FÉCONDATION ARTIFICIELLE
inférieure du canal cervical n'ont d'autre but, comme je Tû dit plusieurs fois, que de faciliter, pendant le coR normal, l'entrée des spermatozoïdes dans la cavité utérine. Avec la fécondation artificielle, ces contractions deviennent inutiles, puisque les spermatozoïdes sont directement portés dans la cavité de l'utérus.
Aucune objection physiologique ne peut donc être faite contre la légitimité de la fécondation artificielle, et cette opé* ration ne choque aucune idée scientifique.
En est-il de même pour la dignité de la profession et pour la morale ?
Je ne partage pas les craintes qui ont été exprimées à ce^ deux points de \iie et j*en dirai, en quelques mots, les raisons.
Le médecin compromet son honneur et sa dignité quand il se fait le complice d'intentions coupables, comme dansles avortements; quand il se prête à des désirs licencieux, comme le frottement clitoridien chez les femmes érotomanes; quand il obéit aux caprices d'un malade ou lui rend des services de domesticité, sans que l'état de maladie légitime ou les uns oule< autres ; mais il ne déchoit ni dans son estime, ni dans celle du public, ni dans celle de ses confrères, quand il tente une opération inoffensive pour contrebalancer les conséquences d'une infirmité incurable, et dans le but d'assurer le repo? d'une famille et de prévenir des catastrophes.
C'est tout à la fois augmenter les ressources de notre art et faire une œuvre essentiellement morale.
La méthode deMarion Sims est peut-être, j'en conviens, nn peu trop américaine pour nos habitudes retenues et réservées: heureusement cette manière de faire, quoique la plus rationnelle de toutes, n'est pas indispensable au succès de ropérstion, et l'on peut l'abandonner, en se conformant aux minutieuses précautions que j'indiquerai tout à l'heure.
TROUBLES DE l'aCTK IJ 'IMPRÉGNATION.
Sous le premier rapport, je me suis rangea l'opinion qui place dans i'utérus raCme, ou dans la partie de la trompe la plus voisine de cet organe, l'acte de 1" imprégnation ; et, en ce qui regarde le seconcipoint, c'est-à-direla manière parlaquelle cette imprégnation s'opère, j'ai francliement avoué notre ignorance, et je me suis abstenu de toute décision en présence d' observations contradictoires et de théories que rien ne légitime.
Eu conséquence, après avoir suivi séparément le produit m&le et le produit femelle, depuis le lieu de leursécrétion respective jusque dans celui oîi leur réunion doit se faire, il ne me reste plus qu'à chercher les obstacles qui peuvent s'opposer à celte réunion môme et qui, nécessairement, dérivent ou de l'oi^aue qui sert de scène à l'acte qui va s'accomplir, ou des conditions qui président au fusionnement du spermatoloïde et de l'ovule.
< Mais les conditions de ce fusionnement nous étant inconnues, comme je l'ai dit, il serait oiseux et absurde do rechercher les caractères de ses modifications. Notre ignorance crée ici une lacune qui n'est peut-ôlrc pas aussi regrettable qu'elle semble le paraître, car il est à présumer que toutes les causes d'altération du produit mâle et du produit femelle ont agi sur eux pendant le long trajet qu'ils parcourent à travers des écueils sans nombre (î), et qu'au moment suprême de leur union, l'obstacle à leur fusionnement ne réside plus en çux, et ne provient que de l'organe chargé de protéger et de favoriser ce fusionnement.
Cet organe est, comme je l'ai dit plus haut, l'utérus.
C'est donc h lui que nous allons maintenant demander compte des nouvelles causes de stérilité qui nous restent à examiner.
Mais, avant d'aller plusloin, enlevons à l'utérus la large part qu'on lui a faite jusqu'à présent dans l'histoire de l'infécon-
(1) Voyez p. 031, Étal pathologique dU ipiVmntozoiiie, elp. 658, Étnt palhoUigiqiif de l'ovule.
78A FÉCONDATION ARTIFICIKLLK.
du canal cervical. Gellen)!, quand je l'examinai, était réduite, par le tissu cicatriciel, en une petite fissure donnant avec peine passage au sang menstruel. La dilatation n'était plus possible, et le débridement n'eût pu communiquer aux tissus assez d'élasticité pour permettre l'introduction et le maintien des zoospermes.
La fécondation artificielle était ici indiquée et constituait ie seul moyen qui pût réussir.
Malheureusement, cette opération n'avait point encore été proposée, et je n'osais la pratiquer, bien que la malade m'assurât être décidée à tout, même à prendre des amants /mut m quart iï heure.
Je déclarai donc à madame X... que je ne pouvais rien pour elle, et lui conseillai de tenter un rapprochement avec son beau-père, plutôt que des médications qui seraient toujours sans résultats.
Prise de désespoir, madame X... partit pour Londres et parvint à s'entendre avec une sage-femme pour un accouchement simulé. Les témoins, le baby, les cris de la patiente, rien ne manquait à la comédie pour avoir toutes les apparences de la légalité, quand la police, avertie par les collatéraux, dont la vigilance était incessante, fit irruption dans la chambre miclose et arrêta tous ces faux faiseurs d'enfants.
Je ne sais à quoi a été condamnée mon infortunée malade; mais j'affirme qu'en cette occurrence la fécondation artificielle eût été une œuvre essentiellement morale, et qu'elle eût petitêtre prévenu le crime de supposition de part, que li loi fracçaise punit de la réclusion.
Pour les hommes, l'absence d'enfants n'est pas moins f&cheuse que pour les femmes : rien ne les attache au foyer domestique ; les moins répréhensibles passent leur taoups au cercle ou au café ; beaucoup ont des maltresses, et rindifférence qu'ils éprouvent d'abord pour leur femme se change sou-
AKOMALIBS DE l'iITÉBUS. 751
u Dans les premières semaines de la vie intra-utérine, on
rencontre des deux côtés de la colonne vertébrale un corps
allongé, composé de tubes en wecum dont l'extrémité («terne
débouche dans un tube unique, appelé canal excréteur.
: Ces deux corps allongés se nomment corps de Wolff.
- A la partie supérieure et interne de chacun de ces deux corps
lUongés, se trouve un renflement qui deviendra testicule ou
(tfsire, selon le sexe du fœtus.
I*: Sur le côté externe de chaque corps de Wolff, longeant le
banal excréteur, se trouve un cordon d'abord plein, mais
HKusé plus tard, auquel Muller qui le découvrit a donné son
ftom.
JS Ce cordon, après avoir longé pendant quelque temps le
[cBTiak excréteur de Wolir, le contourne et se rapproche de son
leoogénère, avant d'aller se jeter dans le cloaque.
I Ces notions, quelque succinctes qu'elles soient, suffisent, je
iïespère, pour faire comprendre les anomalies qui peuvent
ntteindre l'utérus.
' Selon que le renflement que j'ai dit exister à la partie supé-
ture et interne du corps de Wolff, deviendra tesiicule ou .jiro, il se produira les phénomènes suivants :
Si le fœtus est mâle, c'est-à-dire si le renflement devient testicule, le canal excréteur du corps de Wolff sera le canal déférent et celui de l'épididynie, tandis que les tubes moyens formeront les vaisseaux afférents du testicule et de l'épidîfâyme. Les canaux de Muller s'atrophieront.
6i au contraire le fœtus est femelle, le corpa de Wolff et ■ Bon canal excréteur disparaissent, les tubes moyens forment, Bomme chez le fœtus mSle, l'organe de Hosenmuller; mais 'les canaux de Muller se développent, se rapprochent et finis^ ' Sent par se mettre en contact et par se fusionner sur ce points Ce point de jonction ou de fusion des deux conduits de Muller constituera l'utérus.
786 FÉCONDATION ARTiriCItLLE.
CuKZ l'homme : !• Vices de conformation, — Ils portent sur la verge ou sur le canal vecteur du sperme, c'est-à-dire le canal de Turèlbrc.
A. Anomalies de la verge. — La petitesse extrême de I;i verge, en ne pas écartant les parois vaginales et en laissant un trop grande distance entre louverture du gland et colle dir museau de tanche, est une cause de stérilité que Tart corri;:»^ quelquefois, comme dans Texemple du jeune Brésilien qtir j'ai rapporté (t), mais qui, la t)lupart du temps, est au-de*Mis de nos ressources.
L'excès contraire, c est-à-dire le volume exagéré de la ver^'\ peut rendre impossible Tintromission, et, par suite, le dépliïf' sèment du vagin et la mise en présence de Torganc niAle et ilt* l'organe de la femme. Mais, il faut le reconnaître, il est excofsîvement rare, dans nos pays, du moins, de rencontrer d«»pénis dont le volume est un obstacle insurmontable au pa>s^i.L''* de la vulve. Je ne crois pas que, dans la pratique, un pm il motif puisse jamais être allégué.
L'ahsonce de la verge, quoique très-rare, a été observéo, ainsi que j'en ai rapporté des exemples (2), sans que les désirvénériens et la sécrétion spermatique soient suspendus. Maigré ers témoignages inutiles de virilité, non-seulement la copulation, mais encore la génération sont impossibles: o:» comprend donc que la fécondation artificielle soit, dans un ci* pareil, une ressource d'autant plus légitime qu'elle est la seule entre les mains de l'homme de Tart. — Il est bien entendu que je ne veux juger ni la moralité ni la légalité d'unmariaco accompli avec un pareil vice de conformation.
Les courbures, les torsions de la verge, dont le redressement est si aléatoire, ainsi que nous l'apprend J.-L. Petit, sont des
(I) Voypz les pages 93 et suiv.
{±) Voyez les pages ÎK) et suit.