STÉRILITÉ CONSANGUINE
abondent en faveur de l'innocuité des mariages consanguins sous le rapport de la conception.
Bourgeois (1) cite l'iiistoire de sa propre famille, issue d'un couple consanguin, marié il y a cent trente ans, et qui compte quatre cent seize membres. 11 y a eu quatre-vingt-onze unions toutes fécondes, dont soixante-huit consanguines, parmi lesquelles seize surchargées de consanguinité superposée. Cependant on n'a constaté dans cette famille ni avortemcnts, ni retards de conception.
Après ce fait excessivement remarquable, le même auteur raconte plus succintement l'histoire de vingt-quatre autres unions consanguines, également suivies de conceptions toujours heureuses.
Seguin ("2) a noté un cas de stérilité sur dix mariages consanguins, et cette proportion, que Boudin trouve excessive, est même inférieure à la moyenne ordinaire des infécondités qui, d'après Spencer Wells, est de 1 sur 8, et, d'après Simpson, de 1 sur 8, 5.
Auguste Voisin (3) de son côté, opérant dans la commune de Balz (Loire-Inférieure), a noté 2 cas de stérilité sur lid ménages consanguins, et ne peut attribuer à cette cause les quelques fausses couches que sa statistique relève.
Moi-même, sur 18 observations d'unions consanguines qui figurent dans mes notes je trouve 2 stérilités absolues et trois femmes qui n'ont porté un produit à terme, qu'après un nombre plus ou moins grand de ce que j'appelle plus loin Vavortement précoce. Dans un de ces mariages entre cousins germains, le mari était monorchide, ce qui n'empêcha pas la
(1) Bourgeois, Quelle est Vinfluence des mariages consanmins sur le^
fjencratiuns? (ihèiQ de Paris, 1859).
{t) Seguin, Couples rendus de l' Académie des sciences 18G3 (H) Auguste Voisin, Contribution à Ihisloire des mariages entre
consanguins. Paris, 1806.
naissance de trois enfants, deux filles et un garçon, tous les trois brillants d'intelligence et de santé.
Je ne puis donc admettre que la consanguinité, toutes choses égales d'ailleurs, soit pour les unions sexuelles une cause de stérilité ou même d'un simple trouble dans la gestation.
Mais, a-t-on dit, si la consanguinité ne porte pas toujours atteinte au pouvoir procréateur du premier couple, cette cause, se répétant pendant plusieurs générations, aggrave chez chacune d'elles le principe d'affaiblissement qu'elle leur communique à chaque fois, et finit par éteindre complètement la faculté de reproduction.
A l'appui de cette thèse on avait cilé l'extinction rapide des familles nobles, dont quelques-unes n'étaient parvenues à perpétuer leur nom qu'au moyen de substitutions ou qu'avec l'adjonction de bâtards.
Cette nocuité à longue échéance n'est pas plus admissible que celle du premier mariage consanguin : Benoiston de Cliàteauneuf, dans un remarquable mémoire sur ce sujet (1), constate que les familles nobles, loin d'être stériles, étaient au contraire très-fertiles, et que leur extinction est due surtout à la guerre qui moissonnait à la fois le père et les enfants, et à l'état ecclésiastique qu'embrassaient ceux de ces nobles qui ne suivaient pas la carrière des armes.
Jusqu'à présent j'ai raisonné dans l'hypothèse de familles parfaitement saines et exemptes de tout principe morbide.
Il n'en serait plus ainsi dans le cas où les époux seraient porteurs d'un vice héréditaire ou diathésique; alors, comme le dit M. André Sanson (2) la consanguinité élève l hérédité
(1) Benoislon de Châieauneuf, Mémoire sur la durée des faimllcs nobles en France {Annales d'hygiène publique, t . XXXV, p. 27).
(2) André Sanson, Traité de zootechnie. Paris, 1862, et Bulletin de la Société d'anthropologie, t. III, p. 2M.
STÉRILITÉ DIATHÉSIQUK. 517
à sa plus haute puh sauce, et cette diathèse, s'aggravant ou se métamorphosant à chaque génération, ainsi que l'a démontré M. Morel (de St-Yon) (1), peut affaiblir séparément ou simultanément, les zoospermes et les ovules, de manière à ce que l'imprégnation soit sans résultat ou que la gestation devienne impossible.
Dans ces circonstances la consanguinité aggrave l'hérédité morbide, c'est incontestable, et doit, à ce point de vue seulement, entrer en compte dans l'opinion du médecin.
En résumé, avec les données que possède aujourd'hui la science, rien n'autorise à penser que lef» mariages consanguins soient, plus que les mariages croisés, exposés à la stérilité ou à d'autres troubles de la génération; et que, dans les familles saines et indemnes de tout principe morbide, la consanguinité soit un danger pour le présent et pour l'avenir.
§ III. — stérilité diathéstique.
Si par stérilité diathésique on entend une infécondité due à la présence seule de la diathèse, c'est-à-dire sans trouble dans la sécrétion des testicules ou des ovaires; sans altération des produits de ces sécrétions ; sans lésions ou déplacements des organes servant à la jonction du produit mâle et du produit femelle, je conteste formellement l'existence d'une semblable stérilité.
L'action morbide des diatlièses sur la faculté génératrice est moins hypothétique : tantôt la diathèse tarit, faute de vitalité, les sécrétions testieulaire ou ovarienne, comme dans la tuberculisation ; tantôt elle en étouffe les produits, en remplissant de matières morbides les canaux sécréteurs, comme dans la syphilis, le cancer, les tubercules, etc. Dans ces deux cas on
(1) Morel, Des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine. Paris, 1857.
constate on l'absence des spermatozoïdes ou la cessation de la menstruation; tantôt la diathèse altère la vitalité du zoosperme ou de l'ovule, et tantôt, ce qui est plus commun, elle l'enlève à la muqueuse utérine, comme dans la scrofule, Tanémie, etc.; de telle sorte que, dans l'un et l'autre cas, l'ovule fécondé manque des conditions de la vie et meurt le plus souvent dans le premier mois de l'imprégnation ; tantôt enfin la diathèse porte son action morbide sur un des organes de l'un ou de l'autre sexe et, par les altérations qu'elle y détermine, empêche la jonction du produit mâle et du produit femelle; toutes les diathèses sont dans ce cas.
L'histoire de chacune de ces stérilités est évidemment liée à l'histoire de la diathèse dont elle dépend, et je ne puis, on le conçoit, les passer en revue. D'ailleurs toutes ont une place dans un des divers chapitres de ce livre, suivant qu'il est question des lésions anatomiques ou des dégénérescences des testicules, des vésicules séminales, de la prostate et de l'urèthre d'une part, et d'un autre côté des lésions anatomiques et des dégénérescences des ovaires, des trompes et de l'utérus.
Je renvoie donc le lecteur à ceux de ces chapitres qui pourront l'intéresser.
Cependant, avant de clore ces quelques considérations, je tiens à formuler les lois que l'expérience m'a dictées à l'endroit de la stérilité diathésique.
1" Aucune diathèse par le fait seul de son existence n'entraîne la stérilité.
T Pour qu'une diathèse amène la stérilité, il faut qu'elle envahisse une partie essentielle de l'appareil génital : testicules, canaux déférents, vésicules séminales, canaux éjaculateurs, prostate ou urèthre chez l'homme, et ovaires, trompes ou utérus chez la femme.
3° La stérilité est toujours le résultat des désordres amenés
STÉRILITÉ SUPPOSÉE. 519
parla lésion diatlicsique, et non celui, je le répète, de la diathèse elle-même.
La cessation ou la persistance de la stérilité sont subordonnées à la disparution ou au maintien des lésions gcnitodiathésiques.
5* Ces lésions, au point do vue du pronostic de la stérilité, doivent être divisées en deux classes : 1° les diathèses et par conséquent les lésions qui en dépendent, qui sont au-dessus des ressources de l'art, telles que les lésions cancéreuses, tuberculeuses etc., qui rendent la stérilité absolue et incurable ; 2" les diathèses et par suite les lésions qui en découlent, qui subissent l'influence d'une médication appropriée et qui, par conséquent, n'entraînent qu'une stérilité temporaire et guérissable.
6° Parmi les lésions diathésiques, accessibles aux ressources de notre art, les unes disparaissent avec l'afTaiblissement ou la guérison de la diathèse elle-même (scrofule, syphilis) ; tandis que les autres peuvent simplement être délogées de l'appareil génital, de telle sorte que la stérilité cesse, malgré la persistance de la diathèse dont les manifestations se sont transportées sur un autre point de l'organisme ; les choses se passent souvent ainsi dans les lésions des diathèses catarrhale, congestive, herpétique, arthritique, etc.
Cette dernière considération est, dans la pratique, d'une importance capitale, car la médication métastatique m'a presque toujours donné des résultats merveilleux, dans les cas de stérilité diathésique à manifestations voyageuses, comme dans certaines affections de l'utérus.
§ IV. Stérilité supposée.
Il ne s'agit ici, comme dans la stérilité relative, ni d'un déplacement d'organe, ni d'un trouble de vitalité; ni, comme
dans la stérilité diathésiqiie, d'une lésion anatomiqne ; mais au contraire il va être question d'une prétendue stérilité dans un état de santé en apparence parfait et au milieu des circonstances, générales et locales, les plus favorables en ajjparence à l'acte de la procréation.
Cet ensemble de conditions n'est point imaginaire, il se rencontre souvent au contraire dans la pratique : on voit, en effet, des ménages dans lesquels l'un des deux époux ne peut avoir des enfants, et pourtant, si c'est l'homme, il est impossible de constater un trouble quelconque dans la fonction séminale, dont le produit a tous les caractères du meilleur sperme ; si c'est la femme, les actes ovarien et utérin s'accomplissent dans les conditions les plus normales, à ce point que la conséquence de ces actes, la mensti'uation, est parfaitement régulière.
Plus je réfléchissais à ces faits étranges et plus je les trouvais en désaccord avec les lois suivantes, que je considère comme les axiomes de la physiologie de l'espèce :
1' Tout homme dont le sperme contient des animalcules doués de vie est apte à la procréation ;
1" Toute femme dont la menstruation est régulière est apte à la fécondation.
Le travail de M. Duplay, qui avait rencontré des spermatozoïdes dans la liqueur séminale des vieillards, ne contribua pas peu à augmenter mon embarras, surtout avant que je fusse parvenu à m'expliquer leur stérilité ; mais il finit, tant il occupa mon esprit, par me mettre sur la voie de ce que je crois être la vérité.
Quoi qu'il en soit, pour bien faii e comprendre cette vérité, je vais dire par quelles phases diverses passa ma pensée pour arriver jusqu'à elle.
Ce fut dans le cadre de la syphilis que je me renfermai d'abord.
STÉRILITÉ SUPPOSÉE
S'il est vrai, et l'observation journalière ne laisse aucun doute sur ce point (1), s'il est vrai, que le virus sypliililiquc tue l'enfant et en détermine l'expulsion à une époque plus ou moins avancée de son développement, on doit admettre que cette action fœticide s'exerce, pour ne parler que de la vie intra-utérine, depuis le moment de l'imprégnation du germe jusqu'à celui qui marque le terme naturel de la gestation. Quand l'accident arrive après la manifestation des symptômes de la grossesse, il ne reste aucun doute sur l'avortement ; mais si, au contraire, l'accident se produit dans les premiers jours de la fécondation, et surtout si l'intervalle qui sépare l'imprégnation du germe et son expulsion n'a que la durée d'un mois, l'avortement passe inaperçu, et la femme ne se doute ni qu'elle a été fécondée, ni qu'elle a fait une fausse couche.
Ce fait d'avortement aussitôt après l'imprégnation du germe peut se reproduire à l'infini, et alors l'individu qui est porteur du virus syphilitique est bel et bien accusé et convaincu de stérilité.
Et pourtant, est-ce bien là l'expression qui doive caractériser son état? Le résultat final de la copulation a été atteint : un germe a été fécondé ; il n'y a pas de stérilité. Si l'embryon arrive jusqu'au sixième mois de son développement, on n'accusera de stérilité ni le père, ni la mère; mais si le même embryon n'atteint que le sixième jour de son imprégnation, on n'est pas plus fondé que précédemment à déclarer un des deux parents stérile. Dans l'un et l'autre cas, il n'y a qu'un avortement, et toute leur différence se résume en une question de temps.
On le prévoit déjà, je commençais à rentrer dans les limites
(1) Diday, Traité de la syphilis des nouveaii-nés et des enfants à la mamelle, 1854, in-8, p. 218.
des deux grandes lois physiologiques que j'ai énoncées tout à l'heure.
Cette hypothèse d'avortement précoce dans les cas de prétendue stérilité syphylitique, je l'appliquai non-seulement à tous les états diathésiques accusés de produire l'infécondité, en dehors d'une lésion anatomique, mais encore à ces idiosyncrasies, sans germe patent d'affection, qui, jusqu'à présent, n'avaient servi qu'à masquer notre ignorance.
Il s'agissait de vérifier la réalité de cette hypothèse.
Dans quelques cas, il est impossible d'avoir la preuve matérielle de l'avortement en retrouvant l'ovule entier ; deux fois au début de ma carrière, j'ai eu ce bonheur : la première fois chez une prostituée de la rue Geoffroy-Marie ; l'ovule, expulsé sans force de l'utérus, s'était arrêté dans le vagin, où pendant quelque temps je le pris pour un caillot de sang ; la seconde fois chez la femme d'un cordonnier de la rue Lamartine; l'ovule, sorti du vagin, fut retrouvé entier au milieu de caillots sanguins qui remplissaient un vase. Chez ces deux femmes, l'avortement s'était produit dans le premier mois de la grossesse, à l'époque correspondante à leur menstruation, si bien que ni l'une ni l'autre ne se croyaient enceintes.
Depuis cette époque, c'est-à-dire depuis 25 ans, des occasions semblables ne m'ont pas manqué, et tous les praticiens dont l'attention avait été éveillée par mes explications ont pu, sans grande peine, recueillir des produits d'avortement précoce.
Les prostituées, que leur métier expose plus spécialement aux fausses couches, sont fort au courant de ce phénomène, comme nous l'apprend le passage suivant de Parent Duchâtelet : « J'ai parlé plus haut, dit-il, de l'irrégularité de la menstruation chez quelques prostituées et des interruptions que présentait, chez elles, cette évacuation dans une foule de
STKRinXK SUPPOSEE. 523
circonstances ; ne pourrait-on pas les attribuer à une conception et à une véritable grossesse? Cette opinion, qui a été émise devant moi par plusieurs médecins et physiologistes distingués, acquiert une très-grande probabilité parles observations faites par M. Serres, lorsque les prostituées étaient soignées dans une des divisions de la Pitié. Je transcris ici les réponses que cet académicien fît à mes questions : « Les pertes abondantes sont rares chez ces femmes ; mais les plus jeunes ont souvent des retards dans leurs règles qui se terminent par l'expulsion de ce qu'elles appellent un bondon. Pendant deux années, je ne fis pas attention à cette expression ; mais ayant dirigé mes recherches sur l'embryologie, j'examinai avec soin ces productions, et il me fut facile d'y reconnaître tous les caractères de l'œuf humain ; j'ai pu, dans un court espace de temps, en recueillir un grand nombre qui tous étaient sortis à une époque qui indiquait une conception de quatre à cinq semaines (1) . î
On le voit, l'opinion que j'émettais il y a 20 ans n'était pas nouvelle dans la science ; seulement, semblable à beaucoup d'autres, elle n'avait pas suffisamment attiré l'attention du praticien.
Mais comme dans tous les cas d'avortement précoce il n'est pas possible de retrouver l'ovule, parce qu'il se rompt avec la plus grande facilité et que ses débris se perdent entraînés par le sang qui s'échappe de la vulve, il me fallait d'autres témoignages et plus constants et aussi certains.
Je les trouvai dans la symptomatologie même de la grossesse et dans celle de l'avortement, et, en conséquence, je formai deux groupes de symptômes :
1° Symptômes relatifs à la grossesse ;
(1) Parent Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris, 3= édit., Paris, t. I, p. 222 et 223.
5*2/l DE LA STÉRILITÉ.
2° Symptômes relatifs à l'avortement.
Les femmes, interrogées avec soin, se rappellent qu'elles éprouvent quelquefois et sans cause connue des malaises, des hauts de cœur, surtout le matin en se levant; presque toutes l'attribuent à une mauvaise disposition et prennent contre ces accidents essentiellement passagers, celles-ci de la limonade, celles-là un purgatif, et beaucoup d'entre elles n'y prêtent aucune attention; quelquefois les règles sont en retard, et alors tous ces phénomènes morbides trouvent une facile explication ; dans d'autres cas, au contraire, les menstrues devancent l'époque de leur apparition, et ce dérangement est encore accepté comme la cause évidente de tous les accidents.
Rarement, dans ces circonstances, la femme consulte son médecin, d'autant mieux qu'après Vapjmrition des règles tout rentre dans l'ordre normaL
Interrogez maintenant la femme sur l'état des menstrues qui suivent immédiatement ces malaises; presque toujours elles sont ou avancées ou retardées, et, chose à peu près constante, l'hémorrhagie est alors plus abondante qu'à l'ordinaire.
Cependant, cette hémorrhagie peut arriver à l'époque menstruelle habituelle; dans ce cas, l'avortement précoce est provoqué par le travail congestif qui se fait dans tout l'appareil génital à l'époque cataméniale, de telle sorte que dans l'esprit de la femme, les accidents généraux et l'écoulement sanguin de la vulve se lient et s'expliquent les uns par les autres, à ce point qu'il lui est impossible d'avoir l'idée de grossesse ou celle d'avortement. Pour elle, comme pour les personnes non prévenues, tout se réduit à un dérangement passager de la menstruation, auquel il est toujours facile de trouver une explication au milieu des circonstances diverses, morales ou physiques, qui agissent sur la sensibilité de la femme.
Ces observations me donnent même le droit d'aller plus
STÉRILITÉ SUPPOSÉE
loin. Je suis convaincu que toute copulation entre individus possédant les caractères de fécondité que j'ai indiques plus haut est fatalement, nécessairement suivie d'une fécondation, et que beaucoup de femmes qui- ponent un enfant à terme, après un certain temps de stérilité, ont éprouvé un nombre plus ou moins considérable d'avortements précoces. Il est des femmes qui avortent régulièrement au sixième ou au septième mois de leur grossesse, et qui ne parviennent à terme qu'après un nombre plus ou moins grand défausses couches ; pourquoi ne pas admettre qu'il y en ait d'autres qui avortent constamment dans le premier mois de la fécondation, alors que les causes d'avortenient ^ont tout à la fois plus nombreuses et plus actives ? Toute la différence entre le fait du développement de l'embryon et celui de l'avortement précoce tient à ce que, dans le premier cas, l'œuf fécondé a pu se fixer à la face interne de l'utérus, et que, dans le second, il n'a pu le faire, soit parce qr.e l'œuf n'avait pas par lui-même une suffisante vitalité, soit parce que l'utérus était dans un état pathologique à ne pas permettre cette union.
C'est ainsi que s'explique la fécondité de certaines femmes après un temps plus ou moins long de stérilité : chez celle-ci, l'œuf ne pouvait se fixer à cause d'un état spasmodique de la matrice sous l'influence des excitations amoureuses; l'habitude, le mariage, cet éteignoir de l'amour, comme on dit, ont amené le calme dans l'organe, et la femme devient enceinte; chez celle-là, l'œuf ne se pouvait fixer à cause d'un étatatonique de l'utérus; la femme va aux eaux ferrugineuses, aux bains de mer et en revient fei'tile ; chez une troisième, l'œuf ne se pouvai|, fixer à cause d'un état plilegmasique de la matrice ; la femme est prise d'une aifection aiguë, d'une hémorrhagie, est soumise à un régime débilitant, et ces circonstances, en déplaçant ou déprimant l'inflammation de l'organe gestateur, mettent un terme à sa stérilité.
Comment, avec les explications ordinaires, comprendre ces faits dont nous sommes tous les jours les témoins? De quelle manière concevoir que les fonctions spermatique et ovarienne qui s'accomplissent normalement aboutissent tantôt à un résultat négatif et tantôt à un résultat positif? Non, mille fois non, les résultats sont toujours positifs; seulement, les circonstances ultérieures, nécessaires au développement de ce résultat ne sont plus dans les conditions normales, et l'œui fécondé, ne rencontrant pas les ressources indispensables à son accroissement, meurt et est expulsé à une époque toujours rapprochée de sa formation.
Je le répète donc, dans les cas qui nous occupent, c'est-àdire dans ceux oii les actes séminal et ovarien sont réguliers, où aucune altération de position ou de tissu n'existe sur les organes génitaux de l'homme ou de la femme, si la génération ne se produit pas, il n'y a pas réellement stérilité, il y a avortement précoce.
La distinction que j'établis ici est de la plus haute importance en pratique. D'abord, quand le médecin sera bien convaincu qu'il a à prévenir un avortement, et non une prédisposition naturelle à la stérilité, il ne renverra pas sa malade comme incurable, et conservera un espoir qui bien souvent se réalise; ensuite, au lieu de demander à l'ovaire l'explication d'une infécondité où il n'a que faire, et de s'égarer dans un labyrinthe d'hypothèses sans issue pour se rendre compte d'une stérilité qui, en définitive, n'existe pas, l'homme de l'art n'aura plus qu'à rechercher les causes d'un avortement précoce, et, une fois mis sur la trace de cette cause, de recourir à une thérapeutique à laquelle probablement il n'eût jamais songé sans cette indication.
^ Gomme on le voit, la question de la stérilité supposée est bien plutôt du domaine d'un traité d'accouchement qu'elle ne rentre dans les limites de ce livre, car notre rôle finit là
STÉRILITÉ SUPPOSÉE
OÙ l'embryon est fécondé; cependant j'ai dû l'aborder, mais j'ai dû aussi la ramener dans les bornes que l'observation m'a permis de lui assigner, à ce point que ce problème, déchu de son importance, se réduit, la plupart du temps, à un simple chapitre de pathologie utérine.
Je renvoie donc le lecteur, pour les détails pratiques, à la partie de cet ouvrage où j'examine les maladies des organes essentiels de la génération et celles de leurs produits.