‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 91 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l TROUBLES DE L OVULATION.

L'ovulation ou l'acte ovaricu se compose, ainsi que je l'ai i dans la physiologie de l'espèce, de la fonction ovarienne,

la fonction tubaire et de la fonction cataméniale, dite tnéfrhatjf te ; j'aurai donc à examiner : 1" Les troubles de la fonction ovarienne; '!• Les troubles de la fonction tubaire; \P Les troubles de la fonction cataméniale.

Entre temps, comme je l'ai fait pour le produit de la sénré-

bspermatique, j'exposerai l'état pathologique du produit îen, c'est-àMiire de l'ovule et de l'embryon.

TITRE I". — TBOtDLES BE LA FONCTION OVABtENMÎ. § I. — AnomnlIcB des ovMlrea,

iJijeHce. — Il est évident que pour que celte infirmité Mve place dans le cadre de la stérilité de la femme, il faut [D'elle s'adresse simultanément aux deux ovaires, car si l'un Ib ces organes existe bien conformé, la conception peut se

b litre, comme chez l'homme qui n'a qu'un seul 'testicule lal dans le scrotum.

Les ovaires jouent un rôle si prépondérant dans l'acte de la BDération, que leur absence entraine presque toujours celle Kl trompes et de l'utérus, ou toutau moins un arrêt de déve- Dppement de ces organes ; le vagin est également plus étroit p'à l'ordinaire, et les nymphes et le clitoris sont h l'état ruimentaire.

* A ces anomalies de l'appareil génital ne se joignent pas toujours des signes extérieurs qui révèlent cette infirmité et

consignés dansleé aaîiears^l). Ainsi quelques feraraes atteinte de cette anomalie, n ont pas de barbeau menton et leurs minclle» ont un dé\eIop|»ement convenable; mais le signe capital, on [pourrait dire unique, qui, coïncidant avec les anomalies dont je parle, met sur la voie du di<ignostic, est Tabseiioe absolue des règles, de tout symptôme de molimen et de menstrues supplémentaires.

CiHle infirmité, difficile à constater directement sur le mvnnt, ne se décèle que par les phénomènes que j*indique,e( au>si pHr une stérilité qui est absolue et irrémédiable.

Ihnireusement l'absence des deux ovaires est un fait rare; olin Oï^t infiniment moins commune que l'absence d'un seul ovaire qui ne saurait nous arrêter, puisque rhémorrbagie nuMKslrut^llo et l'aptitude à lu fécondation sont consenêe>:fl UHÙns connnuno aussi que le développement rudimenlaire dont je» dois dire quelques mots.

ArviU de dévehppemml, — Il se préseute sous deu\ lormes : dans Tune lovaire est comme chez le fœtus : c'e^t une langue très-petite qui ne contient aucune vésicule de de Graaf; dans l'autre, l'ovaire a la forme de celui de la femme, inaisil est petit, aplati et ne renferme que quelques vésicules.

Celte anomalie, m<>me quand elle atteint les deux o\air6. n'entraîne pas fatalement l'arrêt de développement d'une oa de plu<ieiu-s parties de l'appareil génital; cependant l'utérus est Tor^-ane qui le plus souvent suit les destinées deso\aire>, ainsi qu'on peut le voir dans l'observation que j'ai recueillie i THùtel-Dieu, et dans laquelle l'appareil copulateur existait et fonctionnait normalement (2).

(I) Voyez Cliérau, Mémoires pour servir à Vétude ties maladies éft ovaires, !«' mémoire. Paris, tSU, p. <t7. — Scinioni, TraiU praH^ des mnhitlieg des organes sexuels de la femme, Irad. par les dodeur* Doz ri Sorin. Paris, 1.S58, p. :U|.

(i) Voyez la page il±

LÉSIONS OBi;AMQllliS DES OVAIRES. 641

Ouand le développement rudiraentaire porte sur les deux

aires, ce qui est le plus commun, le pronostic et le diag-

slic sont identiques avec le diagnostic et le pronostic de

ibsence des deux ovaires. Le résultat est une slérilité

soiue et inguéri s.^ab le.

ÏI n'en est pas de même si un des ovaires est à l'état

rmal; dans ce cas les règles et l'aptitude à la fécondation

thiisteat.

Ectopie. — En 1S56, M, Puech (1) fit connaître une espèce

solopie ovarîque par défaut de migration; il l'appella lom-

ire, parce que les ovaires restent à la place qu'ils occupent

tidant la dixième semaine de la vie embryonnaire ; mais celle

riété d'ectopie rentre dans le cas des arrCts de développement

■nt je viens de m'occuper.

Les autres ectopies, incontestablement les plus nombreuses,

Dl produites, au contraire, par un excès de migration ; elles

confondent avec les hernies ovariennes -auxquelles je consa-

î plus loin un paragraphe. — J'y renvoie le lecteur.

§ II. — LéaloiM organique* de* ovaire*.

K La texture éminemment vasculaire, spongieuse, érectile l'ovaire, dit M. Cruveilhier; le grand développement, eu ird à son volume, de ses vaisseaux et surtout de ses veines; nature de ses fonctions qui le fuit participer si activement Poi^sroe du coït et aux divers troubles auxquels est exté l'acte de la fécondation ; l'Age de retour qui porte princiement sur cet organe : voilà les circonstances principales i expliquent et la frèquenrc et le caractère particulier de ses dadies (2). »

Et, en effet, les ovaires ont une remarquable prédisposition

,1) CcmptM rendus de l'Acaiirmie di-s sciences, S^ uctobre IS5&. ,15 Cruveilhier, .■lw«/omi>/i(i(/(o/o!//'/M(; .avec plmjclius, 5'livraiaon, ji, t.

HOUBAUD. KV

LÉSIONS ORGANIQUES UK» OVAIRCS. 6hi

I 7° L'avortenicnt complet peut filre l'occasion d'une ammation avec suppuration qui entraîne des conséquences ves.

I 8" L'avortement partiel, c'est-à-dire l'arrêt de développent d'une des parties cuiiâtituantes d'une vésicule ovarique, ermine une altération plus ou moins profonde dans les foncis des autres parties de cet organe, et un changement dans rs rapports réciproques.

I 9» L'avortement incomplet qui a lieu quand les organes iculaîres ne sont encore qu'à l'état de vésicule primaire, ■att être la cause de la plupart des hydropisies enkystées de raire.

t 10» Ces mômes avortements partiels, lorsque les vésiculea it à l'état de bourses grises, sembleraient èlre l'origine s masses fibreuses, squirrheuses et encéphaloïdes des lires,

» 11° L'avortement partiel des organes vésiculaires, quand sont t l'élat de vésicules jaunes, est la source des tumeurs kystées de l'ovaire, qui contiennent une matière d'appaice butyreuse.

» 12° Kiifin, c'est à des cas de fécondation sans séparation

l'ovule de sa vésicule, qu'il faut attribuer l'origine de ces liductioiis foelaloà qu'on trouve dans l'ovaire, où elles se déloppeiiL sous l'inlluence des adhérences vasculaires qui a'éïlissent entre elles et les membranes qui les renferjat(l}.»

On ne doit point espérer trouver ici l'histoire pathologique

chacune de ces affections, à laquelle se refusent les limites

cet ouvrage, bien que la stérilité soit l'effet le plus commun

ces maladies.

(1 ) Négrier, Hechenhes amitomiqnes et phijsioloyi(jucs sur Us ovaires M* lespéce hiimamc. Paris, 18tO, ji. 117 et suiv.

Qih STÉRILITÉ CUE2 LA FEMME.

Cependant, pour que Tinaptitude à la fécondation soit complète, il faut : V que les deux ovaires soient simultanément attei n ts ; 2'' et qu'aucune des parties de leur tissu ne reste intacte.

Si Tun des deux ovaires conserve son intégrité, en supposant son congénère aussi profondément altéré que possit>le, U femme ne perd aucun des attributs de son sexe, Tovaire sain pouvant à lui seul déterminer Théraorrhagie menstruelle et sufGre aux nécessités de la conception. 11 serait facile, en effet, de rapporter des exemples de fécondation dans des casoii, par suite d'atrophie, de dégénérescence, de déplacement, de hernie ou de toute autre cause, un seul ovaire pouvait émettre d'ovule ; il faut donc, je le répète, que les deux ovaires rainquent à la fois ou soient profondément altérés, pour que Tinfecondité de la femme soit fatale et absolue.

De plus, l'altération des deux ovaires, pour ampner ce résultat, doit encore atteindre toutes les parties du tissu o\> rien. Cette condition est indispensable. Morgagni avait déjà fait cette remarque (1), que tous les observateurs quilonl suivi ont pleinement confirmée. « On a vu, dit M. Chereiu, des femmes atteintes de dégénérescences énormes des detix ovaires, et cependant devenir encore mères; mais un examen attentif a d- ontré encore, dans ces cas, qu'une portion de l'un des organes reproducteurs, ou de tous les deux eu même temps, était encore saine (2). »

Cette double condition que, pour se produire, la stérilité exige dps altérations pathologiques des ovaires, diminue beaucoup, au point de vue où nous sommes placé, l'importance de ces altérations, qui, au premier abord, semblent devoir occuper une si large place dans Tétiologie de l'inaptitude de b femme à la procréation.

(I) Morgagni, De sedibus et catisis niorbomm. Naples, 17G2, cpi>t. XLV, art. 17.

{i) Chereau, loc. cit., p. 00.

i oniUNiouBS DES ovaiuks. Sifi

loublt; exigence n'est pus entièrement rem- ^l les droits de la femme ^ la fécondation Is.mais encore la fonction menstnielle perrouve, il est vrai, des dérangements notables S sortes; mais tant qu'une partie du tissu de l'o. capable de sécréter une vésicule Graatienne, l'évolululsion de celte vésicule peuvent s'effectuer, comme frite la plus parfaite de l'organe sécréleup et, par icondation seproduiie. C'est ainsi que s'expliquent Isî nombreux de conception, survenant ou milieu des les plus considérables de l'hémorrhagie raeo-

t II est bien difficile, pour ne pas dire quelquefois impossible, iBdéterminer d'une manière précise l'existence des deux cons de stérilité dont je parle, surtout de celle qui est rela-

feb l'altération totale du tissu de l'ovaire. Les moyens dib que nous possédons pour arriver à ce résultat sont : la ^tion des parois abdominales, la percussion, l'auscultation,

Wnsuration , le toucher vaginal et le toucher rectal. Ce Irnier est le plus important de tous, et j'estime que, sans

i, il est presque impossible déporter un diagnostic, je ne Kspas certain, mais seulement probable sur les maladies des n^re?; cependant, qu'on ne fonde pas sur lui de trop hautes ^rances, car on aurait dans la pratique de nombreuses Ifcillusîons à essuyer. D'abord, toutes les faces de l'ovaire ne Btivent être explorées par le doigt introduit dans le rectum; bsuite, l'organe que rien ne five cède sous la pression exer- ÏG sur lui et fuit ; enfin, sans parler des obstacles ou tout au aoins des embarras que crée assez souvent la présence d'une

Pche plus ou moins épaisse de tissu cellulaire, ou ne peut tendre explorer l'intérieur de l'ovaire, et il taut se conten- ^r d'apprécier seulement les conditions relatives à sa forme, fcson volume et h son poids. C'est beaucoup, dira-t-on; sans

0i|6 STÉRILITÉ CHEZ LA FEMME.

doute, mais ce n'est pas assez, surtout pour la solution dupro* blême de la stérilité.

Aussi, tout en recommandant d'une manière expresse de ne jamais négliger ce moyen d'investigation, j'estime qu'on n« doit lui accorder qu'un certain degré de confiance, et ne pts en faire la base exclusive de son appréciation.

Je ne dis rien des autres modes d'examen dont les ressources sont encore plus aléatoires que celles du toucher rectal, mais dont il faut cependant tenir compte, ne fût-ce que comme termes de comparaison.

Heureusement nous avons, pour marcher au milieu des t^ nèbres de cette nuit profonde, un guide à peu près infaillible, et dont le témoignage égale et surpasse, à lui seul, tous les signes fournis par les moyens directs que j'ai énumérés tuulà rheure. — On devine déjà que je veux parler de l'hémorrhaeie menstruelle.

Sans doute, et je Tai reconnu plus haut, il y a des ovulations sans hémorrhngie, et, dans ces cas, alors il semble difficile de décider si l'absence de Técoulement cataménial tient à une idiosyncnisif» ou h une aflection des ovaires. D'abord, lesfait* d'ovulation n'^guli^re, sans flux menstruel et avec inlégrit^^de Torgano qui fournit le sang, c'est-à-dire l'utérus, sont beaucoup moins fréquents qu'on ne pense, et doivent être reléjrué? parmi ces rares exceptions qui, si souvent, déjouent la privoyance la plus ombrageuse; ensuite, quand une hémorrhairie utérine n'accompagne pas le travail d'expulsion de ro\ukil se produit sur un point de l'organisme, quelquefois mèroe sur Torpanisme tout entier, des modifications qui trahissent l'accomplissement de cette importante fonction. Lesor?:an(s qui, par leurs sympathies ou leur voisinage, ont des relalioD> avec l'appareil génital ressentent les premiers les modi6cttions dont je parle : les seins se gonflent et de\iennent An»loureux ; les lombes sont le siège de tiraillements pénibles, de

LÉSIONS OH>-,ASIQtIES DES OVAIRES. 647

Iranchées, de véritables souffrances; quelquefois l'écoulement sanguin de l'utérus est remplacé par une épistaxis, par une hémorrhagie auriculaire; on assure même l'avoir vu prendre pour théâtre la paume delà main, etc., etc. Quoi qu'il en soit, on peut dire que l'ovulation régulière, c'est-à-dire l'expulsion d'un œuf arrivé à maturité, se trahit constamment par quelque phénomène; que, dans l'état normal, ce phénomène est une hémorrhagie utérine; mais que, cette manifestation venant à manquer par un motif cpielconque, il se produit un ensemble de si{,'ne5 sur la portée desquels il est impossible de se méprendre.

En est-il de même dans les casd'absence ou de suppression hémorrhagiques par suite de l'altération des ovaires? Non, certes non. Si l'hémorrhagie utérine ne s'est jamais montrée, et si cette absence est liée à la non-ovulation, on cherche en Tnin quelque symptôme révélateur du côté des seins, des lomhes ou de toute autre partie de l'organisme. Aussi je suis convaincu, et les faits sont ici d'accord avec la théorie, que les femmes qui ont été fécondées en l'absence du flux cataménial ressentaient toutes, au.\ époques qui auraient dû être marquées par cet écoulement sanguin, des phénomènes insolites, soit généraux, soit localisés sur un point de l'écnnomie,

Si l'affection des ovaires entraîne la suppression de l'hémorrhagie utérine, l'habitude des menstrues antérieures éloigne la pensée que cette suppression est duo à une idîosyncrasie ; de plus, la sécrétion, le 'développement et l'expulsion de la vésicule Graafienne ne se faisant plus par îuite de la maladie des ovaires, on ne remarque pas, aux époques menstruelles, les phénomènes insolites que j'ai dit remplacei- quelquefois l'hémorrhagie calaméniale, malgré la parfaite intégrité des ovaires.

Comme on le voit, l'absence ou la suppression de l'écoulement menstruel, liées à une lésion des ovaires, ne sauraient

être confondues avec Fabsence du même écoulement dépendant d'une idiosyncrasie.

Mais, dira-t-on, par cela môme que Thémorrhagie caUmê> niale est produite par la face interne de l'utérus, ne peut-il pas arriver que, par suite d'un état pathologique, cet organe se refuse h cette hémorrhagie, sans que pour ce motif la fonction ovarienne soit interrompue ou seulement même troublée? Sans doute, et je reviendrai plus loin sur ce point inté» ressaut, la matrice peut ne pas répondre à l'excitation de ro> vaire qui, lui, sécrète un ovule, le porte à maturité et l'expulse. Nous retombons ici dans les cas d'ovulation sans menstroes, où celles-ci sont remplacées par les phénomènes anormaux dont il a été plus haut question.

Nous sommes donc en mesure de formuler les lois suivantes, qui me paraissent être l'expression la plus exacte de b vérité :

1* L'ovulation régulière, c'est-à-dire la sécrétion, ledéveoppement et l'expulsion d'une vésicule Graafienne, peut, dans quelques rares circonstances, se produire sans hémorrbagie menstruelle, et celte absence être le résultat d'une idiosyncrasie. Dans ces cas, où la fécondation est possible, la menstruation est toujours trahie par quelque phénomène, soit général, soit local.

2* L'ovulation régulière, c'est-à-dire la sécrétion, le développement et l'expulsion d'une vésicule de de Graaf, peut se produire sans hémorrhagie menstruelle, par suite d'un état morbide de l'utérus. Dans ce cas la fécondation est possible, ev égard^ bien entendu^ à ta fonction ovarienne^ et la menstruation est toujours trahie par quelque phénomène, soit général, soit local.

S' L'ovulation régulière, c'est-à-dire la sécrétion, le déreloppement et l'expulsion d'une vésicule de de Graaf, interrompue ou supprimée par une maladie des ovaires, suspend ca

iLTËRATIONS hE HOSITION DES OVAIRES. 6^9

irit toujours l'écoulement catamônlal, et cette absence de Eiémorrhagie menstnielle n'est jamais remplncée périodiquetnt par un phénomène anormal quelconque.

Si, maintenant, à ces Joiinées dt'duitcs de la fonction menmelle on ajoute les signes fournis, soit par les moyens dicts éiiuméri^s plus haut, soit par les antécédents de la ■lade, soit par les altérations déjà subies par le reste de leonomie, etc., etc., on arrive à un diagnostic à peu près ortain de la stérilité dont le siège est dans les ovaires, toi la cause est une altération de ces organes, et dont, Bséquemment, te pronostic, et le traitement se confondent Kc le pronostic et le traitement de cetlc altération elletéme.

Je dois donc renvojer le lecteur îi l'histoire pathologique de tiacune de ces afreclion^, car je ne puis les admettre dans le idre restreint de cet ouvrage.

§ lll< — Allérallonn de poslllon dm asmlrrn,

I Quand on songe, d'une part, à la multiplicité et à la variété BB circonstances qui peuvent entraîner les ovaires loin de la OBÎtion qui leur est assignée, et d'autre part à l'influence ttieidérable que ces dérangements exercent sur les conditions B la fécondation, on s'étonne de ne pas voir un nombre plus rand de femmes stériles que celui que l'on rencontre. C'est a'ici encore la prévoyance de la nature a été extrême, et tt'elle a su proportionner la valeur de ses assurances, qu'on le passe le mol, à la gravité du danger. La présence de deux ovaires est tout à la fois une garantie hysiologique et une ressource thérapeutique : elle est une arantie physiologique, parce qu'elle double les chances de nécution de la fonction confiée à ces organes; elle est une essource tliérapeutique, parce que dans les cas, par exemple,

de déplacement d*un des deux ovaires, le poids ou les roomements de Tautre peuvent ramener le premier dans sa [imim irormale, et lui permettre ainsi de reprendre ses fonctions interrompues.

Quoi qu'il en soit^ cette dualité ne crée pas une immonité absolue; de même que nous avons vu précédemment que lab* scnee, Tatrophie, l'inflammation ou toute autre affection pou* vaicnt simultanément attaquer les deux ovaires, de mèmeceuici peuvent rompre à la fois les rapports qui les unissent aui trompes, et laisser tomber, sans espoir de fécondation, et se perdre dans les profondeurs du bassin, le produit de leur secrétion.

Ces changements de position sont simples ou compliqué? : simples, si lovaire, altérant seulement ses rapports anatomiques, reste plus ou moins flottant dans le ventre; compliqué?, si Tovaire, s'engapoant dans une ouverture normale ou acri* dentelle, cesse de nager dans Tabdomen.

Dans le premier cas, il n'y a que déplacement; dans le s^ cond, il V a hernie.

Disons quelques mots de chacune de ces deux manière? d'<Mre.

Déplacements des ovaires, — Les déplacements des ovaire* se rangent sous deux chefs, selon la cause qui les produit : tantôt ils sont la conséquence d'un état pathologique desoxaires mêmes, et sont déterminés par l'augmentation du volum* et du poids de ces organes; tantôt ils sont le résultat d'adh»rences avec les parties voisines, et sont amenés et entretenus i^'f la présence de brides ou de toute autre production anonnti*.

Dans kl première variété, le déplacement s opère de dtu* manières bien différentes : ou les deux ovaires voient simulunément augmenter leur poids et leur volume, ou un seule>t malade pendant que son congénère reste sain. Dans le p^'* mier cas, le mécanisme du déplacement est direct : les ie^^

I DÉPLACEMEhTS DES OVAIRES. 651

fevaires quittent leur position par l'elTet de leur propre poids; 'dans le second cas, au contraire, le déplacement est indirect : l'ovaire sain n'abandonne sa place que parce que l'ovuire malade lui imprime un mouvement, soit de traction, soit de bRSciile.

Dans la seconde variété, les causes du déplacement sont à coup sur plus nombreuses que dans la première. La mobilité des ovaires flottant dans le bassin, leurs relations avec la masse intestinale non "moins mobile qu'eux, et leurs rapporis avec une membrane austi facilement inflammable que le péritoine, expliquent la facilité d'adhérences, causes de semblables déplacements.

L'utérus, dont j'examinerai plus loin les altérations de position, a été accusé à son tour d'entraîner les ovaires dans les mouvements anormaux qu'il exécute, ce qui créerait une troisième variété de l'affection que j'examine. Sans contester la réalité d'un semblable déplacement, je ferai remarquer qu'au point de vue où nous sommes placé, celte cause n'a peut-être pas toute l'importance que l'on serait porté à lui attribuer au premier abord, car l'ntérus, en se déplaçant, entraine tout à la fois la trompe et l'ovaire, et par ainsi, ne doit point altérer les rapports qui unissent ces organes; dans ces cas, les motifs de la stérilité, quand elle existe, se trouvent suffisamment expliqués par le déplacement de la matrice, sans qu'il soit nécessaire d'invoquerun phénomène étrange ou tout au moins douteux.

Quoi qu'il en soil, le diagnostic du déplacement des ovaires, hormis les cas d'augmentation de volume et de poids de ces organes, est toujours difficile et constamment obscur ; la palpation abdominale et le toucher rectal ne fournissont que des données incertaines, et la percussion est à peu près impuissante à trouver et à liraitiir deux organes que peuvent si facilement lui dérober quelques anses intestinales. L'hémorrhagie

652 SllRIMTÉ CHBZ LA FIOCMB*

menstruelle est souvent, il est vrai, altérée dans son type; mais ces aUérations peuvent être rattachées à tant de causes, qu'il ne faut les accepter que comme une ressource essentiel* lement aléatoire.

Les antécédents de la malade, dans les cas surtout d'adhérences, ont une importance réelle, si Ton réfléchit au loéar nUme de ces adhérences qui, presque toujours, succèdent à une péritonite ou h Tinflammation de quelque organe du bas* sin ; c*est ainsi qu'il me fut un jour po&ible de m'expliquer U stérilité d'une femme qui, deux années avantson mariage, mais après l'établissement de la menstruation, avait eu une pbieg* masie intense des ganglions lymphatiques lombaires.

Cette observation est curieuse par la terminaison qui sembla justifier le diagnostic que j'avais porté, et mérite à ce titre de trouver ici une place.

En l'absence de tout autre signe de stérilité, soit du côté do mari, soit du côté de la femme, et m'appuyant exclusivement sur les conséquences qu'avait pu avoir la phl^masie dont j*ai parlé, je conclus à l'existence de brides, formées entre les ganglions lombaires enflammés et les trompes ou les ovaires, poussés à la rencontre les uns des autres par la pression des intestins et par la position horizontale sur le dos. Je dêclani donc à la malade que je n*avais rien & faire et que tout traitement était superflu.

Velpeau, consulte, se rangea h mon diagnostic et, comme moi, jugea toute médication inutile.

Fleury, qui à cette époque était à la tête de l'établissement hydrothérapiquede Bellevue, refusa d'admettre notre manièff de voir et crut simplement, quoique les règles fussent régulières et normales, à une atonie des organes de la génération; en conséquence il conseilla une saison à Bellevue.

Ln malade y passa deux mois sans succès, et finit par tf rendre au conseil que Velpeau et moi lui avions donné, c*eil*

bÈPLAC£MËMâ DES OVAlHlSS. 053

"ï Stérilité comme un mal irrémédiable, et itement qui ne pouvait que lui être pré-

\ dans le département de TEure, -. "I^^ '*é qui déjouait toutes les res-

^ '^ ^* lu'elle élait à la campagne, la

L "^ ' un arbre, fit une chute sans gra-

jmpagna d'une forte commotion etd*une •e.

.ois après cet événement, les règles se supprimèrent;

.iume était enceinte.

Depuis cette époque la fécondité ne s'est pas démentie,

plusieurs accouchements parfaitement normaux ont eu

Nous avons toujours pensé avec Velpeau que la commotion rémotion produites par la chute avaient déterminé la rupe des adhérences, et ramené les ovaires ou les trompes à r place normale.

)ans cette observation, les antécédents de la malade furent eule lueur qui m'éclaira ; mais dans beaucoup de cas, il t le reconnaître, les antécédents n'ont par eux-mêmes une importance minime, et laissent l'esprit dans toutes incertitudes d'un diagnostic excessivement obscur, leureusement, cette ignorance ne nous doit point inspirer grands regrets pour le traitement, car parvtnt-on h péné- T la cause réelle du déplacement, je me demande quelle irrait être la thérapeutique à employer. Je prévois bien en cas d'adhérences, on peut tenter, par le rectum, de âpre ces adhérences; mais, outre que l'entreprise me pa* t difficilei elle expose à des dangers réels la femme qui

soumet; j'estime donc qu'il vaut mieux, en ces circon- Dces, avoir le courage d'avouer son impuissance que de

654 STÉRIMl'É CHEZ LA FKHMK.

montrer une t'imorilé compromettante tout à la fois puurU science et. pour la malade.

Uernie des ovaires. — Cette affection u est biea connue que depuis que Deneujc a consacré à son histoire quelques pages, qui sont encore le meilleur traité sur la matière (1). Cependant la science en possédait quelques obsenations bien authentiques avant le travail de Taccoucheur français, et il paraît que c'est à Soranus d'Éphèse qu'il faut attribuer Ih'jQneur d'en avoir fait mention le premier. Après quinze sitdeî d'un mutisme absolu, Bessièn% célèbre chirurgien de Parii, attira l'attention sur les hernies des annexes de ruténis, eo signalant un fait qui lui avait montré le pavillon de la trompe de Fallope à côté d'une anse intestinale dans l'anneau inguinal; l'ovaire n'était pas compris dans la tumeur. Ce futCê^ar Verdier, le collaborateur de J.-L. Petit, qui, plus de quatre- \ingtsaus après la communication deBessière, ût connaltre(!) un fait analogue à celui de Soranus d'Éphèse; enfin, Hat 1er (3), en 1755, en donna une nouvelle observation, qui fut la troisième inscrite dans la science.

A partir de cette époque, les exemples de hernie o^arieDoe deviennent plus nombreux. En 1757, Percîval Pott (4) décrit iiupt hernie in^^uinale des deux ovaires, dont je parlerai toutà l'heure; Camper (5), Balin (6), Desault (7), Lalk*m:nl,Sl

(t) Doneiix, Ht*chcrches mr les heniien des ovaires. Paris, IKI3. (t) Verdier, Dissertation sur les hernies de la vessie^ iiiiiérêe tian> If*

Mémoires de l'Académie royale de chirurgie^ t. Il, p. ÎJ. (3) llaller, Disputât, cfiirunj. srlect. raiisaniie, i7r>5, t. III, \\.'i\^ (l) Pott, (Eurres chirurgicales, trad. franc. Paris, 17*Ji, I. ï. p. ii'i (Ti) Campei% Demonstrat. anatom,'imtholog., lib. II, Circa peltàh^

m'inœ faftricam et mort)os. Amsterdam, in-fol., 17G0, p. 17. {V}) Halin, Art de guérir les hernies. Paris, 17(58.

(7) Desault et (Ihopart, Traité des maladies ckirurgkaUs. Pari<, i^* t. FI, p. 3:fô. [

(8) i^lemeiit, Mémoires de la Société dém^UaUoH, U lU, p. 327. L

HEHME UE& OVAlRtS, 655

Las3us(t),EverardH(irae{2),Mui-at(3),P.-L. Verdier (a),ete.,

renconlrent l'ovaire sdil dans le canal inguinal, soit à l'anneau crural, soil à l'ouverture iscliiatiqne, soità une solution de continuité faite accidentellement aux parois de l'abdomen ; toutes sont méconnues dans le diagnostic, et constatées seulement sur le cadavre ou après une opération qui met ces organes À nu.

Sons ce dernier rapport et au point de vue spécial qui nous occupe, aucune des neuf observations de hernie de l'ovaire* consignées dans la science n'a une valeur égale à celle du fait rapporté dans l'ouvrage de Percival Pott.

Qu'on me permette de reproduire cette observation instructive, la seule qui nous intéresse réûllement : « Une Clle, dit le ciiinirgien anglais, âgée de vingt-trois ans, et d'une bonne constitution, entra ît l'hôpital de Saint-Barthélemy pour deux tumeurs qui, situées aux aines, lui causaient depuis plusieurs muis des douleurs si vives, qu'elle ne pouvait se livrer à ses occupations ordinaires.

1 Cette fille, vigoureuse, d'une bonne santé et bien réglée, avait le ventre libre et n'éprouvait d'autre incommodité que Celle qui résultait de la compression des tumeurs lorsqu'elle se baissait, ou que, par d'autres mouvements, elles se trouvaient gênées. D'ailleurs, elles étaient sans inflammation, molles, inégales à leur surface, très-mobiles et placées à l'extérieur des orîGces tendineux des muscles costo-abdominaux.

> Les saignées, les purgatifs et les tentatives de réduction

II) UiSïiu, Pathologie chiruiiiicale. Paris, 1809, l II, |i. 101.

(i) [leoman (Thomas), liUroductian à ta pratique des accouchetneiits, Irad. franc, par Kluyskens. Gand, 1802, 1. 1, p. U7.

<3) Mural, Dictionnaire des tciencn médicales, nrl. Ovaire, t. XXXIX, p. 35.

<1) P.-L. Verdier, Traité praUijuc îles hcrniex, déplacements et maladjn at la matrice. Paris, 1840.

666 STÉKIMTÉ CHEZ LA FBIIME.

Caites par plusieurs chirurgiens ayant été sans effet, on se d»>termina à lopération. La peau étant divisée, on découvrit un sac membraneux et mince, dans lequel on trouva un corps si ressemblant à un ovaire qu'il était impossible de le prendra pour autre chose; on fit la ligature près de Panneau et on If coupa. La même opération fut pratiquée de Tautrë côté et Foo découvrit absolument la même chose, tant en opérant qu'eo examinant les parties extirpées.

> Depuis lors, la femme jouit d'une bonne santé; n]aiï>e$ seins s'affaissèrent, les règles ne vinrent plus, et à la place de l'embonpoint qui diminua, il s'établit une prédominance îirilf du système musculaire ^1). >

Des neuf observations de hernie ovarienne que la science possédait à Topoquc de la première édition de ce livre, mai? dont le nombre a bien augmenté depuis ce temps, troii^ seulement se rapportent au dépincement simultané des deux o\aire^: celle de Percival Pott, que l'on vient de lire; celle de Desault, qui trouva dans le môme sac la matrice, les deux trompe? et les deux ovaires; enfin, celle de Murât, qui rencontra dan^ une hernie crurale l'utérus, ses appendices et une partie du vagin.

Le déplacement que j'examine ici paraît n'exercer aucun* modification sur la vitalité des ovaires. La femme opérée pjf Percival Pott avait continué à être bien réglée, malgré la pn> sencc de ses deux tumeurs inguinales; et la turgescence dont ces organes sont le siège aux époques menstruelles, bien que niée par quelques chirurgiens modernes (2), a été notée ?ur les ovaires hernies par Mauriceau, Littre, Deneux, sur le cadavre, et par P.-L. Verdier sur le vivant.

Ce n'est donc pas en suspendant le travail physiologique de

iU Percival PoM, loc. cit,

(î) Voy»»z la thèse de M. Louiuaigne sur les hemie$ de$ ocaint.h' ris, 1809, inspirée par M. Dolbeau.

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