MALADIES DES CANAUX ÉJACULATEURS KT DE LA PROSTATE
Les considérations que je vais présenter dans cet alinéa devront donc s'appliquer à toutes les portions des voies spermatiques que je viens de nommer, car, pour la facilité du discours et afin de prévenir des répétitions incessantes, j'ai dû réunir dans un seul cadre toutes les conditions dynamiques de réjaculation.
Ces conditions ont un type normal, en deçà et au delà duquel il y a trouble et désordre.
En deçà de ce type, on rencontre l'inertie et ses dégradations.
Au delà de ce type, on trouve Tétat spasmodique dont je parlais tout à riieure.
Nous avons donc ici deux classes bien distinctes d'affections caractérisées : la première, par la faiblesse et même par l'absence de contractions; la seconde, au contraire, par une énergie morbide de ces mêmes contractions.
Dans le premier cas, le sperme testiculaire n'arrive plus aux vésicules séminales, parce que la vis a iergo est incapable d'exécuter par elle seule Tascension du fluide dans les canaux déférents ; il se résorbe sur place ou dans Tépididyme, et il se comporte exactement comme si un obstacle mécanique l'empêchait de circuler dans cette première portion de son parcours ; d'un autre côté, les vésicules séminales continuant à accomplir la fonction sécrétoire qui leur est dévolue et ne pouvant retenir le liquide ainsi produit, celui-ci s'écoule au far et à mesure qu'il est formé, ou est chassé par le moindre effort qui presse sur les vésicules séminales. On a alors affaire à une véritable spcrmatorrhée, à cette variété des pertes séminales qui, ainsi que je l'ai dit ailleurs, cède à l'emploi des toniques ou des excitants, comme le seigle ergoté, la noix vomîque, à l'embout compresseur de Trousseau, etc.
Dans le second cas, au contraire, lorsque la contractilif dépassé le type normal, le resserrement spasmodique de8<
duits, juxtaposant leurs parois internes, efface complètement leur cavité et empêche ainsi le liquide séminal de circuler dans les voies qu'il doit parcourir, pour aller du testicule au méat urinaire. On peut donc avoir, selon le degré d'excitabilité, un aspermatisme incomplet ou complet ; incomplet, si le sperme est parvenu jusque dans les canaux éjaculateurs ou Turèthre, et s'il s'écoule en bavant lorsqu'à cessé la contraction spasmodique qui le retenait ; complet, lorsque la liqueur séminale ne se montre ni pendant ni après l'érection, ainsi qu'il arrive dans les cas d'obstruction ou d'oblitération des canaux éjaculateurs.
Comme on le voit, les désordres dus aux troubles de la contractilité des voies spermatiques donnent naissance à deux ordres d'affections, aussi entièrement opposées sous le rapport de la symptomatologie que sous celui du traitement. Elle n'ont de commun que l'inaptitude à la fécondation dont elles frappent le malheureux qui en est atteint.
Le pronostic, au point de vue de la fécondité, est plus grave dans l'affection qui revêt la forme spermatorrhéique que dans celle qui est caractérisée par l'aspermatisme, parce que la perte incessante du sperme, même vésiculaire, est elle-même une cause d'affaiblissement général qui perpétue et aggrave l'inertie des voies spermatiques.
C'est dans ces cas que les analeptiques, les fortifiants, les toniques à l'intérieur et à l'extérieur, les bains froids de rivière, les bains de mer, l'hydrothérapie, les eaux ferrugineuses, l'habitation à la campagne, etc., sont formellement indiqués. La masturbation et les excès du coït étant souvent la cause de cet affaiblissement de la contractilité, on s'explique les succès que, dans ces circonstances, Tissot et d'autres médecins ont obtenus de l'emploi des eaux de Spa, de Passy, de Forges, etc., etc.
Dans les cas, au contraire, de surexcitation de cette con- Ulité, les calmants et les antispasmodiques sont adminis-
MALADIES DU CANAL DE l'dBÈTHBE. 601
très sous toutes tes formes. Les bains chauds prolongés pendant une heure sont des moyens dont on retire presque toujours des avanUges marqués. Les opiacés et la belladotie surtout occupent dans cette raôdication une place que légitiment de uombreux succès, si on les associe aux antispasmodiques, parmi lesquels je place au premier rang la valériane, l'asa fiBtida, le castoreum et le musc. Le camphre, par son action sédative, est appelé à rendre de très-grands services, surtout s'il y a tendance au priapisme (1).
§ 11. — ASeeUoBa du eaaal dn l'arMhr».
L'urèthre esl le dernier canal que le sperme traverse pour arriver au dehors; comme les autres conduits que j'ai examinés, ce dernier tronçon, qu'on me permette l'espression, peut être obstrué plus ou moins coraplétement et par suite r.il'.nlir la marche du fluide séminal et môme s'opposer entièrement â son passage.
Dj plus, par sa position au milieu des corps caverneux, le canal de l'urèthre déterminant la direction du jet spermatique, que j'ai dit être une condition de l'acte fécondant chez l'homme, il advient nécessairement que les changements anatomiques, survenant dans le canal de l'urèthre, doivent profondément altérer l'axe suivant lequel s'opère l'éjaculation.
En conséquence, eu égard à sa double fonction physiologique, l'urèthre présente deux ordres d'affections :
Le premier ordre contient celles de ces affections qui portent sur la capacité du canal, c'est-à-dire qui mettent obstacle soit h la vitesse, soit à la sortie du sperme, en rétrécissant ou en oblitérant le conduit.
Le second ordre comprend celles de ces affections qui, tout
(I ) Vojez les pages 339 et 589, oit il est question du traitement des maladies des vésicules séminales. (Sperntalorrhée.)
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Les corps étrangers de Turèthre venant de la ves^ iODl presque toujours de petits calculs, expulsés natureUeroeat uu sortis à la suite de roi)ération de la lithotritie. Je dis presque toujours, parce qu'il peut arriver, comme cela s'est vu endK qu'un corps étranger introduit dans la vessie, après y avoir séjourné pendant quelque temps, finisse par être entraîné par Turine et s'arrête dans Turèthre, retenu dans ce canal soit pir un repli de la muqueuse, soit par toute autre cause.
Cependant de véritables calculs se forment dans Turèthre lui-même par le dépôt sédimentaire que l'urine laisse après elle; ces calculs, dont l'histoire varie selon le point du canal qui en est le siège, constituent quelquefois de simples infirmité sans influence sur Tacte de la génération, mais le plus souvent déterminent des accidents inflammatoires qui forcent la chirurgie à intervenir promptement pour sauver les jour? du malade.
Je n'ai pas à m'occuper de ces derniers, qui échappent àroao sujet par la rapidité môme de la solution qu'ils réclament.
Sous le rapport des premiers, bien que leur influence >ur les actes copulaleur et fécondant ne soit pas directe, puir qu'on cite des faits assez nombreux de pères portant des pierre uréthrales, les accidents qui accompagnent fréquerameni l'existence de ces concrétions peuvent ne pas être sans influence sur l'acte de la reproduction.
Ces accidents sont de diverses natures : tantôt le canal ?<f dilate, se partage en une ou en plusieurs poches et présente comme une forme goudronnée; on conçoit que dans de pareilles conditions la marche du sperme puisse être retardée << même modinée; tantôt l'urèthre, au lieu de se dilater sou? l'action de la [)iorre, s'éraille, et alors les lames du tissu cellulaire sous-jacL'iit, rendues imperméables par rinflaramatii* chronique, se confondent et ne cèdent devant Turine que f^ un élargissement progressif; on comprend combien lespeno'
BÉTRËCiaSEMENTa OHGAKIQUES DE l'uRÈTUBE. 600
assez souvent d'indurations plus ouiDoias étendues qui concourent aussi à déformer la verge.
Cette déformation de l'urèthre et du pénis, due aux coarctations uréttiraies, se montre également après l'urétbrotomie, c'est-à-dire précisément après l'opération qui a pour but de détruire cej coarctations : a Quelques opérés, dit Civiale, conservent après le traitement par les grandes incisions, une rigidité de l'urètbre qui détermine une courbure de la verge plus ou moins prononcée, lorsqu'elle entre en érection, et quelquefois même rend l'érection incomplète par l'effet de la douleur, »
Cet état, puisque l'urèthre laisse alors passer les sondes du plus fort calibre, montre que le canal n'a pas recouvré la souplesse et l'élasticité qui lui sont propres, et, dans ce cas il faut, afin de les lui rendre, tenter la division plus profonde de la partie altérée de l'urètbre.
' La cautérisation par le nitrate d'argent, pratiquée avec le porte-caustique ou par des injections, a été accusée non-aeulement des mêmes méfaits que l'uréthrotoroie, mais encore d'être la cause la plus fréquente des rétrécissements urétbraux, et, par conséquent, d'être le point de départ de tous les désordres qu'entraînent, dans la Fonction générdtrice, les coarctations de l'urèthre ainsi que leur traitement. - Sans partager toutes les craintes qu'ont fait naître dans quelques esprits lej injections caustiques et la méthode préconisée par Lalleraand, je crois qu'il faut apporter une certaine circonspection dans l'emploi de cette méthode, et n'y recourir que dans les cas rares où une cautérisation profonde est absolument nécessaire.
Quant aux injections au nitrate d'argent, & dose modérée, il les faut, je crois, moins redouter comme causes de rétrécissements, que la fréquence et surtout la longue durée des hlennorrhagies ; cependant j'ai toujours redouté les injections dites
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abortiyes, et je me suis toujours défendu de les presmie,eD dehors de certains cas de convenances sociales plutôt que de médecine.
Quoi qu'il en soit, Tart n'est pas toujou^ désarmé devant l'obstacle apporté à la marche saccadée du sperme, soit par des coarctations uréthrales, soit par les moyens mis en œuvre pour les guérir.
J'ai indiqué les ressources que nous possédoiîs et dont on trouvera de plus amples détails dans les ouvrages consacrés aux maladies des organes urinaires; je n^insisterai donc pas davantage sur ce point.
Cependant, avant de terminer ce paragraphe consacré aui rétrécissements organiques de l'urèthre, je crois devoir signaler ce que j'appelle volontiers les rétrécissements mécc' tiiqueSj dont la cause est une tumeur située sur le trajet ou dans le voisinage de Turèthre. a tl est des nodosités, dit Vidal (de Cassis), qui se forment dans les corps caverneui et qui rétrécissent plus ou moins l'urèthre, sans que ce canal soit directement affecté (1). >
D. Phimosis. — Enfin et pour compléter Ténumération de tous les obstacles qui s'opposent à la sortie normale du sperme, il me faut mentionner la longueur et Tétroitesse du prépuce.
Le phimosis peut être, plus qu'on ne pense, une cause de stérilité.
Lorsque l'ouverture du prépuce est assez étroite pour nepas t)ermettre le passage du gland, il est rare que le méat unnaire, surtout pendant l'érection, se trouve en regard de celte ouverture ; le jet spermatîque vient aloi-s se briser contre la muqueuse préputiale et se répand, sans profit^ entre cette dernière et le gland, jusqu'à ce que la flaccidité de la verge lui permette de s'écouler en bavant ou goutte à goutte*
(1) Vidal (de Cassis). Traité depalhologie externe^ 4* éd. Paris, 18â3, t. IV, p. 541.
OBSTACLES A LA SORTIS DU SPStUIE. 611
Oo peut se rendre compte, en faisant uriner le malade, de l'obstacle que le phimosis apporte à la force et à la direction du jet apennatique.
Heureusement cette cause d'infécondité est facile à détruire; il n'y a qu'à faire la circoncision ; quelquefois même un simple débridement suffit, quand il n'existe pas, avec l'étroitesse de son ouverture, une longueur exagérée du prépuce.
En résumé, les circonstances qui peuvent empêcher la li' queur séminale de circuler dans l'ur&thre ou d'en sortir, sont de cinq sortes :
1* Les lésions vitales de l'urëthre, surtout de sa contractilitâ ;
S" La présence d'un corps étranger dans l'intérieur du canal;
3* Le rétrécissement et même l'oblitération complète du canal par un état morbide de la muqueuse uréthrale ou des tissus sous-jacents.
A* La pression exercée par une tumeur voisine sur les parois du conduit qu'elle rapproche.
6* Enfin le phimosis qui, par la longueur et l'étroitesse du prépuce, arrête ou dévie le jet spermatique.
Dans toutes ces circonstances, le pronostic ne saurait être le même, et je ne parle ici que du pronostic au point de vue de la fonction procréatrice ; en effet, un spasme de l'urèthre qui peut n'être que le résultat d'une trop violente ardeur amoureuse, d'une trop vive excitation vénérienne, et dont le repos et quelques bains font justice, ne doit point être comparé h un rétrécissement de l'urèthre dont la cause est quelquefois une profonde altération des tissus, et qui réclame des soins minutieux et prolongés.
tlien ne rattache ces divers états les uns aux autres, car si les spasmes uréthraux, par exemple, se montrent fréquemment tous l'influence d'un corps étranger introduit dans le canal, ils sont parfois essentiels et échappent à toute explication pathologique ou sympathique. Ces divers états n'ont qu'un ca'
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ractère commun pour nous : celui de produire la stérilité qui n'exige, dans aucun cas, un traitement indépendant de Taffection qu'elle accompagne.
Je n'ai donc pas à m'en occuper ici davantage.
2^ ÉtâTS de l'URÈTHRE faisant obstacle a Uk DIRECTION HOI-
MALE DU SPERME. — Dans lo corcle qu'il me reste à parcourir, viennent se placer les altérations de Turèthre capables, non de ralentir ou d'arrêter le sperme dans sa course, mais de le dévier de l'axe suivant lequel il doit arriver dans les organe» génitaux de la femme.
Cet axe n'est autre que celui du méat urinaire, situé ao Eommet du gland, de manière à partager celui-ci en deui lobes latéraux semblables.
Donc, toutes les fois que le méat urinaire n'occupe pas celle position, la direction du jet spermatique n'est plus normale, et alors il s'agit de savoir si, dans les cas de ce genre, la fécondation est encore possible.
Mais avant d'aborder cette question intéressante, il me faut indiquer, en peu de mots, les divers points sur lesquels peut s'ouvrir l'urèthre.
Je parlerai d'abord des vices de conformation, et dirai ensuite les états morbides qui peuvent amener des accident analogues.
A. Anomalies de rurèthre. — Ces vices de conformation se peuvent ranger^ pour les besoins de ma cause, sous quatre chefs principaux : 1° absence de l'urèthre ; 2* oblitération partielle du canal; 3° multiplicité des méats urinaires; A* déviation de rurèthre.
Les états morbides, au contraire, ne renferment que deux classes : l*" absence de l'urèthre par suite de la disparition de la verge ; 2"" perte de substance dans les parois de l'urèthre, c'est-à-dire fistule uréthrale, avec ou sans oblitération partielle du canal.