt elle est de suite portée au plus haut degré d'intensité. Tantôt, au contraire , elle commence faible pour s'accroître plus ou moins rapidement. Tantôt aussi elle cesse brusquement; d'autres fois elle diminue insensiblement ; bien souvent aussi , elle semble s'apaiser un instant, pour redoubler avec une nouvelle fureur l'instant d'après , et cela à plusieurs reprises. Le degré auquel s'élève la douleur varie également: si le plus souvent il est à peu près le même, il diffère souvent aussi d'une crise à l'autre. Très-souvent ce clou hystérique constitue seul une crise ; souvent aussi il s'associe aux phénomènes d'une crise normale; d'autres fois encore il alterne avec des crises simples et sans clou. Sa durée n'a rien de fixe non plus. J'en ai vu céder au bout de quelques instants; j'en ai vu aussi se prolonger plusieurs heures et même des
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journées entières. Pendant sa durée, la douleur est si vive, que les malades, devenus plus impressionnables, ne peuvent presque rien endurer; leurs sens sont plus irritables et le caractère aussi ; les sentiments affectueux semblent être absorbés au moins en partie. Les fonctions intellectuelles ne sont ni troublées, ni diminuées, mais elles sont tellement dominées par la violence du mal , que les malades sont dans l'impossibilité presque absolue de s'occuper de rien. Les réactions autres que celles qui s'effectuent sur la sensibilité nerveuse sont presque nulles. La circulation reste impassible. La respiration et la digeslion ne sont point troublées ; cependant les malades ne mangent pas ordinairement pendant la durée de la crise; quelquefois même elle produite son début le même effet que la migraine , des vomissements spasmodiques , qui ont lieu lors même que l'estomac est vide. Les sécrétions continuent comme à l'ordinaire , les urines seules deviennent claires et incolores.
La douleur ne se manifeste pas toujours ainsi : bien plus souvent elle occupe ou toute la tête et elle constitue la céphalie, cephaîœa des anciens, ou seulement un côté de la tête, une sorte de migraine, hemicrania. Dans l'un et l'autre cas, elle n'en est pas moins pénible et insupportable. Dans beaucoup de cas aussi , elle forme un serrement dans un espace plus ou moins étendu , surtout aux tempes et en arrière. Quelquefois les douleurs fixent leur siège sur différentes autres parties du corps, tantôt d'une manière fixe, tantôt en présentant la plus grande mobilité. On les a vues occuper le tronc et ses différentes régions, les membres et surtout les cuisses et les hanches. Elles sont parfois assez intenses pour arracher des cris et pour en imposer et faire croire à des maladies locales dangereuses.
Les accidents cérébraux se rencontrent le plus fréquemment. Ils ont lieu de plusieurs manières : tantôt, et c'est le plus ordinaire de ces accidents, il y a perte de connaissance
pendant la violence de l'accès. Cette perte de connaissance est tout à-fait cérébrale : elle ne peut pas tenir à une syncope; car le cœur bat avec la même régularité. Elle peut avoir lieu de deux manières : ou bien elle est un effet purement nerveux, dû à l'intensité extrême de la crise et à sa puissante réaction sur l'encéphale dont elle suspend ou trouble les autres fonctions, ou bien elle est le résultat d'une congestion cérébrale , et, dans ce dernier cas, la chose peut encore avoir lieu de deux manières : ou bien la congestion est opérée par la crise elle-même, qui, dans ses réactions, détermine un plus grand afflux du sang capillaire au cerveau; ou bien la congestion a précédé la crise et en a peut-être même été la cause. Quoi qu'il en soit, cette perte de connaissance ne signi6e rien par elle même ; elle n'indique rien qu'un degré d'intensité de plus et la congestion.
La congestion cérébrale peut avoir un caractère plus grave , et donner aux accès une forme particulière à laquelle les auteurs et entre autres Boivin et Dugès ont donné le nom d'accès apoplectiformcs. Alors aux symptômes de l'hystérie se joignent tous les phénomènes de la congestion apoplectique : face rouge et vultueuse, pouls plein et fort, étatsoporeux et comateux , quelquefois stertore , quelquefois cris profonds et farouches avec secousses violentes de convulsions; quelquefois raideur cataleptique des membres : immobilité des yeux et des paupières, dilatation de la pupille. Bien rarement les malades conservent un reste de sensation et d'intelligence obtuse. Cet accès est souvent annoncé par une céphalalgie plus ou moins intense et plus ou moins longue. Cette forme se remarque plus souvent chez les personnes adonnées aux boissons spiritueuses. La crise se dissipe plus ou moins rapidement; elle laisse toujours une céphalalgie ou une pesanteur de tête assez grande pendant quelque temps. Souvent aussi la douleur de tête persiste plus volontiers dans la région occipitale. Enfin, selon l'observation des auteurs précités, une syncope la termine quelquefois.
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La congestion peut aller plus loin, et la crise apoplectique peut devenir une véritable apoplexie (obs. XI); soit parce quela congestion plus grande produit une compression subite, qui paralyse et annihile les fonctions cérébrales, et avec elles celles du reste de l'économie ; soit parce qu'un épanebement se sera opéré par rupture ou par exhalation. Cette terminaison fâcheuse est la plus rare.
Les accidents cérébraux donnent lieu à une autre forme d'hystérie : c'est celle qui se caractérise par des phénomènes épileptiques associés aux phénomènes hystériques. Elle a été signalée par la plupart des auteurs. Louyer-Villermay la distinguait sous le nom d'épileptiforme. Maisonneuve, Boivin et Dugès , M. Beau , etc. , en ont cité beaucoup d'observations, et nous-méme , nous en avons recueilli un assez grand nombre. Presque toujours alors l'accès débute brusquement, même pendant le sommeil , comme je l'ai vu trois fois ; ou bien il n'est précédé que d'une vapeur ou aura qui s'élève vers la tête et cause l'éblouissement, des vertiges. La perte de connaissance est presque toujours complète ; la raideur convulsive est plus grande , elle est presque tonique. Cependant assez souvent les malades semblent se frapper la poitrine ou chercher à s'arracher quelque chose de la gorge ; celle-ci est tendue et gonflée et agitée convulsivement. La tête est renversée , la face rouge et tuméfiée ; la langue souvent dépasse les dents , et bientôt l'écume s'écoule abondamment. Ces crises ne sont pas ordinairement bien longues : un quart d'heure , demi-heure , une heure , rarement davantage. Cependant elles laissent après elles un sentiment de lassitude et de brisement plus considérable. Cette forme d'accès présente des proportions différentes dans les rapports des phénomènes hystériques et épileptiques : tantôt ce sont les premiers qui prédominent , tantôt ce sont les seconds , et toujours il est facile de les apprécier. Les auteurs se sont demandé si , dans ces cas , il y avait complication des deux
maladies, ou s'il n'y avait que des phénomènes analogues ajoutés; l'une et l'autre opinion peuvent se soutenir, parce qu'elles sont vraies toutes les deux. Il est des circonstances où il y a complication, où les deux maladies sont si bien tracées, que nous avons vu quelquefois des accès de chacune d'elles bien distincts se développer isolément, et d'autres fois nous les avons vus se combiner , en commençant tantôt par les phénomènes hystériques , tantôt par les phénomènes épileptiques. II y en a d'autres où il n'y a qu'association de quelques phénomènes épileptiformes sans aucune trace d'épilepsie réelle. C'est faute d'avoir bien compris ces différences que les auteurs ne se sont pas toujours bien entendus , et qu'ils ont pu soutenir des opinions contraires en s'appuyant sur les faits: c'est ainsi que naissent bien souvent des divisions qui ne devraient pas exister.
Chez les jeunes Ailes et chez les veuves, l'influence de l'utérus est assez puissante pour occasionner des idées et des désirs qui, n'étant pas satisfaits, constituent un état nerveux tout particulier que les auteurs ont indiqué , mais qui n'est pas suffisant pour en faire une maladie à part ou même une variété , comme l'ont fait Mercatus et Vigarous, sous le nom de mélancolie des vierges et des veuves. C'est une impatience nerveuse, une mobilité extrême, une légèreté très-grande: tantôt graves et sérieuses , tantôt gaies et expansives, elles pleurent et rient alternativement et sans sujet ; elles fuient la société et convoitent le sexe masculin ; elles ne se trouvent bien nulle part; elles éprouvent en un mot tout ce vague que fait si bien sentir ce vide du cœur.
A ces formes cérébrales nous en joindrons une qui n'a pas échappé aux auteurs, bien qu'ils l'aient mal déterminée. Nous avons vu que dans les crises intenses, la réaction peut s'opérer avec une violence si grande sur l'organe de l'intelligence, que sa libre et ses actes tombent dans une sorte de torpeur ou de paralysie, qui suspend toute influence céré-
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brale , par conséquent tout mouvement et toute manifestation sensible de la vie. Cet état vraiment léthargique simule la mort, et il s'est rencontré plusieurs fois. C'est dans ces cas que de fatales erreurs ont été commises dans la précipitation des inhumations. L'exemple si mémorable de cette milady Roussel qui, après huit jours de mort apparente, revint à elle au son de la cloche, et dit en se levant sur son séant : «Voilà le dernier coup de la prière, allons! il est temps de partir,» devrait servir de leçon et rendre bien circonspect. Ce n'est pas qu'il faille ajouter foi à toutes les histoires merveilleuses qu'on a débitées ou plutôt inventées sur ce sujet; les trois quarts au moins sont fausses. Mais il suffit d'un fait bien avéré comme on en possède plusieurs, pour faire établir des lois précises et sévères qui préviennent le danger des inhumations précipitées. Celte forme léthargique se présente encore assez souvent ; mais elle n'est pas d'assez longue durée pour inspirer des craintes sérieuses. Pendant sa durée, les malades sont immobiles et paraissent d'une insensibilité complète à toute espèce d'excitant. La circulation s'exécute avec beaucoup de lenteur, et le pouls est à peine sensible ; quelquefois même il échappe aux doigts de l'observateur. Tantôt cet état de mort apparente cesse brusquement , comme chez Milady. Tantôt , et c'est le cas le plus ordinaire , le retour à la connaissance se fait progressivement. Les malades commencent à ouvrir les yeux et à les diriger vers les objets comme pour regarder; ils entendent mieux, ils poussent quelques gémissements, et ils cherchent à prononcer quelques mots d'abord décousus et inintelligibles; ils exécutent aussi quelques mouvements. Peu à peu ces faibles marques de connaissance augmentent, et elle revient complètement, passant ainsi par des degrés plus ou moins longs, comme chez la jeune fille citée par Raulin, et dans les autres cas attribués à Asclépiade, à Vésale, à Pison , et à beaucoup d'autres. C'est dans ces influences cérébrales de l'hystérie qu'on
a vu quelquefois des délires plus ou moins graves, des exaltations singulières, bizarres, éloquentes, et même poétiques de l'imagination , et des hallucinations tantôtde l'intelligence, tantôt des sens.
Lorsque la fluxion nerveuse hystérique semble se diriger principalement sur les poumons , elle y produit différents accidents qui ont été mentionnés d'une manière particulière. Tantôt c'est une suffocation plus grande que celle qui a lieu dans les crises ordinaines ; tantôt c'est une toux vive , violente et très-fatigante. — Dans le premier cas , qui est aussi le plus fréquent , la suffocation est extrême; elle a valu quelquefois à l'hystérie la dénomination de suffbcatio hystcrica. Boivin et Dugès l'ont admise sous le nom d'accès suffocant , en confondant les crises hystériques ordinaires avec les accès véritablement suffocants, dans lesquels, après des prodromes plus ou moins longs de malaises, d'oppression, d'agitation, de bouffées de chaleur intérieure , d'ascension à1 aura vaporeuse , de constriction à la gorge , l'oppression augmente , prend à peu près le caractère de l'asthme le plus intense , et menace d'une suffocation imminente. Ce qui force les malades, au milieu de leurs agitations convulsives, à chercher, autant que possible, l'air nouveau et quelques points d'appui pour leurs membres. Ils semblent implorer des secours de la voix ou du geste, autant que le leur permettent leurs facultés intellectuelles et l'irrégularité de leurs convulsions. La face se convulsé horriblement, la poitrine se soulève avec des efforts incroyables , l'abdomen se contracte et se dilate avec une peine évidente , et il y a souvent une émission bruyante de gaz , qui semble soulager un moment. Je n'ai pas vu d'aspect hideux et effroyable , comme celui des yeux saillants, des naseaux ouverts , de la bouche contractée, et de toute la face convulsée des malheureux en proie à ces sortes d'accès. Après avoir duré plus ou moins longtemps , quelquefois des jours entiers, les accidents se calment peu
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à peu. Il est rare que la crise cesse brusquement ; elle diminue progressivement ; il semble quelquefois alors qu'il s'opère une solution critique par un dégagement abondant de gaz , ou par un crachement copieux d'une mucosité presque limpide et fade. Pendant quelques heures et même quelques jours, il reste encore de la gêne dans la poitrine. C'est dans des crises aussi violentes que Ton conçoit la possibilité d'une suspension complète des mouvements de la respiration et des signes d'une mort apparente. Quoiqu'il y ait en même temps suspension de tous les autres mouvements et même quelquefois de ceux du cœur, le praticien prévenu saura se garantir de cette grave erreur.
Si l'accès se manifeste par une toux vive et quinteuse, presque analogue à la coqueluche, il prend le nom de pertussiforme que lui ont donné Dugès et Boivin. Ils n'en citent qu'une observation qu'ils recueillirent chez une demoiselle de 20 ans. Rosenstein et Stoll en avaient déjà donné une fort bonne description, sous le nom de tussis convulsiva, dans une thèse publiée par Alexandre Savoye. Nous avons eu occasion d'en observer plusieurs; mais ces accès ne présentent ni la régularité, ni la constance des autres. Tantôt la toux a lieu, tantôt elle n'a pas lieu. Elle ne semble être qu'un accident passager et excessivement incommode. Lorsque la toux a lieu, les mouvements convulsifs sont beaucoup moins violents : il semble qu'il y ait conversion des uns dans les autres. Les antispasmodiques échouèrent chez la malade de Boivin et de Dugès, et le quinquina réussit. Ce fut le contraire chez nos malades, les antispasmodiques obtinrent le succès que nous désirions. Cette forme ne nous a jamais inspiré aucune inquiétude. Par sa durée et son opiniâtreté, elle peut amener l'irritation du pharynx et du larynx, et causer le son croupal et même l'aphonie.
Quoique le cœur ait paru étranger aux accès ordinaires de l'hystérie, il est souvent le point de mire de la maladie. La
fluxion nerveuse semble l'envahir quelquefois , et alors encore elle n'agit pas de la môme manière dans tous les cas. Il y a deux formes principales sous lesquelles se manifestent les phénomènes qui se développent sous son influence. Ou bien il y a activité accrue, et les battements du cœur plus accélérés se transforment en palpitations. Ou bien il y a diminution d'action, et les battements moins rapides et quelquefois suspendus produisent la syncope ou une menace continuelle de syncope. Dans le premier cas, les mouvements du cœur sont toujours plus rapides et plus forts : ils produisent des palpitations sensibles à l'oreille, à la main, quelquefois même à la vue. Ces palpitations sont ordinairement régulières ; mais bien souvent aussi elles sont irrégnlières et désordonnées dans leur force comme dans leurs intervalles ; quelquefois même il y a des intermittences bien marquées, c'est-à-dire des suppressions d'une pulsation de temps en temps, tantôt après un nombre déterminé de pulsations, tantôt après un nombre qui varie chaque fois. Le pouls correspond à ces altérations des mouvements du cœur. 11 est petit, mou ou raide, irrégulier, inégal, fréquent, treniblottant, et quelquefois filiforme. C'est à cette forme que Dugès et Boivin ont donné le nom d'accès cardiaque. Ils en citent deux observations intéressantes. Bonnet nous en a conservé une histoire, dans cette demoiselle dont les accès étaient caractérisés par des syncopes effrayantes qui duraient plus de demi heure. Ces sortes de crises occasionnent une sensation extrêmement pénible dans la région du cœur. Cet organe paraît plein et prêt à se déchirer ou à s'échapper de la poitrine, ou serré comme par un cercle. La respiration en est beaucoup gênée et la faiblesse extrême. Ces palpitations cessent quelquefois brusquement avec les crises. D'autres fois elles se prolongent, et elles ne diminuent que progressivement pour cesser après un temps plus ou moins long. Si ces crises se répètent souvent, elles peuvent ne plus cesser
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complètement et devenir habituelles. Nous avons eu occasion de l'observer plusieurs fois. Jamais elles ne nous ont paru dangereuses.
Dans le second cas, le cœur semble paralysé. Ses contractions sont faibles et lentes, à peine on les sent, quelquefois même elles cessent complètement, et alors la syncope est complète. Dans cette forme de l'hystérie, les angoisses sont très pénibles, la vie semble toujours échapper aux malades, en même temps que la suffocation hystérique et les mouvements convulsifs les torturent. Lorsque la syncope est complète, la connaissance se perd tout-à-fait, le pouls cesse de battre, et les malades rentrent dans le cas de la syncope ordinaire : seulement sa cause, étant bien différente et beaucoup plus intense, peut la rendre plus longue, plus difficile à combattre, et quelquefois plus dangereuse par sa durée. Nous admettons cette forme, parce que nous en avons vu des exemples assez bien dessinés. Mais s'il nous avait fallu l'établir, comme Louyer-Villermay, Boivin et Dugès l'ont fait, sur les observations qu'ils en rapportent, nous l'aurions rejetée sans balancer, parce que ce ne sont point des faits de syncope. Ce sont des cas de complication de l'hystérie avec la catalepsie ou avec la léthargie. Mais, pour avoir mal choisi leurs exemples, ils n'en ont pas moins rendu service en traçant cette forme de crise. Cet état syncopal peut se prolonger autant et plus que la crise. Il cesse ordinairement avec elle et quelquefois plus tôt. Les malades reprennent connaissance lentement ou brusquement. Ils ne se ressentent que de la faiblesse et du brisement que doit occasionner une crise aussi compliquée. Quelquefois, ainsi que l'ont observé Dugès et Boivin, les crises syncopales se renouvellent plusieurs fois par jour, il est vrai alors à un degré peu intense et peu grave. Cette circonstance n'est pas rare. Quoique cet état ne soit pas ordinairement dangereux, il peut le devenir en se prolongeant, parce qu'alors la vie
se retire des organes, à mesure que le sang tarde trop de leur arriver et de leur porter leur incitation habituelle. Nous ne croyons pas devoir signaler les altérations que Tissot, Laënnec, MM. Rilliet et Barthez , etc., disent avoir observées dans le sang, ou dans le rhythme du pouls, parce que nous ne les avons jamais constatées, et que les observateurs les plus sévères n'ont pas été plus heureux.
Assez souvent, comme nous l'avons vu, l'estomac devient le foyer où viennent aboutir les efforts les plus grands de la maladie. Il paraît alors être l'organe essentiellement malade. Aux phénomènes principaux de l'hystérie se joignent ceux de la gastralgie la plus intense, et avec toutes ses nuances si variées et si bizarres : crampes, gastrodynie, vomissements, palpitations épigastriques, mouvements ondulatoires dans cette région, borborygmes, renvois, nausées, dyspepsie, etc. Il serait trop long d'énumérer et de décrire chacun de ces phénomènes. Il nous suffit de les signaler : il est facile de s'en représenter le cortège si bien développé dans le traité des gastralgies du docteur Barras. Cette forme est la plus fréquente. Il est même rare que l'estomac ne participe pas plus ou moins aux crises hystériques. Les accidents se dissipent ordinairement avec la crise. Cependant l'estomac peut conserver un sentiment de malaise pendant assez longtemps. Nous ne l'avons jamais vu présenter rien de grave.
Dans la région épigastrique, on a vu les palpitations sans doute de la cœliaque se renouveler avec assez de force et de persévérance pour en imposer pour un anévrisme, ainsi que le disent Boivin et Dugès. Mais avec un peu d'attention, il est toujours facile d'éviter celte erreur. Ces palpitations n'ont rien d'inquiétant.
Les autres phénomènes qui ont été mentionnés par quelques auteurs sont tellement insolites, qu'on ne peut pas les regarder comme appartenant à l'hystérie. S'ils se présentent,
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c'est au praticien à savoir que dans notre économie, tout est possible en fait d'acte morbide, surtout d'acte nerveux, afin de ne s'étonner de rien, ou bien ils ne sont que l'exagération facile à comprendre des phénomènes ordinaires que nous avons signalés. — C'est de cette accumulation de phénomènes nerveux que sont venus bien souvent la confusion et l'embarras qui régnent dans beaucoup de traités sur les maladies nerveuses, C'est ce qui a fait dire que tous ces phénomènes n'étaient pas nécessaires pour caractériser l'hystérie, et qu'on pouvait la reconnaître sous l'un d'eux aussi bien que sous l'autre. Pour être plus précis et plus sévère dans notre diagnostic, nous allons apprécier d'abord la valeur réelle de chaque phénomène.
Valeur des signes de V hystérie.
Dans cette longue énumération des phénomènes de Fhystérie, il nous a été facile de voir qu'ils n'avaient pas tous la même valeur, qu'ils ne concouraient pas tous également à faire caractériser la maladie, et que si les uns étaient essentiels, quelques autres n'étaient qu'accessoires. Déjà Astruc avait cherché à débrouiller ce chaos, et il n'avait signalé que quatre phénomènes pathognomoniques ou propres à l'hystérie. C'était une impression sourde ressentie dans la région de la matrice, laconstrictionducou, le resserrement de la poitrine, et le globe hystérique. Georget lésa réduits à deux, et encore finit-il par regarder les convulsions comme le seul phénomène caractéristique. Boivin et Dugès s'élèvent avec force contre la manie de certains médecins d'appeler hystériques, tous les symptômes, toutes les affections des femmes qui se rattachent au trouble des fonctions génitales, et ils blâment cet abus en conseillant de bien étudier les phénomènes propres à chaque affection, afin de ne pas s'exposer à des méprises en confondant les maladies. Nous applaudissons
d'autant plus à cette recommandation, que nous lisions naguère encore dans un journal de médecine ces paroles un peu extraordinaires : t II ne faut pas exiger l'attaque convulsive avec tous ses caractères, son commencement , son milieu et sa fin. Il ii'y a souvent rien de moins hystérique que les femmes hystériques. » Avec de pareilles dispositions, on admet tout pêle-mêle, la confusion renaît, et l'on a pour se justifier de ce peu d'ordre le refuge Protée et caméléon. Nous insisterons davantage sur ce point, en nous rappelant que Sydenhani voulait qu'on vit l'hystérie partout où les phénomènes étaient autres que ceux de la maladie, et que Vigarous aussi adoptecette opinion en reconnaissant que l'hystérie revêt un grand nombre de formes, et il ne se fait pas faute d'en citer, mais il y en a au moins les trois quarts à retrancher.
Pour bien préciser la valeur réelle des phénomènes, il nous faut étudier le rôle qu'ils jouent dans la maladie. Cette appréciation nous fera connaître ceux qui sont indispensables et en quelque sorte pathognomoniques.
Phénomènes cérébraux. — Sous cette dénomination, nous comprendrons d'abord quelques phénomènes qui se passent dans les actes intrinsèques de l'encéphale, intellectuels et affectueux. L'intelligence n'éprouve point d'altération , quel que soit le moment de la crise où nous l'examinions. Pendant la crise, nous avons vu (obs. I, II, III, IV, V et VI , etc.) que les malades conservaient toutes leurs facultés. Elles sentaient , elles voyaient , elles entendaient, elles flairaient les odeurs. Quelquefois même (obs. I, IV, X, XIII et XV) elles ont pu exprimer, quoiqu'avec beaucoup de peine, ce qui se passait en elles ou ce qu'elles voulaient. La maladie alors n'en est pas moins une hystérie bien prononcée. Si les malades se taisent et n'expriment pas ce qu'elles éprouvent, c'est parce que Ic9 organes de transmission, en proie à l'action morbide, sont soustraits, ou presque entièrement soustraits à l'empire de
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la volonté ; mais il n'y a ni délire, ni aberration mentale, ni hallucination. Quoique dans beaucoup de circonstances (obs. VIII, IX, XIV) il y ait eu perte de connaissance, c'est-à-dire, suspension ou abolition momentanée des facultés intellectuelles, nous regardons la lésion de ces facultés comme indépendante de la maladie, quoi qu'en aient dit Georgetet M. Landouzy. En effet, nous voyons l'hystérie la mieux caractérisée exister sans cette lésion, et, dans les cas où il y a eu abolition ou perversion de ces fonctions, c'était parce qu'il y avait complication (obs. VIII, IX, X, XI), ou effet d'une réaction puissante sur l'encéphale, (obs. XII, XIV). Si nous examinons ce qui se passe dans l'intervalle des crises, nous retrouvons encore mieux l'intégrité des facultés intellectuelles : quelles que soient les souffrances dont les malades soient torturées, elles ne peignent que ces souffrances, et elles les peignent telles qu'elles les sentent. Si elles les exagèrent, c'est parce qu'elles sont vives et exagérées; mais elles ne les transforment point en une foule de maladies, elles n'en font point l'objet de leur unique pensée, de leur monomanie. Alors il n'y aurait plus hystérie simple, il y aurait complication de l'hystérie avec l'hypochondrie. Ainsi les facultés intellectuelles ne sont point essentiellement lésées dans l'hystérie, ni pendant la crise, ni pendant l'intervalle. Ce point est important à constater, parce qu'il sert à différencier l'hystérie de l'hypochondrie.
Le moral, quant aux sentiments affectueux, ne paraît pas éprouver de changements marqués. Pendant l'accès on n'aurait pas le temps de s'en apercevoir, et il serait ridicule de chercher dans des actes qu'on ne peut pas diriger, l'expression d'une signification qu'ils ne peuvent pas avoir. Pendant l'intervalle des crises, ces sentiments sont bien loin de diminuer, ils semblent même augmenter avec la sensibilité physique. Mais il y a quelquefois un changement réel dans le caractère de la personne. Le système nerveux cérébral, devenu plus
impressionnable, plus irritable, ressent plus vivement toutes les impressions et les ressent avec peine. II en résulte souvent plus d'irascibilité , plus d'impatience, plus de contrariété sur les choses les plus simples, et qui, dans les temps ordinaires, n'eussent produit aucun effet désagréable. Mais cet état du moral ou plutôt du caractère n'est point particulier à l'hystérie. Il n'a aucune empreinte spéciale comme celui de l'hypochondriaque. Il est commun avec toutes les souffrances locales ou générales qui, en exaltant la sensibilité, modifient les impressions et les réactions. Aiusi, du côté du moral encore, l'organe de l'intelligence n'éprouve point de changement notable, point de modification pathognomonique. Nous nous trouvons dans un désaccord complet avec Georget, et nous disons hardiment : non, le cerveau n'est pas essentiellement lésé dans l'hystérie.
Sensations. — Les organes des sens ne paraissent point modifiés dans leurs fonctions, ni pendant la crise, ni pendant l'intervalle. Les malades jouissent de toutes leurs facultés sensoriales : ils voient, entendent, et sentent. Ce n'est que dans les cas exceptionnels, et lorsqu'il y a complication ou réaction trop vive, qu'il y a abolition ou viciation des sensations, comme l'a présenté la jeune fille qui, dans le service de M. Guérard, faisait chaque jour ses délices d'un demi pain de blanc d'Espagne. Ce n'est pas là encore que nous irons chercher les signes pathognomoniques de l'hystérie. Cependant nous ne devons pas en conclure que, dans cette maladie, il n'y a pas des sensations compromises essentiellement, car nous trouvons deux sensations insolites fort remarquables et on peut dire caractéristiques.
La première est cette sensation singulière d'un globe qui paraît tantôt parcourir l'abdomen seulement, tantôt s'élever vers le pharynx et le larynx, et quelquefois se renfermer dans cette région laryngienne. Ce n'est point ici le lieu de nous occuper de sa nature, nous ne devons constater que son exis-
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tence constante et dès lors pathognomonique. Il est de toutes les hystéries sans exception. Une crise qui ne le présenterait pas, ne serait point une crise hystérique ; ce serait une crise de convulsions. Il se manifeste même, quoiqu'avec moins d'intensité, pendant l'intervalle des crises ; il se renouvelle ou se prolonge d'une manière indéterminée. Ce phénomène est donc un véritable signe : il est le signe pathognomonique de l'hystérie. Nous appelons l'attention toute particulière sur lui, parce qu'il est le plus important. Plusieurs auteurs ont voulu diminuer sa valeur en niant sa fréquence. Nous partageons la dénégation formelle que leur donne M. Lisfranc (op. cit. II, p. 578). Nous pensons que cette opinion vient de ce qu'on a pris des crises nerveuses, des névropathies pour l'hystérie. Tenons-nous en garde contre cette prétention.
Nous avons encore signalé une sensation non moins singulière de l'hystérie : c'est cette douleur vive, aiguë et poignante, qui se fait sentir dans un point très-limité, et qui, à cause de cela, a reçu le nom de clou. Ce phénomène paraît exister quelquefois sans qu'il y ait la moindre apparence d'affection hystérique. Il est en outre assez rare, même chez les personnes atteintes de cette maladie ; c'est à peine si nous l'avons observé une fois sur vingt ; on le rencontre peut-être plus souvent dans d'autres localités, et sa rareté pourrait tenir à celle que nous habitons. Toutefois nous ne pouvons pas présenter ce signe comme appartenant exclusivement à l'hystérie. Nous ne pouvons pas non plus le regarder comme un signe nécessaire de cette maladie, puisqu'il manque le plus souvent. Quoiqu'il ne faille pas le négliger, il ne peut avoir pour nous, comme pour le praticien, qu'une valeur très-secondaire. Il peut servir quelquefois à faire reconnaître la nature de quelques phénomènes nerveux qui ne sont pas encore bien dessinés. Il est alors un phénomène de plus a ajouter à ceux qui existent déjà. Indépendamment de ce
clou, on rencontre souvent des douleurs vagues et erratiques et quelquefois fixes, une sensibilité exquise de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, des amauroses périodiques, des dyscousies, des paracousies, des nausées, des vomissements, le hoquet, des phénomènes hydrophobiques, des changements instantanés de la voix. Mais comme ces phénomènes n'ont rien de particulier à l'hystérie et qu'ils manquent le plus souvent, ils ne peuvent être d'aucune valeur dans l'appréciation des phénomènes de cette maladie. Nous ne devons pas ajouter une importance bien grande aux illusions et autres bizarres sensations qu'éprouvent quelquefois les malades. Ainsi cette fille hystérique qui voyait, après chaque accès, tout le monde renversé marcher la tête en bas, présentait une hallucination, qu'il est bon de connaître, parce que des faits analogues peuvent se présenter, mais qui n'a aucune valeur séméïotiqne pour l'hystérie.
Enfin, lorsque la maladie devient ancienne ou chronique, lorsqu'aux crises hystériques se joignent ces malaises d'hystéricisme qui se remarquent pendant l'intervalle, nous avons vu des sensations de vapeurs s'élever de différents points, parcourir les différentes parties du corps, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et produire des sensations nouvelles et différentes, suivant l'organe vers lequel elles paraissent se diriger. Ces sensations ne sont ni constantes, ni exclusivement affectées à l'hystérie. En conséquence elles ne peuvent pas mériter une grande confiance comme signe de cette maladie. Cependant, comme elles existent assez souvent lorsque la maladie est avancée, elles seront un phénomène de plus à ajouter aux autres pour la caractériser, et sans être un signe pathognomonique, elles ne seront point dédaignées.
Contractions convulsives. — Les convulsions cloniques que nous avons vues torturer les malades pendant la crise , ressemblent aux convulsions ordinaires violentes. Cependant ,
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si nous pouvons bien nous en rendre compte , nous avons cru leur remarquer un caractère un peu différent. Elles présentent ordinairement des sortes de secousses ou de retours brusques et spontanés surtout du tronc, que ne présentent pas les convulsions ordinaires. Ces secousses sont analogues à celles de l'épilepsie ; mais elles sont moins brusques , moins raides ; au milieu de leur intensité peut-être aussi grande , elles ont quelque chose de plus moelleux. De plus, les secousses de l'épileptique ne tendent guère à le faire changer de place. Il tombe et il se débat sur lui-même ; tandis que dans l'hystérie , les mouvements convulsifs déplacent presque toujours le corps et le font rouler plus ou moins rapidement. Quoiqu'on ne puisse pas ajouter une confiance absolue dans ces convulsions , quoique seules elles ne présentent pas le cachet d'un signe palhognomoniquc, elles n'en sont pas moins d'une grande importance, nous dirions presque d'une nécessité indispensable pour caractériser un accès. Sans elles il n'y aurait pas de crise positive , excepté dans ces cas de déviation de la crise sur un organe important , et encore alors elles s'y joignent presque toujours. C'est donc un signe, et un signe d'une haute valeur. Le bruit éclatant que font quelquefois les jointures , surtout vers la fin des crises , ne présente rien qui mérite de fixer l'attention. M. Dubois, d'Amiens, a regardé les contractions convulsives comme un effet de la douleur, comme une réaction de l'irritation qui serait placée dans l'utérus. « Elles ne sont rien par elles-mêmes, dit-il , elles ne sont qu'un effort instinctif de la nature , de cette nature médicatrice , qui veut nous avertir par là de la violence et du danger de la maladie. » Cette opinion ingénieuse repose sur des bases bien fragiles , puisqu'elle émane d'une douleur ou d'une irritation qui manquent souvent , et de son siège dans un organe qui se porte presque toujours bien.
C'est à cet ordre de phénomènes seulement , sensations et
convulsions, que Georget attachait de l'importance , parce qu'il les faisait procéder du cerveau , sur le compte duquel il s'efforçait d'entasser symptôme sur symptôme,, en recueillant les moindres sensations, les moindres spasmes qui s'opéraient par cet organe, afin d'en faire le siège de la maladie. Phénomènes organiques. — Parmi les phénomènes que fournissent les fonctions ganglionnaires , il n'en est point qui puissent être mis au nombre des signes de l'hystérie. Ni l'absorption , ni la circulation , ni les sécrétions, ni la nutrition, n'en fournissent aucun qui lui appartienne en propre. Toutes ces fonctions continuent à s'exécuter comme elles ont l'habitude de le faire. L'absorption et la circulation ne sont point troublées ; les sécrétions ne le sont pas non plus. Cependant nous avons vu que les urines devenaient plus blanches et plus limpides pendant les crises ; mais ce caractère n'est point particulier à l'hystérie, il lui est commun avec toutes les affections nerveuses , toutes les névropathies. Il n'est pas môme constant , puisque des auteurs ont vu la sécrétion urinaire se supprimer pendant assez longtemps. Ce phénomène ne peut donc pas avoir une valeur spéciale ; cependant il indique toujours une affection nerveuse. Y aurait-il une différence entre les urines blanches de l'hystérie et celle des autres affections ? Je n'en ai jamais remarqué aucune , et je ne sache pas que personne y ait apporté plus d'attention.
Quelques auteurs ont signalé avec complaisance le développement de gaz dans l'estomac , les flatuosités et les rots pendant la crise. Ce phénomène ne se présente que dans les cas de complication ; je ne l'ai jamais observé autrement. Il était bon d'en parler, afin d'ôter toute espèce d'hésitation sur sa valeur. Il n'en a aucune comme signe de l'hystérie ; il annonce toujours une lésion vitale ou organique de l'estomac .
La menstruation , dit-on, est quelquefois dérangée et surtout supprimée; le fait est vrai, mais ce dérangement n'est
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point l'effet de l'hystérie ; il en est la cause la plus ordinaire. Lorsque la maladie arrive indépendamment de la menstruation , elle ne la dérangepoint. J'ai connu beaucoup de femmes hystériques très-bien réglées, et j'en ai connu beaucoup aussi qui étaient mal réglées et qui n'étaient pas hystériques pour cela. Ainsi la menstruation est assez peu caractéristique de l'hystérie. Cependant, comme elle en est une cause fréquente, elle ne doit pas être négligée ; car bien souvent l'hystérie ne cesse que lorsque les menstrues reprennent leur cours.
M. Lisfranc ajoute une grande importance à un flux leucorrhéique : ce flux est un indice de la phlogose utérine dont il est la conséquence de même que l'hystérie. En ce sens nous sommes de son avis. S'il a beaucoup trop insisté sur ce phénomène , cela tient à ce que sa spécialité pour les affections utérines , fait recourir à ses soins toutes les femmes qui se croient averties par cet écoulement d'une lésion de la matrice. Les autres ne s'adressant pas à lui , il ne peut pas les connaître , il ne peut pas en parler. C'est là le sort commun de l'espèce humaine et même des meilleurs observateurs , et cela se conçoit. On ne peut être bien sûr que de ce qu'on a vu soi-même.
Nous ne mettons pas non plus au nombre des signes de l'hystérie cette gêne asthmatique de la respiration qui fait pourtant le caractère essentiel de certaines crises , parce que ce phénomène n'est pas assez constant pour mériter d'être ainsi classé. En second lieu , parce que la gêne de respiration qui a lieu est l'effet des contractions soit des muscles thoraciques , soit du larynx. Dans le premier cas, il est une circonstance exceptionnelle ; dans le second, il est la conséquence de phénomènes essentiels : ainsi on ne peut lui accorder aucune valeur comme signe de l'hystérie. Il en est de même des palpitations ; elles n'ont lieu que bien rarement et dans des cas exceptionnels , où le cœur devient le foyer de contractions nerveuses , ou l'aboutissant des réactions.
Nous en dirons autant des vomissements , des anxiétés précordiales, et de mille autres phénomènes que la maladie nerveuse peut faire développer dans ses caprices multipliés. Il n'en est aucun qui puisse être regardé comme un signe de l'hystérie. Us n'ont de la valeur que dans les cas particuliers où on les observe.
Nous ne pouvons pas passer sous silence un phénomène que nous avons signalé : c'est le développement du volume de l'abdomen. Quelles que soient la cause et la nature de cet accroissement de volume , il se présente quelquefois, surtout dans les cas d'hystérie constitutionnelle ; mais il manque si souvent , qu'il ne peut pas figurer au nombre des signes de l'hystérie. Très-souvent aussi il appartient à différentes maladies nerveuses et organiques. Comme il se présente sous deux formes, l'une tympanitique et l'autre congestive , nous avons cru remarquer plus souvent la première dans les cas de lésion de l'appareil de la digestion , et la seconde dans les cas où le foyer d'incitation part de la matrice. Dans le premier cas, le corps acquiert une légèreté spécifique bien plus grande , au point de le faire surnager, si l'on en croit Brodie et Pomme. Lors donc que l'hystérie sera accompagnée de l'un de ces phénomènes, il pourra guider dans l'appréciation du foyer d'incitation , de son point de départ ; mais il n'a pas d'autre valeur symptomatique.
Enfin nous devons mentionner le refroidissement des extrémités inférieures auquel Louyer - Yillcrmay ajoute beaucoup d'importance , et le froid glacial des lombes que Vigarous dit avoir trouvé si grand , qu'on ne pouvait pas les réchauffer. Ce phénomène mérite à peine de fixer l'attention. Il est le résultat des attitudes que prennent les malades, qui se découvrent les membres et les tiennent exposés à l'air. 11 a constamment manqué toutes les fois que nous avons pu faire tenir la malade couverte. Cependant la chaleur de la tête est le résultat de la congestion qui s'y fait : elle se lie
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donc à ce phénomène , et elle pourrait ainsi opérer quelquefois une sorte de révulsion thermique.
En nous résumant , nous voyons que les signes de l'hystérie se réduisent à deux bien avoués : la sensation de cette boule vagabonde et ascendante, et les contractions cloniques des muscles pendant les crises. Tous les autres phénomènes leur sont communs avec d'autres maladies , ou bien ils manquent si souvent qu'ils ne peuvent pas être regardés comme des signes sérieux de l'hystérie. C'est ainsi que, malgré le nombre infini de phénomènes que les auteurs se sont plu à recueillir , malgré les actes variés sous lesquels l'hystérie se déguise , il nous a été facile de les restreindre et de les renfermer dans le nombre strict et indispensable des deux phénomènes qu'on rencontre toujours.