‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 59 sur 106 · IMPUISSANCE PAR FRIGIDITÉ · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE PAR FRIGIDITÉ

D'après les lois de la nature, la femme, pas plus que l'homme, ne doit être inactive pendant le coït : comme chez lui, la volonté est nécessaire pour la réalisation de cet acte, car la réception de la verge dans le vagin ne constitue pas, ainsi que je l'ai dit plusieurs fois, le coït physiologique ; mais pour que cette volonté ne fasse pas défaut, pour qu'elle seconde et . favorise le rapprochement, il faut qu'un attrait puissant la décide, qu'une suprême récompense, pour ainsi dire, soit attachée à son acquiescement; cet attrait c'est le désir, cette récompense c'est la volupté.

Le désir et la volupté sont donc des conditions du coït normal chez la femme, et par conséquent leur absence constitue un état antiphysiologique dont les conséquences, h&tons-nous de le dire, sont préjudiciables plutôt aux liens conjugaux qu'à :énérale de la femme et qu'à l'acte de la procréation.

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Mais de ce que la frigiditti n'altère aucune des fonctions nécessaires, soit h l'entretien de la vie, soit à la propagation de l'espèee, il n'en Faut pas déduire que cet état anormal est indigne de l'attention du médecin et des méditations du pliîlosophe. Indifférente d'abord pour un acte vers lequel ne la sollicite aucun attrait, la femme froide finit toujours par pas- ■ ser de l'indifférence à la répulsion, surtout après une ou plusieurs grossesses, dont le plaisir ne lui fait oublier ni les ennuis ni les douleurs; alors cette répulsion, mal comprise ou mai interprétée par le mari, engendre entre les deux époux des querelleset des luttes qui brisent quelquefois le nœud conjugal, mais qui retentissent toujours plus ou moins fortement sur le caractère de la femme et le bonheur du foyer domestique. Le médecin est souvent consulté pour cette infirmité, et l'excuse de ce recours à la science est, il faut le reconnaître, bien moins dans le plaisir que dans ta paix du ménage.

Deux puissants niotifs militent donc en faveur de l'étude et delà gucrison de cet état, que tout autorise à appeler morbide; en y obéissant, le médecin accomplit une double mission sociale : celle de favoriser la propagation de l'espèce, et celle de sauvegarder la base de toute société, le mariage.

Il n'est pas dans mon rôle de m'appesantir davantage sur l'intérêt que présente, au point de vue social, la frigidité de la femme, qui, sous ce rapport, a presque toute la valeur de l'impuissance chez l'homme ; il a dit me suffire d'indiquer cet important côté de la question, afin de me faire pardonner la sollicitude avec laquelle j'ai étudié cet état, s'il était besoin de justifier cette sollicitude de la part de la médecine, lorsqu'il s'agit d'une infraction aux lois physiologiques de notre nature.

Jo reviens donc à la partie purement médicale du problème.

Mais pour bien comprendre l'étiologie si mal connue de la frigidité, il faut se rapporter à ce que j'ai dit ailleurs (1) sur

(1> Voyei la page 13.

HOUBU'D. ^9

àtO IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

le mécanisme du plaisir chez la femme, et se rendre bien compte du rôle que jouent, d'une part, les bulbes du \'agiii, et d'autre part le clitoris.

Je vais, pour Tintelligence de ce qui va suivre, rappeler ce mécanisme en deux mots : anatomiquement et physldogiquement, les bulbes du vagin sont les analogues du bulbe de l'urèthre chez l'homme, et le clitoris est, comme la verge, pourvu d'un gland et de corps caverneux dont la base communique, au moyen de veines nombreuses, avec les bulbes du vagin, ainsi que l'ont démontré les injections faites par Kobelt (1), Jarjavay (2) et Deville.

Sous l'influence des désirs erotiques, les bulbes se gorgeot de sang et envoient ce liquide en plus grande quantité, par le réseau intermédiaire, aux corps caverneux et au gland du clitoris; la sensibilité de celui-ci, accrue de cette façon, se réfléchit avec plus d'intensité sur le constrictor ctmni^ muscle symétrique qui, semblable au bulbo-caverneux chez l'homme, recouvre et comprime dans ses contractions les bulbes du vagin.

Ainsij pour que l'éréthisme vénérien, et^ par suite le plaisirj se produise chez la femme, il faut l'intégrité et le libre exercice des organes suivants : 1** bulbes du vagin et leur muscle, le constrictor cunni; 2* le réseau intermédiaire; 8<» enfin le clitoris, surtout sa partie libre, c'est-à-dire le gland.

La distinction que je viens de faire n'est pas une simple curiosité anatomique; elle est, comme on le verra plus loin, d'une importance extrême pour l'étiologie de la frigidité; c'est à elle, en effet, que je dois de m'être rendu compte, dans plu-^ sieurs circonstances, d'une absence de plaisir vénérien qu'aucune lésion du clitoris ne pouvait expliquer; ainsi, et pour n'en citer qu'un exemple afin de ne pas empiéter sur l'étude qui

(1) Kobelt, De V appareil du sens génital des deux sexes, traduit de rallemand par Kaula, Strasbonrg-Pai^is, 1851, p. 78 et suiv.

(2) Jarjavay, Traité d'afiatomie ehirurgicale, t. I, p. 316.

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va suivre, j'ai rencontré des femmes qui, à la suite d*un accou* chement laborieux et pendant lequel la vulve avait plus ou moins souffert, perdaient tout sentiment voluptueux, sans que le clitoris présentât la moindre trace d'altération. — Ces cas ne sont pas -rares. — La frigidité persiste plus ou moins ongtemps ; tantôt la sensibilité erotique est complètement et pour toujours éteinte, et tantôt, après une suspension dont la durée est très- variable, elle reparaît sans cause connue, et sans qu'aucune médication ait été tentée pour la rappelel*. Dans ces cas, moins rares qu'on ne pense, je le répète, on trouve, dans une lésion des bulbes, et plus souvent encore dans la déchirure du cansifictar eunni^ l'explication de ce trouble quO) dans leur ignorance, les auteurs qui m'ont précédé mettent volontiers sur le cofhpte de la syncope génitale, d'une névrose, et voire même sur celui de la paralysie du clitoris.

C'est à ce défaut, je dirai même à cette absence de tout diagnostic différentiel, que la frigidité doit d'être abandonnée par les médecins comme incurable, et partant comme indigné de leurs méditations. Aussi ai-je trouvé bien peu de chose chez mes devanciers ; ils m'ont laissé un chanip tout etl friche et dans lequel j'ai essayé de tracer quelques sillons»

Comme chez l'homme, l'appareil sensitif de la copulation ) chez la fémme^ est mis en jeu par le consensus erotique, souè l'empire des désirs.

Ceux-ci peuvent manquer ou être détournés de leur but; alors la frigidité est purement morale, et est caractérisée par l'absence ou la perversion des désirs vénériens.

Tantôt, au contraire, les désirs existent, maisj par suite de quelque trouble organique, général ou local, ils ne peuvent réagir sur la sensibilité de l'appareil Copulateur, et alors la frigidité est toute physique et retitre plus particulièrement dans notre domaine.

Enfln^ le consensus erotique et la sensibilité ccpulatricë

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peuvent simultanément faire défaut; alors la frigidité est coan plète, elle est tout à la fois morale et physique.

Cette dernière variété n'exige pas une étude spéciale, car son histoire est comprise dans celle de la frigidité orgaDÎqoe et dans celle de la frigidité morale.

Ces deux dernières doivent seules m'occuper, la premièii surtout, qui rentre plus spécialement dans le domaine de b médecine.

Ainsi quejeTai fait pour Timpuissance chez rbomme.je considérerai la frigidiU) au point de vue de son étiologie,^ j'admettrai les cinq divisions suivantes :

1° Frigidité organique par vices de conformation;

2* Frigidité organique idiopathique ;

3** Frigidité organique symptomatique; I

4* Frigidité organique consécutive ;

6' Enfin frigidité morale.

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