FRIGIDITÉ SYMPTOMATIQUE. — MALADIES LOCALES
les femmes voluptueuses que chez celles qui vivent clans la chasteté (1).
L'opinion que ces faits expriment a généralement cours dans la science, à ce point que Haller et Garus sont allés jusqu'à dire : « que la propension de la femme aux plaisirs de Vénus est en raison directe du plus ou moins de vitalité dont jouissent les ovaires, et môme de leur volume plus ou moins considérable, et de leur turgescence. »
Négrier appuie cette opinion sur des faits et sur des autopsies. Il estime qu'une menstruation abondante et qu'un sens génital développé sojit toujours les indices d'ovaires volumineux, à ce point qu'il propose d'appeler tempérament ovarien (2), pour en bien marquer le point de départ, cet ensemble de phénomènes généraux et locaux que l'on désignait, jusqu'à présent, sous le nom de tempérament génital ou utérin.
Je ne puis accepter une opinion aussi absolue, en présence des faits dont nous sommes tous les jours les témoins. La ménopause amène l'atrophie des ovaires; après l'âge critique, ces organes diminuent de volume et n'entrent plus en turgescence; cependant le sens génésiaque ne suit pas les lois de ce dépérissement, et l'on voit, tous les jours, des femmes dont les règles ont disparu depuis longtemps, goûter les plaisirs de Vénus avec une ardeur à laquelle porteraient envie maintes femmes bien raenstruées.
Enfin, j'ai connu une jeune femme de vingt-deux ans, qui, malgré une absence absolue de menstruation, était agitée par les désirs vénériens les plus impétueux, et trouvait dans le coït une source toujours nouvelle et toujours abondante de voluptés. Cette jeune femme, poussée par le besoin irrésistible des
(1) navdach, PIn/siologie, traduit par Jourdan, t* I, p. 280. (-2) Négrier, Recueil de faits pour servir à llnstoire des ovaires él des a/fections hi/stériques de la femme. Angers, 1858.
hSO IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.
rapprochements sexuels, sans qu'elle manifestât d'autre symptômes d'crotomanie, quitta un jour la maison paternelle et vint dans la ville voisine, oii elle ne tarda pas à se livrer à la prostitution. Cinq années passées dans cette condition misérable ne purent contenter sa lubricité, à laquelle la mort mit enfin un terme. A l'autopsie, à laquelle j'assistai, et qui eut lieu à l'hôpital Saint-Éloi de Montpellier, on constata l'atrophie des deux ovaires, qui n'étaient représentes que par des espèces de tubercules perdus dans les ligaments.
Mais je m'arrête. Sans contester les relations qui, chez la femme, comme chez l'homme, unissent le sens vénérien à Torgane sécréteur de l'élément reproducteur, j'estime que c'est aller trop loin, et que c'est s'exposer à des mécomptes, que de voir dans la menstruation (fonction ovarienne) le thermomètre, si je puis ainsi dire, du plaisir vénérien, et de considérer l'absence de cette fonction, et par conséquent le manque ou le dépérissement de l'ovaire, comme un signe tout à la fois d'infécondité et de frigidité.
En résumé :
Le sens vénérien n'est, en aucune manière, sous l'empire de l'utérus ; il entretient plus de sympathies avec l'ovaire, qui n'est pas, tant s'en faut, l'unique foyer de ses excitations.