IV. — MiOICATION AFIlBOniSIAQUE
La médication aphrodisiaque n'a à sa disposition , je ne saurai trop le répéter, aucun médicament spécifique; comme les autres sens, la vue, l'ouTe, le goût, etc., le sens génital puise sa thérapeutique dans les éléments de la thérapeutique générale, malgré l'intervention de l'élément psychique dont je parlerai tout k l'heure.
Mais si aucun médicament ne peut agir sur l'ensemble du sens génital, c'est-à-dire s'adresser tout à la fois aux conditions morales et physiques qui président à l'érection, il est des agents qui , d'une manière générale ou locale , répondent chacun plus ou moins particulièrement & une de ces conditions, si bien qu'en les combinant entre eux, selon les besoins, il est possible d'atteindre le sens gcnilal, soit dans son ensemble, soit seulement dans celles de ses parties qui font début.
Ce sont ces combinaisons qui constituent ce que j'appelle la mé^eation a^trodisiaqiie.
Gef.f)<i4lHau8ons, comme on le prévoit d'après ce que je « W ruigent sous trois chefs, selon qu'elles ont
pour objectif le consensus erotique, riTinervation ou la circulation ; la médication aphrodisiaque comprend donc trois sorte» de traitements :
1"* Le traitement moral, qui s'adresse au consensus erotique;
2"" Le traitement excitateur, dont l'action est dirigée sur le système nerveux;
3"" Enfin le traitement excitant, dont rinfluence se fait sentir sur le système vasculaire.
Il est rare que la thérapeutique de l'impuissance idiopathique ^e réduise à un seul de ces traitements; presque tou* jours il faut agir sur toutes les conditions physiologiques de Térection, car il y a entre elles une telle connexite, que l'influence exercée sur Tune se fait sentir sur les deux autres.
Ce traitement est lui-môme susceptible de combinaisons multiples dont les éléments se trouvent, d'un côto dans les moyens capables d^agir sur rimagination, et de Tautre dans les agents de la matière médicale que j'ai examinés plus haut.
Tandis que la combinaison des traitements entre eux se tire du caractère même de l'impuissance, la combinaison des éléments de chaque traitement a pour guide l'âge du malade, son tempérament, sa constitution, son état de santé ou de maladie, etc., etc.
J'explique ma pensée :
Si l'impuissance est seulement caractérisée par Hmposiibilito de Térection avec conservation des désirs vénériens, il ne sera pas besoin de faire entrer dans la médication aphrodisiaque le traitement moral.
Lorsque au contraire les désirs vénériens feront défaut; lorsque la verge sera flasque et molle, que le gland sera pAle, décoloré et ridé, ainsi que le fourreau du pénis ; lorsque l'artère dorsale aura des battements faibles, facilement compressibles, et que les veines dorsales et superficielles seront aflaissées et peu saillantes; lorsque enfin le scrotum distendu ne secon-
.Mii>k:\riMN \i'in\<.M<i.\<j[i:. 17 î
tnu'tera >ous riiifliionc»^ ni du IVo'k], ni (1(\< attoiirlionionls amoureux, il faudra évidemment comhiner le truitrment moral avec celui qui activera la circulation languissante, c'està-dire le traitement excitant.
Lorsque la verge présentera des caractères opposés à ceux que je viens de signaler, c'est-à-dire lorsqu'elle sera dure, tendue quoique pendante, lorsque le gland aura sa coloration normale et que les veines bleuiront sous les téguments, le traitement excitateur devra avoir la préférence, car tout indique que Tinnervation affaiblie ne peut plus retenir le sang apporté dans le tissu vasculaire.
Mais, je le répète, on s'exposerait h de nombreux mécomptes si l'on n'agissait exclusivement que sur la fonction qui semble faire défaut; car, d'un côté, l'innervation influence la circulation et parles nerfs-musculaires et par les vaso-moteurs, et d'autre part, le sang a sur le système nerveux une action reconnue de toute antiquité, ainsi que l'atteste Taphorismc d'Hippoerale : sanguis moderator nervorum.
Gomme on le voit, dans cette combinaison des traitements entre eux, la médication aphrodiïiaque n'a tenu compte que du caractère de Timpuissance, et, selon ce caractère, tout en faisant une part h chacun, a plus particulièrement insisté, tantôt sur le traitement moral, tantôt sur le traitement excitant, tantôt sur le traitement excitateur.
Elle ne s'est inspirée ni de TAge du malade, ni de sa constitution, ni de son tempérament, ni de sa santé, ni de ses habitudes, ni de ses croyances, ni de son éducation, ni de ses occupations, etc. Elle n'a pris pour guide, je le répète, que le caractère de l'impuissance qu'elle avait à combattre.
n n'en est plus de même dans le choix et la combinaison des éléments du traitement; ainsi, lorsque le malade aura une constitution apoplectique, ou sera'afTecté d'une maladie du cœur, on repoussera les excitants généraux, tels que l'hydro-
thérapie et les bains de mer, par exemple, et on se contenlen des excitants locaux ou de ceux dont l'action est nulle sur 'organe central de la circulation.
De même, si l'impuissance s'accompagne d'une phl^masie aiguë ou chronique de l'appareil urinaire, remploi des caotharides est formellement contre-indiquée, car, pour rétablir une fonction de relation, il ne faut point compromettre la vie du malade.
Le traitement moral exige peut-être plus que le traitement physique, du tact et de la prudence dans le choix et la combinaison de ses moyens d'action. Pour respecter toutes les croyances et ne froisser aucun préjugé, conditions nécessaires au succès du traitement, il faut tenir compte de l'éducatioD première dont l'empreinte peut être modifiée par les accidents de la vie, mais qui no s'efface jamais ; il faut tenir compte aussi des habitudes, du genre de travaux et du milieu où se trouve le malade, et ne se décider dans son choix qu'après avoir soigneusement étudié toutes ces circonstances inhérentes h l'individu.
De plus, l'emploi du moyen choisi, doit être fait avec prudence, car trop de liàte amène souvent le dégoût au lieu de l'excitation ; les désirs perdus n'obéissent pas à l'appel instr tendu et grossier d'une gravure obscène ou d'une femme nue; ils exigent plus de ménagements et ne veulent être éveillés que d'une manière lente et progressive. II y a dans les livres, dans les gravures, dans les musées, dans les spectacles, des gradations qu'un médecin prudent et sage sait mettre à profit, avant de recourir à des moyens plus énergiques que lui offrent les bals publics et la fréquentation des femmes libres.
Mais à côte de ces ressources purement psychiques, le traitement moral de l'impuissance trouve un adjuvant utile dans les agents des deux autres traitements ; je veux parler de ceux qui peuvent augmenter la sécrétion testîculaîre ou activer
KÉDICATICM Al'IlHOltl^IAQUE. 173
les ToncUons du «rvelet ; ici encore, l'état du malade, bien pins que le caractère de l'impuissance, décidera de l'emploi de ces moyens, cor il serait dnngereu:!* par exemple, de porter une excitation quelconque sur des testicules menacés on atteint^ de sarcoc^e ou de tubcrculisatioii.
Comme on le voit, la médication aphrodisiaque se renrcrme rarement dans l'emploi d'un seul traitement; presque toujours cUe exige l'intervention simultanée des moyens qui s'adressent au consensus erotique, A l'innenatioii et à la circulation de l'appareil génital.
Ces moyens dont le clioii est déterminé par des considérations relatives à l'individu et que j'ai éuumért'es plus haut, ont une action générale, locale ou de voisinage, selon leur mode d'emploi.
L'action est générale, lorsque l'influence de l'agent ne se fait ; sentir sur l'appareil génital qu'après s'être exercée sur l'économie tout entière ; de ce nombre font ii peu pr&s tons le. médicaments confiés aux premières voies, ou le^ moyens généraux externes comme l'hydrothérapie et le masuiagc.
L'action est locale, lorsque l'agent s'adresse directement à l'appareil génital, sans emprunter l'intermédiaire des autres parties de l'organisme ; dans ce cadre se trouvent les irritants (frictions, embrocations, fumigalions, etc.), les fluxionnaircs, (ventouses, synapismes etc.), enlin rélectncilé,le magnétisme et l'acupuncture.
L'action est de voisinage, lorsque l'agent ou le moyen n'influencent l'appareil génital que consécutivement h une modllicatîon exercée sur l'appareil voisin. Ainsi, les cantharides n" déterminent la congestion des coips caverneux qu'après avoir produit une phtegmasie \ésicale, c'est-i-dîre que la cystite cantbaridienne se communique de proche en proche t l'appareil génital et devient un véritable péniUs.
Maîsquellequesoitraction, générale, locale ou de voisinage
170 IMPUISSANCE CUEZ l'hOMMB.
tincty l'homme a cherché ie plaisir en dehors de la loi naturelle, et malheureusement il ne Ta que trop souvent trouvé: Tonanisme, la sodomie, la pédérastie, la tribadie chez ks femmes, sont des infamies qui se perpétuent & travers les civilisations, et qui soustraient celui qui s'y abandonne à Texcitabilité normale du coït. Tout le monde connaît la répugnance du masturbateur pour tout ce qui n'est pas son plaisir solitaire, la répulsion du pédéraste pour la femme et de \m tribade pour Thomme, et les préférences antinaturelles dft vice honteux dont la mémoire poursuit et Gomorrhc et SodoiM»
Je ne veux point insister sur ces tableaux qu'un voile épw doit toujours cacher: mais je dois signaler ces vices ccxniiit les causes les plus ordinaires de l'impuissance par perversioB morale.
Parmi les exemples qu'il me serait facile de trouver soit dans mes notes^ soit dans les annales de la corruption d» tous les peuples, je me contenterai de rapporter le suivâDt, parce que d'un côté il ne contient aucun détail odieux, et que de l'autre il renferme un enseignement thérapeutique qu'il est bon de placer sous les yeux du lecteur.
((Un jeune homme, ditÂlibert, élevé dans une pensioD^ contracta dans son enfance Thabitudc de l'onanisme. U livre que Tissot a écrit sur ce sujet ayant été mis entre S0 mains l'effraya sans le corriger entièrement. Cette lecturek porta néanmoins à plus de modération, et il ne se livra à b triste volupté de la masturbation qu'à de longs intervalles e^ lorsqu'il y était excité par des désirs très-violents. Cette at^ tention fit que son tempérament n'en fut point du too^ altéré ; il demeura robuste, et ses facultés morales consenfèreD^ toute leur énergie. Mais l'affreuse habitude qu'il avait ooir tractée empêcha de se développer en lui le moindre germe du penchant qui attire un sexe vers l'autre. Il était parvenu à trente ans, et ses sens n'avaient jamais été émus par la vue
mvEBSioH iiE l'kxcitabilitë hobale. 177
d'une femme ; ils n'étaient vivement provoqués que par de vaines îma^ ou des fantdraes que lui créait son imagination déréglée. Il avait de bonne heure étudié le dessin, et il s'en était toujours occupé avec ardeur. La beautA des formes de l'homme, dans ce beau idéal des peintres, que la nature n'a jamais réalisé, le ^ppa et Gnit par lui inspirer une émotion extraordinaire, une passion vague et bizarre, dont il disait lui-Hnâme ne pouvoir se rendre compte et sur laquelle il répugitait à {^appesantir : il est nécessaire, néanmoins, d'avertir que cette passion n'avait aucun rapport avec les goûts des sodomistes, et qu'elle ne pouvait être provoquée par l'aspect d'aucun homme vivant. Telle était la situation aussi étrange qu'accablante dans laquelle se trouvait cet individu, lorsqu'il réclama mes conseils. Il n'offrait alors, je le répète, h l'extérieur aucun Bjmptâme physique d'impuissance. Il était sain et bien constitué, et n'avait point été, à cet égard, maltraité par la nature; mais il avait tellement interverti l'usnge de ses dons, qu'il ne connaissait plus les moyens de les ramener à leur véritable but. Le malade, d'ailleurs, connaissait et sentait vivement sort éfat : * 11 n'est aucun effort, m'écrivait-il, » gueje ne fusse prêt à foire pour sortirdc mon ignominieuse
> situation, pour arracher de ma pensée les infâmes images
> qui viennent l'assaillir malgré moi ; elles m'ont privé jus- » qu'ici des jouissances légitimes que procure l'union des
.» deux seses, et de la faculté dont jouissent les plus vils ani-
> maux, de reproduire leur espèce. Je me meurs de chagrin » et de honte. ■
f Pour ce qui me concerne, poursuit Alibert, je ne vis dans cette maladie qu'une perversion de l'appétit vénérien, et je pensai que l'indication la plus urgente était de replacer dans son vrai type la nature dérayée. En effet, l'individu était trèsrobuste & l'époque où il me consultait. Depuis longtemps il ne s'était livré qu'avec une extrême réserve aux plaisirs solitaires,
178 IMPUISSANCE CHEZ L^HOMMB.
surtout depuis la lecture de V Onanisme de Tissot; d*tiUeiin| comme je l'ai dit, la beauté des formes idéales de llioniiiM excitait en lui des sensations voluptueuses à rapproche deiF quelles les organes de la génération s'érigeaient et éjaculaient, ce qui devait faire présumer un état réel d'énergie dans lei forces radicales de son économie. Il n'y avait donc ni destino» tion, ni altération essentielle dans la sensibilité physiqoip mais plutôt fausse direction de cette faculté de l'organisme: voici en conséquence le traitement que je proposai. J'ai d^ dit que l'individu dont il s'agit aimait passionnément le dessin, et qu'il s'appliquait à ce genre d'occupation aveceeito ardeur dévorante qui distingue les grands peintres et qui Mt le plus sûr garant du succès ; j'exigeai de lui qu'il fit uneétnii approfondie des formes du sexe féminin pour les reproduis par son talent. Il lui en coûta sans doute pour rompre la chaîne de ses habitudes* et de renoncer à l'Apollon du Bêr véder pour la Vénus de Médicis. Mais peu à peu la naton^ plus forte que tous les penchants factices, reprit ses droili Dès qu'il fut parvenu à préférer des bras faibles, mais gradèox» à des bras musculeux et redoutables, dès qu'il se plut à cath templer l'élégance des formes et la mollesse des oontoun^ alors sa guérison commença à s'opérer. Après s'être fait oi modèle imaginaire, il le chercha dans le monde physique* Il fallut du temps, de la persévérance; mais il se rétablit eatiërement (I). >
L'exemple que je viens de rapporter, d'après A]ibert«eil sans contredit un des plus remarquables que je connaisse e> ce genre ; il me dispense de tout dévelopi)ement et prouve ^ le traitement de l'impuissance par perversion du coneMf intime doit être surtout un traitement moral, car, je le répèl^
(1) Alîbert, Nouveaux élément$ de thérapeutique et de wuitière 0^ dicak, S* édit., t. 11, p. S56 et suiv.
f DE l'kXCITABILITÉ MORALE. 176
t'eiàtabilité physique n'est jamais malade dans ce cas, ou du moins elle n'est pervertie que secondairement à la perversion de l'excitabilité morale.
En dehors des aberrations sensuelles qu'amène la perversion de cette excitabilité chez le masturbateur, le sodomiste, le pédéraste, etc., il est d'autres circonstances qui peuvent détourner momentaDément et incomplètement le consensus du but qu'il doit poursuivre; ici l'érectioa n'est pas entièrement reb^e k ses excitants naturels : mais tant6t, après s'être produite plus ou moins parfaitement, elle tombe à la porte même du sanctuaire féminin, après quelques instants k peine de durée; tantdt ac contraire, elle se soutient assez longtemps dans le vagin même, et disparaît, comme chez ces présomptueux qui veulent montrer coup sur coup une valeur qu'ils n'ont pas, an moment même oi!i iU croient toucher au but ; dans toos les cas l'éjaculation n'a pas lieu et l'homme est frustré du plaisir qu'il se promettait. Un malade à qui j'ai donné des soins, pour ns pas perdre le fruit de son érection et peut^lre plus encore pour sauver son honneur, m'a avoué que, sous prétexte d'attouchements préparatoires au coït, il se faisait masturber par sa maltresse, et obtenait ainsi une éjacula- Uon impossible pendant l'accouplement, et qui le dispensât honorablement d'un acte |qu'il se sentait inhabile & accomplir.
D'autres fois un coït commencé dans toutes les conditions physiologiques ne peut se terminer que par un cfTort de l'imagination qui, se détournant de son but, va chercher un supplément d'excitation dans le spectacle de formes imaginaires ou dans le souvenir de pratiques honteuses.
Presque toujours la cause de cette perversion incomplète se trouve dans l'usage plus ou moins répété de certains moyens préparatoires au coït et inventés par un raffinement de débauche. Tandis que tes manœuvres du masturbateur, du pédéraste
180 IlfPUISSAIfCE CHEZ l' HOMME.
et du sodomiste amènent une perversion complète, parce que le but est en dehors des lois de la nature, les circonstances auxquelles je ne puis faire qu'allusion n'entraînent qu'une perversion incomplète, parce qu'elles ne sont, pour ainsi dire, que l'exagération des excitants naturels, et que le but définitif est toujours le coït, malgré cette exagération, malgré le raffinement et quelquefois même malgré la folie des moyens que suggèrent la lubricité et la débauche.
Mais pour n'être qu'incomplète, la perversion sensuelle do débauché n'en est pas moins difficile à surmonter que la perversion complète du masturbateur, du pédéraste et du sodomiste. — Il faut avant toutes choses et presque exclusivement arracher les uns et les autres à leurs vices odieux et les faire rentrer dans la règle commune, car, dans toutes ces circonstances, l'impuissance, c'est-à-dire V impossibilité du coït physiologique ^ a sa source, non dans une incapacité physique, mais dans une aberration de l'excitabilité morale.
Les éléments de la thérapeutique se trouveront donc dans les considérations de l'ordre le plus élevé; et le médecin smi bien souvent obligé de faire appel, selon Toccurrence, aux croyances religieuses, aux idées de morale, aux sentiments d'honneur et de famille, en un mot aux facultés morales, inteUectuelles et affectives de son malade.
Quelquefois, comme chez le masturbateur et le débauché, il faut recourir à l'intimidation et étaler les maux et la honte qui sûrement attendent ceux qui transgressent les lois de la nature.
Enfin il est quelquefois nécessaire de faire quitter au malade le milieu dans lequel il trouve les excitants de sa sensualité pervertie, et dans ce cas il faut ordonner des voyages, le séjour à la campagne, et en même temps des occupations qui fatiguent le corps et distraient l'imagination.
Mais, je le répète, un bon résultat n'est obtenu qu*au prix
PERVERSION DE l'eZCITABILITÈ PHVSIQUE. 181
de beaacoiip de tact, de ménagements et surtout d'une persévérance à toate épreuve.
2" PravtBSion PHYSIQUE. — Depuis que l'auteur de l'article Sattrusu du Dictionnaire des sciences médicales a établi les signes différentiels du priapisme, du satyriasis et de l'érotomanie, on est généralement d'accord pour classer et nommer de la manière suivante les déviations de la fonction génésiaque : priapisme^ érection sans désirs vénériens; érotomanie, désirs amoureux sans érection ; enfin satyriasis, érections con- UnuelleSt désirs immodérés du coït et délire erotique.
Cependant ce cadre n'est pas complet, et l'on est étonné de ne pas y voir flgorer une maladie que j'ai observée plusieurs fois, et dont l'existence, empêchant le coït tel que je l'ai caractérisé pour rbomme, c'est-à-dire érection de la verge, copulation, plaisir et éjaculation, constitue une espèce d'impuissance qui doit, de toute nécessité, trouver ici sa place.
Celte maladie se traduit surtout par l'impossibilité de l'ëjaculation séminale, non comme dans le priapisme, mais avec des érections normales et des désirs vénériens ordinaires.
Je donne le nom d'aspermatisme à cette sorte d'anapbrodisie (1).
Au premier abord, on s'étonnera de voir entrer cette infirmité dans le cadre de l'impuissance, alors que sa place parait être naturellement marquée dans celui de la stérilité.
Sans doute, si je ne m'étais appuyé que sur des déductions théoriques, j'aurais suivi cette voie et je n'aurais pas reculé les limites déjà si étendues de l'anaphrodisie; mois les faits que j'ai soigneusement interrogés et étudiés m'ont imposé la mardie que j'adopte, et j'espère prouver tout à l'heure que
(1) Je suis heureux de conslaler que l'alTcclion que j'avais le premier décrite a été, depuis la première édition du ce livre, observée plusieurs fois tant en France qu'à l'élranger et que la science a adapté la dén»> mination que je lui avais imposée.
cette marche est,[eD effet, la seule vraie et la seule scientifique.
Mais d'abord U me faut examiner cette forine d'impuissance par perversion physique, dans laquelle manquent tout à la fois Texcitation morale, l'éjaculation et le plaisir.
1^ Priapisme. — L'érection de la verge, dans le priapisme, peut être comparée aux mouvements qu'exécutent les mem* bres de la grenouille dans l'expérience de Galvani ; c'est un corps sans &me, que l'on me passe l'expression, obéissante des causes anormales et étrangères.
Ces causes sont fort diverses : tantôt on les trouve dans l'emploi de certains agents, comme les cantharides; tantôt on les explique par l'existence de certains états pathologiques dont le priapisme est alors un symptôme ou une complication, comme la blennorrhagie, le calcul vésical, les maladies herpétiques, l'hypochondrie, Tépilepsie, le tétanos, etc.; tantAt elles se rencontrent dans 1* usage d'aliments irritants, de boissons alcooliques ; tantôt elles découlent de certaines habitudes, comme le coucher sur le dos et dans un lit trop chaud ; ou enfin de certains accidents, comme une chute sur le coccyx, etc., sans parler, comme étranger à mon sujet, du priapisme si connu des pendus.
Quelquefois le priapisme ne reconnaît aucune de ces causes et constitue alors une maladie essentielle ; dans ce cas, des conditions le favorisent, et parmi elles je citerai : Idempérament sanguin, avec prédominance du système hépatique; Tftge adulte et même la vieillesse; les saisons et les climats chauds, quoique Zacutus Lusitanus rapporte Texemple d'un priapisme occasionne par un froid extrême ; les excitants génésiaques de toutes sortes, tels que spectacles licencieuX| lectures obscènes, danses voluptueuses, tableaux lascifs, etc., alors que l'excitation produite n'est pas satisfaite.
Mais de toutes les causes déterminantes ou occasionnelles du priapisme, nulle n'est aussi fréquente et aussi active que
PEKVEBBION DK J.'bZC1TABILIT£ PKÏ3IQIJE. PRIAPISKC ISS
l'usage des cantharides à l'intérieur et mSine leur emploi à l'extérieur.
Ëtileo doit fttre ainsi, car le priapisme est constitué parla congestion des corps caverneux, amenée par une cause entièrement physique, en dehors des excitants génésiaques, et entretenue par la contraction spasmodique des muscles ischio- et bulbo-caverDeui. Le mécanisme de la congestion dans le priapisme est le mfime que celui de l'érection normale; seulement le premier est sous la dépendance d'une cause physique, tandis que le second n'obéit qu'à l'excitabilité morale.
A son début, et quand il n'a pas encore atteint un certain degré d'acuité, le priapisme n'est ordinairement pas douloureux ; il fatigue tout au plus le malade et cède le plus souvent à l'action de quelques lotions Froides.
Mais lorsque l'affection devient plus intense, soit que cette iotensité arrive par degrés, soit qu'elle se montre tout à coup, des BiymptAmes d'excitation générale et d'excitation locale se manifestent; une sorte de mouvement fébrile se fait sentir; la soif s'allume, la tête devient douloureuse et le détire même peut suigîr; une anxiété pénible fatigue le malade qui cherche en vain le repos et le sommeil.
Du câté des organes génitaux, la tension de la verge se communique au pubis et au périnée, qui porticipent souvent à la gangrène qui attaque le membre viril. Quelquefois une ^acolation spennatique se produit, mais cette déplétion, loin de calmer te priapisme, irrite davantage encore la muqueuse de l'urèthre dont la sensibilité est extrême ; il n'est pas rare alors d'observer une hémorrhagie uréthrale. Tout le monde connaît le foit, rapporté par Cabanis, de cet étudiant en médecine qui, dans un violent accès de jalousie, fut pris, durant plusieurs heures, d'un priapisme très-douloureux, pendant lequel se produisaient tour à tour des émissions de semence et des pertes de Rang presque pur.
18i IMPUISSANCE CHEZ l' HOMME.
Un état aussi grave ne peut se prolonger longtemps sans danger, surtout si la cause du priapismc se trouve dans Fusage des cantharides ; presque toujours alors la maladie se complique d'une cystite ou d'une entérite très-souvent mortelles ; même en l'absence de pareilles circonstances, le priapisme peut se terminer par la mort.
Quelquefois la perte de l'organe génital seul est la conséquence de cet état pathologique, et, dans ce cas, le priapisme est le point de départ d'une impuissance absolue et contre laquelle la médecine est entièrement désarmée.
Il est donc de la plus haute importance de prévenir de semblables résultats et de s'opposer par tous les moyens possibles, soit à la mort du malade, soit à la perte de son organe copulateur.
Quand le priapisme arrive graduellement, c'est-à-dire quand les érections deviennent peu à peu plus fréquentes, et cèdent, soit à un changement de température, soit à des lotions froides, on n'a le plus souvent besoin que d'un régime alimentaire approprié, dont les aliments doux, les légumes herbacées et le lait font la base, ainsi que les boissons rafraîchissantes ou acidulés, prises à une basse température. Le lit du malade ne sera ni trop mou ni trop chaud, et le patient aura soin de ne pas coucher sur le dos.
Les bains généraux ou les bains de siège à une température de 16, 18 et 20 degrés, l'air pur de la campagne, les distractions en plein air, 1 eloignement désexcitants vénériens seront prescrits comme hygiène.
La thérapeutique , dans ces cas peu graves, se réduit à quelques émulsions ou juleps camphrés et à des lavements froids ou émollients, ou dans la composition desquels entre une faible dose de camphre dissous dans un jaune d'œuf. On retire des avantages marqués de l'usage des bromures alcalins (de potassium, de lithium, de sodium, etc.), de 1 à 6 gram.
PEHVERSIOIf DE I.'KXCITABIUTË PRV81QUB. — AaPERlIATISXE. i8&
par jour, et de celui du luputin {partie active du hovblon) & la dose progressive de 1 à 10 grammes en nature, en teinture et surtout en saccharure. Les opiacés et la ciguë peuvent être essayés, mais avec modération dans leur emploi et leur dose, dans la crainte d'augmenter les accidents qu'il s'agit de combattre.
Quand le priapisme se présente avec des caractères plus graves, c'est-à-dire lorsque les érections sont persistantes, douloureuses, et qu'il y a menace de gangrène, il ne faut pas hésiter à pratiquer une saignée, si la constitution du malade le permet, ou à appliquer des sangsues aux lombes. Le malade sera tenu longtemps dans un bain, et l'on placera sur les organes génitaux des cataplasmes émoUients arrosés de laudanum. Dans un cas grave de priapisme, oïl les accidents les plus terribles étaient à craindre, après avoir vainement employé les saignées, les bains, les préparations camphrées et narcotiques f les lavements émoUients et antispasmodiques, je me décidai h pratiquer des mouchetures sur les corps caverneux de ta verge; la déplétion sanguine qui en résulta amena un nuDoUissement de l'organe et prévint ainsi la gangrène, qui, sans cette circonstance heureuse, eût peut<6tre élé h&tée parles mouchetures mêmes. Je suis loin d'ériger cette opération en principe, mais je crois qu'on en doit user comme ressource extrême, lorsque tous les autres moyens ont échoué et lorsqu'il n'existe encore aucun symptôme de sphacèle.
D'ailleurs le trutement du priapisme est toujours subordonné ïla cause qui l'a produit. S'il tient à une afTection dartreuse, s'il reconnaît pour cause un calcul dans la vessie, l'usage des cantharîdes, etc., on s'attache à détruire celte cause par les moyens que la médecine et la chirurgie mettent à la disposition du praticien, et dont je n'ai pas à m'occuper
S* AspEMiATisME. — L'aspermatlsmc est caractérisé par
186 IMPUISSANCE CHEZ l' HOMME.
rimpossibilité de réjaculation avec une érection normale, contrairement au priapisme, et sans perversion ni exaltation des facultés morales, contrairement à Térotomanie.
Je dois, ainsi que je m'y suis engagé plus haut, légitima la place que je donne ici à ce nouveau genre d'impuissance, car si l'émission de la semence n'est pas la source de la volupté amoureuse, Taspermatisme doit être mis parmi les causes de la stérilité et non de l'impuissance.
Je vais d'abord rapporter l'observation qui, la première, éveilla dans mon esprit les considérations physiologiques qui me font rattacher la jouissance vénérienne à l'éjaculation de la liqueur séminale.
Un jeune homme de vingt ans, d'une santé parfaite et d'uD tempérament sanguin, se présente un jour à ma consulta* tion et me raconte les faits suivants : « J'entre facilement en érection, me dit-il ; mes désirs vénériens sont d'autant plus vils que je n's\ jamais éprouvé les jouissances de Famour; rintro* mission de la verge dans les organes de la femme se fait san^ difQculté et sans douleur; mais cette intromission obtenue, je ne puis, quelque effort que je fasse, ressentir la volupté dont mes amis m'ont parlé; après un temps plus ou moins long de tentatives infructueuses, pendant lesquelles j'appelle à mon aide toutes les ressources de mon imagination et toute mon énergie amoureuse, je ploie sous la fatigue, et ma verge, participant à cet abattement de tout mon être, s'affaisse et devient molle, sans qu'il m'ait été possible d'obtenir l'éjaculation. f (1)
Dans l'interrogatoire que je fis subir au malade d'après
(1) Depuis la publication de ce fait, dans la première édition de ce livre, un certiiin nombre d'observatious semblables a été recueilli ; je pourrais eu reproduire quelques-unes ; mais je préfère ne rien changer à l'article qui a introduit dans la science la description et le nom d'une affection jusqu'alors passée inaperçue.
PERVERSION DE L'eXCITABIUTÉ PUTSIQtE. — ASPERMATISME. 187
cette première donnée, je recueillis les renseignements suivants : l'éjaculation ne s'était jamais produite à l'état de veille, soit par la masturbation, soit par le coït ; mais elle avait lieu quelquefois pendant le sommeil, tantôt sous l'inflaence de rêves lascilsy tantôt sans cause connue ; et, ce que ces circonstances étranges présentent de remarquable, c'est que si le malade venait, par un motif ou par un autre, à s'éveiller pendant réjaculation, celle-ci s'interrompait instantanément, de telle sorte que le malheureux n'avait pas même une idée confuse du plaisir vénérien.
Ce qu'il éprouvait aux approches de la femme était un sentiment de bien-être, une excitation générale qui n'était pas sans charmes, il est vrai, mais qui n'était pas la jouissance génésique ; tous les hommes aussi éprouvent ce bien-être et cette excitation générale, et s'ils les considèrent comme les doux préludes du plaisir, ils ne les estiment pas comme le plaisir lui-même, et nul ne croirait avoir goûté les voluptés de Vamour, si ces voluptés se réduisaient à ce bien-être et à cette excitation préparatoire.
Cependant, quelques physiologistes, abusant de la langue et de la logique, ont avancé que l'éjaculation séminale n'était pas Je plaisir, mais le signal de la fin du plaisir; et à cet efifet ils citent l'exemple des enfants masturbateurs qui éprouvent du plaisir sans éjaculation. La définition et l'exemple qui l'ap» puie sont aussi mauvais l'un que l'autre : la définition est aussi irréprochable que si l'on disait de la vie qu'elle est le signal de la mort; quant à l'exemple, il est fort douteux que l'enfant^ dans l'onanisme, éprouve le même plaisir que l'homme pendant l'éjaculation, et il est probable que la volupté du premier se réduit à une simple excitation générale et locale.
Non, l'éjaculation spermatiquc n'est pas plus le signal de la fin du plaisir que la vie n'est le signal de la mort. Sans doute, en n'ayant égard qu'aux destinées de ce monde, toute
ISS IMPUISSA^XE CHEZ l'uomme.
chose, par cela même qu'elle est, doit avoir un terme, de telle sorte que son existence est la preuve même et le signal de sa destruction. Mais ce caractère, inhérent à toute réalité, ne peut servir de signe distinctif à aucune, pas plus à l'éjaculsculation qu'à l'érection qui, à ce point de vue, pourrait être définie le signal de la fin de l'orgasme vénérien ; ce qui sendt absurde.
L'éjaculation, lorsqu'elle s'accomplit dans les conditions normales, dans les conditions voulues par la nature, c*est4 dire par saccades, pendant l'érection de la verge, et après uneexcitation amoureuse suffisante, n'est peut-être pas le plaisir unique de la copulation, mais elle en constitue, du moins, l'expression la plus haute et la plus vive. Par conséquent, le défaut de l'émission spermatique, en rendant le coït incomplet, crée un genre d'impuissance dont on n'avait jusqu'ici tenu aucun compte, et pour la désignation duquel je me suis vu forcé d'employer le mot nouveau d'aspermatisme.
Cependant, des faits à peu près analogues à celui que j'ai mentionné plus haut sont consignés dans la science. Une observation fort curieuse de ce genre est rapportée par Gockburn (1) : c Un noble Vénitien, dit ce dernier auteur, épousa à l'ftge où l'amour favorise un homme avec complaisance, une jeune demoiselle très-aimable, avec laquelle il se comporta assez vigoureusement; mais l'essentiel manquait à sou bonheur : tout annonçait dans ses transports le moment de l'extase, et le plaisir qu'il croyait goûter s'échappait. L'illusion lui était plus favorable que la réalité, puisque les songes qui succédaient à ses efforts impuissants le réveillaient par des sensations délicieuses, dont les suites n'étaient pas équivoques sur sa capacité. Cet époux malheureux, rassuré sur son
(1) Essais et observations de médecine d'Edimbourg. Paris, 1740, t. ï, p. 39i. — De Lignac, De V homme et de la femme, t. I, p. 282 et suiv. Lille, Henry, 1774.
PEHVEHSIOK DE L'EXCITlBItlTÉ PHT5IQUE. — A8PKRMATISME. 180
état, voulait-il prouver erGcaccment sa puissance et réaliser ses plaisirs? il en procurait sans pouvoir les partager ; en un mot, l'érection la plus forle n'était pas accompagnée de ce jaillissement précieux qui fait connaître toute l'étendue de la volupté. On fit inutilement plusieurs remèdes pour procurer des plaisirs à un homme qui méritait de les connaître et que son amour consumait depuis assez longtemps. On pria enfin les ambassadeurs, que la république de Venise entretient dans les différentes cours de l'Europe, de vouloir bien consulter les plus famenx médecins des lieux où ils faisaient leur résidence, sur la cause de cette incommodité, aussi bien que sur les moyens dont il fallait se servir pour y remédier. J'attribuai cette impuissance, dit le docteur Gockburn, h la trop grande vigueur de l'érection, qui bouchait le conduit de l'urètlire avec tant de force (1) qu'elle ne pouvait être surmontée par les moyens qui obligent le semence h sortir des vésicules sémi< nales ; au lieu que cette pression étant moins forte dans les songes, l'évacuation se fait avec plus de liberté. >
La Gaselte de lanté, dans son n* 52, rapporte une observation à peu près semblable, d'après Schevetel ; enfin Planque fait mention d'un homme de trenle-huit ans, qui se plaignait d'être impuissant, parce que la semence ne pouvait point sortir, quoiqu'il fût souvent en érection. 11 passa ainsi une année à se tourmenter, et la nature se fît un chemin à la région épigastrique du côté droit. La semence passait par trois petits trous, quand cet homme exprimait cette partie ; mais il mourut peu après de consomption (2). >
Je ne m'arrête pas, on le comprend, à cette prétendue fis-
(I) C'ïUe eiplicalion n'est pluii admissihie, ciir on l'ail au contraire aujourd'hui tjue l'érection dilate le caiinl de l'ui'èllire. Il serait piu^ rationnel d'attribuer cette inipossjbililé d'vjaculalian aux contraciiuiis gpasmodiques des cooduils éjacululeiir.-;.
(j) Bibliothèque choisie de méilecine, I. VI, art. Impiissance.
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tule séminale; Terreur est trop grossière pour mériter d^être discutée.
Gomme on le voit, les faits semblables à celui qui s*est offert à mon observation et que j'ai rapporté, sans être trèscommuns dans les annales de la science, étaient suffisants cependant pour attirer l'attention des praticiens, et Ton s'étODne que Ton ait jusqu'ici confondu ce genre d'impuissance avec celui que justifie le priapisme ou que caractérise la non-érection de la verge.
Presque toujours, Taspermatismetieut àunétatspasmodique des conduits éjaculateurs ou de Turèthre ; et cette cause dcii être acceptée comme la seule vraie dans les cas où, comme chez mon malade et chez le Vénitien dont parle Cockbum, des pollutions ont lieu pendant le sommeil; cette circonstance, qui jeta une si vive lumière dans Tespritdu médecin écossais, ne doit jamais être perdue de vue par le praticien.
L'absence de Téjaculation peut également tenir à l'oblitération des conduits éjaculateurs, que cette oblitération soit native ou le résultat d'un état morbide. Dans ce cas, aucune émission de sperme n'a lieu, ni pendant le sommeil ni pendant la veille, ainsi que je le dirai plus loin, quand je parlerai de cette cause de stérilité.
L'oblitération des conduits éjaculateurs est une affection rare ; elle est ordinairement produite par la matière tube^ culeuse ou cancéreuse dont le dépôt peut être limité à ces conduits, mais qui, le plus souvent, se rencontre aussi dans les vésicules séminales et les canaux déférents. Gomme on doit le comprendre, ces altérations constituent des infirmités presque toujours au-dessus des ressources de l'art.
Mais il n'en est pas de même de l'état spasmodique des conduits éjaculateurs et de l'urèthre ; abandonnée à elle-même, cette névrose pourrait disparaître avec l'âge, c'est-à-dire avec la diminution des désirs et de l'orgasme vénérien; mais il est
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peu de malades qui consentent à attendre une pareille tenoinaisoD, et tous, on le comprend sans peine, i-éclament impérieusement le secours de la médecine.
Quand le sujet est jeune et vigoureux et qu'il n'existe pas chez lui de contre-indications, il faut commencer le traitement par une émission sanguine avec la lancette, ou tout au moins par des sangsues au périnée. La saignée, quand elle estposûble, doit être préférée, comme agissant micus sur l'ensemble de l'innervation, et parce qu'elle laisse libre une place sur laquelle on a à agir, soit par des frictions ou des onctions, soit par des vésicatoires volants, ainsi que je vais le dire.
Après cette émission sanguine, on essaye tour ft tour, au commencement, les narcotiques et les antispasmodiques, lant à l'intérieur qu'k l'extérieur.
A l'intérieur, j'ai retiré, dans le cas que j'ai cité, des avantages réels des pilules suivantes :
An fnlida )
Jaa 1 grain.
btrait «ommeux d-opiu.n i ^ ,^ ^^^.
BUnit deciguâ ) "
e de roses q. s.
On fait avec cette préparation de 16 à 20 pilules, et le malade en prend quatre par jour.
A l'eitérieur, des frictions sur le périnée et les lombes avec les opiacés, la cigufi, la belladone, sont prescrites avec succès.
Les mêmes agents et les antispasmodiques, l'asa fœtida surtout, peuvent être ordonnés en lavement.
Les bains généraux et les bains de siège doivent jouer un grand rdle dans la thérapeutique de l'aspermatisme; leur température varie selon les indications spéciales, depuis 1 degré jusqu'i 80.
Chez les sujets lymphatiques, les bains de mer offrent des ressources inespérées, et dans bien des cas ils sont le seul remède au mal.
Ces moyens, secondés par un régime convenable et approprié au tempérament et à la constitution du malade, suffisent d'ordinaire pour triompher de la maladie ; il faut qudquefois en prolonger assez longtemps Tusage, et les associer à quelques précautions hygiéniques relatives au coucher, comme, par exemple, la proscription d'un lit trop chaud et trop mou, et d'un sommeil ou d'une paresse trop prolongés.
Enfin, dans les cas oii les progrès vers la guérison ne sont ni assez rapides ni assez sensibles, on peut les hAter en employant les opiacés, par la méthode endermique. C'est ce que je fis, avec un plein succès, sur le malade dont j*ai parlé au début de cet article ; j'appliquai sur le périnée un vésicatoire non cantharidéy que je saupoudrai pendant trois jours, matin et soir, avec à milligrammes de chlorhydrate de morphine.
Depuis la publication de cet article que j'ai conservé tel qu'il a paru dans la première édition de ce livre, la thérapeutique de l'aspermatisme s'est enrichie de ressources que je dois faire connaître ici.
En premier lieu la méthode endermique pour l'usage de la morphine, est heureusement remplacée par l'injection souscutanée avec la seringue de Pravaz ; et en second lieu les stupéfiants sont avec avantage suppléés par les sédatifs, tels que les bromures et quelquefois l'hydrate de chloral. Le bromure de potassium et surtout le sirop Collas au bromure double de potassium et de lithium m'ont rendu des services dans beaucoup de circonstances.
Perversion morale et physique : satyriasis. — Je me dois contenter en cette place de mentionner le satyriasis, car ce serait étrangement abuser des ressources de la classificatioo,
uipuissa:ice SYMiroMATiorE. 193
si dans un livre consacré à l'impuissance, je décrivais le type de la tusure et l'idéal de la lubricité.
Sans doute, on conçoit que le satyriasis puisse devenir une cause d'impuissance, et que les exploits amoureux qu'il suscite soient suivis de tristes revers ; mais alors sa place est marquée dans un autre cadre, dans celui où il sera question de l'impuissance consécutive. D'aillours, le satyriasis, excessivement rare, surtout dans les pays froids et les régions tempérées, est moins une cause d'impuissance que do mort, ainsi que le prouvent les quelques observations que la science possède. Je suis don? autorisé à ne pas faire entrer dans les limites de cet ouvrage une affection que tant de motifs en éloignent.