FRIGIDITÉ CONSÉCUTIVE. — EXCÈS DE COÏT
1* Action des excès de coït sur les organes de la copulation. — Qu'on me permette, avant toute chose, de rappeler les observations intéressantes que Pareiit-Duchatelet a recueillies sur les prostituées, types, par métier, des excès de coït : < Les prostituées, dit-il, présentent fréquemment, dans l'épaisseur des grandes lèvres, des tumeurs qui commencent par un petit noyau d'engorgement et se tuméfient à chaque époque menstruelle ; on ne les observe jamais que d'un côté à la fois, et lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes, elles acquièrent un volume assez considérable ; elles sont indolentes, et ne gênent les femmes qui les portent que d'une manière purement mécanique. Il est rare que ces tumeurs soient fibreuses ; le plus ordinairement , elles sont remplies d*un liquide albumineux très-épais, ou d'une substance mélicérique. Quelquesunes se développent aussi à la base des petites lèvres; ces dernières sont de même nature que les autres, mais fort dou^ loureuses, et n'acquièrent jamais un grand développement.
» Le métier des prostituées explique le travail inflammatoire qui se développe quelquefois dans ces tumeurs et les fait aboutir ; mais elles se remplissent en peu de temps, et déterminent des fistules désagréables ; on ne peut guérir ces fistules qu'en enlevant les kystes qui les forment ou en les faisant suppurer.
» Tous ceux qui ont eu occasion de percer ces kystes et d'enlever ces tumeurs s'accordent sur la fétidité extrême du liquide qu'ils contiennent; sous le rapport du désagrémenl que procure cette fétidité, aucun liquide pathologique, suivant ce que m'a dit plusieurs fois Dupuytren, ne pouvait lui être comparé. Cette fétidité est inhérente au liquide, et ne peut pas être attribuée à la présence de Tair. Je tiens des chirurgiens du dispensaire que, lorsqu'ils sont obligés d'ouvrir ces tumeurs, ils se servent d'un bistouri à manche très-long, pour éviter le contact du liquide et, par conséquent, l'odeur qui
sans cette précaution resterait inhérente à leurs mains pendant deux ou trois jours, sans qu'il fût possible de la faire disparaître.
> Rien de plus fréquent que les abcès ordinaires dans Tépaisseur des grandes lèvres ; ils ont toujours une marche aiguë, et se terminent comme chez toutes les autres femmes qui y sont fréquemment exposées.
) Il n'en est pas de même de ceux qui se développent quelquefois dans la cloison recto-vaginale, partie qui, suivant quelques observateurs, est très-amincie chez les prostituées; ils dégénèrent souvent en fistules très-difficiles à guérir, et que gardent souvent pendant toute la vie celles qui les po^ tent ; le plus ordinairement ces fistules se rétrécissent et ne mettent pas obstacle à l'exercice du métier. A l'époque oîi je faisais mes recherches dans la prison, il s'y trouvait cinq ou six filles avec cette infirmité ; les médecins de cet établissement estimaient que le nombre des filles qui exerçaient leur métier dans Paris avec cette dégoûtante infirmité pouvait bien être de trente. Qui le croirait ? on a vu de ces fistules guérir complètement, malgré l'influence de tant de causes capables de les entretenir et de les aggraver. Ce n'est pas cependant ce qui arrive le plus ordinairement : chez une fille, les tentatives que l'on fit pour obtenir la guérison déterminèrent une ouverture d'une dimension telle, que les deux conduits ne formaient plus qu'un cloaque, ce qui n'empêchait pas que cette fille ne fût une des plus recherchées...
» D'après les observations faites dans les infirmeries des prisons, ces fistules recto- vaginales coïncident presque toujours avec la phthisie ; on y a vu aussi qu'elles s'accompagnent souvent d'un engorgement des grandes lèvres. Mais cet engorgement n'est pas une infiltration ou un œdème ordinaire; il est dur et résistant* il ne cède pas à la pression et ne déte^ mine pas de douleur.