‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 68 sur 106 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

lia stérilité est l'inaptitude à la procréation.

Comme la procréation, il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que de l'espèce humaine, comme la procréation exige la coopération de deux individus & organisation génitale différente, ta nature n'a pas plus garanti à l'un l'immuable intégrité des conditions de son concours, qu'elle n'a réservé & l'autre toutes les altérations capables de s'opposer à l'accomplissement de cette importante fonction ; elle a tenu entre les deux sexes une balance impartiale, et les a condamnés, chacun dans les limites de ses attributions respectives, h des états morbides divers, dont l'étude fait le sujet de ce livre.

Nous aurons donc à examiner les états morbides susceptiblea.à'entralner l'inaptitude & la procréation : 1" chez l'homme ; 2° chez la femme.

Mais à côté de ces altérations organiques, qui, chez l'uii comme chez l'autre sexe, nous rendront compte du trouble de la fonction, n'y a-t-il pas des conditions générales qui, sons ^ se rattacher aux circonstances de l'ûge, de l'état de maladie, du climat, etc., etc., semblent exercer une influence FAclicuso sur l'acte de la génération ? En d'autres termes, fuut-il admettre, à l'exemple de mes devanciers, que la nécessité du concours de deux individus à organisation différente crée des

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conditions de synergie morale et physique, dont le dérangement constitue un autre ordre de causes d'agénésie et marque une nouvelle stérilité? Peut-être; mais dans tous les cas, h question est assez importante pour mériter d'être examinée.

Je vais donc passer en revue les circonstances qui ont pa faire croire à une absence â! harmonie (t amour ^ comme dit Virey, capable d'empêcher la fécondité entre deux individus présentant tous les attributs de la puissance procréatrice.

§ L — SiérUltè relAtlve.

Si Ton considère, d'une part, le mystère au milieu duquel s'accomplit la fusion des deux éléments générateurs, et, d'autre part, la retraite presque inaccessible à nos moyeos d'investigation, oîi sont tenus la plupart des organes qui concourent à l'accomplissement de cet acte, on avouera qu'il e?l facile de méconnaître, dans beaucoup de cas, la cause réelle d'une stérilité, et l'on trouvera moins extraordinaire que l'esprit humain, à qui, en définitive, il faut toujours une eiplication, bonne ou mauvaise, ait admis des hypothèses complétement imaginaires, et autour desquelles sont venus se grouper, ou do gré ou de force, tous les faits qui sortaient des lois lès plus vulgaires de la pathologie.

Parmi ces hypothèses, il en est une qui a joui d'un grand crédit et qui est encore aujourd'hui même entourée de la faveur générale, c'est celle que l'on désigne communément sous le nom d'harmonie (Tamour.

Cette harmonie a pour base des rapports soit de similitude, soit de dissemblance, et se tire tantôt de la nature physique et tantôt de la nature morale des deux conjoints. « Comment, s'écrie Virey, qui a consacré à la défense de cette opinion te phrases les plus redondantes de son style imagé, comment s'établit l'amour le plus pénétrant, le plus parfait entre les

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sexes? C'est lorsque la femme est le plus femelle, et que Tbomme est le plus viril ; c'est quand un mâle brun, velu, sec, chaud et-impétueux, trouve l'autre sexe délicat, humide, lisse et blanc, timide et pudique. L'un doit donner, et l'autre est constituée pour recevoir ; le premier, par cette raison, doit avoir un principe de surabondance, de force, de générosité, de libéralité qui aspire à s'épancher ; la seconde, au contraire, étant constituée en momSj doit, par sa timidité, tendre à re^ cueillir, à absorber, avec une sorte de besoin et d'économie, le trop de l'autre, pour établir l'égalité, le niveau complet. Ainsi le résultat de l'union conjugale, ou but de la procréation d'un nouvel être, ne peut être rempli que par cette unité physique et morale dont parlent Pythagore et Platon, au moyen de laquelle les deux sexes s'égalent, se saturent pour ainsi dire réciproquement (1). »

Et, comme si ces paroles ne rendaient pas toute sa pensée, et qu'il craignît qu'on ne les appliquât qu'à la partie sensuelle ou attractive de la fonction de la génération, Virey revient plus loin sur son système d'harmonie et en montre toute l'influence sur la fécondité : « En effet, dit-il, si l'on unit deux tempéraments semblables, mâle et femelle, comme Voltaire et la marquise du Châtelet, qui ne pouvaient ni se quitter, ni se souffrir longtemps ensemble, cette similitude d'égalité produit une source de querelle, et devient une cause de stérilité très* remarquable. Ainsi l'on a vu deux époux, ensemble stériles, et s'accusant même d'impuissance et de froideur, devenir par leur divorce, féconds et ardents avec d'autres individus d'une constitution opposée, etc. (2). »

Cette théorie est si ingénieuse et plaît tant à l'imagination, que chaque auteur qui l'a adoptée semble, pour le dire en

(1) Virey, De lafemme^ $6u$ ses rapports physiologique, moral et litté^ mire, Paris, 1825, p. 195.

(2) JWd., p. 207.

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une loi fondamentale et d'ériger une exception en uiome inexorable.

Cependant, quelques rares qu'ils fussent, ces faits, par cck même qu'ils se produisaient, ont vivement excité mon attention, et j'ai dû, pour me former une opinion sur leur compte, ne pas me contenter de simples apparences.

A cet effet, j'ai cherché, autant que me le permettait l'étit de nos connaissances anatomiques et physiologiques, à me rendre compte des conditions normales de fécondité chez I on et chez l'autre sexe, et je me suis assure ensuite si, dan» le$ cas exceptionnels dont il s'agit, ces conditions étaient intacte» d s'accomplissaient d*aprës les principes acquis à la science.

Il est nécessaire de rappeler brièvement ces conditions et ces principes.

Du côté de l'homme :

Éjaculation dans la direction de Taxe de la verge et pith priété spéciale (fécondante) d'un liquide appelé sperme.

De ces deux conditions, la dernière, c'est-à-dire la comp^ sition du sperme, est acceptée sans conteste. Ce n'est pas id le lieu d'exposer cette composition ; il suffit simplement d'en marquer l'absolue nécessité.

L'ôjaculation, c'est-à-dire le lancement du sperme avec une certaine force, n'a rien perdu de son importance, quoi qu'on en veuille dire, par les expériences de Spallanzani ; je cvi^ donc la fécondation, dans l'espèce humaine, très-difficile, sinon impossible en dehors de cette condition, à moin? que les deux conjoints n'aient recours à un artifice qui supplée en quelque sorte à l'éjaculation, ou que la femme ne soit affertee d'un prolapsus de matrice.

La direction, suivant laquelle s'accomplit l'éjaculation, n' me semble pas aussi une circonstance sans valeur; je sais bien que tous les hypospades ne sont pas stériles, et je tiens roft^c de M. Ricord que ce vice de conformation s'est montré il^

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50ik DR LA STÉRILITÉ.

Pour moi, en effet, il est hors de doute que, dans les conditions normales de fécondation, le méat urinairc du membre viril doit se trouver en face de Touverture inférieure de la nutrice, afin que le sperme puisse pénétrer dans ce dernière»' gane, en sortant par saccades de la verge de Thomme; elq« toutes les fois que, par un motif quelconque, cette mi^eo présence de Torifice urétliral de Thomme et de l'orifice utérin est détruite, la fécondation n'a pas lieu ; c'est ce qui arriîc, en effet, dans les cas de déviation antérieure, postérieure ou latérale de Tutérus, dans lesquels la verge, portée sur les côtés du col de la matrice, lance le sperme contre le culde-sac vaginal, que vient battre sans profit le fluide fécoftdant. Et cela est si vrai, que si les conjoints, par un artificede position, ou Tart, par des moyens dont j'aurai à m'occupa ailleurs, parviennent à rétablir Taxe fictif des deux orifices dont il s'agit» la stérilité cesse aussitôt, en admettant, bien entendu, qu'il n'existe pas d'autres causes d'agonésie, et la femme, jusqu'alors inféconde, peut, comme on va le voir dans les deux faits suivants, donner le spectacle d'un de ces faits réputés étranges par les esprits superficiels.

Après cinq années d'un mariage stérile, madame X...a des rapports avec un jeune homme, et, à son grand étonnement, elle devient enceinte ; je dis à son grand étonnement, parce que le mari, ayant eu des enfant avec une de ses domestiques qu'il avait séduite, madame X... croyait porter en elle seule la cause de l'infécondité qui avait frappé la couche conjugale. En présence d'une grossesse aussi inattendue, il fut démontré aux deux amants que la stérilité dont h dame X... avait été affectée pendant cinq années, alors qu'dk n*avait eu de relations qu'avec son mari, était bien rédlemeot pro luito par un défaut d'harmonie entre les deux époux. Lié d'amitié avec l'amant, et par suite de ciroonstanctt st inutile de rapporter ici, je fus mis dans le seoret de

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l'aventuR. Comme le fait me paraissait bizarre et que je n'avais, d'autre part, aucun moyen de vérification, ne connaissant pas madame X..., j'en fus réduit aux explications bien superficielles que mo donnait le jeune homme; cependant une circonstance, à laquelle les deux nmnnts n'avaient prËté aucune attention, me frappa: c'est que dans leurs ébats amoureui, le coït avait été accompli plusieurs fois dans une position anormale, et surtout différente de celle que le mari avait l'habitude de prendre.

Je ne pouvais contrôler tes suppositions que me suggéraient ces confidences; d'ailleurs, eussé-je pu soumettre madame X... à mes investigations, que cet examen n'aurait probablement pas amené une certitude, car si, comme je le supposais, la stérilité demadamfi X... tenait aune déviation utérine, ce déplacement devait avoir disparu, ainsi qu'il arrive par l'effet de la gestation.

Je ne pus donc retirer aucun enseigncmentpositifdecefait; mais il me donna l'éveil sur la possibilité de certaines circonstances trop négligées jusqu'alors, et de la valeur desquelles il était facile de s'assurer.

L'occasion s'en offrit bientôt à moi.

M. X..., habitanlla rue des Vieux-AugusUns, marié depuis six ans, sans enfants, vint me consulter sur la cause de l'infécondité de son mariage. Soumis & un examen sévère, tant sous le rapport de ses organes que de son sperme, et à un interrogatoire minutieux sur toutes les circonstances qui accompagnaient le coït, il me parut n'avoir en lui aucun motif de stérilité, et je le priai, en conséquence, de décider sa femme à subir mes investigations.

Le désir que celle-ci éprouvait d'avoir des enfants leva tous ses scrupules ; petite, mais bien conformée, d'un tempérament lymphatico-nerveux, madame "^ été réglée de quinze

& seize ans, et dqiuis celle awt alors vingt-

quatre) elle avait été régulièrement et assez abonAimment menstruée. Quelques flueurs blanches existaient, mais pn très-faible abondance; seulement elles augmentaient nn (m, ainsi qu'il arrive chez beaucoup de femmes, aux éi)oques menstruelles.

Les désirs vénériens étaient modérés, et le coTl nVffrait rien d'anormal au point de vue des manifestations volujh tueuses.

L*examen abdominal ne laissa rien soupçonner du côté de la matrice et de ses annexes; mais le toucher vaginal me fit constater une déviation antérieure du col de Tutérus, avec renversement en arrière du corps de cet organe.

Ce déplacement de Torganc gestateur me parut £tre la raaîc de la stérilité.

S'il en était ainsi, la fécondation devait s'opérer, si, par nn artifice quelconque, le col do l'utérus était ramené dans «ona\e normal, ou plutôt dans Taxe du plan suivant lequel s oiK^nit l'éjaculation de l'homme.

Deux moyens s'offraient à l'esprit :

Ou changer la position du col de Tutérus et faire rentrer, ne fût-ce que momentanément pendant le coTt, le museau de tanche dans la direction du jet spermatique; ou, par un artifice de position pendant l'accouplement, modifier la direction de ce jet, de sorte qu'elle ne fût plus celle de Taxe du \a!nn, mais qu'elle fût portée en avant et en haut.

Je m'arrêtai au premier de ces moyens, qui était tout à b fois le plus médical et le plus décent.

Un tampon, porté dans le rectum, aida, non à faire basculer l'utérus, ce qui me paraît fort difficile, mais à le {lorter etàk soutenir dans un plan moins incliné.

En môme temps que je plaçai ce tampon, je ramenai, autant que je le pus, le col de la matrice en arrière, et je glissai enlrt lui et la paroi antérieure du vagin un cylindre préparé dT^

*^ Sécrétion plus abondaute, avait pMir mission ilo inaintouir ~ 1q ecd dans l'axe du vagin, et d'exposer ainsi le museau de ^^■^cbe au jet direct de la liqueur spermatique.

Le coït fut accompli au milieu de ces conditions, qui no le

^~%Aiiaient d'ailleurs en rien; le mois suivant les rtfîles, eonli-e

*^Ut habitude, ne parurent pas ; madame X... (^tail enceinte,

?^ grossesse n'offrit rien de remarquable; elle est accouchée

^Onée dernière à Sens, son pays natal, et je ne puis dire,

^^ l'ayant pas revue depuis , si elle a eu une seconde fécon-

Pour le fait que je viens de rapporter, je me suis demandé ^^ la présence de Téponge, appliquée contre les surfaces anloheures du vagin etdu col utérin, n'avait pas été la sonrct» d'nno ^citation absente du museau de tanche, et nécessaire, connue Je l'ai dit plus haut, pour la fécondation de la fiMumo.

Sans doute, on peut, jusqu'à un certain point, fairo uno \m\\\ ^eloonque à cette influence ; mais cette |mrt dult énv bion minime, si on la compare & celle qui revient an cIwinKonienl ilo position éprouvé par le col utérin ; d'ailleurn, dann d'anlrod circonstances que je ne puis rapporter ici, rettr i«\citiition a complètement fait défaut, car il n'y avait de inoilillé que latlirection du jet spermatique.

En résumé, les déviations du col de rutnruH, mv h^nqui^llen ie m'expliquerai plus longuement ailleurs, c^itiKtituiMit fréquonimentune cause de stérilité chez la femme ; nmiM TnliHliicIn qnn ces déviations apportentà la fécondation n'étant pas autre rliose qu'un défaut de rapports topographi(|ues entre Tor^ane rhar^'6 de donner etTorgane appelé à recevoir, il advient que wm rapports, brisés dans certaines circonstances, peuvent se rétablir dans d'autres, et alors, on a le spectacle de gestations tardives ou de fécondations relatives, sans qu'il soit besoin de recourir

aux explications métaphysiques des harmonies ou des contrastes.

Cependant, il ne faudrait pas croire que toutes les grosse««5 tardives ou relatives se peuvent expliquer par une déviatk» utérine ; Terreur que je combats eût été trop grossière et m*anrait donné trop facilement beau jeu.

En effet, à côté des conditions anatomiques, dont il est superflu de parler ici ; à côté des conditions de topographie, quoo me passe le mot, dont il vient d*étre question, il en existe ooc autre que j'appellerai condition physiologique ou vitale.

Qu'on me permette de légitimer ces expressions.

Chaque tissu, chaque organe, chaque appareil possèdent,» dehors delà sensibilité générale à laquelle sont soumis toos les corps organisés, une sensibilité spéciale qui les caractérise et qui leur est propre. Cette sensibilité se développe sous rempire d'excitants spéciaux, dont l'influence est nulle sur Ifê autres tissus, sur les autres organes, sur les autres appareils — C'est X alpha de la physiologie.

A cette sensibilité succède la contractilité, d'une manière à fatale , qua Ton a désigné par le seul mot irrUabiliié et b sensation excitée sur l'organe par l'impression du corps étranger et la contraction de l'organe réagissant sur ce corps.

Cette action et cette réaction ne sont pas nécessairement sous l'empire de la conscience ; ces deux opérations peuvent s'exécuter en dehors de notre volonté.

L'utérus et, plus particulièrement, son col ne font pas exception à cette loi physiologique. Ils ont une irritabilité spéciale dont le moteur est le fluide spermatique, sous Tinfluence duquel le col se ramasse sur lui-même, pour ainsi dire, en présentant, béante, son ouverture inférieure.

Cette irritabilité n'est ni sous la dépendance de la volonté, ni sous l'empire de la conscience; si elle eût été soumise à h volonté, la femme aurait pu se soustraire à robligation de la

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