‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 96 sur 106 · LÉSIONS VITALES DU COL DTÉIHN · texte numérisé non relu

LÉSIONS VITALES DU COL DTÉIHN

n'est point ici, est-oo autorisé à préjuger de la fécondité d'une femme d'après la somme de plaisir qu'elle prend à la copulation? Je n'hésite pas h répondre par la néfiative.

Tous les jours, des femmes sont fécondées en apportant au coït l'indifférence, le dégoût et même la haine; tous les jours des femmes sont fécondées au milieu des souffrances qu'entraîne souvent la perte de la virginité, ou au milieu des douleurs morales et physiques du \iol; évidemment, dans toutes ces circonstances la volupté, ou même la plus simple émotion amoureuse n'a point été nécessaire pour l'excitabilité du col utérin ; celle-ci a obéi h. son excitant naturel, le sperme, et le col de la matrice, pour se contracter et se dilater, n'a pas eu besoin d'un signal parti du consensus intime ou du clitoris. La fécondation s'est faite en dehors des relations que l'utérus entrelient avec l'économie, par l'action seule de la vitalité propre de la matrice.

Mais si l'excitabililé utérine est indépendante, dans de certaines limites, de l'existence du plaisir vénérien, il n'en est plus de même, dans beaucoup de cas, quand ce plaisir atteint une puissance trop forte; la matrice retombe alors sous l'empire des lois générales de l'organisme et prend sa part de l'exaltation que le coït communique h l'économie tout entière.

C'est ce qui arrive en effet.

Les mariages d'amour à leur début et les femmes trop passionnées sont également stériles. Dans les ardeurs et les tressaillements d'un cuït épileptiforme, l'utérus, spasmodiquement contracté, resserre et bouche TouverLure du museau de tanche et force ainsi le sperme à se perdre sans proGt dans la cavité vaginale; de plus, dans les convulsions de la volupté, les rapports d'opposition de l'organe mâle et de l'organe femelle sont altérés, et celte cause, toute mécanique, bien connue des femmes habiles dans l'art d'éviter les grossesses, joue un rôle

plus important qu'on ne pense dans la stérilité des personnes à tempérament de feu.

Cependant, toutes les femmes qui trouvent dans la copulation des voluptés convulsives ne sont pas fatalement condamnées à rinfécondité ; je pourrais citer de nombreux exemples de fécondation accomplie au milieu du délire én)tique le plus prononcé. Dans ces cas, Tutérus ne participe pas à Texcitatîon générale, et tout Téréthisme se concentre dans Tappareil copulateur; je suis convaincu que si Ton pouvait examiner la matrice dans ces rapides instants de délire cynique, on serait étonné de sa régularité fonctionnelle, au milieu du dé!>onlrc d'action qui caractérise toutes les autres fonctions de lonranisme. Ici encore, le plaisir vénérien ne peut être pris comme thermomètre de l'excitabilité utérine, et c'est ailleurs qu'il faut chercher les signes de la diminution ou de l'augmentation de son énergie.

C'est ce que je vais essayer de faire dans les deux paragraphes suivants :

Insuffisance de F excitabilité du coldetutérus. — Lescaiises qui peuvent amener cet état sont nombreuses et variées; elles sont générales ou locales.

Les causes générales sont toutes celles qui agissent sur la vie plastique ou sur l'innervation, et dont l'élude m'a trop occupé dans maints endroits de ce livre, pour qu'il soit utile de m'y arrêter davantage ici.

Quelquefois, les troubles de la nutrition ou de l'innervation sont purement locaux, et la diminution de l'excitabilité d»i col est indépendante de toute affection anémique ou de toute affection nerveuse.

Il est quelquefois difOcile de saisir le point de départ de ce» états morbides, en dehors des c^iuses dont je vais parler toute l'heure ; mais il m'est impossible de ne pas admettre leur existence, car, au moment même où j'écris ces lignes, j*en ai uo

INSUFFISANCE d'eSCITABILITÉ DU COI. UTKlllK. 709

nouvel exemple chez une femnie deveuiie grosse après Ituil années de mariage stérile, et dont l'infécondité n'a été combattue (]u'au moyen des excitnteurs capables de réveiller Texcitabilité du col de l'utérus.

Muis eu dehors de la dépression générale des forces plastiques et des forces nerveuses, et en dehors aussi des états idîosyncrasiques du col utérin, les causes qui aO'aibHsgent l'excitabilité de ce dernier sont : 1° la continuité des coïts incomplets ; a* les excès vénériens.

Coït incomplet . — J'appelle coït incomplet, au point de vue de la femme, l'excitation voluptueuse sans réception de la liqueur spermatique dans ses organes.

Voyons les résultats que celte pratique entraîne.

Le désir et la volupté copulatricc éveillent, comme je l'ai dit plusieurs fois, la sensibilité de la matrice, et la préparent & recevoir l'excitalion normale du spei'me.

Si celle-ci fait défaut, alors que la femme prend une part active à la copulation, la sensibilité utérine, éveillée par la sensibilité erotique, réagit sur la mobilité d'une manière confuse, et sollicite des contractions sans suite et sans règle, contrairement à ce qui se passe sous rinfluence des saccades sperraatîqnes.

Si ces manœnvres se renouvellent et durent un certain temps, la sensibilité utérine unit par ne plus répondre qu'à l'excitation copulatrice, et à devenir étrangère à l'influence de l'excitatioii séminale.

L'habitude s'impose aux organes comme aux facultés de l'esprit.

L'affaiblissement de l'excllabilité du col n'est pas le seul dommage qu'entraîne le coït incomplet : les ulcérations si nombreuses aujourd'hui ne reconnaissent souvent pas d'autre cause; on dirait une terre brûlée par le soleil qui, en l'absence d'une pluie bienfaisante, se fendille et se crevasse.

Mais revenons à notre sujet.

Si la femnie n'apporte à la copulation que rindilTérenw», Texcitabililé du col se perd comme toutes les fonctions qiii ne sont point exercées ; c'est ainsi que s'explique l'infécondilé des femmes qui se marient après trente-cinq ans.

Mais, froides ou passionnées, on rencontre tous les jours des femmes qui, par une suite non interrompue de coïts incomplets, ont perdu Taptitude à la fécondation.

Un de nos confrères avait borné à un enfant son ambition paternelle; pendant dix-huit ans, les relations maritales furent incomplètes, c'est-à-dire, que dans la crainte d'une nouvelle paternité, le mari éjaculait hors des organes de sa femme.

A dix-huit ans l'enfant mourut.

Le père voulut alors réparer cette perte ; mais la nature le punit de l'avoir pendant si longtemps frustrée : ses efforts furent inutiles.

Les exemples de ce genre abondent.

Quelquefois l'utérus reprend sa sensibilité normale, soit par le fait seul de l'exercice de la fonction, soit à la suite d'un traitement sédatif ou excitateur, selon qu'il faut calmer l'excitabilité erotique de l'utérus ou réveiller son excitabilité sèmimk-

Excès vénériens. — Les abus des organes sexuels par la copulation peuvent avoir lieu de deux manières : ou le con^nsus intime reste étranger au rapprochement des sexes et le coït se réduit alors, selon l'expression de Champfort, au contact de deux épidermes : c'est la copulation des flilos publiques ; ou le consensus intime intervient par le désir, cl la volupté est alors la conséquence, j'allais presque dire la récompense de cette intervention. Dans le premier cas, il n'y aabu^ que de l'organe copulateur, c'est-à-dire il n'y a abus que d'un tissu organique, dont les altérations sont celles de tout autre tissu analogue soumis aux mêmes influences ; dans le second cas, au contraire, il y a abus du sens générateur, abus <fc

: d'kxcitabilité nn col tTÉRjN, 7H

lous SCS attributs : diïsirs, tressaillements araoïircux, volupté, etc., etc.

- Pour les distinguer les uns des autres, je nommerai volontiers les résultats des premiers excès copulalettrs ; et ceux des seconds, excès voluphteux.

La distinction que j'Établis ici est très-importante, comme on va le voir par ce que je vais dire de l'inHuence de chacun de ces escès.

Je parlerai d'abord des excès copulateurs.

Avant les recherches de Parent-Duchâtelet, il était d'opinion courante que les prostituées étaient généralement slériles;oii ne se rendait pas un compte exact des moUfs de celte infécondité, et, sans plus ample informé, on eu faisait un attribut fatal de ce misôrable métier.

Parent-Duc ha telet ne se contenta pas de raisons aussi légères, et il entreprit de donner une base solide à l'opinion, quelle qu'elle fUt, que l'on devait se faire de l'aptitude des prostituées à la fécondation.

Hes recherches l'amenèrent à des résultats bien différents de ceuï sur lesquels reposait la croyance commune ; s'il reconnut, en effet, qu'un petit nombre de prostituées parvient jusqu'au terme ordinaire de la gestation, il constata qu'en général ces malheureuses n'avaient point perdu l'aptitude à la fécondation, làoit qu'elles le provoquent par des moyens criminels, soit que les circonstances anormales de leur vie de débauche et de désordres le favorisent, un aiortemenl plus -ou moins précoce est le résultat ordinaire de leur conception. Sans nous arrêter à l'avorlement provoqué par des manoeuvres coupables et dont personne ne met en doute la fréquence, je rappellerai, comme confirmant les idées que j'ai déjà émises sur les avorteraents précoces et dont j'aurai plus loin à étudier l'étiologie, je rappellerai le passade suivant du livre de Parent- Duchâlflet, qui contient en même temps l'opinion d'un des

hommes les plus compétents en embryologie, de Serres: c J'ai parlé plus haut, dit Parent-Ducbàtelet, de rirrégularitr de la menstruation chez quelques prostituées et des interniptions que présentait chez elles cette évacuation dans une foule de circonstances ; ne pourrait-on pas les attribuer à une conception et à une véritable grossesse? Cette opinion, qui i été émise devant moi par plusieurs médecins et physiologistes distingués, acquiert une grande probabilité par les observations faites par M. Serres, lorsque les prostituées étaient soignées dans une des divisions de la Pitié. Je transcris ici les réponses que cet académicien Gt à mes questions : « I^ » pertes abondantes sont rares chez ces femmes, mais les plus » jeunes ont souvent des retards dans leurs r^les, qui se ter- » minent par l'expulsion de ce qu'elles appellent un bwidm, ') Pendant deux années je ne fis pas attention à cette exprès* ») sion; mais, ayant dirigé mes recherches sur rembrjologie, » j'examinai avec soin ces productions, et il me fut facile d'j » reconnaître tous les caractères de l'œuf humain. J'ai pu, » dans un court espace de temps, en recueillir un grand nom- » bre, qui tous étaient sortis à une époque qui indiquait uof » conception de quatre à cinq semaines; c'est toujours sur des » filles de dix-huit ans que j'ai pu faire ces observations (!)• » Cette dernière phrase semblerait indiquer que l'exercice prolongé du métier de prostituée fait môme perdre le triste privilège de l'avortement précoce par l'absence complète de toute conception ; cependant, il est d'une notoriété inconte»* table que, lorsqu'une de ces malheureuses dit adieu au lupi* nar, se marie ou rentre dans les conditions d'une vie régulière, non-seulement elle montre, comme toute autre femme, laptitude à la fécondation, mais encore elle, retrouve la fi-

(1) Parent-DuchAtelet, De la p}mtitution dans la viUe de Parii, i? édil., t. I, p. 235 et 230.

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