‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 106 sur 164 · FRIGIDITÉ SYMPTOMATIQUE. — MALADIES LOCALES · texte numérisé non relu

FRIGIDITÉ SYMPTOMATIQUE. — MALADIES LOCALES

logiie(l), tandis qu'Engel et Dupuytren avaient directement constaté, sur le cadavre, la présence des ovaires coïncidant avec l'absence complète de la matrice. — Le fait qne j'ai recueilli à l'Hôtel-Dieu et que j'ai rapporté plus haut, s'il ne démontre pas l'entière indépendance des ovaires à l'endroit de rutérus, comme les faits d'Engel et de Dupuytren l'ont prouvée au point de vue anatomiiiue, et comme les observations de Kralimer et de Heyfelder l'ont constatée sous le rapport physiologique, ce fait, disons-nous, rapproché de ceux que j'ai cités, et dontj'aurai^pu augmenter le nombre, ne laisse aucun doute sur l'inanité des relations que l'on a voulu établir entre l'organe gestateur et l'organe copulateur, entre les fonctions utérines et le sens vénérien.

Au point de vue purement anatomique de ces relations, l'observation de Parent-Duchatelet, que j'ai rapportée plus haut, montre que le principal organe du plaisir, loin d'avoir suivi la destinée de l'utérus, a été soumis, au contraire, à une loi inverse de développement, et qu'il ne peut être accusé, par conséquent, de subordonner ses fonctions à celles de la matrice. Ainsi, au nom de la théorie inductive et au nom de Texpérience, l'absence et les maladies de la matrice n'altèrent aucune des conditions du coït physiologique, c'est-à-dire désirs vénériens, réception de la verge dans le vagin, et enfin volupté amoureuse.

Mais, au nom de la môme théorie inductive, par cela même que les ovaires remplissent, dans la physiologie de la reproduction, le rôle par excellence, qu'ils sont le signal et qu'ils fournissent les éléments de la faculté génératrice, il faudrait que tout le sens génital fût sous leur dépendance, et que leur empire s'étendit, non-seulement sur

(1) L. Krahmer, Handbuch der gerichtUchen Medizin.lhWe, ISM,

les organes mis au service de ce sens, mais encore sur Tincitateur interne, sur le consensus intime qui le dirige dans ses volitions.

Beaucoup de physiologistes l'ont ainsi pensé, et R. de Graaf a exprimé cette opinion en cette espèce d'aphorisme : Castrata animalia feminas putamiis^ dit-il, non solnm fecimditate destitmintnr , sed venereœ voluptatis omnem deponunt appetitum (1). Malheureusement, l'observation ne confirme pas cet axiome : la conservation des désirs et du plaisir vénériens, coïncidant avec l'absence congénitale ou accidentelle des ovaires a été observée et les exemples n'en sont pas rares dans la science. Alors, en présence de cette dérogation aux lois de la physiologie, on est porté à se demander si la copulation, dans la race humaine, n'est bien exclusivement que le premier acte de la génération, ou si, eu égard à notre nature morale, elle n'est pas également un moyen, un instrument, si je puis ainsi dire, de sociabilité?

S'il en est ainsi, comme permet de le supposer la faculté accordée à l'homme seul d'acconiplir le congrès en tout temps, et à laquelle prennent graduellement part les animaux réduits en domesticité, l'absence, et à plus forte raison les maladies des ovaires, ne doivent exercer sur le sens vénérien, et, par suite, sur l'appareil copulateur, qu'une influence bornée et peut-être nulle.

Il faut se garder d'établir, comme on le fait communément, une analogie trop frappante entre le testicule et Tovaire. Au point de vue de la génération, leurs rôles, il est vrai, sont identiques : l'un sécrète le produit mâle, et l'autre le produit femelle, tous deux indispensables pour la formation d'un individu nouveau; mais, sous le rapport du plaisir vénérien, tout

(1) De mulicrum organis, etc. {Bibliothèque anatomique de Mangei. Genève, 1685, t. I, p. 613).

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un monde les sépare : tandis que le produit de l'ovaire reste complètement étranger au développement de la volupté amoureuse, le produit du testicule, au contraire, est la source même de cette volupté. Malgré ce qu'ont pu dire certains physiologistes, le véritable délire erotique chez l'homme n'a lieu qu'au moment de l'éjaculation spermatique ; tandis que, chez la femme, que l'ovaire émette ou non son ovule, le plaisir est le même. Je sais bien qu'à l'approche des règles, le désir vénérien s'accroît et le spasme cynique augmente: mais cette recrudescence a ses motifs dans l'état congestif de tout l'appareil génital, à la suite duquel une hémorrhagie va se produire.

Laissons donc une analogie impossible, au point de vue érotique, entre les testicules et les ovaires, et n'évoquons pas les éternels fantômes des eunuques et des castrats, qui d'ail- . leurs abdiquent si peu leur ressource de sociabilité, que les dames romaines, du temps de Perse et de Juvénal, en usaient largement pour la plus grande gloire de leur honneur et le contentement de leur famille.

Sous le rapport anatomique, la question de corrélation entre le développement des ovaires et celui de l'appareil copulateur est jugée par les faits. Contre un cas de Morgagni, dans lequell'absence des ovaires coïncidait avec un arrêt de développement des organes du coït (1), il serait facile d'apporter des observations nombreuses où la môme anomalie existait avec une bonne conformation de l'appareil génital externe. Bien plus, la femme dont Parent-Duchatelet nous a tout à l'heure raconté l'histoire, et chez laquelle l'absence des ovaires était rendue probable par le manque absolu de menstruation et par l'effacement des n amehes, cette femme, dis-je, loin de présenter une atrophie de l'organe copulateur par excel-

(1) Morgagni, De sedib. et caus. morborum. Naples, 1762, epist. xlvi, art 20.

hlS IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

lence, offrait, au contraire, un clitoris énorme. — Noire malade de l'Hôtel-Dieu, si M. de Beauvais a porté un diagnostic plus juste que le mien, est un nouvel exemple de la parfaite conformation des organes externes de la génération coïncidant avec l'absence congénitale des ovaires.

Au point de vue physiologique, les ovaires, au dire de beaucoup d'auteurs, exercent sur le sens vénérien une influence quelquefois contraire. Ainsi, pendant que Hessycliius et Suidas accusent Gigès d'avoir fait extraire les ovaires à des femmes pour en obtenir plus de volupté, Boerhaave rapporte, d'après Wier et de Graaf, le fait d'im cliAtreur de porcs, qui, irrité du désordre dans lequel vivait sa fille, lui extirpa les ovaires, et éteignit ainsi chez elle le feu qui la dévorait (1).

Des observations tendant à prouver le même fait ont élé rapportées par J.-A. Cook (2), Colombi (3), Robert Gooch (/i), etc. De plus, certaines relations ont été notées, d'une part, entre l'énergie du sens génital (désirs et plaisirs), et d'autre part entre l'état des ovaires et la menstruation : ainsi, pour les ovaires, Théoph. Donet raconte l'histoire d'une jeune fille dont l'anlour contrarié anlena la mort, et qui présenta à l'autopsie les ovaires gonflés et contenant des vésicules volumineuses (5). Pour les menstrues, on a remarqué que le désir et le plaisir vénériens sont plus prononcés à l'approche des règles qu'à toute autre époque; et que l'hémorrhagie mensuelle est plus abondante chez

(1) lioerha.di\G, Prœlectiones academicœ.heyàe, l76i, t. II, p. 127, cl Graaf, De mulier. organis {Biblioth. anat. de Manget. Genève, 1685, t. I, p. 613).

(2) Journ. des connaiss. médico-chimrfiic., t. IV, p. 163.

(3) Frank de Franckenau, Salira' medicœ. Leipzick, 1722, p. il.

(4.) R. Gooch, Lectures on Midwiferij, etc. Londres, 1830, cliap. 1, sect. 2. (5) Théoph. Bonel, Sepulchreium. Genève, 1679, sect. 8, t. Il, p. 216.

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