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giqiie, établit-il la concentration absolue de la sensibilité génitale dans le clitoris? Je ne le pense pas. D'abord, et maintes observations l'attestent, l'amputation du clitoris, en faisant cesser les accès d'érotomanie, n'a pas tari cbez la femme la source des voluptés ; secondement, pendant le rapprochement sexuel, les époux prennent quelquefois des postures oii il est impossible que le clitoris soit touché par la verge de l'homme, et pourtant la femme n'est pas frustrée dans ses droits; on dirait même qu'elle atteint une plus grande somme de volupté. Bien plus, des femmes m'ont avoué être complètement insensibles aux titillations du clitoris et n'éprouver du plaisir que par les frottements de la verge ou de tout autre corps contre les parois de l'entrée du vagin ; ainsi s'expliquent les manœuvres de certaines masturbatrices qui, dédaignant la sensibilité du clitoris, introduisent dans la cavité vaginale des corps de toute forme et de toute espèce : évidemment, si le clitoris était le siège exclusif du plaisir, il serait aussi le siège unique sur lequel porteraient les manœuvres des femmes livrées à l'onanisme.
Le tissu érectile qui rampe entre les membranes qui constituent le vagin, et les deux bulbes du vestibule rendent parfaitement compte delà sensibilité dont je parle.
Il faut donc reconnaître que, dans l'évolution du plaisir sexuel, le clitoris remplit un rôle important, mais que ce rôle ne lui appartient pas d'une manière exclusive, et que d'autres organes de l'appareil copulateur ont une part plus ou moins grande dans le développement de cette sensibilité spéciale.
En veut-on un exemple? Parent-Duchatelct cite le fait suivant, dans lequel le clitoris était frappe d'insensibilité malgré son développement considérable, mais à cause peut-être de l'absence des organes génitaux internes : « A l'époque oii je faisais ces recherches, dit cet exceUent observateur, on ne connaissait à Paris que trois prostituées dont le clitoris présentait un développement notable; mais sur une d'elles ce dé-
veloppcmcnt était onormo, car cet organe avait la longueur de 8 centimètres (3 pouces), et en grosseur il égalait le doigt indicateur; on y remarquait un gland bien formé et recouvert d'un prépuce, au-dessous duquel se trouvait de la matière sébacée : c'était, à s'y méprendre, la verge d'un enfant de douze à quatorze ans, peu avant sa puberté. Cette fille, âgée de vingt-trois ans, n'avait jamais été réglée et n'offrait pas la moindre trace de mamelles; il est probable qu'elle manquait également d'utérus, car le toucher par le vagin ne faisait reconnaître qu'un tubercule sphérique sans ouverture, et la môme exploration pratiquée par le rectum constatait l'absence de l'organe; malheureusement on n'a pas eu recours au spéculum pour cet examen important. Cette fille ayant été pendant longtemps à la prison des Madelonnettes, les médecins de cette prison ont cherché à découvrir quelle pouvait être l'influence d'un pareil état sur l'activité des passions erotiques; mais cette fille leur a toujours dit qu'elle était aussi indifférente pour les hommes que pour les personnes de son sexe ; qu'elle ne s'était livrée à la prostitution que par l'excès de la misère et du besoin, et que si elle avait eu pendant quatre ans un amant dans son pays, elle n'était restée avec lui que parce qu'il pourvoyait à son existence. J'ai fait surveiUer cette fille pendant six semaines, je l'ai fait questionner par plusieurs personnes, et jamais elle n'a varié dans ses réponses. Sortie de prison, elle a tenu un langage semblable aux médecins du dispensaire, qui me l'ont rapporté.
» Cet état d'indifférence pour un autre sexe, malgré un développement aussi considérable du clitoris, pourrait, jusqu'à un certain point, s'expliquer chez cette fille par l'absence de l'utérus, et probablement par celle de ses annexes (i) . »
(1) Parent-Duchatclet, De la prostitution dans la ville de Paris, S'^ édit. Paris, 1837, t. I, p. 209 ci 210.
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Si un dévoloppement aussi considérahlc du clitoris coïncide avec une frigidité tout à la fois morale et physique, il faut bien admettre, à moins de repousser toute idée physiologique, que cet organe n'e:>t pas le siège exclusif du plaisir cliez la femme, et qu'il ne concourt que dans une certaine mesure h la manifestation des désirs érotiques et de la volupté.
Quoique le plaisir vénérien soit le résultat d'une sensibilité spéciale, comme la vision, le goût, l'odorat, etc., il n'en est pas moins sous l'empire de la sensibilité générale, et, à ce titre, subissant toutes les altérations dont celte sensibilité peut être affectée. Ainsi toutes les maladies des centres nerveux, celles des nerfs sacrés qui se distribuent aux parties génitales de la femme, peuvent amener la suspension ou l'anéantissement de la sensibilité sexuehe.
Je ne puis ici, on le comprend, faire l'énumération de ces maladies, dont l'étude appartient bien plutôt à un traité général de pathologie qu'à une monographie du genre de celle-ci. Il doit me suffire de noter les relations qui peuvent exister entre les altérations de la sensibihté érotique et les affections si multiples et si diverses auxquelles sont exposés les centres nerveux et les nerfs qui président à la sensibilité génitale. Ainsi, par exemple, et pour ne citer qu'un seul fait, il est certain, comme j'ai eu l'occasion de m'en convaincre dans deux circonstances, qu'une tumeur pressant sur le plexus sciatiquo est susceptible d'amener la paralysie du nerf honteux, et, par suite, d'éteindre la sensibilité vénérienne.
C'est peut-être par une explication analogue que l'on parviendrait à se rendre compte de l'indifférence qu'éprouvent certaines femmes après des repas copieux, pendant la grossesse ou dans un état habituel de constipation.
Quoi qu'il en soit, et si l'on se rappelle combien est rare la frigidité idiopathique, on doit apporter la plus grande attention dans l'examen de la malade ; car bien souvent, si l'on
s'aiTôtc à un examen superficiel, on prend pour une frigidité essentielle un symplôme i)ur et simple de quelque affection, soit de la moelle, soit des nerfs qui vont animer les parties génitales de la femme.
Le diagnostic différentiel est donc, en cette circonstance, de la plus haute, et je pourrais même dire l'unique importance, car le pronostic et le traitement de la frigidité sont entièrement subordonnés à la gravité et à la nature de l'affection première.
Maladies des organes internes de la génération. — Quand on réfléchit que le désir et le plaisir vénériens ne sont pas autre chose que l'exûtant et la récompense, si je puis ainsi dire, de l'acte reproducteur, on se demande si, dans les cas 011 la reproduction est impossible, comme en l'absence de l'utérus et des ovaires, la nature a respecté un aiguillon dont elle n'a plus que faire, et une rémunération dont la femme ne peut plus se rendre digne; en d'auti'cs termes, l'absence des conditions fondamentales de la fécondation chez la femme condamne-t-elle le sens vénérien au silence et au repos ?
Voici une observation prise à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Rostan, et que j'ai publiée dans le journal que je dirigeais à celte époque (1) ?
La femme qui en fait le sujet est une prostituée, c'est dire que j'ai eu toute facilité dans les moyens d'investigation.
Les organes externes de la génération sont normalement conformés ; le pubis est couvert de poils, comme chez le commun des femmes ; les grandes et les petites lèvres ont un développement ordinaire, et le clitoris ne présente rien de remarquable pour la forme et pour la grosseur ; les seins ont un volume convenable et sont en harmonie avec toutes les parties du corps qui offrent les attributs du sexe féminin ; la voix n'est
(1) France me (Hc (lie et pharmaceutique, t. II, p. l iO, 1855.
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point mâle, et rien, clans l'habitude extérieure de cette femme, ne trahit l'étrange conformation de ses organes internes de la géni'-ration.
En introduisant le doigt dans le vagin, on éprouve, dés l'entrée, une résistance dont on ne tarde pas à se rendre compte : on est au cul-de-sac vaginal, qu'avec un léger effort on refoule dans le bassin de toute la longueur du doigt qui pratique le toucher. Ce cul-de-sac est entier, sans solution de continuité, et ne porte pas la moindre trace de col utérin. Exploré dans tons les sens, par le toucher et au spéculum, pressé dans toutes les directions, il ne laisse soupçonner aucun vestige de matrice, et l'on cherche vainement ce bouton ou cette espèce de tubercule signalés par quelques auteurs.
Le toucher rectal confirme les données fournies par le toucher vaginal, et l'utérus ne révèle sa présence par aucun indice, quelque faible qu'il soit. Le doigt, introduit dans le rectum, arrive librement à la rencontre de celui qui presse le cul-de-sac du vagin, et perçoit, sans autre intermédiaire que les membranes vésicale et intestinale, une sonde introduite dans le réservoir urinaire.
Bien évidemment il y a ici absence complète, absolue de l'utérus.
En est-il de même des ovaires?
M. de Beauvais assure ne les avoir jamais rencontrés; pour moi, en portant le doigt assez haut dans le rectum, j'ai bien distinctement touché deux corps ovoïdes, flottant dans le bassin, et de la grosseur à peu près d'une aveline. Sont-ce les ovaires, ou sont-ce simplement quelques ganglions engorgés du mésentère ? Dans ce dernier cas, il faut avouer que la coïncidence est bizarre et que la nature se plaît à semer sur notre voie des sujets de doutes et d'erreurs.
Comme on le doit penser, l'hémorrhagie menstruelle ne s'est jamais montrée chez cette femme, qui, d'une in-
h^ll IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.
telligence assez bornée, n'a que des réponses contradictoires sur les questions qu'on lui adresse relativement au 7nolimcn.
Le sens vénérien, sans présenter une grande énergie, existe pour les désirs et pour la sensation voluptueuse. Avant de tomber dans la prostitution, cette femme avait aimé, et, comme le coït est douloureux, par suite de la brièveté du conduit vaginal, elle trouve le plaisir dans les attouchements de l'homme et dans la masturbation, à moins que le congrès ne s'accomplisse avec certains ménagements, auquel cas l'union sexuelle lui procure la volupté.
Rapprochons maintenant cette observation des faits analogues que possède la science, et voyons jusqu'à quel point nous pouvons répondre à la question que nous nous sommes posée, à savoir : L'absence des ovaires ou celle de la matrice détruitelle le sens vénérien ou génésiaque?
Le rôle secondaire auquel l'utérus a été réduit dans l'acte de la fécondation par les travaux de Harvey, de Sténon, de R. de Graaf et de tous les ovologistes modernes, fait prévoir que ses anomalies et ses maladies n'ont pas sur l'appareil génital l'influence que les anciens lui attribuaient. Baudelocque rapporte un cas d'absence complète de matrice avec conformation normale des organes externes de la génération (1) . Le professeur Heyfelder (d'Erlangen) a publié une observation analogue, et il a noté que la femme qui portait ce vice de conformation aussi complet que possible, non-seulement accomplissait le coït dans toutes les conditions physiologiques, mais encore avait, à chaque époque menstruelle, une perte de sang par l'urèthre (2). On ne peut méconnaître ici l'existence des ovaires. Krahmer avait déjà rapporté une observation ana-
(1) Baudelocque, Art des accouchements. Paris, 1796, t. I, p. 183.
(2) Heyfelder, Deutsche KlmiJc, 1854, n° 51.