CHAPITRE V
Analyse physiologique.
Puisque nous avons commencé à étudier chaque phénomène en particulier pour en déterminer la valeur, nous ne devons pas quitter ce sujet sans nous livrer à l'examen de l'action intime de l'organisation dans la production de chaque phénomène , et à l'appréciation physiologique de leur production et de leur enchaînement entre eux et avec leurs causes et leurs effets secondaires.
Dans les quatre premières observations, dans la seizième et dans la dix-huitième, nous voyons une cause morale agir d'abord sur l'encéphale. Ce sont des émotions, des frayeurs, des chagrins, la vue d'une maladie semblable. Dans toutes, le cerveau a reçu une impression insolite ; dans toutes il a été le premier organe affecté. Par suite de cette impression se sont déclarés les mouvements morbides qui ont constitué les crises hystériques. Ces phénomènes se sont passés hors du
cerveau : il a donc fallu que de cet organe , siège primitif de l'action de la cause , il s'opérât une réaction sur les organes qui sont devenus le siège et les agents des actes hystériques. Comme on pounait nous faire une objection qui se présente tout naturellement , nous allons la prévenir en reproduisant une observation que nous avons déjà plusieurs fois eu l'occasion de faire. Mille fois par jour, des émotions et des frayeurs ont lieu sans causer l'hystérie ; mille fois aussi on voit des crises, sans en ressentir d'autre influence que la peine morale qu'elles occasionnent. Comment se fait-il que dans ces cas elles aient agi d'une manière différente que dans les autres circonstances beaucoup plus nombreuses? L'objection est forte. Cependant elle tombe devant la considération que nous avons si bien fait ressortir de la nécessité d'une prédisposition physiologique. Sans cette prédisposition, toutes les causes se réuniraient en vain ; leurs efforts seraient impuissants pour produire une crise. Ce que nous disons là est le résultat de l'observation de tous les instants. Les surprises et les frayeurs les plus grandes ont lieu et ne sont pas suivies de crises , tandis que l'émotion la plus légère suffît souvent pour en déterminer de bien violentes. Pourquoi cela? La raison en est simple. Il y a prédisposition dans un cas, il n'y en a pas dans les autres. On me pardonnera d'insister autant sur ce point, parce qu'il est de la plus haute importance. Ainsi une économie prédisposée a reçu , par le ministère du cerveau , l'action des causes morales , et les phénomènes de l'hystérie se sont déclarés. Or, nous avons vu qu'en dernière analyse ces phénomènes se réduisaient à deux principaux : 1° le spasme intérieur donnant la sensation d'un globe mobile et ascendant ; 2° les convulsions cloniques.
Le premier de ces phénomènes est excessivement remarquable et bizarre : la sensation d'un globe est positive. Tous les malades l'éprouvent , tous l'expriment de la même manière ; c'est une boule qui court , qui remonte et qui les suf-
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loque. Bien plus, cette sensation devient quelquefois physique et en quelque sorte matérielle pour les assistants. Tant qu'elle reste circonscrite dans l'abdomen , on la voit saillira travers les parois , on la sent et on la saisit avec la main. M. Trolliet , qui s'est beaucoup occupé de ce sujet, en a fait la remarque; et nous-même, bien des fois, nous avons pu la suivre de l'œil et de la main. Lorsquelle est arrivée au pharynx et au larynx , la région qui y correspond se gonfle et s'agite par des mouvements continuels de déglutition, comme si les muscles du col se contractaient sur ce globe que la malade dit sentir. Voilà une sensation bien positive ; voilà un phénomène bien extraordinaire, que Georget avait bien raison de nommer boule mystérieuse. Quelle en est la cause? Les anciens avaient dit : c'est la matrice, qui, comme un animal féroce, ravage les différentes parties qu'elle parcourt, et se porte à la gorge pour suffoquer ou étrangler les malades. Cette opinion n'a pas besoin de réfutation : on y a répondu depuis longtemps. On a dit , et Dumoulin le premier: c'est l'intestin , c'est l'estomac , c'est l'œsophage, c'est le pharinx et le larynx qui se contractent antipéristaltiquement, et qui, dans ce mouvement spasmodique et partiel, produisent, dans le lieu de la contraction , la dureté du muscle en action et la sensation de ce globe. Cette opinion est plausible : elle séduit par sa simplicité physiologique. Cependant il est permis d'élever des doutes sur sa justesse. D'abord , le mouvement antipéristal tique des intestins, de l'estomac et de l'œsophage , amènerait le vomissement. Or , ce phénomène n'a jamais lieu dans les crises ordinaires : de façon que , même en admettant cette contraction antipéristaltique, il faudrait y reconnaître une modification spéciale qui la distinguerait et qui serait même un obstacle au vomissement. En second lieu , la contraction de l'intestin , de l'estomac et de l'œsophage, en même temps qu'elle les durcit, rapetisse les organes au lieu de les tuméfier. Comment dès lors expliquer
cette sensation de boule , cette tuméfaction si sensible et si palpable? Quelques auteurs ont admis des gaz qui seraient renfermés dans un point très-resserré de l'intestin par une contraction supérieure et inférieure à ce point , et que ferait cheminer cette contraction spasmodique, à mesure qu'elle s'élèverait. Il y a là quelque chose de vraisemblable. Cependant la chose n'est pas vraie , au moins dans tous les cas . car lorsque le spasme est arrivé au col , il n'y a plus ni gaz possible , ni dégagement de fluide. Cependant la sensation du globe y est permanente et y reste plus forte que partout ailleurs. Vigarous se demande si l'on ne pourrait pas expliquer ce phénomène par l'invagination ascendante et successive de l'intestin , qui donnerait ainsi la raison du volume globuleux. Nous croyons pouvoir nous dispenser de réfuter cette explication. M. Trolliet, sans cherchera en expliquer la nature , a admis un globe, une boule. M. Brachet n'y a vu qu'un spasme ascendant de l'intestin et de l'œsophage. Mais cette expression ne dit pas tout. Il y a spasme, la chose est évidente; mais il y a en même temps tuméfaction de la partie. C'est la cause de cette turgescence qui doit nous embarrasser, parce que jusqu'à ce jour elle a été le point difficile, la pierre d'achoppement des auteurs. Oui , sans doute , il y a contraction spasmodique d'un point du long canal digestif; oui , sans doute , cette contraction vague suit le plus souvent une marche antipéristaltique, puisqu'elle va de bas en haut : mais dans cette contraction , dans cette ascension , il n'y a rien de semblable à la contraction antipéristaltique du vomissement , il n'y a rien qui pousse les matières et qui les fasse rétrograder; la contraction a lieu sans agir sur elles. Il y a quelque chose de plus qu'une simple contraction. Il y a dans ce point une tuméfaction réelle, qui ne peut tenir ni au gaz , ni aux matières alimentaires , au moins dans les cas ordinaires. Pour en trouver une raison satisfaisante , nous regarderons ce qui se passe à la gorge, pour ainsi dire
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sous nos yeux , et nous en ferons l'application aux autres points où se manifeste cette sensation du globe. La partie supérieure du col se tuméfie , et d'autant plus, que l'injection capillaire est plus grande à la face. Que l'on palpe avec soin ces parties pendant la durée d'une crise , et l'on s'assurera qu'il n'y a pas seulement contraction spasmodique des muscles de cette région , mais encore tuméfaction réelle. Cela est si vrai , que cet engorgement spontané survit ordinairement quelques instants et même quelques heures à la crise ellemême. Or, comment cela pourrait-il être si les seules con" tractions en étaient la cause , puisque les contractions ont cessé? N'avons- nous pas vu (obs. XIII) un engorgement de la tyroïde se former, et persévérer après les crises sous la forme de goitre? Ces circonstances ne sont-elles pas une preuve qu'il y a afflux, congestion sur les points contractés, et que c'est à cette fluxion spontanée qu'il faut attribuer à la fois la tuméfaction et la sensation de la boule? Ce que nous disons nous parait l'expression d'un fait , bien plus qu'une explication. Aussi nous espérons qu'on ne fera pas à notre opinion le même reproche d'inexactitude qu'on a si souvent adressé aux autres. Cette variation dans les interprétations nous prouve ce que nous ne cessons de répéter, que nos interprétations seules sont ou peuvent être vicieuses ou erronées , mais que le fait reste toujours le même , toujours immuable. Il ne nous trompe jamais ; il parle toujours le même langage. C'est nous qui nous trompons en lui faisant l'application de nos idées systématiques.
Les douleurs crâniennes , thoraciques , abdominales , pelviennes, rachidiennes, crurales, etc., qui se présentent quelquefois, sont excessivement variables ; en général elles sont très-aiguës et même atroces. Elles tiennent à la lésion physiologique du système nerveux cérébral. Jamais aucune lésion organique ne s'y est fait remarquer : elles n'ont rien qu'on ne conçoive bien facilement. On en remarque de seni-
blables dans tous les cas où ce système nerveux est surexcité. On les remarque surtout dans certaines névroses locales et dans la névropathie , ce dont Brodie et M. Landouzy me semblent n'avoir pas assez tenu compte , lorsqu'ils ont fixé l'attention sur ce genre de douleurs : alors il est bien facile d'attribuer à l'hystérie ce qui en est indépendant. Le plus souvent c'est une complication ou un phénomène purement accessoire.
Les contractions convulsives des muscles ne demandent point d'autre explication que celle qu'on donne de toutes les autres convulsions. Les muscles se contractent sous l'influence du système nerveux cérébral. Lorsque ce système est vicieusement affecté, son incitation devient vicieuse aussi, et les contractions s'en ressentent. La cause première remonte donc au système nerveux , et cela ne peut pas être autrement; puisque tous les muscles de l'économie participent à la maladie, il leur faut une incitation commune qui les lie et les harmonise en quelque sorte dans leur désordre. Or, ce lien ne peut se trouver ailleurs que dans l'organe de leur incitation , dans le système nerveux cérébral. Ainsi le cerveau a reçu l'impression de la cause, et il a réagi , par le ministère des nerfs , sur les muscles soumis à la volonté. Nous étendons môme cette influence aux contractions de l'intestin, de l'estomac, de l'œsophage, du pharynx et du larynx , par lesquels se manifeste le phénomène spasmodique du globe ascendant. Mais la réaction normale se conservet-elle? ou plutôt le cerveau continue-t-il son influence volontaire? Nous ne le pensons pas , puisque cet organe resté sain ne peut pas exercer son empire pour maîtriser les mouvements convulsifs. Le cerveau reçoit l'action de la cause , il la transmet à ses conducteurs , et ceux-ci deviennent le siège et les agents de l'affection pathologique. C'est par eux que tout s'opère ensuite, et ce ne peut ôtre que par eux. Si les muscles étaient le siège du mal , ils ne seraient pas ma-
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lades tous à la fois, parce que la cause n'agirait pat» sur eux tous à la fois, et que son effet resterait limité dans la circonscription de ceux sur lesquels elle aurait agi. Ils sont trop isolés par eux-mêmes pour s'influencer les uns les autres ; ils ne peuvent ainsi se contracter ensemble que par l'action d'une cause commune ou d'un agent commun. Or, cet agent ne peut être que le système nerveux cérébral , puisque seul il est l'incitateur des contractions musculaires. C'est le cas de faire à ces convulsions et à cette impuissance de la volonté , l'application de l'action réflective de la moelle épinière si heureusement développée par MM. Matteucci et Longet. Ce seraient en conséquence les nerfs moteurs venant de la moelle épinière qui seuls se trouveraient compromis. C'est ce qui a fait admettre par M. Schutzemberger sa troisième division de l'hystérie , dont il place le siège dans la moelle épinière.
Cette incitation émanant de l'encéphale, premier organe affecté, serait bien favorable à l'opinion de Georget. Mais d'une part nous avons vu que cet organe demeurait intact dans ses fonctions, et qu'il ne produisait son influence que sur les nerfs moteurs. D'autre part l'observation clinique nous a démontré que la cause incitatrice ne partait pas toujours de l'encéphale, et que tous les autres points de l'économie pouvaient en être les premiers affectés, en recevoir la première impression. Ainsi nous avons vu l'estomac (obs, V), le péritoine (obs. VI), l'utérus (obs. VII, VIII, ^J, XII), la vulve (obs. IX), le vagin (obs. XIV), nous présenter le point de départ de l'hystérie, puisqu'ils avaient reçu l'action de la cause ; mais ils ne sont pas pour cela le siège de la maladie, ils ne sont que la porte ouverte aux impressions, ou aux agents morbides. Quelque part que la sensation ait été reçue, la réaction s'est opérée sur le système nerveux cérébral prédisposé, et par lui sur les muscles. Comment s'opère cette réaction ? Le cerveau est-il intermédiaire entre
l'organe affecté et la moelle épinière et les nerfs ? Ou bien l'organe réagit-il directement sur les nerfs eux-mêmes ? L'une et l'autre opinion peuvent se soutenir. Leur solution appartient à un point élevé et peut-être obscur encore de la physiologie, aux sympathies. Nous ne cherchons point à déchirer le voile peut-être impénétrable qui nous dérobe cette explication. Nous nous contentons de signaler le fait. Ainsi l'incitation produite sur un organe va retentir sur le système nerveux cérébral et par lui dans les muscles. Re. marquons bien ce fait : le système nerveux cérébral est l'aboutissant de l'incitation et l'agent de la contraction. Ce que nous avons vu pour quelques organes a été vu pour la plupart des autres, même pour de simples glandes développées dans différentes parties du corps. La théorie est la même, parce que l'enchaînement des phénomènes est le même ; le point de départ seul est différent.
Nous avons enfin vu des circonstances dans lesquelles la cause de l'hystérie n'a point été locale, dans lesquelles elle a été générale en agissant sur l'économie entière à la fois, par le moyen des fluides et surtout du sang vicié en plus ou en moins (obs. XIII) ou par ses qualités altérées (obs. XV). Ces deux faits ne sont pas les seuls de cette nature. Ils sont les types autour desquels viennent se grouper toutes les causes humorales qu'on a observées ou qu'on peut observer. On comprend comment des organes sensitifs, accoutumés à recevoir une impression normale par l'arrivée d'une quantité voulue d'un sang de bonne qualité, doivent se trouver péniblement affectés, molestés , lorsque cette quantité normale ne leur arrive plus, ou lorsque la qualité en est viciée, détériorée par une circonstance quelconque pathologique, thérapeutique ou toxicologique. Alors l'incitation nerveuse devient directe ; le liquide agit sur la structure intime du nerf et devient ainsi une cause générale d'incitation. Le nerf à son tour réagit sur les muscles.
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Il est une autre incitation générale indépendante de toute espèce d'incitation étrangère, et résidant dans le système nerveux cérébral lui-même. Dans ces cas de névropathie hystérique ou d'hystéricisme , l'incitation de la crise ne se trouve que dans le nerf. Rien ne la provoque. Elle arrive parce que les nerfs eux-mêmes sont malades, et doués de cette constitution hystérique soit originelle et idiopathique (obs. X), soit acquise et consécutive à une cause déterminante (obs. ÏV et IX) ; alors l'enchaînement physiologique est plus simple et plus facile à saisir. Il n'est pas besoin de remonter à un organe primitivement influencé et réagissant sur les nerfs. Ceux-ci sont impressionnés et malades d'emblée. Leur réaction sur les muscles reste seule et elle se conçoit. C'est ce qui arrive toutes les fois que les crises hystériques se renouvellent à des époques fixes ou irrégulières et deviennent intermittentes (obs. II, III, IX, X, XVI). Alors le système nerveux trouve dans lui la cause et la raison de son incitation hystérique. En nous résumant, nous voyons des causes nombreuses agissant sur des organes différents qui par leur réaction deviennent le point de départ. Nous avons donc la conviction que ce point de départ n'est pas circonscrit dans la sphère rétrécie d'un appareil, d'un organe ou d'un tissu , et qu'il est, au contraire, multiple. De quelque part qu*arrive l'incitation, nous la voyons en dernière analyse venir retentir dans un système ou organe commun et toujours le même, dans le système nerveux cérébral. C'est lui qui est l'aboutissant définitif de toute la chaîne incitatrice, c'est lui qui est l'agent de toutes les réactions qui s'opèrent ensuite sur tous les autres organes, quels que soient les phénomènes qui s'y manifestent. Pendant l'intervalle des accès, les malades sont dans un étatnévropathique qu'on nedistinguerait pas des autres névroses, si les crises ne venaient de temps en temps caractériser la maladie. Parmi les phénomènes qui se dessinent, il en est deux qui, sans appartenir
plus particulièrement à l'hystérie, méritent cependant de fixer notre attention. C'est cette sensation qu'on a désignée sous le nom de vapeurs. Ce phénomène est tout nerveux. Il est une sensation. Mais en même temps, il faut en convenir, c'est une sensation toute différente des autres. Elle ne peut point être rapportée à un point fixe. Elle part d'un lieu souvent très-vague et très-variable. Elle marche sans suivre le trajet d'aucun nerf, sans se frayer aucune route fixe et déterminée. Elle ne ressemble point à la névralgie. Elle n'a son siège sur aucun nerf, sur aucun organe. Elle est vague et insaisissable comme le phénomène physique dont elle a pris le nom. Que sont ces vapeurs, cet aura ? Beaucoup d'auteurs les ont comparées à des vapeurs réelles. Le plus grand nombre, dans ces temps modernes, leur a trouvé pour cause le fluide nerveux ou électro-moteur, qu'ils ont ainsi fait émaner dans un point pour voyager dans un autre. Quoique cette opinion paraisse la plus vraisemblable, nous sommes bien loin de la regarder comme l'expression d'une vérité démontrée. Un fluide nerveux qui s'extravase hors de ses conduits, ne me paraît guère physiologique. Un fluide nerveux qui vagabonde à droite et à gauche sans guide, sans suivre la direction de ses cordons, ne me paraît pas plus physiologique. Un fluide nerveux qui, ainsi épanché abondamment, s'évanouit avec la rapidité de l'éclair, ne me parait pas non plus physiologique. Mais abandonnons ces explications hypothétiques, qui heureusement ne sont que de pure curiosité, et qui n'appartiennent pas eii propre à l'hystérie ; car on rencontre ces vapeurs dans toutes les affections nerveuses , hypochondrie , névropathie , etc. Avouons que nous ne nous sommes pas encore fait une idée bien satisfaisante de ce phénomène. Il vaut mieux avouer notre ignorance, que de chercher à consacrer des erreurs ou à en créer de nouvelles.
Il nous reste à examiner un phénomène assez bizarre, et
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qui se rencontre assez souvent chez les femmes hystériques dans l'intervalle des crises, et quelquefois même pendant la courte durée de celle-ci, c'est le développement considérable et plus ou moins rapide de l'abdomen. Les partisans du siège de l'hystérie dans l'utérus n'ont pas manqué de s'emparer de ce phénomène, et de le regarder comme l'effet de l'action de la matrice. Quelle qu'en soit la cause déterminante, il n'est point le résultat de la matrice elle-même, ni de son développement, comme l'ont prétendu quelques anciens. Quelques autres médecins, avec plus de raison, l'ont fait consister dans une sorte de développement gazeux, véritable météorisme abdominal. On lui a cherché d'autres causes encore, dont nous nous croyons dispensé de faire l'énumération. Nous ferons observer que les manières différentes de voir des auteurs peuvent bien être quelquefois le résultat de la manière d'être différente de ce ventre hystérique. En effet, nous avons pu en constater deux nuances bien distinctes. Dans l'une on retrouve tous les signes du météorisme le mieux caractérisé. La tympanite sonore ne peut pas laisser de doute sur le développement gazeux, sur cette cause de la maladie. Ce point éclairé amène une question assez importante. Ces gaz sont-ils renfermés dans les intestins ou dans le péritoine ? L'une et l'autre opinion peuvent se soutenir. Peut-être même sont-elles vraies toutes les deux, soit ensemble, soit dans des circonstances différentes. S'il nous était cependant permis de dire notre pensée, autant qu'on puisse le faire dans un cas aussi délicat, nous pencherions pour placer dans les intestins, au moins le plus souvent, le siège et la formation de ces gaz ; d'abord parce que, dans les cas ordinaires ce sont eux qui en sont le siège ; en second lieu, parce que plusieurs fois nous avons vu cette tympanite se dissiper avec le dégagement rapide de vents bruyants par le haut et par le bas. En général cette forme
du ventre hystérique n'est pas de longue durée. Elle se développe rapidement, elle se dissipe de même.
Dans la seconde nuance, on ne rencontre plus rien de gazeux, plus de météorisme, plus de tympanite. L'abdomen se développe peut-être un peu moins rapidement que dans la nuance précédente. Il acquiert un volume très -variable. Il conserve de la mollesse combinée avec une certaine résistance. Par la percussion, il ne fait point entendre la sonorité du gaz, ni sentir la fluctuation d'un liquide épanché. Il ne présente pas non plus la consistance et la dureté d'un engorgement squirrheux ou même d'une simple hypertrophie. Qu'y a-t-il donc dans ce ventre? Quelle substance, quelle matière vient donc lui donner ce volume ? L'autopsie est muette. Par conséquent on ne sait rien, et on ne peut rien savoir de positif; tout ce que nous pouvons dire n'est que problématique et ne sera que plus ou moins vraisemblable. Puisqu'il n'y a aucune accumulation liquide ou gazeuse dans les cavités ni dans les réservoirs naturels, il faut que l'accumulation se fasse dans l'épaisseur ou dans l'intérieur même des tissus ; la conséquence est de rigueur. Cette accumulation est une véritable fluxion, non pas inflammatoire, mais capillaire sanguine et peut-être lymphatique. Elle se fait dans toutes les parties, dans tous les viscères de l'abdomen, mais surtout dans les épiploons, les graisses et les parois abdominales. L'intestin nous parait exempt de cette congestion tluxionnaire : car ses fonctions s'exécutent avec régularité, ce qui ne pourrait avoir lieu si ses parois acquéraient ce développement extraordinaire. Quel que soit le lieu présumé de la fluxion, elle a lieu. Comment s'opère-t-elle? Quels sont les fluides qui viennent ainsi se fluxionner dans ce proéminent abdomen ? Il n'y a point là d'épine vanhelmonlaine qui appelle les liquides. II y a cependant quelque chose de vital, une modification irritative qui détermine ce vaste appel fluxionnaire. Mais ce n'est point l'irritation inflamma-
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toire : rien ne ressemble à la phlegmasie. C'est une modification spéciale. Les liquides affluent et s'accumulent dans les tissus. C'est une tuméfaction , que je comparerai à celle qu'on voit survenir dans l'érysipèle, dans les maladies éruptives, dans la pustule maligne, et à la suite des piqûres de quelque animal venimeux, tel que l'abeille, le scorpion. Par conséquent ce n'est pas seulement le sang qui afflue, ce n'est pas une congestion capillaire pure. C'est le sang et la lymphe, c'est toute la masse des liquides qui se porte indistinctement sur la partie fluxionnée, et qui occasionne un commencement de polytrophie. Il n'y a pas inflammation : car une maladie de celte nature, aussi vaste et aussi intense, produirait de la fièvre et un accroissement considérable de chaleur ; il n'y a ni l'un ni l'autre. Cet état peut durer et dure ordinairement plusieurs jours, quelquefois plusieurs semaines. Il se dissipe bien moins rapidement que le météorisme. Nous bornons nos explications à ce peu de mots. Au delà tout deviendrait vagne et hypothétique.
Il résulte de cette analyse physiologique ; 1° que les causes de l'hystérie sont nombreuses , qu'elles agissent sur une foule d'organes différents, qu'elles ne deviennent causes qu'autant qu'elles trouvent un organisme prédisposé, et qu'enfin leur action directe ou indirecte vient aboutir en dernière analyse au système nerveux cérébral. L'enchaînement de cette filiation de cause à effet est facile à saisir ; 2° que les phénomènes essentiels ou signes de l'hystérie, quoique nombreux et enapparence multiformes, se réduisent à deux principaux, la sensation spasmodique du globe hystérique ascendant, et les convulsions violentes des membres et du tronc, et qu'il est facile de saisir leur liaison avec la cause déterminante, 3° que la maladie se passe en conséquence tout entière dans le système nerveux cérébral, que les deux phénomènes qui la caractérisent en sont deux actes spéciaux ; contractions musculaires, sensation du globe.
Cette analyse, poursuivie avec tout le soin dont nous étions capable, va maintenant nous être d'une grande utilité pour élucider la grave question du siège et de la nature de l'hystérie.