IMPUISSANCE CONSÉCUTIVE. — EXCÈS INTELLECTUELS
trop longtemps, ses fonctions se dérangent ; 3"" que tous 9B neris partent du cerveau, et de cette partie précisément du eau gui est l'organe de la pensée et qu'on appelle le sensocommune; A* que les nerfs sont Tune des parties printlipalee de la machine humaine, qu'il n'y a aucune fonction à fli^iqucdle ils ne soient nécessaires, et que, dès que leur action dérangée, toute l'économie animale s'en ressent. > D'après ces principes simples, chacun sentira que quand cerveau est épuisé par l'action de Tàme, il faut nécessaire- ^aent que les nerfs souffrent et que leur dérangement entraîne uMlui de la santé, et détruise enfin le tempérament sans qu'au- ■RMine autre cause étrangère y ait part (1). » ai . ' U est donc incontestable que sous Tinfluence des excès du Em;|ravail intellectuel, outre l'éloignement des désirs vénériens,. iB> la force virile s'affaiblit elle-même, et cela en vertu de la loi k: physiologique générale si bien indiquée par Tissot. : Mais, outre ces deux caractères qui sont communs à plusieurs autres espèces d'anaphrodisie, l'impuissance des hommes de cabinet s'accompagne, pour le moral, d'une hypocondrie, et, pour le physique, d'accidents du côté du système génito-urinaire, auxquels ne sont pas étrangères, ccmme l'indique Tissot, l'inaction et la position assise que les ouvriers de la pensée gardent trop longtemps.
L'ingiction amène, en effet, des troubles dans les digestions qui réagissent sympathiquement sur l'organe cérébral ; et la position assise livre aux congestions sanguines les organes contenus dans le bassin, par suite de l'obstacle matériel qu'elle oppose à la libre circulation dans les parties inférieures ; aussi a-tr-on toujours mis au nombre des maladies des lettrés, la dyspepsie, l'hypocondrie, la gravelle, les hémorrhoïdes, les
(1) Tissot, De la santé des gens de lettres. Nouvelle édition augmentée de notes, par F.-G. Boisseau Paris, 18!26, page 24.
30A IMPUISSANT CHEZ L*IIOMBfE.
engorgements de la prostate, etc., etc., affections qui ont toutes, comme on le sait, une influence fâcheuse sur l'éneigie
virile.
Au moment où j*écris ces lignes, disais-je dans la première édition de cet ouvrage, je donne mes soins à un jeune bomme de Bruxelles, âgé de vingt-sept ans, d'un tempérament biliososanguin, dont l'impuissance s'accompagne d'accès assez fréquents de gastralgie, d'une hypocondrie profonde poussée jusqu'à des idées de mort, et de douleurs sourdes du cAtédi col vésical, suivies assez fréquemment d'une perte blanche que le malade confond avec des pertes séminales, et qui n*est que le résultat d'une sécrétion plus abondante de la prostate. Ce jeune homme a quitté, il y a dix-huit mois, le service militaire pour se livrer à des études métaphysiques ; conmie il obéissait, m'a-t-il dit, h une vocation irrésistible, il a sacrifié, avec toute l'ardeur d'un néophyte désireux d'apprendre, sa vie active et son sommeil réparateur, à la lecture des ouvrages de Leibnitz, Descartes, Malebranche, Spinosa, etc., etc. Après six mois d'un changement aussi radical dans les habitudes et le mode d'existence, des douleurs vagues d'abord, mais ensuite plus prononcées, se firent sentir du côté de la prostate, et leur plus grande acuité, qui correspondait toujours à une augmentation des excès du travail intellectuel, était tout à la fois le signal d'une sécrétion plus abondante de mucu6 prostatique, et d'une impossibilité d'érection, malgré raiguillon de désirs vénériens très-réels. Bientôt des accidents nerveux apparurent du côté de l'esprit et furent promptement suivis d'un amaigrissement général, d'une teinte terreuse de la peau et d'un changement complet dans le caractère gai et les idées riantes du malade.
Fidèle au précepte de Tissot et à celui de tous les auteurs qui ont écrit sur la santé des gens de lettres, j'arrachai le malheureux à ses livres et à ses philosophes favoris ; j'exigeai le
IKl-UISSAIfCB C0H8ËC(JTIVK. r~ liXCËS INl'KLLECmtXS. 305
retour à la vie active d'autrefois, j'imposai les exercices corporels en plein air et surtout à la campagne, et je prescrivis un régime analeptique, secondé par une cure aux eaux de Spa. Sous l'influence de cette simple hygiène, une saison d'été sufBt au malade pour renaître au monde, à ses espérances et à ses plaisirs ; malheureusement l'hiver, eu le chassant de la campagne, l'a ramené à Paris, où il a retrouvé ses livres, qu'il a cru pouvoir reprendre sans crainte d'une rechute; mais cette confiance ne s'est point justifiée, et dans le courant de matêy c'est-à-dire trois mois après la reprise de ses études, le malade vint de nouveau réclamer mes soins et m'accusa les mêmes accidents que ci-dessus, mais à un degré moindre.
Les moyens hygiéniques précédemment employés furent repris, et amenèrent des résultats aussi heureux que la première Tuis.
A détaut de cette observation, l'expérience et la raison commandent de n'enti éprendre aucune médi. .. tion, si , uu préabble, on n'a pas enlevé le malade à ses livres, à ses méditations, en un root à la cause même de son mal. Cette condition indispensable est, il en faut convenir, la plus difticile de toutes à réaliser. Tissot, dont le témoignage est d'un grand poids en pareille matière, ne cache pas ses craintes à cet égard : t La première difficulté, dït^il, qu'on a k vaincre avec les gens de lettres, quand il s'agit de leur santé, c'est de les faire convenir de leurs torts ; ils sont comme les amants qui s'emportent quand on ose leur dire que l'objet de leur passion a des défauts; d'ailleurs, ils ont presque tous celte espèce Je fixité dans les idées que donne l'étude, et qui, augmentée par cette bonne opinion de soi-même, dont la science enivre trop souvent ceux qui la possèdent, fait qu'il n'est point aisé de leur persuader que leur conduite leur est nuisible : avertissez, raisonnez, priez, grondez, c'est souvent peine perdue. Ils se foiiî illusion à eux-mêmes de mille façons difleientes : l'un compte sur la
lOUBAt'D. so
30(5 IMPUISSANCE CHEZ l'uOMME.
vigueur de son tempéraQient, l'autre sur la force de Thabi celui-ci espère échapper à la punition, parce qu'il u'a p coreeté puni; celui-là s autorise d'exemples étrangers q prouvent rien pour lui; tous opposent au médecin une nation qu'ils prennent pour une] fermeté dont ils s'apph sent, et dont ils deviennent les victimes ; bien loin de rc<i le danger à venir, ils ne veulent quelquefois pas mémo : le miil présent, ou plutôt, le plus grand des maux poui c'est la privation du travail ; ils ne comptent pour rien U très, moyennant qu'ils se soustraient à celui-là (l). »
Lorsque la raison a triomphé de cette obstination fâc et aplani cette première difGculté, il suflit, dans la ma des ca?, de suivre la conduite que j'ai tenue dans lobsen citée plus haut; les forces se rétablissent à mesure quel gestions deviennent meilleures, et l'énerj^ie physique s' ai de tout ce que ne dépense plus l'élément moral.
La médication hydro-minérale et l'hydrothérapie offre des ressources précieuses qu'il n'est pas permis de dédaig les eaux alcalines, qumJ il n'^ a aucune complication d( thèse, seront opposées aux troubles dyspeptiques, et parmi on donnera la préférence aux sources froides acidulés et lesquelles se rencontre un élément réparateur, comme h le manganèse, etc.; Pougues, quohpies sources de Vais eld chy,Luxeuil, Spa, Orezza solliciteront le choix du médecin ion les phénomènes prédominants; les douches froides, ci durée très-courte, seconderont almirablement l'action des a'calines, et concourront, avec une meilleure assimilation i n'}e par la boissoïi des eaux minérales, à relev<*r les fora l'organisme et, par suite, ce les de l'appareil génital.
Quand la plasticité est assez comi^Itte pour n'avoir pi redouter un excès d'excitabilité nerveuse, on recourt avec a
(1) Tissot, loc cit t p, 13C
UPDISSAÎICE CONSÉCUTIVE. — EXCÈS IIE COHTINKNCE. 307
lage au\ bains de mer ou de rivière, dont on détermine le nombre et la durée d'après la constitution et 1 état nerveux du malade.
Dans tous les cas, je le répète, la raûdication par cKcellence, ctUe dont on doit attendre le plus de succès, est le repos de Tcsprit, l'exercice corporel en plein air, un régime analeptique, tonique, l'ortiliant et quelquefois excitant.
E. — Abus de l'appareil génital.
Le sens génital, cuaime tous les appareils de l'économie uimale, est appelé à reiii|:lir une mission à laquelle, siiui quelques cas exceptionnels, nous ne pouvons nous soustraire. C'esl en vain que l'horanie essaie de se révolter contre l'empre de cette loi ; la nature, plus forte, brise la résistance de sa volonté, ou lui impose des maux infinis comme chiltiment de sa désobéissance. Buffon raconte les souffi'ances d'un curé delà Rëole, victime de la chasteté, et dont l'histoire trop connue ne saurait ici trouver place.
Dans l'intérêt de l'harmonie physiologique, qui n'est pas autre cliose que l'énergie relative de toutes les fonctions, a nature a établi pour chacune d'elles un type normal, différent, itH vrai, selon les individualités, mais basé sur l'ensemhle ^ toutes les fonctions, et en deçà et au delà duquel apparaît iGdésordre, la maladie.
La fonction génitale ne fait pas exception à cette règle im- Omble, et son abstention absolue ou son exercice immodéré, IQtroii di^signe sous les noms de contiiience et d'incontinence, *!ilralnent à leurs suites des désordres nombreux, dont je ne dois ici considérer que ceux dont l'action néfaste s'exerce sur Il puissance virile.
1' Excès de conlinence, — Les escès de continence, el I Qitiaiela continence absolue, n'ont pas, chez tous les hommes
308 IMPUISSANCE CHEZ L*UOJiXE. I
la inôinc influence sur le sens vénérien : chez les uns, cette I
continence irrite les désirs, tandis qu'elle les ubut cheiles i
autres. C'est afTaire de tempérament et de constitution. Chet i
les individus d'un tempérament énergique, chez ceux doot j
rimaj^^ination a des élans irrésistibles, les désirs vénériens odI I
une puissance étrange qui s'alimente de rêves incessants daos I
le silence de la solitude, et qui trouve, dans les combals I
mômes que la raison livre à la folle du logis, connue ditMon» I
taigne, des excitants nouveaux à Tœuxrede la chair. L'hii» I
toire di» toutes les religions nous offre des exemples de murty5 I
de leur loi, et, dans Tlliade chrétienne, saint Jérôme est re^^la I
connue le type des tristes victimes de la continence ctdeU m
chasteté. I
(Cependant les constitutions les plus vigoureuses ne sojA I
pas toujours une garantie contre les atteintes anaphrodisia- I
qu(s de la continence; Galien avait déjà remarqué que le» I
chanteurs et les athlètes, qui, de son temps, se vouaient à b I
chasteté pour conser\er leurs forces, a\ aient lc*s parties géni- I
nitales exilia et ruyosu comme les vieillards. « Un de rotf I
amis, dit-il, étant \enu me consulter h roccasion d*un pria- I
pisme, suite d'une continence prolongée, s'étonna de ce qu'uo I
athlète se trouvait placé, par la même cause, dans une cir- I
cnn.-taine toute opposée. Miroi\ inquity quod Unie {athlctni^ I
indicans) oh ronii/ifntiam ruf/osus^ coliftpsusfjuc /)€ms «v/"** I
rit : iiiihi vrro ex quo continentiain nervure studui^ eveMfi^ I
tofttrarium, Galien ajoute (|ue ceux, au contraire, qui, dan» |
leur jeunes-e, s'tlairiit ahandi>nnés sans réserve aux jouis' ; sauces de l'amour, avaient les parties génitales extrémcmeD^ dé\eloppé<'s ;1). m
Le médecin de Pergame ne fait qu'affirmer une loi pbjM*^
logiipie dont la vérité n'est contestée par personne, et qui fi** ;
{[) Dictionnaire iie$ sciences médicales, art. Cu4àT£rÊ; Puris.
IMPnSSAKrE COTiSfiriJTiVE. ^ RTCfcS TiE CONTINENCE. 509
l'itilirae corrélation existant entre le développement d'un organe et l'exercice de pa fonction. Otte loi, dont un exemple [rippant est le défaut de symétrie parfaite entre les deux par- Ijfs lalérales du corps par suite du plus grand usage d'un côtû ipp. de l'autre, peut sg Irnduîre de' la manière suivante : Plus m organe on un appareil d'organes fonctionne, plus il possède une nutrition active, et plus, par conséquent, il s'accroît fllTolunie et en énergie; vice versa, moins un organe ou un l^reil d'organes fonctionne, et moins il jouit d'une nutrilîon abondante, et plus, par conséquent, il est exposé au dépérissement et à l'atrophie.
Si celte loi physiologique n'est piis un mensonge, il faut 1 faire l'application à l'appareil génit;il : chez les indivilius, en effet, qui n'exercent point les organes copulaleurs et iJonl mfïme l'imagination paralysée n'é\eille pas le feu sacré des désirs dont ta présence supplée, jusqu'à un certain point, '«ercicede la fonction, en entretenant dans les organes l'exciaiion et la vie, chez ces individus, dis-je, lAches de corps et d'esprit, l'appareil génital, par suite du repos forcé auquel il «t condamné, éprouve une sorte d'arrêt de développement, et comme chez les enfants, à l'état embryonnaire. 'Mconté ailleurs {!) un exemple de petitesse extrême de klt^, & laquelle je parvins cependant h donner un volume Wnvenable par le seul exercice de la fonction copulatrice, grflce ils persistance, chez le malade, des désirs vénériens. Mais cette tirconsianw heureuse ne se rencontre pas toujours, et il est usez ordinaire que, dansl'espècc d'impuissance qui m'occupe, M ait k réveiller tout k la fois l'activité génésique du moral et la torïc annihilée de l'organe copulaleur.
(*Ue disparition des désirs et cette inertie du pénis peu- '*nl se produire, sous l'empire de la continence, sans atro-
phie de la verge et des testicules, comme on va le voir par l'exemple que j'ai sous les yeux, au moment où je rédige cet article.
M. X..., d'un tempérament lymphatico-nerveux, grsDd, d'une bonne constitution et d'une santé parfaite, après plusieurs années passées dans l'état militaire, se retira dans ses terres, dans le district de Moscou, vers l'âge de vingt-sept ans. Il ne tarda pas à se marier; il n'a jamais éprouvé pour sa femme que des sentiments d'estime, car son mariage, ainsi qu'il arrive souvent dans les aristocraties de tous les pays, avait été dicté, moins par l'amour et les sympathies, que par des convenances de fortune, de position et de nom.
Cependant il remplit ses devoirs d'époux qui furent suivis de la naissance d'une fille.
 la suite de ses couches, la femme fît une longue maladie qui, pendant près de deux ans, éloigna l'époux de la couche conjugale ; cet isolement du mari ne fut distrait par rien, ni par les charmes de l'intimité, ni par les plaisirs de la vie dn monde ; éloigné de tout centre d'habitation, enfermé dans une propriété dont l'étendue ne permettait aucun rapport de voisinage, M. X... fut condamné non-seulement à une continence complète, mais encore au manque absolue de toute excitation morale.
De plus, cet isolement fut aggravé par de graves préoccupations causées par l'infidélité d'un intendant, dont la gestion déloyale faisait craindre à M. X... la perte d'une partie de sa fortune.
Deux années se passèrent ainsi, au bout desquelles, rassuré sur sa position financière et sollicité par le retour de sa femme à la santé, M. X... voulut reprendre ses droits et ses devoirs d'époux.
Malheureusement cette volonté n'avait pour mobile que l'ambition de perpétuer un nom et d'avoir un enfant mâle; elle ne
IHPinaSÂirCE CONSÉCUTIVE. -^ EXCÈS DE COHTINENCB. SU
trouva à sa disposition ni désirs vénériens, ni énergie copulatrice.
M. X... était impuissant au raoral et au physique.
Cette impuissance était d'autant plus complète qu'elle ne s'accompagnait ni de rêves lascifs, ni, par conséquent, de pollutions voluptueuses, ni d'érection anormale, pas même par suite de la plénitude de la vessie.
Un médecin de Moscou, après un traitement insignîQant qui ne produisit aucun efTet, m'adrossa le malade qui, depuis trois semaines, est soumis à mes soins.
Le traitement, jusqu'à présent, a eu essentiellement pour but de réveiller l'excitabilité morale, et je me suis conformé à la règle que j'ai indiquée au chapitre de l'impuissance idiopathique avec absence de désirs (1).
L'amélioration qui s'est déjà produite dans la tournure d'esprit de M. X..., si je puis ainsi dire, soutient l'espoir qtiej'ai puisé dans l'état antérieur du malade, puisqu'il est père d'une petite fille. .
Cependant les antécédents copulaleurs ne sont pas toujours un indice pour les résultais de la thérapeutique ; j'en donnerai pour preuve le fait suivant, relatif à un malade qui, nonseulement n'avait jamais exercé le coït, mais qui s'était livré &la masturbation, et qui pourtant guérit dans un espace de temps relativement court.
M. X..., d'ori^'ne nnglaise, grand, fort, bien constitué, s'était modérément adonné à l'onanisme pour éviter, par crainte . de la syphilis, le commerce des femmes, quand à l'âge de vingt-deux ans, toujours vierge et toujours aussi pusillanime à l'endroit de la vérole, il fut envoyé dans les Indes, pour diriger une vaste plantation. Éloigné de toute ville, n'ayant des rapports qu'avec des nègres et des négresses, il persista plus
(1) Voyeilapage 130.
312 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
que jamais dans sa continence, toujours par la peur de h syphilis, et aussi pour ne pas compromettre son autorité. Ao début de son exil ^ il se livra quelquefois, comme en Angleterre, aux pratiques de la masturbation ; mais bientôt il les abandonna complètement, soit par Teffet de Tabsence de toute excitation extérieure, soit à cause de ses occupations fatigantes» soit par l'effet même de sa continence.
Cet état dura dix ans au bout desquels il revint en Europe, toujours fort, n'ayant subi aucune maladie, et indemne de cette décrépitude précoce qu'amène souvent le séjour trop prolongé dans les pays chauds.
Seulement il avait complètement perdu l'appétit vénérien, et, malgré sa volonté d'entrer en commerce avec les femmes, il n'éprouvait qu'une indifférence profonde, qu'une grande apathie morale, mêlée de regrets.
Pourtant la compagnie des femmes et les attouchements amoureux ne trouvaient pas ses organes entièrement insensibles; mais ces excitations étaient insufQsantes, en l'absencede l'incitateur intime, à produire l'érection et, par suite, la volupté.
C'est dans cet état qu'il vint me consulter.
Tout l'appareil génital était parfaitement constitué, et aucune partie, ni testicules ni verge, ne portait la trace d'une atrophie qu^une si longue continence pouvait produire.
La médication à instituer devait s'adresser tout à la fois au moral et au physique du malade.
Sous le premier rapport, j'observais une gradation lente dans le choix des excitants, afin de prévenir le dégoût qu'inspirent toujours, aux esprits froids, des conversations trop libres, des lectures trop licencieuses, des peintures trop nues et des spectacles trop décolletés; ce ne fut que peu à peu et après de longs tâtonnements, que je permis la fréquentation des femmes galantes qui devaient réaliser, en les complétant, les premières
IMPUI9811ICE COMSSCtTIVE. — KXCfcS M COICTWEWCE. SIS
ncitations amoureuses, nées sous des influenrcs progressivcnent excitatrices.
Comme médication physique, je m'adressai d'abord h l'élec- Liîcité, dans la pensée d'activer le travail sècrétoire des testi- Qulfîs,et,par suite, d'éveiller tout ù la foi^ lésons génital et son incîtateur interne.
Au bout de quelques séances, pendant lesquelles j'avais pronaené le pinceau électrique sur les testicules d'abord, et ensuite sur la face dorsale de la verge et surtout h la base du pénis, entre celle-ci et |e scrotum, une demt-érection se produisait sous l'instrument même, bien avant que les désirs vénériens Tussent sortis de leur torpeur.
Je persévérais dans cette médiéatton que je complétais par le phosphore à l'intérieur, et par des fumigations aromatiques que je faisais diriger sur le pôrinée et les organes génitaux.
Après deux mois environ de ce double traitement, morafet physique, poursuivi avec prudence et régularité, le malade sortit (te l'indifférence amoureuse dans laquelle il avait si longtemps vécu, et recouvra toutes ses facultés copulatriccs qui devinrent, comme je l'ai su plus tard, d'autant plus énergiques qu'elles avaient été condamnées à un long repos.
Les deux observations que l'on vient de lire montrent que l'impuissance, caractérisée surtout parl'ahsence des d6:^ir3 vénériens, exige, avant toutes choses, un traitement moral sagement et méthodiquement dirige.
Je ne reviendrai pas ici sur les moyens d'excitation morale que j'ai longuement exposés dans un autre chapiire de cet ouvrage; mais je ferai remarquer que si la continence est le résultat, non de la volonté, mais de l'apathie du tempérament, il faut de toute nécessité recourir, en même temps, & une médication fortifiante, dans laquelle le fer et le quinquina à l'intérieur, et les douches et les bains froids dans l'eau courante, et surtout dans la mer, occupent une large place.
S20 IMPUISSANCE CHEZ L^UOUME.
entretenue et singulièrement aggravée par Tëtat déplorable de Téconomie tout entière.
Le sysiènie nerveux est alors malade par les secousses successives que lui ont d'abord imprimé lés abus du sens véntrien, et ensuite par rexcitabilité qui ne fait jamais défaut au états anémiques.
Mais ces désordres, en dehors de raifaiblissement génital auquel n'est pas ifliangor l'excès môme de cette excitabilité, peuvent se limiter aux fonctions organiques du système, d laisser dans lenr intégrité les facultés intellectuelles et aOÎKtivcs. Aussi n'est-il pas rare de voir persister les attributs de l'esprit chez ceux-là même qu'une trop fréquente satisfaction des désirs vénériens a conduits au marasme et à rimpuissance.
D'autres fois, les facultés intellectuelles et afleclives sont entraînées dans le naufrage des fonctions organiques, et seuls les désirs erotiques surnagent, comme chez quelques idiots et les crétins des Alpes. La position dû malheureux ainsi frappé est bizarre : la mémoire est toujours plus ou moins profondément altérJe; Tàme, châtrée de tout sentiment, languit dans rindilTérence, et Torgane sexuel, atteint dans sa force, ne peut plus réagir contre les excitations qui le sollicitent; aussi, dans celte absence des plus nobles attributs de Thomme, les désirs vénériens ont quelque chose de bestial qui, s'ils pouvaient être contentés, ravaleraient celui qui les manife^e au niveau de la brute. L'irritabilité dans laquelle se trouve le système nerveux aigi.illonnc ces désirs et change en véritable torture Timpossibilité de les satisfaire. J ai vu plusieurs de ces malheureux condamnés à fuir le nionde, et à cacher leur hébétement dans une solitude où ils pouvaient tout à leur aise maudire leur fatale destinée. L'un d'eux, entre autres, portait des regards de con\oitise sur toutes les femmes, laides ou jolies, qu'il rencontrait, et il lui était impossible de fixer dans ses souvenirs rimage de l'une d'elks. J'allai avec lui aux Tuileries un jouroù
UII>DI8SAnCE CONSÉCUTIVE. — SXCË8 VÉNÉRIENS. 321
la mode Tait de ce jardin public un lieu de réunion pour les femmes élégantes de Paris, et, pendant une heure à peu près que nous y restâmes, il éprouva des désirs constamment nouveaux : il lui semblait toujours voir pour k première fois les personnes devant lesijuelles nous avions passé à plusieurs reprises, et sur lesquelles j'avais attiré son attention dès notre entrée dans le jardin. L'émotion ne se prolongeait jamais au delà de la sensation ; l'impression produite par une femme s'effaçait presque instantanément par la vue d'une autre femme, et sa mémoire perdait le souvenir de celle-ci & la rencontre d'une nouvelle. Cette mobilité d'impressions faisait le désespoir du malade, et le força enfin à se retirer dans une campagae qu'il possédait dans le département de l'Oise, et dont la solitude, en lui permettant l'observation rigoureuse d'un trutement, le rendit plus tard an monde de Paris, auquel l'attachaient sa fortune et sa position sociale.
Dans d'autres circonstances enfin, les désirs vénériens ont subi ta destinée de la force virile, et, comme elle, se sont noyés dans les excès de la luxure et du coït. L'hommen'est plus alors que l'ombre de lui-même ; automate animé par un reste de vitalité, il n'ouvre ni son esprit, ni son âme, ni ses sens à ce que la nature a de plus sympathique, à ce que la femme a de plus séduisant. C'est à lui que peuvent s'appliquer, sans parabole, ces paroles de l'Écriture : Oculos habet et non vidù, aures habet et non aiidiii, etc.
Quels que soient les phénomènes qui, du cdté du moral, accompagnent les actions vitales résultant d'excès vénériens, la première et la plus importante indication è remplir est la réparation des pertes éprouvées par l'économie; ce résultat n'est pas toujours facile h. atteindre, surtout au début de la médication, parce que l'excessive irritabilité de l'estomac ne permet pas de recourir à une alimentation franchement analeptique. U faut ordinairement commencer par un régime
322 i3iPi!issANCfc; chez l^hommk.
lacté et n'arriver que progressivement à une nourriture Uni à la fois plus substantielle et plus excitante.
Tissot recommande de faire prendre au malade du lait boid coupé avec Teau de Spa :« Un grand avantage, dit-il, des euu de Spa et du quinquina, c'est que leur usage fait passer leUiU M. de la Mettrie nous a conservé une belle observation de M. Boerhaave. Ce duc aimable^ je traduis mot à mot, séiéi mis hors du mariage, je Pai remis dedans par Tttmgt Je» eaux de Spa avec le lait. {Amabilis ille dux se possuerai exin matrimonium ; ego illum reposui iiitra (1). » (Supplément i l'ouvrage du Pénélope^ cli. i, liv. XXXV.)
C'est dans les circonstances dont je parle que les andeni auteurs recommandaient de faire coucher le malade avec une personne saine et à vitalité exubérante, et de le nourrir avec du lait de femme. J'ai, dans un autre chapitre (2)^ suflisamment fait ressortir l'inanité, le danger et Timmoralilé de ce moyen, pour qu'il soit inutile d'y revenir ici.
La médecine, grftce au ciel 1 possède assez de .ressources pour ne pas regretter de semblables expédients, etellea,dtni le quinquina, les toniques, les ferrugineux, les eaux minérales, l'hydrothérapie, les bains de mer, etc., des armes puissantes, si elle sait les manier avec prudence et avec fermeté, c lo homme, dit de Lignac, s'était tellement épuisé avec une ooa^ tisane, qu'il était incapable d'aucun acte de virilité ; son esto* mac était aussi extrêmement affaibli, et le manque de nutri* tion et de sommeil l'avait réduit à une grande maigreur. Voici la méthode qu'employa Tissot pour procéder à la curation de cette impuissance : A six heures du matin, le malade prenii^ six onces (180 grammes) de décoction de quinquina, à laquelle on ajoutait une cuillerée de vin de Canarie; une heure aprè»*
• I) Ti<<»ot, On/tniume, art. III, sec. n, p. i(li, H* ériit. l^tuMiiiie. t't»-'*- (2) Voyux U*% \nkgfts Ml 7 cl lUH.
lu PUISSANCE CONSÉCUTIVE, — KXCta VÉNÉRIENS. 323
I prenait dix onces de lait de chèvre qu'on venait de tirer, mquel on ajoutait un peu de sucre et une once d'eau de fleur l'oranger. Il dînait d'un poulet rôti, froid, de pain et d'un wre d'excellent vin de Bourgogne avec autant d'eau. A six leures du soir, il prenait une seconde dose de quinquina; isix heures et demie, il entrait dans un bain froid, dans !epel il restait dix minutes, et au sortir duquel il entrait dans un lit. A huit heures, il reprenait la môme quaiUitiS de lait ; ise levait depuis neuf heures jusqu'à dix. Tel fut l'effet de ees remèdes, dîl M. Tissot, qu'au bout de huit jours il me tria avec beaucoup de joie, quand j'entrai dans sa chambre, qu'il avait recouvré le signe extérieur de la virilité, pour me «rïir de l'expression de M. de Buffon. Au bout d'un mois, il mit presque entièrement repris ses anciennes forces (i). »
A côli5 de cette médication à laquelle je n'ai à adresser aueuiie critique, la médecine trouve aujourd'hui dans les eaux ilalînes acidulés (Pougues, Alet, les célestins de Vichy, etc.) le moyen de réveiller l'appétit et de régulariser les fonctions digeslives, et dans les eaux ferrugineuses (Orezza, Forges, Passj', Spa, elc.) un puissant auxiliaire du régime analeptique.
D'autre part, les bains froids, l'hydrothérapie, les bains de iner,etc., sont des toniques généraux d'autant plus précieux, qu'ils respectent l'estomac dont le bon fonctionnement est une lies premières conditions pour le rétablissement du malade.
A ces moyens ne se bornent pas heureusement les ressoiircesdela thérapeutique, car ils ne sont applicables nî à tout Immonde, ni en toutes saisons.
La matière médicale possède des apiîritifs, des digestifs, des
ii'migineux et des toniques qui peuvent marcher à côté des
fWi minérales et de l'hydrothérapie ; ils sont trop familiers à
*oui le monde pour qu'il soit nécessaire de les énumôrer ; il ne
™t que les énoncer.
"l De Ugnnc, De l'hiiinwi^ pt <lf lu femme, pIi-. l. 1, |i. 3U().
92A IMPUISSANCE CU£Z l'hOMMK,
Gea moyens, îoints à la privation totale des plaisirs m riens, suffisent, dans la majorité des cas, i)our réparer lesi sordres, généraux et locaux, produits par les excès de l'amo Mais l'impuissance est, de tous les accidents, le dernier à dit rattre, parce que, comme dans révolution physiologique, sens génital n'entre en exercice qu'après l'acquisition Hi suffisante énergie par toutes les autres parties de Téconoa Les bains froids de rivière et surtout les bains de mer, douches ouïes lotions froides sur les lombes, le périnée et l'i pareil génital, h&tent singulièrement le réveil de celuiquelquefois, mais bien rarement, quand la réparation généi a été suffisante, il est nécessaire de recourir à des excitants eaux plus énergiques : les frictions sèches ou aromatiques massage, et, au besoin, la flagella lion, peuvent rendre quelq Services ; mais rarement on a besoin de recourir aux cantl rides, dont l'action sur la vessie est ici plus nuisible qu ut
Les agents ou moyens excitateurs ne doivent être mis usage qu*avec la plus grande circonspection ; ils ne serti pas sans une influence f&cheuse sur un système qui a été thé&tre de désordres quelquefois très-graves.
Quant à la médication morale excitante, qu'il faut appc à son aide quand le retour des désirs vénériens se fait ti longtemps attendre, je l'ai sufGsamment exposée dans pt sieurs parties de cet ouvrage, pour qu'il soit fastidieux d*y venir ici.
B. Impuissance par excès vénériens avec lésions anaton gués locales. — Je n'ai imni à décrire toutes les lésions ai tomiqucs qu'impriment à l'appareil génital les excès vénerie parmi ces lésions, les unes n'ont aucune influence sur l'éi gie virile, et les autres affectent plutôt la fécondité que la p sance, et n'agissent que secondairement sur cette demi
Les premières, étrangères à mon sujet, ne doivent point l ver ici de place ; les secondes, naturellement désignées |
I^^IMPDISSANCE IJONSËCUTIVE. — PERTES ÏJËIIIINALES. 325
une autre partie de cet ouvrage, entreront ^dans le cadre de la stérilité, car leur étude, enfermée dans les li miles de l'impuissance, serait nécessairement incomplète et ferait en même 'eraps un double emploi.
Cependant je m'arrêterai à une lésion qui, si elle affecte souvent la faculté reproductrice, ne laisse jamais intacte la fotto copulalrice : c'est la lésion des vésicules séminales et its canaux éjaculateurs qui donne naissance aux pertes sémiuales, ou spermatorrhte.
L'exception que je fais en fitveur de cette maladie, en la décrivant iei,sejuîtiflepar cequeje viens de dire, à savoir: que si, arrivée à un certain degré, elle est une cause certaine (l'impuissance, elle ne di'truit pas toujours le principe de la fécondité, comme on peut s'en convaincre en examinant au microscope le sperme de certains tabescents qui ne présentent paiement rien d'anormal du cûté des glandes spermaliques.
Mais alors s'élève une autre question qui appellera ailleurs
Inute mon attention, et que je ne veux indiquer présentement
i|u'a8n de légitimer la place que j'accorde ici à la spermator-
rhêe. L'éjaculation spermatique, si difficile et le plus souvent
impossible chez les individus alteints de pertes séminales,
WQslituant, cbez l'homme, une des conditions de la facult6
lÉcondante, doit, par son absence, constituer une cause posi-
ti« de stérilité. Sans doute, h première vue, et en ne jugeant
î» par la théorie, les choses paraissent devoir se passer
•lnd;mais lorsqu'on songe à la possibilité de la fécondation
artificielle, à certains déplacements de l'utérus, etc., on reste
Convaincu que si l'éjaculation est une des conditions de
■ 'acte normal de la procréation chez l'homme, elle n'en est
I point une condition tellement absolue que, dans quelques clr-
[ constances rares il est vrai, cet acte ne puisse s'accomplir
F tans elle.
l Cette question, dont l'importance est si grande au point de
S26 IMPUISSANCE CiiKZ l'hOMMB»
Yue de la famille et de la médecine légale, sera po sujet d'un examen sérieux, alors que j'étudierai l'él la stérilité chez Thomme ; pour le moment, je n'ai vo pliquer l'exception que je fais ici en [faveur de la s rbée, et montrer qu'elle entraîne plus constamment sance que la stérilité.
Pollutions. Spermatorriiée. — Les pertes sén sont pas exclusivement produites par les excès véné causes nombreuses président à leur naissance, et ce sont souvent réunies en plus ou moins grand non même individu, il est quelquefois difQcile d'assigii cune d'elles l'influence qui lui revient en propre, l les excès de masturbation et de coït tiennent uni mières places dans la production de ces phénomènes et c'est à leur action seulement que je vais limite que je puis consacrer ici aux pertes séminales invol
Celles-ci admettent divers degrés que tous les i sont attachés à séparer avec soin ; cette distinctioi effet, nécessaire, non -seulement au point de vue du mais encore sous le rapport du traitement, ainsi q verrons tout à l'heure.
En ne considérant que les conditions physiolog dans l'état normal, accompagnent la sortie di c'est-à-dire désirs vénériens, érection de la verge tion voluptueuse, nous devons nous demander, a chose, si ces conditions sont ou non conservées. Di mier cas, la perte séminale ne rentre plus qu'indi dans notre cadre, ou tout au moins ne peut plus i dérée que comme une cause éloignée et plus ou r taine d'impuissance ; dans le second cas, au contrai tion est complètement de notre domaine, puisqu'elle de l'abolition d'une ou de plusieurs circonstances n à l'acte copulateur.
IHPUiaSANCR IlOKSÉtUTIVE. — POLLUTIOHS. 82/
Ces deux états se rencontrent en efTet, et il existe entre eux un tel lien de parenté que, nssez géncralemenl, l'un est amené par l'autre.
J'appelle pollution la perte de semence qui s'accompagne de l'orgasme vénérien ; et je réserve le nom de spermatorripfaui pertes séminales qui ne sont sollicitées par aucun feir vénérien, qui ne sont pas précédées de l'érection delà itrge, et qui ne provoquent aucune sensation voluptueuse. L'impuissance ne coexiste pas toujours avec la pollution ; tileeiit, au contraire, un attribut constant de la spcrmatorrhée. Pollutions. — La pollution, que je vais d'abord examiner pour revenir tout à l'heure à la spermalorrhée, doit nécessai- Kmenl, pour constituer un état pathologique, se produire en lifliorsde la volonté et des excitations naturelles du génésique. Eu égard à cette double condition, les pollutions ont été distinguées en nocturnes et diurnes, comme s'il était possible à limiter exactement ce qui appartient aux excitants internes, et ce qui revient aux exultants physiques. Je m'explique.
Pendant le sommeil et précédant la pollution nocturne, tnn- Ut il se produit des rêves lascifs, des tableaux hideux mais •oujoiirs obscènes, et tantôt il ne se f^iit aucune excitation bterne. — Du côté du corps, In chaleur du lit, la position borizoïitsle, et surtout le coucher sur le dos, qui appelle une *wiede fluxion sur la moelle épinière, sont, sans compter b plénitude de la vessie, des causes externes d'excitation Rsnitale. — Or, laquelle de ces causes amène la pollution? fel-ce le rêve lascif? Est-ce le rêve hideux, mais cependant toujours lubrique? Est-ce la chaleur du lit? Est-ce la posi- Bon couchée? Est-ce enfin le contact ou le frottement de I chemise ou des draps sur la verge? — Comme on le oit, la distinction n'est pas facile à faire, et je la crois, nnoD nuisible h la clarté du discours, du moins entièrement
328 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
inutile, alors que l'on a séparé, comme je Tai fait, la pollution de la spermatorrhée.
Sans doute, la pollution est bien plus fréquente pendait la nuit que pendant le jour, précisément à cause de la léanioB des excitants internes et externes qui n'existe pas toujoorsl l'état de veille.
Tous les auteurs n'admettent pas la pollution diurne tdk que je l'entends ici : les uns, empiétant sur le domaine de Tacte physiologique, regardent comme un état pathologique, et nomment perte séminale convulsive, une éjaculation trop rapide, l'émission du sperme avant Tintroduction de la veiige dans le vagin ; et les autres la nient et la contestent toutsimplement.
Les premiers poussent évidemment trop loin l'amour de la pathologie : la rapidité de l'éjaculation, que Ton observe fréquemment, loin d'être toujours le résultat d'un état moTbide, est souvent l'attribut de la jeunesse et de désirs ardents, ou la conséquence d'une passion violente et comprimée, on celle d'attouchements prolongés, d'excitations amoureoses trop longues.
Cependant, et il m'a été donné d'en observer un grand nombre de cas, la rapidité de l'éjaculation peut tenir k une surexcitation de la sensibilité nerveuse, soit des vésicules séminales, soit des conduits éjaculateurs, soit même du col de la vessie, à ce point que la plus légère excitation détermine incontinent la so^ tie du sperme,— c'est la goutte d'eau qui fait déborder le va<^, — mais dans ces circonstances, qui tiennent évidemment à un état morbide local, la rapidité de l'éjaculation ne saurait constituer une pollution, puisque j'ai établi que cette dernière n'existait qu'en l'absence de la volonté.
A ceux qui nient la réalité de la pollution diurne, il faut répondre par des faits. Le satyriasis est l'expression la- plus haute de cet état, et malgré Içg restrictions que j'ai faites ail-
iuphiMancB ÉofisfeciitivH. — pollutions. 329
leurs (1) sur cette maladie, on rae permettra de citer l'exemple suivant : t Un jeune homme de vingt ans, d'une complezion primitivement forte, presque athlétique, mais afTaibli par les escès dont je vais donner l'histoire, s'était, depuis l'ftge de quinze à dix-huit ans, livré à cet acte destructeur dont Tissot a si bien décrit les dangers. II s'y livrait de préférence dans le bain, et avait quelquefois porté le nombre des pollutions jusqu'à quinze dans un seul jour. Des excès aussi multipliés affaiblirent sa constitution, portèrent atteinte & la force de sod intelligence et du trouble dans sa mémoire. D'après les avis de quelques personnes prudentes, ce jeune homme renonça à cette funeste habitude, et, depuis deux ans, il vivait dans la continence la plus exemplaire. Sa constitution s'était raffermie; la mémoire et les autres facultés mentales avaient repris leur ancienne vigueur. Ses parents, qui le destinaient au commerce, le placèrent chez un négociant : il se livrait à ses nouvelles occupations avec tout le zèle et l'activité que comportaient et son âge et sa constitution robuste. Chéri de ce négociant et de sa femme, dont il recevait tous les jours des témoignages d'amitié, il s'abusa sur le genre d'attachement que la femme avait pour lui, et s'imagina d'en être tendrement aimé; de son côté, il la payait d'un tendre retour. Placé entre la crainte de violer les devoirs de la reconnaissance, et le désir de posséder cette femme qui n'était cependant ni jeune ni jolie, sa situation devint de jour en jour plus pénible el plus embarrassante. Quand par hasard elle jetait un coup d'œii sur lui, il entrait en érection el ne tardait pas à éjacuter; la nuit, il avait des pollutions fréquentes, etc., etc. (2>. » J'ai connu un jeune homme à peu près dans ta position de celui dont on vient de lire l'histoire. Après des excès de raas-
(1) Vojei la page 192.
(2) DicUmmaire dei sciences médiailei, an. Satïbiasiï!,
330 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
turbation, qui avaient cessé depuis assez longtemps, dix-huit mois environ, ce jeune homme devint éperdument amoureui d'une jeune fille. Toutes les fois qu'il se trouvait en sa présence ou que son image se présentait à son esprit, il entrait en érection, et alors le moindre contact sur la verge déterminait Téjaculation. Il était obligé de rester immobile pour empêcher le frottement de son pantalon ou de sa chemise; il lui est même arrivé d'avoir sa perte séminale en touchaut seulement la main de la personne aimée.
Que cet état tienne à une surexcitation de tout le système nerveux ou simplement de celui des organes génitaux, il le faut admettre comme l'expression d'une situation anormale qui n'est certes pas l'impuissance, mais qui peut en être regardée comme une cause plus ou moins prochaine ou plus ou moins éloignée.
Cependant, il est à remarquer que les personnes atteintes de pollutions, soit nocturnes, soit diurnes, perdent une partie de leur empire sur le sens génital, c'est-à-dire que celui-ci se montre plus facilement réfractaire que dans l'état normal aux ordres de la volonté ; on dirait que l'organe générateur tend à perdre l'habitude de cette obéissance pour subir l'influence d'excitateurs anormaux. Ce commencement de révolte de l'appareil copulateur contre la volonté passe très-souvent inaperçu, ou est expliqué et justifié aux yeux du malade par les pollutions qui le fatiguent; c'est une nuance dans le degré de l'énergie virile dont le médecin doit tenir compte, car cet état est toujours l'indice d'un mal plus grave ; s'il n'annonce pas constamment la spermatorrhée, il promet à coup sûr, si les passions se perpétuent, un affaiblissement génital plus ou moins prochain.
Il y a donc nécessité de combattre les pollutions, non pas tantpour le dommage dont elles chargent le présent, que pour les dangers dont elles menacent l'avenir.
IMMJISSANCK CONSÉCUTIVE. — POLI.UTIOPS. 8S1
D'après ce que j'ai dît Jusqu'à présent des polluUons nocturnes et diurnes, on doit admettre qu'elles sont sous la dépendance, soit d'une surexcitation nerveuse générale ou locale, soit d'une irritation phjegmasique de l'appareil séminal.
La médication, on le comprend, sauf quelques préceptes généraux, tels qu'abstention de coït et d'onanisme, éloignement de tout motif d'excitation, soit morale, soit physique, etc. , se conforme à ta nature propre de l'arfection.
Dans te premier cas, les opiacés, les sédatifs, les antispasmodiques, les bains chauds, généraux ou locaux, surtout le chloral, préconisé par H. Tliompson et Bradbury, dans tes contractions spasmodiques des vésicules, occupent une place importante.Sila pauvreté du sang ou le délabrement de la constitution entretiennent la susceptibilité nerveuse, on a recours, outre le régime approprié, aux ferrugineux, au quinquina, au lupulin, qui joint, selon M. Zambaco, h son action sédative sur les oi^anes génitaux, une action tonifiante non moins remarquable (1).
Dans les cas d'irritation phlegmasique locale, on peut avec avantage recourir aux antiphiogistiques locaux, surtout quand le malade accuse de la pesanteur au périnée, une sorte de cuisson ou de gène pendant ou après l'émission de l'urine, et un sentiment de chaleur dans la portion prostatiquede l'urèthre, après l'éjaculation spermatique. Si la phlegmasie était à ce point légère qu'elle ne se manifestât par aucun des symptômes dont je viens de parler, on retirait un plus grand avantage du bain de siège froid, d'applications toniques externes que de la cautérisation de la prostate.
Mais, je le répète, la continence morale et physique, secondée par une hygiène et un régime convenables, est le moyen le plus puissant à opposer aux pollutions qui, dans beau-
(1) BfdtHin de thérapmifiqiif^. iHM. i. xrAll. p. m.
352 IMPUISSANCE CHEZ L^UOHMË.
coup de cas, ne réclament pas les secours de la matière médicale.
Spermatorrkée. — Cette affection a eu le sort de beaucoup d'autres qui, après avoir été admises dès la plus haute antiquité, ont été révoquées en doute et môme niées par ceux-là mêmes qui étaient le mieux placés pour les décrire. Hippocrate, avec cet esprit observateur qui a fait le désespoir de tous ceux qui l'ont suivi, mentionne les symptômes principaux de cette maladie, a Elle attaque, dit-il, principalement les nouveaux mariés et les gens adonnés aux plaisirs vénériens ; ils sont sans fièvre, ont bon appétit et maigrissent. Si vous les interrogez, ils répondent que des espèces de fourrais lem* semblent descendre de la tête le long du rachis ; après la miction ou la défécation, ils rendent du sperme abondant et aqueux; ils n'engendrent pas, ils ont des pollutions nocturnes, soit qu'ils couchent ou non avec une femme (1). » Celse n'est pas moins explicite qu'Hippocrate : Est etiam^ dit-il à son tour, circa naturalia vitium^ quod sine vénère^ sine nocttirnis ima^ ginibns sic fertur^ ut^ interposito spatioj tabe hominem cm" sumat, (2).
Toute la symptomatologie de la spermatorrhée est contenue dans la phrase d'Hippocrate et dans celle de Celse, et Ton a droit de s^étonner qu'après des témoignages si explicites et des autorités si compétentes, il faille arriver jusqu'au xvii' siècle pour retrouver quelque trace de cette affection dans les au* teurs, même les plus estimés. Tauvry (3) fait la même observation qu'Hippocrate ; Morgagni (â), tout en reconnaissant,
(i) Hippocrate, CE uvres y ivad. par Liltré. Paris 1851, l. \\\\ Des maladies y t. 11, p. 79.
(2) Celse, De inedicinây lib. IV, sec. xxi, Editio nova, curantibus Fouquier et Halier, Parisiis, 1823, p. 175.
(3) Tauvry, Nouvelle anatomieraisonnée y 1693, p. 164.
(i) Morpragni, De catisis et sedib. morb.y epist. ii, art. 16.
IHPUASANCE COKSÉCUTIVK. — SPEHHATOilHHÉE. 333
ooniiae Celse; que chez tes hommes affaiblis par la débauche le sperme peut s'écouler sans plaisir, sans excitation vénérieone, ainsi qu'il arrive par l'effet d'un lavement trop chaud, Mnrgagnî, dis-je, remarque que le liquide de l'écoulement vient tantôt de la prostate et tantôt des vésicules séminales, et commence ainsi une confusion que n'ont môme pas encore entièrementdissipée aujourd'hui les recherches de Wichmann, de son traducteur, Sainte-Marie et celtes surtout de Lallemand.
Wichmann (1) s'attache d'abord à distinguer la polJution diurne et la pollution nocturne (2), et établit ensuite tes caractères différentiels de la pollution diurne, et ceux de tous les autres écoulements que l'on confondait alors sous le nom générique de gonorrhée.
La pollution diurne, ou ce que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de spemiaiorrhée, a lieu dans l'état de veille, sans escitation et sans désirs vénériens, sans érection, sans plaisir et en l'absence de toute action d'agents aphrodisiaques ; de plus, ajoute Wicbmann, dans la pollution diurne, les malades ne perdent pas sans cesse leur semence par une excrétion continuelle de cette liqueur, comme les femmes sujettes à la leucorrhée ; mais ils l'éjaculent toute à la fois et en une seule fois, et c'est cette circonstance qui a fait donner à cette maladie le nom de pollution. Comme Hippocrate et Celse, WichmaoD a soin de mentionner que la perte diurne du sperme se produit surtout à la Qn de l'émission des urines et & la suite des efforts de la défécation.
Certes, à ces caractères, il est facile de distinguer la pollution diurne de l'écoulement spermatique qui se produit à la
(1) Wicbmann, De pollutions diurmi frequenli, sed rarius obseroatà, laàetctntia causa. Gotlinguu, 1782, ii)-8.
(2) L'état morbide que nous aroiis désigné par le mot de spermaiorrhée est exprimé dans Wichnmnn par celui de pollution diurne.
3A0 IMPUISSANCE CHEZ l/uOMME.
moyen par excelleoce est la cautérisation avec le nitrate .d'a^ gent, et c'est à elle que Ton doit constamment recourir, lorsque les appréhensions du malade ne forcent pas à y renoncer.
Ce moyen est, au contraire, proscrit sévèrement dans la spermatorrhée atonique, et remplacé par les toniques, les astringents et les excitateurs^ tant extérieurement qu'intérieurement.
Dans cette seconde variété de spermatorrhée, j'ai retiré les plus grands avantages de l'ergot de seigle, soit seul, soit même associé à la noix vomique. La formule dont je me sers d'ordinaire est la suivante :
Poudre d'ergot de seigle 1 gramme.
Conserve de roses q. s.
On fait 10 pilules dont on commence à donner une matin et soir, et dont on augmente le nombre jusqu'à ce qu'on soit arrivé à 5 par jour.
Assez généralement je seconde l'action de ces pilules par une infusion de sommités d'absinthe, que je fais prendre, en guise de tisane, à la dose de deux ou trois verres par jour.
La noix vomique, quand elle doit être associée à l'ergot de seigle, est dosée de manière à pouvoir administrer le même nombre de pilules.
D'après les observations faites par Debout (1) et Zambaco (2) sur l'action tonifiante du lupulin (principe actif du houblon), on peut espérer retirer quelque avantage de remploi de ce médicament, malgré son action sédative sur les organes génitaux.
"Enfin, M. le docteur Duclos, de Tours, a préconisé contre
(1) Bulletin de thérapeutique^ 1852, t. XUV, p. 239 et 385. (2)/6irf., 1854,1. XLVn, p. 161.
IHnnSSlIfCB COItSfcCUTlVE. — SCERHATOIIIIRÉE. 3S1
la s^tennatorrhée avec impuissance Vextrait akooUque de la noix vomique, de ta manière suivante (1) :
Extrait alcoolique de noix vomique. . . 5 grammes.
Diviser en 100 pilules à administrer comme il suit :
Pendant cinq jours, 1 pilule tous les soirs.
Les cinq jours suivants, 1 le matin, 2 le soir.
Pendant cinq autres jours, 2 le matin, 2 le soir.
Pendant cinq autres jours encore, 2 le malin, 3 le soir; et ainsi de suite, jusqu'à ce que le malade en prenne 8 par jour : A à la fois le malin et h le soir.
Quelques malades ont pris, sans accident, jusqu'à li pilules par jour.
A l'extérieur, M. Duclos seconde sa médication interne en faisant faire, sur les lombes et la partie interne et supérieure des cuisses, des frictions avec le Uniment suivant :
Teinture de noix vomique ) „„
„ ,^ ... laa flO jcrammes.
— darnica ou de melisse. .) °
— de caotharides 15 —
Enfin, M. Wutzer (2) recommande, dans le même cas, les pilules suivantes, qui m'ont moins bien réussi que l'ergot de seigle ou la noix vomique :
Acide phosphorique solide i grammes.
Camphre broyé 1,30 centigr.
Poudre d'écorce de quinquina 4 grammes.
Extrait de case arillc q. s.
Faites des pilules de 10 centigr., et roulez-les dans la poudre de cannelle. On en prend & trois fols par jour.
Le traitement de la spermatorrhée, quel que soit celui auquel on donne la préférence, est également celui de l'impuis-
(I) Buaetin de thérapeutique, t. WXVI, 15 juin 1819 li) BM., t. XXXVII, p. 820, 15 septembre 1S49.
sance. Celle-ci n'étant, pour ainsi dire, qu'une conséquence dans un cas et qu'un symptôme dans l'autre, s'efface et disparaît avec les pertes séminales. Seulement, quand la spermatorirhée a cessé, il faut qu'un régime fortifiant et analeptique relève les forces générales abattues, et que la plus grande réserve préside aux premiers rapprochements sexuels.