‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 48 sur 106 · IMPUISSANCE SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE SYMPATHIQUE

L'appareil génital joue un rôle trop important dans la vie de l'homme pour que des liens intimes n'aient pas été établis entre lui et les autres appareils de l'économie : une fonction qui, pour ses manifestations, a besoin de l'entier développement de l'organisme, et dont la cessation est le signal de la décadence générale, ne peut être isolée, et doit nécessairement être unie h toutes les autres fonctions dont elle est, en quelque sorte et tout à la fois, le couronnement et le but.

Dans l'introduction de cet ouvrage, j'ai indiqué, quoique en des limites nécessairement restreintes, les influences réciproques de la fonction génitale et des autres fonctions de l'économie; je ne reviendrai pas ici sur ces relations, appelées synergies^ sympathies physiologiques ^ parce qu'elles appa^ tiennent exclusivement au domaine de la biologie.

Mais en dehors de ces rapports normaux, de ces liens physiologiques dont la nature nous cache soigneusement le mécanisme, la maladie en établit d'exceptionnels qui, dans quel* ques cas, ne sont que l'aggravation de ceux qui existent à l'état de santé, et qui, dans d'autres circonstances, constituent

IMPUISSANCE STUPATHIQUE. SAS

bien rédlement des états morbides distincts, inédits, si je plus me servir de ce mot.

C'est de ce genre de sympatbies, nées sotu l'empire d'un état morbide, qu'il sera question dans ce chapitre.

Par cela même que la réaction génitale, chez l'homme, participe aux deux éléments qui constituent la vie humaine, l'élément physique et l'élément moral, je partagerai les sympathies morbides de l'appareil copulateur en deux grandes

1* Les sympathies morbides physiques ;

2* Les sympathies morbides morales.

C'est dans cet ordre, qui me parait tout & la fois le plus simple et le plus complet, que j'exposerai les matières de ce chapitre, qui n'est pas le moins intéressant de ce livre.

§ I. — S7Map«thlca morbides ptajat^ae*.

Dans l'état physiologique, l'appareil génital entretient des relations avec tous les organes de l'économie ; mais j'ai montré déjà, dans le cours de cet ouvrage, que ces rapports étaient surtout plus intimes avec l'organe cérébral, avec celui de la phonation et avec celui de la digestion.

Sans doute des sympathies morbides de genres différents existent entre le sens génital et les autres parties de l'organisme ; mais, au point de vue de ce livre, c'est-ft-dire au point de vue de l'impuissance, je ne connais guère que les trois organes cités tout à l'heure dont certaines affections retentissent d'une manière f&cheuse sur la force virile ; aussi est-ce dans les limites de ces affections que je renfermerai mon cadre, estimant les autres sympathies morbides organiques comme de simples rêves de l'imagination.

3iA IMPUISSANCE Chez l'homme.

A. — Appareil digestif.

Si Ton réflécRit que les lésions de l'appareil digestif altèrent toujours plus ou moins les fonctions de la vie plastique, on est conduit à se demander si l'impuissance, qui coexiste avec ces lésions, ne doit pas être plus rationnellement attribuée aux troubles apportés par la lésion vitale, qu^aux désordres mêmes de l'appareil digestif. Sans doute, en restant dans la sphère de la théorie, on peut, avec quelque apparence de raisoD, adopter et défendre cette manière de voir; mais quand on descend dans le domaine des faits, quand on prend pour guides Texpérience et l'observation, on est forcé de reconnaître que si, par exemple, le cancer de l'estomac et la surexcitation de cet organe produite par l'acte de la digestion exercent l'un et l'autre une influence débilitante sur Ténergie virile, il faut reconnaître, dis-je, que la source de ces influences respectives est non-seulement différente, mais encore opposée, puisque dans le premier cas la vie plastique est profondément atteinte, tandis qu'elle est accrue et portée à son plus haut degré, dans le second cas, par l'acte même de la digestion.

Si c'était aux altérations de la force plastique qu'il fallût rapporter l'impuissance que je me propose d'examiner ici, je n'irais pas plus loin et je renverrais le lecteur à la partie de ce livre consacrée aux troubles de la fonction digestive ; mais des observations recueillies par moi-même ne me permettent pas cette facile explication, et m'autorisent à penser que certaines lésions de l'appareil digestif agissent sur le sens génital autrement que par les troubles généraux de la nutrition.

De plusieurs faits que je retrouve dans mes notes, je m'étendrai principalement sur le suivant, à cause de sa physionomie étrange et de certaines circonstances curieuses qu'il m'a présentées.

IHFUISSANCE STHPATUtQUE. — APFAREir. DIGESTIF. 3A5

M. X..., garçon au café de la Rotonde, \int me consulter pour UD affaiblissement des organes génitaux gui, me dit-il, lui était survenu depuis un mois sans cause connue; les désirs vénériens n'étaient point éteints; l'érection, et, par suite, rëjaculation , étaient seules impossibles.

Le malade était âgé de vingt-trois ^ans, d'un tempérament lymphatique, mais bien conformé et ayant toujours joui d'une santé générale bonne. Il ne s'était point livré à la masturbation; il avait eu des chancres et une blennorrhagie traités tous deux à l'hôpital <ïu Midi, dans le service de Vidal (de Cassis), et avait été antérieurement opéré d'un varicocële par Roux ; cette opération n'avait laissé aucune trace, et, sans les aveux du malade, il eût été difQcile de soupçonner une ancienne dilatation variqueuse des veines du cordon spermatique.

Les organes génitaux, parfaitement conformés, ne présentaient rien d'anormal, et leur examen le plus attentif ne put me rendre raison du mal que j'avais à combattre.

J'étais fort embarrassé du diagnostic à porter, et je pesais dans mon esprit les motifs d'une conduite à suivre, quand, machinalement, et bien plus, je l'avoue, pour occuper les loisirs du malade que pour éclairer ma religion, je demandai h voir la langue de mon visiteur, sur laquelle je portai instinctivement les yeux. A cette vue, un horizon nouveau s'ouvrit devant moi, car la langue, rouge et piquetée, ne pouvait me laisser des doutes sur l'existence d'une gastrite.

Dès ce moment, mon diagnostic fut éclairé d'une vive lumière, et, lorsque je sus que les premiers symptômes de l'impuissance coïncidaient avec l'apparition d'une douleur épigastrique, de certains troubles dans les digestions, etc., j'eus la certitude (certitude médicale, bien entendu) que l'afTaiblissement de l'organe copulateur était sous la dépendance sympathique de l'affection de l'estomac.

SA6 IMPUISSANCE CHEZ l' HOMME*

Le traitement fut conforme à cette manière de voir, malade, qui espérait s'en retourner avec quelque toi aphrodisiaque (dans le sens ordinaire de ce mot), se m fort mécontent delà tisane de mauve et du régime émc que je lui prescrivis.

Cependant il ne dédaigna pas entièrement les conseili je lui donnais, et comme la santé générale s'améliorûl Tempire de cette médication, il crut devoir la continuer, pour remédier à son impuissance, du moins pour se d rasser des malaises et des troubles digestifs qui le tour talent.

Néanmoins, à mesure que la langue devenait moins n répigastre moins douloureux, et les digestions plus fa les forces copulatrices reparaissaient, à ce point que Vén d'abord, et le coït ensuite, furent possibles.

Mais, et c'est ici que se montre un caractère bizarre, puiation n'était réalisable, ni pendant les digestions, c* dire pendant les deux ou trois heures qui suivaient les i ni dans la position horizontale qui déterminait une pn sur répigastre. L'érection de la verge s^e produisait ce dans les conditions normales, mais si Time des deux d stances que je viens de signaler, digestion ou pression gastrique, existait, l'érection ne se soutenait pas et toi dans le vagin même, après qiielq ues courtes tentatives et lïgaculation du sperme. Le matin, à jeun, était le morne la journée le plus favorable h raccomplissement de 1 pourvu toutefois que le malade évitât avec soin toute pre sur 1 épigastre par une posture dont je dois m'abstenirdi 1er ici.

Cet état se prolongea assez longtemps, parce qu'il étaî possible au malade, eu égard à sa position sociale, garç( café, de suivre exactement la médication et surtout le ré alimentaire que réclamait sa gastrite. Gomme il était

IIIHnsSA>CE BTNPATIIIOUE. — APPAREIL DIGESTIF. 3&7

Réclamer mes soins parce qu'il avait riiitizntion de s'établir lurchand de vin et de prendre feninie, je lui conseillai vive- (lent de se marier, en lui faisant sentir combien serait plus ^ide, sous l'empire des soins domestiques, la guérison de I maladie d'eslomac, et combien serait aussi plus facile le ^ alors qu'il serait esercé au milieu de toutes lescommopti de la couche conjugale.

|tfeadant assez longtemps le malade, reculant devant la i^te d'un échec marital, n'osa suivre mes conseils, et corateaça par acheter un Tonds de marchand de vin, qui, de ser> lleur te transformant en maître, lui permit de soigner et de ■érir sa gastrite.

/Après quelques mois de sa nouvelle position, il vint m'an- BDcer son mariage, en réclamant de nouveau et plus conliencicusement encore que précédemment, l'assurance qu'il lût propre à remplir ses devoirs conjugaux. Un examen atiDtif et minutieux ne modilia en rien ma manière de voir, et Rbomme, aujourd'hui marié, se loue tout à la fois du traitekent que je lui ai fait suivre, et de:^ conseils que je lui ai donnés. I Un de mes amis, dont l'irritabilité intestinale est extrême, |ft incapable d'entrer en érection et d'exercer le coït toutes Ih fois que celle irritabilité est mise en jeu; cette impuis- Itocc se prolonfie deux ou trois jours, et même plus longiBnps, selon que les coliques et la diarrhrée par lesquelles se

tinifeste l'affection ont été plus ou moins longues et violentes. le pourrais muUiplier les exemples de cette nature; mais lï que je viens de rapporter et la connaissance que nous llwns de l'empire exercé, à l'état physiologique, par la diges- Ifionsur l'énergie virile, suffisent, ce me semble, pour légitimer les sympathies morbides de l'appareil génital et de l'appareil 'fligeslif, sans recourir à des troubles de nutrition qui réagis- (Kot sur l'énergie virile, comme sur toutes les autres forces ^6 l'économie animale.

11 est rare que dans l'impuissance sympathique que j'a mine les désirs vénériens soient éteints; dans quelques é constances, au contraire, dans celles oh l'activité digestifei augmentée, les désirs présentent une intensité plus giui à laquelle ne répond pas Torgane copulateur. C'est une diq sition analogue à celle que Ton ressent après un bon np alors queTimagination, surexcitée parle vin et le caré, s'èfp en des rêves étranges, dont elle demande en vain la rédi tion à un organe rebelle et sourd à ses provocations.

La durée de cette impuissance est évidemment subordon à celle de la maladie qui la tient sous son empire ; elle grt dans les limites, non-seulement de son pronostic, mais eiM de son traitement.

La disparition de l'état morbide de l'appareil digestif rompant les liens occultes qui lui enchaînaient le sens gén rend ce dernier à la vie qui lui est propre, sans qu'il soit cessaire d'intervenir pour faciliter ce retour.

B. — Appareil vocal.

Les relations qui, dans l'état physiologique, unissent 1 pareil vocal et l'appareil génital, sont connues de toul monde : les changements qui, à ré[)oque de la pube s'opèrent simultanément dans chacun de ces appareils, timbre enfantin que conserve la voix chez les individus i tilés et chez ceux dont les organes génitaux sont atroph ne laissent aucun doute sur les rapports intimes, quoii inexplicables, des fonctions de la phonation et de celles di génération.

Mais en est-il de même entre Timpuissancc virile et cert nés affections de l'appareil vocal? En d'autres terme$,existel entre les appareils que j'examine des sympathies morbidi comme il existe entre eux des sympathies physiologiques?

IMPCISSAKCE SïMPllUlyLE. — APPAREIL CÉBKimAL. 349

Je ne puis ici apporter mon propre témoignage; je n'ai Jamais obsen-é une impuissance syirjpalkique d'une alTectioii du irynx ; mais Burducli rapporte, d'après Meckel : (1) « Qu'aux allérations du larynx se joignent parfois l'cndolorisseraent et L'atrophie des lenticules, accidents qui augmentent à mesure te la maladie primitive fuit des progrès (2) . » L'asthme est, ù son tour, noté par quelques auteurs comme 16 cause sympathique d'impuissance; mais il m'est difiicile d'admettre une semblable corrélation; au contraire je me demde, en l'absence de tout détail clinique, et en me rappelant e la masturbation est souvent le point de départ de cette malle, si l'impuissance qui coexiste avec l'astbme n'est pas itôt le résultat de l'onanisme que l'elTet sympathique de ITcotioQ des organes de la respiration? Des faits précis iveat seuls éclaircir le doute que j'émets ici, car, en site occurrence, l'observation clinique est la seule sur laquelle RI soit possible de se guider.

I Mais, je le répète, rien de semblable n'est àma connaissance, kt de tous les confrères que j'ai interrogés, je n'en ai pas trouvé ■eplus heureux que moi.

Page 1