‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 93 sur 106 · TITRE III. — TROUBLES DE LA FONCTION TUBAIRE · texte numérisé non relu

TITRE III. — TROUBLES DE LA FONCTION TUBAIRE

Si Ton réfléchit au rôle important que la trompe utérine joue dans le mécanisme de la génération, et à Tétroitesse da canal qui la constitue, et par lequel passe l'ovule, on comprendra de quelle valeur doivent être, au point de vue où nous sommes placé, les moindres altérations de cet organe. Gependant, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer pour les testicules et les ovaires, les chances fâcheuses que créent de semblables conditions anatomiques et pathologiques, sont diminuées de moitié par le fait seul de la duplicité de l'appareil. De plus, leur position dans les profondeurs de la cavité abdominale met les trompes & l'abri des violences extérieures, tout en les exposant, il est vrai, par la mobilité dont elles doivent jouir pour remplir leurs fonctions à des déplacements dont on a déjà pu se faire une idée par ce que j'ai dit plus haut des déplacements des ovaires.

Cette situation des trompes dans l'abdomen et les rapports intimes qu'elles entretiennent avec le péritoine, l'utérus et te ovaires constituent des obstacles presque insurmontables ao diagnostic de leurs maladies : leur position les soustraite nos moyens directs d'investigation ; et leurs rapports de voisinage mêlent, dans une symptomatologie commune, les signes de leurs lésions avec ceux des affections péritonéales, utérines ou ovariennes.

Cependant je ne veux pas dire d'une manière abscdue que les trompes ne puissent pas être malades essentiellement: mais, qu'elles le soient seules ou consécutivement à l'affection d'un organe voisin, le diagnostic de leurs lésions est entouré

VICES ItE CONFORMATins IIES TBOMPES UTÉRINES. 66S

de tant de mystères et. leur traitement de tant de difficultés, que leur histoire se réduit pour ainsi dire à quelques faits d'anatomie pathologique. Je ne rappellerai ici que les plus importants.

§ ■• ~~ WlecB de «ontominllon dra Irompca nt^rlncu.

L'anomalie porte tantôt sur la totalité, tantôt sur une partie des trompes.

Absence. — L'absence complète des oviductes est un fait sssezrare; quand on l'a rencontrée, elle coïncidait toujours avec l'absence ou un arrêt de développement de l'utérus; il en doit être nécessairement ainsi, puisqu'au début, les trompes et la matrice ne forment qu'un seul organe, les canaux du Mûller. Quelquefois, plus rarement, on constate aussi l'absence lies ovaires et des ligaments utérins; mais, dans tous les cas, si les trompes manquent des deux côtés, la stérilité est absolue et irrémédiable. Si au contraire l'absence n'est qu'unilatérale, la fécondation est possible, comme il y en a des exemples.

Développement rudimenlaire. — Sous cette dénomination Scanzoni comprend plusieurs anomalies : < On désigne, dit-il, sous le nom de développement mdimentaire des oviductes une anomalie telle, que de l'un ou des deux côtés de l'utérus on ne rencontre qu'un rudiment des trompes plus ou moins grand, tantôt fermé, tantôt ouvert à son extrémité extérieure. Il faut faire rentrer dans la même catégorie les restes de ces organes que l'on rencontre quelquefois dans le voisinage des ovaires en l'absence complète de l'utérus, ainsi que le développement insuffisant du parenchyme des trompes, avec le peu d'épaisseur des parois de cet organe, qui en est la conséquence. Il faut enfin aussi désigner sous le nom de développement rudimentaire la trop grande étruitesse de tout le canal, la longueur inégale des deux oviductes, qui accompagne fré-

nération Toblitération des deux trompes utérines, et l'histoire des faits nécroscopiques ne nous apprend raaiheureusemeot pas grand'chose sur la symptomatologie de cette affection.

De plus, comme je le faisais remarquer plus haut, les maladies des organes voisins avec lesquels les trompes ont des relations pathologiques si étroites, que beaucoup d'auteurs nient qu'elles puissent être affectées isolément; les maladies des organes voisins, dis-je, masquent les signes propres aux lésions tubaires, et ce n'est que par une espèce d'intuition que celles-ci peuvent être soupçonnées sur le vivant.

Cependant un chirurgien anglais, Tyler Smith, s'appuyanl sur la méthode d'exclusion, croit être parvenu, sinon à diagnostiquer certainement l'oblitération des trompes, du moins à acquérir certaines présomptions relativement à son existence ; fort de cette espèce d'instinct, secondé par l'expérience, il est allé même plus loin, et il a eu la prétention, bien souvent conçue avant lui, de pratiquer le cathétérisme, et par conséquent la désobstruction des trompes de Fallope.

Je comprends que Ton puisse arriver, dans certains cas éclairés par des renseignements de toutes sortes, à diagnostiquer d'une manière plus ou moins certaine roblitération des trompes; mais vouloir sur le vivant introduire une sonde dans ces mêmes trompes, la prétention me paraît exagérée; si l'entreprise réussit, je crois qu'il en faut rapporter tout l'honneur au hasard.

Quoi \ sur le cadavre et l'utérus étant ouvert on ne parvient pas sans peine à faire entrer un corps étranger dans les trompes, et Ton veut que, sur le vivant, cette opération soit possible autrement que par l'effet du hasard, au milieu des variations de forme, de longueur et de position de la matrice, si difficilement appréciables pendant la vie, et dont la détermination me semble pourtant nécessaire pour arriver exactement à Touverture supérieure des trompes.

AnHÉBBMCES RES TROMPES UTÉRINES. 6fl7

Je m'abuse peut-être sur les difficultés de l'opération, car 'yler Smith a fait construire des sondes avec lesquelles, ssure-t-il, il est non-seulement parvenu jusqu'aux trompes, Qais encore il a débarrassé ces organes des matières qui les bstruaient, et il a rendu ainsi la fécondité & des femmes qui n étaient privées.

J'ignore si Tyler Smith, qui a publié un bon ouvrage ur ce sujet (1), continue à Londres de pratiquer avec succès e catbétérisroe des trompes de Fallope ; mais je sais qu'en i'rance personne ne s'est fait le champion d'une pratique dont 'expérience a depuis longtemps montré l'inanité et les dan- ;ers.

Cette conclusion est d'autant moins consolante que l'art est empiétement désarmé contre de semblables affections, et [u'il nous faut remettre à la nature le soin exclusif d'une guéison devenant, par cela même, plus que problématique.

Des adhérences se font quelquefois entre diverses courbures les trompes, comme il arrive aux circonvolutions de l'intesin à la suite d'une péritonite; dans ce cas, il résulte soit des accourcissements, soit des déformations de l'oviducte, qui liminuent et oblitèrent même l'intérieur du canal.

Dans d'autres circonstances l'adhésion des trompes se fait :vec la face postérieure de l'utérus ou tel autre point voisin, ilus ou moins éloigné de l'ovaire.

Les causes les plus ordinaires de ces adhérences sont les naladies qui atteignent principalement l'enveloppe séreuse : 'inflammation péri-utérine, la péritonite pelvienne, la péri-

(i) Tyler Smith, Parlttrition and Ihe principles and praclice ofobsteries. UrJon, 18i9, in-12.

métrite, rhématocèle, etc. Dans une observation citée plus haut (1) j'ai rapporté le fait d'une adhérence consécutÎTel rinflammation des ganglions lombaires.

Mais quel que soit le point de départ de ces adhérences, k stérilité est absolue, parce que, les rapports de l'ovîducleetde Tovaire étant changés, le pavillon ne peut plus embrasser la vésicule de de Graaf, arrivée à maturité, ni par conséquent recevoir Tovule.

L'art est désarmé devant un pareil accident ; le hasard seul peut quelquefois rompre l'adhérence, ainsi qu'il est advenu dans Tobservation que je rappelais tout à Theure.

§ IV. — Déplaeemeats des ir^nnpes «térisca.

En parlant de la hernie des ovaires, j'ai indiqué l'observation do Bessière, dans laquelle le pavillon seul de la trompe fut trouvé à côté d'une anse d'épiploon, et celles de Desault et de Murât, dans lesquelles l'utérus et ses annexes occupaient le sac.

Je ne reviendrai pas sur ces divers faits, et je rappellerai que M. Dolbeau a présenté en 18ôA, à la Sociéié atiaiamiqtUj une observation analogue à celle de Bessière, et que le secrétaire de cette Société, Bauchet, a résumée de la manière sui« \ante : « Une malade était entrée, dit-il, dans le service de Velpeau, avec une tumeur rouge fluctuante dans le pli de l'aine, au niveau du canal inguinal, tumeur parfaitement irréductible et qui fut incisée. Il s'écoula du pus; puis, deux jours après, survint une péritonite qui enleva promptemeotia malade. On trouva à l'autopsie cette poche purulente qui s'était formée dans un sac herniaire ; dans ce sac, la trompe qui portait elle-même un kyste de son pavillon. A l'ouverture in-

(0 Voyez la pa^e 652.

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