TROUBLES DE LA FONCTION DE SÉCRÉTION SPERMATIQUE
Les causes qui peuvent jeter le trouble dans la sécrétion spermatique, en amenant pour résultat final soit l'absence complète de cette sécrétion, soit une altération dans la nature intime du sperme, tieniient tantôt à un état général, soit physiologique, soit morbide, et tantôt à un état pathologique de l'appareil sécréteur lui-même.
Je vais les examiner sous ces deux chefs principaux.
§ I. — Troubles dépendant d'un état général.
l°A(/e. — Vieillesse.
Les deux extrémités de la vie sont peu propres à la fécondité ; la nature ne nous a dévolu la mission de perpétuer l'espèce qu'après le complet développement des organes et avant leur dépérissement, afin que nous puissions transmettre à nos descendants une plus grande somme de force et de vitalité.
L'établissement de la fonction génitale est, chez l'homme, le signal d'une transformation morale et physique dont je n'ai
(1) Voyez les pages 19 et suiv.
530 STKiuLiTii; c.Hiiz l'iio.m.mi:.
point ici à retracer les caractères, mais qui indique d'une manière certaine que l'individu a désormais acquis l'aptitude à la procréation.
En est-il de môme loi'sque cette aptitude disparaît? Eu d'autres termes, la nature a-t-elle assigné une limite à peu près constante à l'exercice de la fonction procréatrice et a-t-elle fourni des signes auxquels on puisse reconnaître l'anéantissement de cette fonction ?
Les opinions les plus accréditées des physiologistes modernes relativement à la faculté fécondante des vieillards semblent en contradiction avec des faits authentiques et qui d'ailleurs se renouvellent tous les jours, et surtout avec les recherches de M. Duplay, sur lesquelles j'insisterai tout à l'heure.
Il est incontestable que dans l'ordre régulier des choses et dans la très-grande majorité des cas l'homme arrivé à un certain âge perd la faculté de se reproduire; en conséquence, comme dans les idées les plus généralement admises aujourd'hui on place toute la puissance fécondante dans les zoospermes, on en a conclu que les animalcules manquaient chez les vieillards. « Le développement des spermatozoaires, dit J. Millier, commence durant la jeunesse dans la classe des mammifères ; il n'a lieu qu'à l'époque de la puberté dans l'espèce humaine, et cesse dans l'âge avancé (1) . » Longet n'est pas moins explicite que Millier : « Kartzœker, dit-il, Geoffroy, Andry ont remarqué les premiers qu'il n'y a pas de spermatozoaires chez l'enfant ; Baker n'en a pas rencontré davantage chez les hommes épuisés par les excès vénériens. Enfin ils disparaissent complètement chez l'honunc par le progrès de l'âge, c'est-à-dire en môme temps que la puissance virile {'1). »
Cependant Wagner émet une opinion toute contraire :
(1) J, Mûllci-, Manuel de physiolojic, U'aduit de l'allemand, 2'' édit. Paris, 1851, t. II, p. G26.
r2) Loiigcl, Traitr de physiôloijie, I. II, \). 51.
VlEILLESSli. û31
« L'appétit vénérien, dit-il, diminue cliez l'homme, mais la faculté d'engendrer semble subsisler pendant toute la vie chez ceux qui jouissent d'une bonne santé... J'ai trouvé chez les hommes très-Agés des spermatozoaires dans les testicules ; chez les hommes de soixante à soixante-dix ans j'ai toujours trouvé des spermatozoaires dans les testicules ; fréquemment il n'y en avait plus dans le canal déforent, mais en général les vésicules séminales en contenaient (1). »
Gomme on le voit, il était assez difficile de se former une opinion au milieu de ces contradictions d'autorités également respectables, quand les recherches de M. Duplay, entourées de toutes les garanties de savoir, de talent et de probité que l'on doit exiger d'un expérimentateur, ont aplani bien des doutes sur cette face de la question.
Pour les lecteurs superliciels, la lumière apportée par M. Duplay, loin d'a\oir éclairé le difficile problème de la fécondation, l'a replongé dans de nouvelles ténèbres ; car, dira-t-on, si la sécrétion spermatique s'effectue chez le vieillard aussi normalement que chez l'adulte, et si le premier n'a plus comme le second l'aptitude de procréer, cette aptitude évidemment ne réside pas dans la composition du sperme, ou, pour simplilier, dans la présence des spermatozoaires, et il en faut revenir à l'opinion de Burdach, qui dit : a Ce n'est point aux spermatozoaires qu'est due la l'acuité procréatrice; ils ne sont qu'un effet accessoire et un phénomène concomitant de cette faculté, motif pour lequel ils manquent chez les enl'anls, les vieillards et les malades {'!). »
Je dirai tout h l'heure comment l'opinion de Wagner et les
{\) Wàgnei', Histoire de la génération, U-adiictioa (Vançaise, 'p. 11
(-2) Uurdacli, Traité de physioloijic, Irad. par A.-J.-L. Jourdan. Purisj 1S37.
532 STÉRILITÉ CHEZ l'iIOMME.
résultats des observations de M. Duplay sont parfaitement compatibles avec la stérilité des vieillards, quoique admettant la continuation de la sécrétion normale du sperme. Pour le momentjedoism'arrêterun instant aux expériences deM. Duplay, car elles établissent un point fondamental dans la question qui nous occupe, et dont l importance est immense, nonseulement en physiologie et en pathologie, mais encore aux points de vue de la morale, de la famille et de la médecine légale. On me pardonnera donc, eu égard à cette importance multiple, les emprunts nombreux que je pourrai faire au travail de notre confrère.
M. Duplay a examiné chez 51 vieillards le liquide contenu dans les vésicules séminales et les canaux déférents, et trentesept fois il a constaté dans ce liquide la présence des spermatozoaires. Ces animalcules ne se sont pas toujours présentés dans le même état. « Dans la majorité des cas (27 fois), dit M. Duplay, ils étaient parfaitement bien conformés, la tête était volumineuse, la queue longue et recourbée, enfin ils ne différaient en rien de ceux que l'on observe dans le sperme de l'adulte ; quelquefois (2 fois) la tête était conformée comme chez l'adulte, mais la queue était moins longue et ne se terminait plus par un filament aussi long et aussi recourbé ; une fois les spermatozoaires, quoique se terminant par un prolongement très-long et très-recourbé, présentaient une tête moins volumineuse que dans les cas ordinaires; une autre fois on voyait, dans le champ du microscope, un grand nombre de têtes de spermatozoaires, dont quelques-unes étaient suivies d'une sorte de tronçon de queue brusquement coupée ; cinq fois aussi j'ai observé un mélange de ces deux états de spermatozoaires. Ainsi, à côté de zoospermes bien conformés et présentant les mêmes caractères que chez l'adulte, on eh rencontrait plusieurs à queue tronquée, et l'on voyait, à côté d'eux, de petits corps qu'il était facile de reconnaître pour des têtes de spermato-
zoaires. Dans un cas, j'ai constaté, avec la présence des animalcules spcrmatiques, celle d'une assez grande quantité de petits cristaux dont je n'ai pu déterminer la nature. Ajoutons que, quelquefois aussi, à côté des spermatozoaires bien développés, on apercevait un grand nombre de granules, soit isolés, soit contenus en certain nombre dans une vésicule commune, et entièrement analogue à celles d'où l'on voit les spermatozoïdes s'isoler, ainsi que l'ont signalé les physiologistes qui ont étudié les diverses phases de leur développement. M. Davaine, avec qui j'ai observé plusieurs fois cette particularité, était aussi fortement porté à croire que ces agglomérations de granules étaient des spermatozoaires en voie de développement.
« Quant à la quantité des spermatozoïdes, elle n'a pas été toujours la même : dans quelques cas, ils étaient aussi abondants que chez l'adulte ; ainsi, le champ du microscope en était couvert, on les voyait, très-rapprochés les uns des autres, s'entre-croiser dans tous les sens. Chaque gouttelette de sperme soumise à l'examen en présentait la même quantité. J'ai constaté sept fois cette abondance excessive des animalcules spcrmatiques, et le sperme d'un de ces sujets a été soumis à l'examen de MM. les membres de la Société de biologie. D'autres fois, quoique encore abondants, les spermatozoaires l'étaient moins que dans le cas précédent; ils étaient moins pressés les uns contre les autres, quoique le champ du microscope en présentât encore un grand nombre. J'ai observé seize fois ce second état. Enfin quelquefois les animalcules étaient rares ; on n'en apercevait pkis que quelques-uns, isolés au milieu d'un liquide qui présentait de petites granulations et des débris de cellules épithéliales. Quatorze fois j'ai constaté cette rareté des spermatozoaires, qui souvent, quoique peu nombreux, étaient parfaitement développés.
« Les spermatozoaires se rencontraient soit dans toute l'é-
b?»[i sriaiiiJTK CMiiz l'homme.
tendue des voies spermatiqucs, ce que j'ai rencontré \ingt-si\ fois, soit dans un seul point de l'appareil excréteur. yVinsi trois fois le sperme seul contenu dans les canaux déférents renfermait des zoospermes, et celui des vésicules n'en laissait apercevoir aucun ; une fois leur présence a été constatée dans le liquide des vésicules séminales et n'a pu l'être dans les canaux déférents; enfin il m'est arrivé sept fois d'en trouver dans une seule vésicule, quatre fois dans la vésicule droite et trois fois dans la vésicule gauche, à l'exclusion de celle du coté opposé et des deux canaux déférents (1). »
L'absence des spermatozoaires chez les quatorze individus restant de la statistique de M. Duplay ne se peut expliquer par rien d'anormal. « Quant aux testicules, dit l'auteur que nous citons, leur tissu propre était sain sur les quatorze cas ; on observait toujours cet état de flaccidité de l'organe, qui est presque constant chez le vieillard, et que nous avons déjà signalé. Dans un seul cas, les testicules étaient excessivement petits et avaient subi une véritable atrophie. Cinq fois j'ai rencontré l'hydrocèle do la tunique vaginale, et, dans un seul cas, un kyste de l'épididymo (2). »
Enhn, comme il est impossible.de reproduire ici tout le travail de M. Duj)lay, je terminerai par les remarquables conclusions qu'il tire des faits étudiés par lui :
« 1° La sécrétion du sperme continue h s'effectuer chez les vieillards. Quoique, parmi ceux qui ont été sôumis à notre observation, le plus âgé eût quatre-vingt-six ans, et que nous n'ayons pas eu Toccasion d'étendre nos recherches au delà de cet âge, tout porte à croire que la sécrétion spermatique se prolonge jusque dans un âge beaucoup plus avancé.
(1) Duplay, Archives générales de médecine, série, 1. XX\, décembre 1852, p. 393.
(2) Duplay, Ihid., p. 403.
» T Cette sécrétion est généralement moins abondante que chez l'adulte; ce qui le prouve, c'est la prédominance du liquide sécrété par la membrane muqueuse des vésicules séminales dans le sperme que renferment ces réservoirs. Cependant, par une exception rare, à la vérité, et mémo chez dos octogénaires, la sécrétion du sperme paraît être auf^si abondante que chez l'adulte, car le liquide que renferment les vésicules séminales de ces sujets privilégiés paraît aussi consistant que chez les sujets encore dans la force de l'âge.
» Contrairement à l'opinion généralement admise par les physiologistes, les spermatozoïdes se retrouvent dans le sperme des vieillards. Les cas contraires, loin d'être la rôgie, doivent être considérés, d'après nos recherches, comme l'exception. Si dans certains cas les spermatozoaires sont moins nombreux que chez l'adulte, ou répandus moins uniformément c[ue chez ce dernier dans toute l'étendue des voies spermatiques ; si dans certains cas ils présentent une conformation moins parfaite, dans d'autres aussi, et quelquefois chez des sujets trésûgcs, on les retrouve avec tous les caractères qu'ils présentent pendant la période moyenne de la vie.
» h° Si les vieillards ne sont plus aptes à se reproduire, ce que Ton observe le plus généralement, et si, d'un autre côté, la présence des spermatozoaires constitue la qualité fécondante de la liqueur séminale, c'est moins à la composition de leur sperme qu'aux antres conditions de l'acte reproducteur qu'il faut attribuer l'infécondité des vieillards (1). »
A côté de ce remarquable travail, dont j'ai été heureux de reproduire textuellement les principaux passages, et qui, le premier, oppose des faits authentiques à une pure hypothèse des physiologistes, je crois imitile de mentionner quelques observations qui me sont propres, cl qui, d'ailleurs, concordent exac-
f l ) Diiplay, ArcliiroA fi/'Vf'mh's //c mi'ih'cini'. Aoccmhva ]H^)^1, p. iO:!
53(i STÉRILITÉ CHEZ l'hOMME.
tement avec les résultats annoncés par M. Duplay. Aussi, bien convaincu de l'existence des spermatozoaires dans la liqueur séminale des vieillards et, d'un autre côté, forcé d'admettre l'inaptitude de ceux-ci à se reproduire, j'ai cherché quelle pouvait être la condition de l'acte reproducteur qui faisait défaut au vieillard; après une observation attentive du jeu et de l'importance de ces conditions, je crois avoir acquis la certitude que l'infécondité de l'âge avancé tient ou à une altération de vitaHté des spermatozoïde?, ou à une diminution notable de la force d'émission de la liqueur séminale.
Les altérations des zoospermes doivent m'occuper longuement plus loin ; le chapitre que je consacre à ce sujet si peu connu encore ferait double emploi avec ce que j'en pourrais dire ici.
En conséquence, je ne m'arrêterai en cette place qu'à la seconde condition de la stérilité du vieillard, c'est-à-dire la faiblesse d'impulsion imprimée à la liqueur spermatique.
Cette cause de stérilité est quelquefois manifeste chez l'adulte ; elle se trahit d'ordinaire par une érection molle et flasque. Les masturbateurs, par exemple, offrent souvent auprès des femmes cette faiblesse d'érection, qu'il la faille attribuer à leur répugnance pour le sexe ou à l'affaiblissement de leurs organes ; presque toujours alors ils sont inhabiles à se reproduire, bien que leur sperme contienne des animalcules. Cette inaptitude à la fécondation se perpétue tant que dure la faiblesse des érections, et la fécondité reparaît avec le retour de la force érectile.
Pourquoi n'en serait-il pas de même pour le vieillard? 11 est incontestable que les fibres contractiles, quelles qu'elles soient, qui concourent à l'expulsion du sperme participent chez lui à l'affaiblissement qui frappe toutes les parties de l'organisme, et qu'elles ne restent pas seules, énergiques et vivaces, au milieu du dépérissement de toute l'économie.
Mais de mômo que chez certains individus la vitalité générale conserve plus longtemps ses heureux attributs, de même il est des vieillards dont les vésicules séminales et les plans musculaires qui les recouvrent gardent une force de contraction qui n'est pas ordinaire à cet clge. 11 en devait être ainsi chez tous ceux dont l'histoire a noté le souvenir de la paternité tardive : Caton le Censeur, Massinissa, roi de Numidie, Ladislas, roi de Pologne, etc., qui engendrèrent des enfants à l'âge de quatre-vingts ans et quatre-vingt-dix ans. Sans doute il est impossible de s>puyer sur de pareils exemples pour défendre l'opinion que j'émets ici, car l'histoire, on le comprend, est muette sur ce point de physiologie ; mais quand on a attentivement observé ce qui se passe dans les cas d'impuissance, il est impossible de ne pas admettre que la force d'émission du sperme joue un grand rôle dans l'acte générateur.
Je sais bien que Spallanzani et deux de ses élèves ont fécondé des chiennes en portant sur leur utérus la liqueur séminale du mAle; je ne rappelle ces expériences que pour aller au devant d'une objection, car, pour réussir dans la fécondation artificielle, l'illustre abbé se servait d'une seringue et imprimait par conséquent au liquide une certaine force d'impulsion.
En résumt', il n'y a que deux explications pour se rendre compte de la stérilité des vieillards pourvus d'animalcules spermatiques :
1° Altérations de ces animalcules, leur enlevant la vitalité nécessaire à la fécondation ;
2° Faiblesse d'émission de la liqueur séminale.
J'ai renvoyé l'étude de la première cause au chapitre consacré aux altérations des spermatozoïdes.
J'ai cru devoir dire quelques mots seulement de la seconde, que j'aurais pu réserver pour le cliapitre oii j'examine le rôle de l'impuissance dans la stérilité, parce que le vieillard qui
STKRILITK CHEZ L'irOMMK.
coïte, quoique ne fécondant pas, ne peut véritablement être rangé parnji les impuissants.
D'ailleurs toutes ces questions se représenteront dans l'un et l'autre chapitre; je dois donc y renvoyer le lecteur, car ici je n'ai fait que poser des bases.
2'^ Tpjnpérament. — Comtituùon. — Étal do maladie.
Tempérament. — Dans la sévère acception du mot, il n'est aucun tempérament qui soit à lui seul cause de stérilité; mais le tempérament peut être une prédisposition à certains troubles, à certaines exagérations fonctionnelles, qui, eux, sont des causes prochaines d'infécondité. Ainsi il est incontestable qu'un coït accompli avec une grande exaltation do voluptés donne assez ordinairement, au point de vue de la génération, des résultats négatifs. Or, tous les tempéramenls n'étant pas susceptibles d'atteindre ce haut degré de surexcitation, celui qui y prédispose peut donc être regardé comme une cause indirecte et éloi-née d'infécondité.
Cependant le tempérament n'est pas toujours et fatalement la source de voluptés étranges ; d'autres conditions sont nécessaires pour amener des plaisirs épiieptiques, et, parmi elles, il faut mettre au premier rang la tension de l'amour moral, le refoulement plus ou moins prolongé des désirs vénéiiens, la continence plus ou moins longue, etc.
D'ailleurs cet état de surexcitation épileptiforme, qui quelquefois est bien réellement un motif d'infécondité, est essentiellement relatif et passager : le changement laltère, l'habitude l'émousse et la satiété le détruit.
Dans les conditions normales d'excitation vénérienne, conditions essentiellement variables avec chaque individu, il n'existe, je le répète, aucun tempérament infécond; et s'il en est qui prédisposent à la stérilité par un excès en plus ou en
MALADIES CHHONIOIIES.
moins (l'excitation vénérienne, cette prédisposition se corrige, d'un côté par l'habitude, et de l'autre par un peu plus d'amour.
Cnmtitiition. — Il en est de môme des constitutions, en tant qu'elles n'ont pas franchi les barrières de la santé ; je n'en sais aucune qui soit fatalement cause de stérilité, car on rencontre tous les jours des hommes faibles et délicats pi'ocréer des enfants robustes et vigoureux.
11 est incontestable que chez les individus dont les sources de la vie sont languissantes, la sécrétion spermatique doit être moins énergique que chez ceux dont la vitalité est exubérante; mais il importe peu, pour le succès de la fécondation, que cette sécrétion soit plus ou moins abondante, pourvu qu'elle s'accomplisse au milieu des conditions normales, c'est-à-dire pourvu que le sperme présente les propriétés physiques et chimiques qui le constituent liqueur fécondante. Sous ce rapport, je le répète, il n'est aucune constitution qui s'oppose à la sécrétion normale du liquide prolifique; nous allons môme voir que cette sécrétion n'est ni altérée, ni suspendue par des circonstances pathologiques qui transforment en véritable état morbide une constitution malheureuse.
État de maladie. — Il ne peut ôtre ici question que des maladies chroniques; à notre point de vue, il n'est en aucune façon intéressant de savoir si les spermatozoaircs vivent pendant une fièvre typhoïde ou dans le cours d'une pneumonie, car les conditions au milieu desquelles se trouve l'organisme lui interdisent l'exercice d'une fonction dont l'accomplissement, alors môme qu'il serait possible, compromettrait gravement la santé générale.
11 ne peut donc s'agir ici que de maladies chroniques dont la durée et la légèreté, ou l'intermittence des accidents, autorisent l'œuvre de la propagation de l'espèce.
L'influence que les maladies chroniques peuvent exercer
5â0 STÉRILITÉ CHEZ l'hOMME.
sur le pouvoir fécondant de Fliomme, en ne considérant que les spermatozoïdes, se rapporte : 1" à la sécrétion testiculaire; 2° au produit de cette sécrétion.
Je n'ai à m'occuper ici que de la première question, c'est-àdire de savoir si les maladies chroniques qui n'ont pas les organes génitaux pour sièges de leurs manifestations respectent ou suspendent la sécrétion des zoospermes.
Quanta l'influence des maladies chroniques sur la vitalité des spermatozoïdes, elle doit m'occuper ailleurs. Dans un article spécial que l'on trouvera plus loin, je montre que les spermatozoïdes sont susccptihles d'altérations les rendant incapables ou de féconder le germe ou de le féconder d'une manière viable.
Mais en cette place, je le répète, je n'ai à m'occuper que de la sécrétion testiculaire, c'est-à-dire de la piésence des zoospermes dans la liqueur séminale pendant l'existence des maladies chroniques.
Que ces états morbides se trouvent sous la dépendance d'une dialhôse, ou soient plus simplement la transformation d'un état morbide aigu, ils ne semblent pas avoir une influence très-marquée sur la sécrétion spermatique.
Dans les cas d'affections diathésiques, alors que le germe morbide ne s'est point encore traduit au dehors, le sperme ne subit aucune altération, puisque nous voyons ces vices pathologiques se transmettre d'une génération à l'autre; lorsque la diathèse a fait explosion, lorsque, sortant de l'état latent, elle a attaqué les sources de la vie, comme chez les phthisiques et les cancéreux, par exemple, la sécrétion spermatique ne paraît pas davantage altérée; on rencontre tous les jours des tuberculeux au deuxième et même au troisième degré qui deviennent pères; et combien n'y a-t-il pas d'hommes qui ont des enfants avec des cancers en pleine suppuration ? Ces faits sont si constants et si avérés que quelques
MALADIES CHUONIOUES.
philanthropes clans l'espérance d'une régénération complète de l'espèce humaine ont entrevu la possibilité d'interdire le mariage aux individus atteints de certaines diathèses.
Le fait de l'existence des spermatozoaires pendant les maladies chroniques, constaté par l'observation clinique, a été confirmé par l'examen microscopique. C'est encore aux recherches de M. Duplay qu'il faut avoir recours.
Parmi les trente-sept vieillards chez lesquels cet expérimentateur a rencontré des animalcules spermatiques, vingt et un avaient succombé à des maladies aiguës et seize à des maladies chroniques, dont plusieurs, dit l'auteur, avaient déterminé cet état de cachexie et de marasme dans lequel, suivant ropinion de certains auteurs, les spermatozoaires disparaissent même chez Vadidte.
Au nombre de ces maladies chroniques nous voyons :
Entérite clironi(|ue
AHection organique du cœur 1
Tubercules pulmonaires 3
IJronchile clu'oni(iue 2
Méninfjitc chroniijue ^
Raniollissenienl du cerveau '^^
Cancer de l'estomac 1
S({uirrhe du pancréas 1
Cependant, sur les quatorze vieillards dans le sperme desquels des animalcules n'ont pas été rencontrés, quatre seulement avaient succombé à des maladies aiguës ; les dix autres se réparlissaient, par rapport à la cause de leur mort, de la manière suivante :
Scorbut et méningite chroni([UO 1
Tubercules pulmonairi's 2
Piamollissement cliroiiique du cerveau
Suppuration énorme, marasme
Méningite cbroni({ue
Catarriie clironique
Myélite chroni({ue
Cancer du côlon
Paralysie, eschare, marasme
SIÉKILITÉ CHEZ l'huMME.
En présence de ces résultats contradictoires, il serait déraisonnable d'admettre que l'absence des sperrnatozoaires, dans les dix derniers cas, est due à la maladie chronique qui a entraîné la mort, puisqu'on Noit, dans d'autres cas, les mêmes états morbides ne pas déterminer la disparition des animalcules spermaliques.
Et pourtant des auteurs, Davy entre autres, n'ont pas craint d'établir en loi que les mahi.dks chroniques qui se terminent par la mort arrêtent la sécrétion des cuiirnalcules spermatiques (1). Mais il en est de cette loi comme de beaucoup d'a itrcs trop lacilement admises dans le sujet si peu connu de la stérilité : elle n'est sanctionnée ni par l'observation clinique ni par l'élude nécropsique.
§ — 'l'roiihles dépendant d'un élîU local.
1" Anomalies des testicules.
Ces anomalies portent : 1" sur la position ; 2" sur le volume des testicules.
Je ne m'arrêterai ici qu'à la première de ces deux catégories, parce que la seconde, dans laquelle l'atrophie seule delà glande nous intéresse, rentre dans l'histoire de cet état morbide que peuvent également amener des circonstances accidentelles, et que j'examinerai tout à l'heure.
Anorchidie. — Jusqu'à Hunter, les anatoniistes n'ont fait aucune difficulté d'admettre, non-seulement comme possible, mais encore comme assez commune, l'absence des deux testicules; bien plus, cette absence ayant été constatée chez des individus qui avaient fait preuve tout à la fois de désirs vénériens, de virilité et de fécondité, on en avait naturellement
(1) 'îhc Edinburiih med. and surg. Journal; ci Gazette médicale. Paris, 1838, ii» 1)1.
ANOHCHIDIE.
conclu que les testicules n'étaient pas nécessaires à la fonction génitale; aussi Cabrol n'éprouvait aucune répugnance, dans des cas pareils, à conseiller le mariage. « Vous entendrez, ditil, qu'estant moy à Beaucaire, je feus appelle pour avoir advis demoy, parles parens d'un jeune homme de ladicte ville, aagc de xxn ans ou environ, pour scavoir si on le marierait ou si on le ferait d'église, ven qu'il n'avait point aucun testicule. Je leur conseillay de le marier, le voyant gaillard, non efféminé. Il est encore en vie et a eu deux enfants de son mariage (1). »
Et comme s'il eût senti combien peu était rigoureuse une semblable observation, le même auteur raconte l'histoire d'un homme qui fut pendu, pour viol, à Montpellier, et dont il fut chargé de faire l'autopsie. « Entre autres choses, dit Cabrol, le plus rare c'est qu'il ne lui feust trouvé aucun testicule, ni extérieurement ni intérieurement; bien lui trouvasmes-nous ses gardouches ou greniers autant remplis de semence qu'à homme que j'aye anatliomisé despuis; cela estonna merveilleusement toute l'assistance {'!). »
Bien que l'opinion de Cabrol sur l'inutilité des testicules dans l'acte générateur ne soit plus admise aujourd'hui, et qu'il ne se rencontrât pas un médecin capable de conseiller le mariage à un homme dont l'absence des testicules serait un fait parliiitement acquis, il s'agit de savoir si cette absence peut congénitalement se produire.
FoUin paraît disposé à attribuer à l'atrophie les cas où cette glande ne se rencontre pas (3). A l'appui do celte manière de voir, il cite deux faits qui lui semblent concluants :
(I) Cabrol, Alpluihel (inatumiquo. Tom'non, 15Di, iii-i, j». h1. {'D Cabrol, Ihid., p. 10-2.
(3) FoUin, Éliulcs anniomiques et pathologiques sur les (inonialies (le imilion et les atrophies dit testicule {Arcliiv. génér. de méd., juillet 1851).
5/l/| STÉRILITÉ CHEZ l'hOxAJME.
« Le premier, dit-il, a été montré par moi à la Société de biologie en août 1850; le second a été communiqué par M. Gosselin à l'Académie de Médecine (1). Je donnerai ces deux laits avec quelques détails, car, outre leur rareté, ils me paraissent avoir cela de remarquable qu'aucune autre lésion de Tappareil génital ne les accompagoe; ainsi, sur le scrotum, nulle cicatrice, et, dans les autres voies excrétoires du sperme, rien qui indique même une différence avec le côté opposé. »
Ces deux observations, que l'on trouvera dans le recueil que je cite, n'ont peut-être pas toute l'importance que semble leur attribuer Follin, car rien ne prouve, en effet, que le testicule manquant ait originairement existé, et qu'il faille attribuer son absence à sa disparition progressive. On peut, avec une égale raison, croire à une absence congénitale de la glande.
Quoi qu'il en soit, l'anomalie dont je m'occupe peut ne porter que sur un des testicules ou les atteindre tous les deux à la fois.
Dans le premier cas, l'anorchidie est dite simple ou unilatérale; dans le second cas, l'anorchidie est double.
Tant que ce vice de conformation n'affecte qu'un seul côté et que l'appareil spermatique existe intact du côlé opposé, le mal, au point de vue de la génération, n'est pas trèsconsidérable, car des faits prouvent tous les jours que la présence d'un seul testicule suffit pour accomplir la fécondation.
Mais le dommage est plus réel et irrémédiable si les deux glandes manquent à la fois.
Quand un seul testicule est absent du scrotum, le diagnostic
(1) Gosselin, Bulletin de l'Académie nationale de mé-decine, séance du 4 février 1851. Paris, 1851, t. XVI, p. -463.
ANORCIIIDIE. 5/i5
différentiel peut offrir des difficultés insurmontables, car il n'existe alors aucnn signe qui puisse faire croire à l'arrêt de la glande dans la cavité abdominale. En admettant même l'opinion de Follin sur l'atrophie du testicule retenu dans un point de son parcours, opinion dont je parlerai longuement tout à l'heure, on n'a, pour s'éclairer, ni le critérinm des désirs vénériens, ni les ressources du microscope, car l'individu pourvn d'un testicule ressent les ardeurs de l'amour, comme le prouve le fait communiqué par M. Gossclin, et présente dans sa liqueur séminale des animalcules spermatiques.
Mais si les deux testicules manquent, et surtout si cette absence est congénitale, le doute n'est plus possible. L'individu n'a alors aucun des caractères qui constituent l'homme : ni désirs vénériens ni éjaculation ; ses formes arrondies et sa peau blanche et dépourvue de poils lui donnent quelque chose de féminin, que légitiment de plus la timidité et la pusillanimité de son âme.
L'anorchidie double dont Blandin, Velpeau et Curling avaient contesté l'existence, n'est plus mise en doute aujourd'hui, depuis les recherches si consciencieuses de Godard (1) ; le professeur Wensel Gruber, de Saint-Pétersbourg (2), en u relevé jusqu'à huit cas authentiques, c'est-à-dire confirmés par l'autopsie. Malheureusement le premier de ces faits est celui de Gabrol, cité plus haut, et relatif à un individu pendu pour viol; ceux de Godard sont plus concluants et ne laissent aucun doute sur rinflucncc de l'anorchidie double non-seulement sur la fonction génitale, mais encore sur l'habitude extérieure et le moral du malade dont j'ai parlé tout à Iheure.
(1) Godard, Recherches tcratolotjiques sur l' appareil séminal de l'homme. Paris, 1860, p. 60 et suiv.
(2) Gruber, Medizinischc Jahrbacher,]iimd XV, Wien, 1868, p. 'M.
5/|6 STKRILITÉ CHEZ l/llOM.ME.
Monorc/tidie et crijptorchidie. — Depuis Himter, les déplacements congénitaux des testicules ont, sous le rapport qui nous occupe, une importance considérable, car le grand chirurgien anglais a émis l'opinion que les testicules absents du scrotum, c'est-à-dire retenus dans un point de leur parcours, étaient atrophiés, et par conséquent cessaient de sécréter le sperme.
Cette opinion, combattue par Richard Owen, annotateur de Hunter (1), auquel s'était joint Curling (2) jusque dans ces derniers temps, a été reprise par Follin, qui s'est attaché à montrer les transformations que subit la glande séminale retenue dans le ventre.
Outre une diminution notable dans son volume, le testicule, selon cet auteur, se modifie encore dans sa structure : tantôt il revêt une apparence fibreuse par suite du retrait de la substance séminifère, et tantôt il devient le siège d'une transformation graisseuse complète par le dépôt, dans son intérieur, d'une matière grasse qui, comme dans le tissu musculaire, fait disparaître l'élément normal de l'organe.
Mais pour nous le fait le plus grave, dans cette altération des testicules, est l'absence absolue de tout zoosperme. « Nous devons déjà à un vétérinaire fort distingué, M. le professeur Goubaux, dit Follin, des détails intéressants sur la structure des testicules retenus dans le ventre chez le clieval (3). Outre des altérations dans le volume et dans l'aspect de la substance du testicule, devenue aussi molle que celle du fœtus, M. Goubaux a remarqué que le sperme contenu dans la vésicule séminale, du côté où le testicule était dans l'abdomen, n'offrait pas
(1) .1. Hunter, Œuvres complètes, trad. par G. Richelot. Paris, 1843. t. IV, p. G3 et suiv.
(2) Curling, Traité pratique des maladies du testicule, etc., trad. sur la 12" édit. par Gosselin. Paris, 1857, p. 28.
(3) Recueil de médecine vétérinaire pratique, t. XXIV, p, 131.
JIONORCIIIDIE ET CRYPTORCIIIDIE. 5/i7
d'animalcules spermatiqiie?. J'ai, dans trois cas, examiné le sperme contenu dans la vésicule séminale correspondant au testicule retenu dans l'anneau, et chaque fois j'y ai trouvé une absence complète de spermatozoïdes. L'examen comparatif du côté opposé m'a fait voir que les spermatozoïdes ne manquaient pas dans la vésicule séminale. Dans un quatrième cas, il n'y avait des spermatozoïdes ni d'un côté ni de l'autre : il s'agissait là d'un homme mort à Bicêtro d'une affection des centres nerveux, datant de longues années. Mais ce qu'on trouve constamment dans ce liquide , dépourvu de spermatozoïdes, c'est une abondante production d'une matière jaunâtre, qui se fragmente, comme les matières grasses, en globules arrondis, et me paraît en avoir quelques-unes des propriétés (1). »
Cette opinion de Hunter, si savamment défendue par Follin, a été reprise par Curling, qui l'avait antérieurement combattue : « Les faits que je vais présenter dans ce travail, dit-il, viennent confirmer l'opinion de Hunter d'une façon remarquable, et m'ont amené à changer complètement ma manière de voir sur le point dont il s'agit {'A). » Et plus loin, vers la fin de son mémoire. Curling ajoute : « Ce n'est pas sans beaucoup d'hésitation que je mets en question les prétentions à la paternité dans les cas de ce genre; mais il est à remarquer que, jusqu'àprésent, il n'e=t pas un seul casd'ectopie des testicules oii il ait été nettement démontré que ces glandes fussent aptes h sécréter un fluide fécondant. Les observations réunies dans ce mémoire paraissent suffisantes pour faire voir que, en règle générale, elles ne le sont pas; et quoique je ne voie pas de raison positive pour qu'il n'y ait pas des exceptions, cependant l'évidence fait défaut pour établir qu'il y ait, en réahté, une
(i) Foliiii, Archives (jénérales de médecine. 1851, t. XX.VJ, p. ^Gi. (-2) Curling, Brilish and forcign med. chir. Review; avril ISGi) trad. par V Union médicale, 0 et liJaviil 1805.
bl\S STÉRILITÉ CHEZ i/homme.
telle exception dans l'un quelconque des cas de paternité réputée que j'ai mentionnés ci-dessus. »
Cependant des faits ont été opposés à l'opinion de Hunter, défendue par FoUin, Godard (1) et, comme nous venons de le voir, par Curling. Mais aucun de ces faits n'a l'autorité scientifique qui impose la conviction, tandis que les observations rapportées par les partisans de Hunter reposent toutes sur l'inspection du liquide émis par les cryptorchides ; pas un des faits invoqués contre l'opinion de Hunter n'a cet examen pour base; tous ses contradicteurs se contentent de l'aveu de la paternité. ]\Ioi-même, dans la première édition de ce livre, j'avais admis, sur parole, la fécondité d'un cryptorchide que j'avais observé; mais je me suis convaincu, depuis cette époque, que de pareils faits ne doivent être admis qu'à la suite de l'inspection du sperme, c'est-à-dire de la constatation de la présence de zoospermes.
Cette preuve, la seule irréfragable, faisant défaut dans tous les faits énoncés, il est sage de suivre l'exemple de Curling et d'adopter la loi formulée ainsi par Godard (2) : « 1° les hommes dont les testicules, quoique développés, sont incomplètement descendus, sont puissants, éjaculent du sperme privé d'animalcules, mais ne peuvent féconder ; 2" les hommes dont l'appareil testiculaire incomplètement formé des deux côtés n'est représenté que par les canaux déférents descendus dans le scrotum peuvent accidentellement entrer en érection, mais n'éjaculent jamais. »
Cette infécondité a lieu quelle que soit la place que le testicule occupe en dehors du scrotum, car on sait que la glande séminale peut s'arrêter à divers points de son parcours.
(1) Godard, Études sur la monorchidie et la cryptorchidie chez l'homme. Paris, 1857.
(2) Loc. cit., p. 143.
MONORCHIDIE ET CRYPTORCJIIDIE. 5^9
Sous ce rapport, les déplacements des testicules se rangent dans quatre catégories, que FoUin énumère dans l'ordre suivant :
1°, Cas oii le testicule est retenu dans le ventre ou au canal inguinal dans ses rapports normaux avec l'épididyme et le canal déférent, le scrotum contenant du tissu cellulaire ;
.2° Cas où le testicule est retenu dans le ventre ou au canal inguinal, l'épididyme et le canal déférent se trouvant, en plus ou moins grande partie, dans le scrotum, en avant du testicule ;
3° Cas où le testicule s'est dirigé vers le périnée ;
4° Cas où le testicule a passé à travers le canal crural.
Je n'ai point à décrire ici ces quatre variétés de déplacements, dont riiistoire appartient à l'anatomie chirurgicale des testicules ; je dirai seulement qu'il ne faudrait déclarer un homme stérile, pour cause d'ectopie testiculaire, que si les deux testicules étaient retenus dans le ventre ou à l'aine, car la présence d'un seul de ces organes dans le scrotum suffit, — et les exemples en sont nombreux, — pour satisfaire à toutes les conditions de la fécondité.
L'avenir réservé à l'ectopie des testicules doit être, pour le chirurgien, un motif de surveillance dans les premiers temps de la vie, car alors il est peut-être possible d'amener, par des ventouses ou des pressions douces et répétées, la glande dans le scrotum et de l'y retenir an moyen d'un bandage; mais plus tard, lorsque l'anneau inguinal a perdu l'élasticité de ses parois, que le testicule a pu contracter des adhérences avec les parties voisines qui le pressent, sa migration est difficilement réalisable, et le malade est condamné, presque à coup sûr, à une infirmité inguérissable.
Je n'ai pas à m'arrêtcr aux autres vices de conformation des
550 STKRILITI'; CHEZ L^HOMME.
testicules, tels que l'inversion, l'hypertrophie, la polyorchidie (testicules surnuméraires), la synorchidie (fusion des testicules) , etc., parce que toutes ces anomalies n'exercent aucune influence sur les propriétés copulatrice et fécondante, uniques sujets de cet ouvrage.
2° Atrophie des testicules.
J'ai déjà fait pressentir plus haut que la diminution dans le volume des testicules n'était pas toujours due à des circonstances accidentelles, et que l'on rencontrait quelques-unes de ces atrophies dont un vice de conformation était bien réellement la seule raison d'être. Aussi, pour ne pas scinder cet article, ai-je réservé pour cette place l'histoire de cette anomalie, qui n'a une importance véritable pour nous que lorsqu'elle s'étend sur les deux testicules.
L'état anatomique du testicule atrophié n'est pas le même dans tous les cas : tantôt, lorsqu'il n'y a pas fonte complète du tissu testiculaire, lat unique albuginée, flasque et décolorée, forme une poche l iop vaste pour les restes de l'organe, et donne alors, comme dit Follin, la sensation obscure d'un liquide contenu dans cette loge fibreuse; tantôt la substance testiculaire, subissant une transformation, passe ou à l'état fibreux, surtout quand une phlegraasie est la cause de l'accident, ou à l'état graisseux, ainsi que Follin en rapporte un exemple; tantôt enfin la disparition est complète, et il ne reste plus des testicules que les enveloppes sur lesquelles l'épididyme se conserve parfois dans une intégrité parfaite.
Quand un seul testicule est atteint, le diagnostic est ordinairement facile, parce qu'on a comme point de comparaison le testicule sain ; mais quand les deux glandes ont subi un arrêt de développement, qu'il n'y a que simple diminution dans leur volume, on peut être embarrassé pour se prononcer,
ATROPHIE DES TESTICULI». «'«'l
car la grosseur de ces organes est essentiellement variable selon les individus.
Mais s'il peut être intéressant, pour l'histoire morbide du testicule, de noter la limite exacte qui marque un changement en plus ou en moins dans son volume, il nous importe moins de prendre un tel souci, si ce n'est pour donner l'éveil au malade et prévenir une aggravation, voire même une fonte complète des organes.
Cependant cet embarras n'est pas tel que d'aucuns ont voulu le dire : quand l'atrophie tient à un arrêt de développement et que l'individu a atteint l'âge de la puberté, la différence dans le volume de ses testicules, comparé à celui des hommes de son âge, est trop marquée pour laisser le moindre doute sur la véritable cause de cette différence; d'ailleurs l'appareil génital externe tout entier, la verge et le scrotum n'ont pas suivi le développement progressif des autres parties du corps, et l'adulte offre alors, comme je le dirai tout à l'heure, un pénis et des testicules d'un enfant de cinq à huit ans.
Quand l'atrojjhie arrive d'une manière accidentelle, le malade a toujours, pour se guider, la comparaison de l'état présent avec l'état passé, de telle sorte qu'à moins d'une diminution imperceptible le diagnostic n'offre pas, dans la pratique, les difficultés qu'ont élevées les auteurs en exigeant une mensuration absolue.
Le pronostic, au point de vue de la fécondité, est toujours excessivement grave ; mais cette gravité n'est réelle, il ne faut pas se lasser de le répéter, qu'autant que l'atrophie attaque les deux testicules, et encore, dans ce cas, il est nécessaire que l'atrophie soit complète ; car je dirai tout à l'heure que dans les simples arrêts de développement, par exemple, il n'est pas rare de voir l'app ireil génital sortir un jour de sa léthargie, et les testicules, sous rinfluencc de cette vie nou-
^^•^ STÉRILITÉ CHEZ l'hOMME.
velle, acquérir le volume normal qu'ils possèdent dans l'âge adulte.
Le traitement, quand il est possible d'espérer dans les ressources de l'art, est nécessairement subordonné à la cause qui a donné naissance à l'atrophie.
Ces causes sont nombreuses, et pour mettre quelque ordre dans leur énumération je les range sous six chefs principaux :
1° Arrêts de développement ou vices de conformation. 2° Lésions de l'innervation ; 3" Compression ; II" Inflammation ;
5° Actions de certaines substances; 6° Causes diverses et inconnues.
1" Arrêt de développement. — Je ne reviendrai pas ici sur ce que j'ai dit plus haut de l'arrêt de développement qu'éprouvent les testicules retenus dans un point de leur parcours. Je n'entends parler, en cette place, que de l'atrophie des testicules parvenus dans les bourses.
Les cas de ce genre sont moins rares qu'on ne pense : Wilson, (1) Lallemand, (2) Curling (3), etc., en rapportent des exemples; j'en ai moi-même observé quelques-uns, et j'ai longuement rapporté, dans la première partie de cet ouvrage (/i), l'histoire d'un jeune Brésilien, que la ténuité de sa verge empêchait de goûter les voluptés du coït. Je ne rappelle ce fait que pour faire remarquer que la diminution des testicules, quelque considérable qu'elle soit, n'est pas toujours un
(1) Wilson, Led/im o«. \hc, f^trucJure and physiology of the maie and génital organs. Loiulon, 1821, p. i^i.
{T) Lallemand, Des pertes séminales involontaires.' Taris, l(S36-i84.'^ t. II, p. 380.
(3) Curling, Traité pratique des maladies du testicule, p. 66.
(4) Voyez page 93.
motif d'impuissance et de stérilité, ainsi que le prouve également le fait de Wilson, rappelé par Follin : ((A\'ilson, dit-il, fut consulté par un homme de vingt-six ans, qui avait le pénis et les testicules aussi petits que ceux d'un enfant de huit ans. Cet homme se maria, devint père de famille, et à vingt-huit ans ses parties s'étaient accrues au volume de celles d'un adulte. » L'exercice de la fonction génitale suffit, dans ces cas, pour amener les testicules à un volume plus considérable, comme on le voit par le fait de Wilson et par celui que j'ai cité moi-même.
Mais quand l'atrophie est complète, quand la substance testiculaire est entièrement absente de la tunique albuginée, l'art est impuissant, la stérilité est incurable, et de plus tout le sens génital est mort : nul désir vénérien, nulle aspiration vers les voluptés amoureuses, que serait d'ailleurs incapable de faire goûter et d'éprouver elle-même une verge réduite à des proportions microscopiques.
Cependant ]\DI. Legendre et Bastien (1) rapportent un fait de petitesse extrême des testicules, restés très-haut dans le scrotum, et s'accompagnant d'une verge normale; M. le Dentu se demande avec raison si ces lésions testiculaires étaient bien réellement primitives, et si l'on ne devait pas les rapporter à une migration difficile (2).
Pourtant, immédiatement après ce doute, M. le Dcntu rapporte une observation de M. Hybord, dans laquelle la petitesse de la verge accompagnait l'atrophie des testicules, il est vrai, mais oiî le sujet avait les désirs vénériens et se livrait au coït.
Il rappelle aussi le fait mentionné par M. Rizet (3) d'un soldat chez lequel la virilité, au dire du malade, était conser-
(1) T.egendre et Bastien, Gazette médicale, i859.
(2) Le Dentu, Des anomalies du teslicnle. Paris, 18G9, p. 49.
(3) Rizel, Recueil de méd. et de chirurg. milit. 1862.
55A STKR'ILITÉ CHEZ l'hOMME.
vée malgré l'arrêt de développement des testicules et de la verge.
Ces trois faits ne peuvent infirmer la règle que j'ai posée plus haut, car dans celui de MM. Legondre et Bastien tous les renseignements manquent, il n'y a que l'autopsie; dans les deux autres, on n'a que les affirmations des malades, suspectes en pareil cas, et que pour sa part M. Rizet n'admet qu'avec les plus grandes réserves.
2° Lésions de Vinnervation. — Les lésions de l'innervation comme causes d'atrophie des testicules ne peuvent être mises en doute; les faits abondent pour en constater la réalité : Lawrence (I), Curling (2), Larrey (3), Lallemand {h) citent des exemples d'atrophie testiculaire survenue à la suite de blessures à la tête. Wardrop raconte que le même accident survint chez un homme qui avait reçu un coup violent au niveau de la région lombaire (5); enfin, et pour terminer par une considération de physiologie comparée, Follin écrit : « M. le docteur Brown-Sequard, dans ses belles expériences sur la section et la régénération de la moelle chez les cobayes, m'a dit s'être assuré que les testicules subissaient, après cette lésion, une diminution manifeste de volume (6). »
. 3° Compression. — L'effet que la compression amène dans la consistance et le volume des testicules, que celle-là s'exerce sur la glande elle-même ou sur le canal déférent, a été noté dès la plus haute antiquité par Hippocrate et par Galien, et d'aucuns, depuis eux, ont considéré certaines affections qui déterminaient une semblablecompression, rhydrocèle,parexemple,
(1) Lawrence, Medico-chirurf/. Transact., t. IV, p. 214. {i) Curling-, Treatise on the diseases of the teslicle.
(3) Larrey, Mémoires de chirurgie mililairc, p. 262.
(4) Lallemand, Pertes séniinaleit involontaires, t. II, p. 4.2.
(5) Baillie, Œuvres, édit. de Wardrop, t. II, p. 315.
(6) Follin, Archives générales de médecine, juillet, iSol
comme des causes certaines de stérilité. Cependant il faut se garder d'attribuer à quelques-uns de ces accidents une importance qu'ils n'ont pas, à moins qu'ils n'aient acquis une durée et un développement considérables; ainsi l'hydrocèle et le varicocèle, par exemple, sont accusés d'être des motifs de stérilité, et l'on voit pourtant, tous les jours, des hommes portant l'une de ces deux affections satisfaire parfaitement aux conditions procréatrices.
Loin de moi la pensée de nier d'une manière absolue l'action fâcheuse de ces infirmités; mais j'estime que pour amener l'atrophie du testicule cette action doit s'exercer longtemps et d'une manière assez énergique; d'ailleurs il faut se garder de porter inconsidérément un pronostic défavorable sur la capacité génératrice du malade, car il faudrait, pour que la stérilité se produisît, que la compression s'exerçât sur les deux testicules, et l'on sait qu'il est rare de rencontrer simultanément des deux côtés une hydrocèle ou un varicocèle. Gela est si vrai que Vidal (de Cassis) met au nombre des causes du varicocèle l'influence héréditaire, lui qui cependant fait valoir la stérilité comme un motif déterminant de l'opération.
Quoi qu'il en soit, il est impossible de nier l'action fâcheuse d'une compression longtemps contiiméc , que cette compression soit produite par une hydrocèle, par une hématocèle, par un varicocèle, par une hernie, par un éléphantiasis ou par tout autre phénomène ; cette possibilité doit entrer dans Tappréciation des causes de la stérilité chez l'homme.
Dans la très-grande majorité des cas, surtout^ quand l'atrophie testiculaire n'est pas complète, on peut prévenir la fonte totale de la glande, en faisant cesser la compression. Vidal (de Cassis) raconte qu'un jeune homme, porteur d'un varicocèle congénital des deux côtéS; perdit sa voix de castrat et recouvra
OOb STÉRILITÉ CHEZ l'hOMME.
tous ses attributs mâles, après la double opération du varicocèle (1).
La gymnastique, un régime alimentaire fortifiant et excitant tout à la fois et l'exercice modéré de la fonction génitale sont, avec les bains de mer et quelques embrocations ammoniacales ou cantharidées, les seules ressources qui, après Icloignement de la cause qui produisait la compression, puissent aider le retour de la fonction génitale; celle-ci d'ailleurs revient le plus souvent d'elle-même, sans le secours d'une thérapeutique quelconque.
h" Inflamination. — Hunter, qui reconnaît expressément que la compression peut amener l'atrophie des testicules, et il en cite comme preuves les cas de hernie dont Pott a rapporté des exemples, et l'hydrocèle dont lui-même fut témoin, Hunter, dis-je, n'est pas moins explicite sur l'influence de l'inflammation, quelle que soit la cause de cette dernière : « D'autres fois il (le testicule) s'enflamme, dit-il, ou d'une manière spontanée, ou à cause de sa simpathie avec l'urèthre; il devient gros et commence ensuite à diminuer, comme dans la résolution d'une inflammation ordinaire; m.ais cette diminution ne s'arrête point lorsque le testicule est réduit à son état naturel, elle continue encore jusqu'à ce qu'il disparaisse entiè rem eut (2), o
Et Hunter rapporte trois faits de ce genre, dont je demande la permission de transcrire le second, parce qu'il nous offre l'exemple de la disparition successive des deux testicules. Hunter l'inscrit dans son livre comme lui ayant été communiqué par Nanfan.
(1) Vidal (de Cassis), De la cure radicale du varicocèle par V enroulement des veines du cordon spermatique. Paris, 1<S50.
(2) J. Fluiiter, Traité de la maladie vénérienne, traduit par le docteur G. Hichelot, avec des notes et des additions, par le docteur Ph. Ricord. 2« édit. Paris, 1852, p. 374.
ATROPHIK DES TESTICULES. 30'
« Un jeune homme d'environ dix-huit ans, qui n'avait jamais eu aucune maladie vénérienne, a perdu ses deux testicules de la manière suivante : le 3 février 1776, après avoir patiné pendant quelques heures, sans avoir, à sa connaissance, reçu aucune lésion, il éprouva une violente douleur dans le testicule gauche, qui s'enflamma, et qui en peu de jours acquit un volume considérable. Un chirurgien, qui fut appelé auprès du malade, employa les moyens de traitement ordinairement usités en pareil cas. L'inflammation et le gonflement se dissipèrent graduellement dans l'espace d'environ six semaines, et il ne resia plus qu'un peu d'induration. On appliqua alors un emplâtre mercuriel qui fut abandonné après avoir été porté pendant quelque temps. Depuis cette époque le testicule a continué à décroître graduellement, et maintenant il n'est pas plus gros qu'une fève de marais; le corps du testicule est entièrement détruit, et ce qui reste paraît n'être autre chose qu'une partie de l'épididyme. Cette portion n'est le siège d'aucune douleur, à moins qu'on ne la comprime; elle est très-dure et inégale à sa surface. Le cordon spermatique n'est pas le moins du monde altéré. Le 20 octobre 4 777, le malade fut pris des mêmes symptômes dans le testicule droit, sans cause appréciable, et je fus appelé à lui donner des soins. Il fut saigné immédiatement, prit une mixture laxative, puis une mixture saline avec le tartre stibié; on fit des fomentations et des embrocations sur le testicule avec l'esprit de Mindererus et l'alcool. Le 27, on appliqua un cataplasme de farine de graines de lin arrosé d'eau végéto-minérale. Ce traitement fut continué jusque vers le milieu du mois de novembre. L'inflammation se dissipa, et le testicule parut être dans son état naturel. Le 19 décembre, on m'appela de nouveau. Le testicule paraissait s'indurer et diminuer de volume de la même manière que l'autre, ce qui affectait vivement le malade. Je prescrivis quelques pilules de calomel et d'émétique, dans l'espoir
558 STÉRILITÉ ciii:z l'homme.
d'accroître la sécrétion des glandes en général et de déterminer quelque modification dans le testicule. Ce traitement parut d'abord produire un bon effet, mais il ne tarda pas à devenir inefficace, et le testicule commença à s'atrophier comme avait fait l'autre.
)) Je fus appelé en consultation avec Adair et Pott, mais nous ne trouvâmes rien qui pût offrir quelques chances de succès. Je conseillai au malade de faire fonctionner l'organe autant que ses penchants naturels pourraient l'y porter, mais tout fut sans résultat. Le testicule continua à décroître jusqu'à ce qu'enfin il n'en restât plus aucun vestige. »
De son côté, Hamiiton (1) cite deux observations d'orchite parotidienne, avec atrophie du testicule consécutivement ; il ne serait pas difficile de trouver des exemples d'orchite vénérienne, suivie du même accident.
Ainsi donc, que la cause soit spontanée, métastatique, \énérienne, traumatique ou autre, il faut reconnaître que l'inflammation testiculaire amène, dans certains cas, la fonte de l'organe. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de noter les conditions qui favorisent ce dépérissement ; il faut admettre, pour les cas oiî il se produit, une prédisposition spéciale, diathésiquc, pour ainsi parler, dont les signes échappent entièrement à nos moyens d'investigation.
Le pronostic, qui ne peut être porté que lorsque le volume du testicule a commencé à dimiimer, est toujours grave; car il est à craindre, comme on l'a vu dans l'observation rapportée par Huiiter, que la cessation de l'inflammation n'arj'ète pas la fonte du testicule. Selon toutes les probabilités, le travail phlegmasique désorganise la substance testiculaire, et la métamorphose en une espèce de lymphe plastique, laquelle est plus tard lentement résorbée. C'est ce qui ressort à peu près
(\) Hamiiton, Philos. Transact. Edinb., t. II, art. ix, j). 59.
de toutes les observations de ce genre : la diminution du testicule n'a jamais lieu pendant l'inflammation elle-même; elle commence après la disparition do tous les symptômes de cette dernière, et quelquefois longtemps après, alors qu'on semblait ne plus rien devoir craindre sous ce rapport.
Cette manière de voir trace tout naturellement la conduite du chirurgien. Les antiplilogistiques sous toutes les formes sont appelés à combattre l'inflammation et à en diminuer les ravages; et les fondants, tels que les préparations mercuriclles et iodées, la ciguë, etc., etc., ont pour but de prévenir ou de dissoudre les engorgements et les nodosités que la plilegmasie peut produire.
Mais quand l'atrophie du testicule a commencé, il faut impérieusement éloigner les fondants, sous peine de hâter l'accident que l'on se propose de combattre, et insister sur les toniques et môme les astringents. Les eaux ferrugineuses, tant h l'intérieur qu'à l'extérieur, les bains de mer, l'hydrothérapie, k^s bains de rivière ont dans ces circonstances un avantage marqué. Le coït, ou tout au moins les excitations vénériennes modérées sont à mon avis indispensables, car l'exercice régulier d'une fonction peut ramener l'organe dans les conditions normales de sa structure : c'est ce que nous voyons tous les jours pour des muscles atrophiés auxquels le jeu des parties qui les soutiennent redonne la force et le volume qu'ils avaient perdus. Mais il ne faut pas, d'un autre côté, que ces excitations xéiîériennes et surtout que le coït deviennent des excès, car on précipitei-ait à coup sûr un dénoûment funeste en ;uignientant, par une excitation \oisine de l'irritation, la puissance absorbante qu'il s'agit au contraire de modérer et de conduire.
5° Action de certaines substances. — Ou ne doit pas espérer trouver ici, je ne dirai pas la description, mais simplement l'énumération de cette foule de substances auxquelles l'ima-
560 STÉEIILITÉ CHEZ l'hOMME.
gination de nos pères prêtait les vertus les plus surprenantes 5 ce livre n'est point un recueil de fables ridicules; il nous importe peu de savoir, par exemple, qu'Arnaud de Villeneuve recommandait, pour éteindre la sécrétion spermatique, de porter dans sa poche un couteau dont le manche était taillé dans le bois de Va(/?ius castus. Oii voit-on encore des femmes mettre leur chasteté sous la sauvegarde de lits faits avec les feuilles du vitex, du nénuphar ou de la laitue? Laissons donc toutes ces histoires absurdes où la science et la raison n'ont que faire, et où le merveilleux coudoie la jonglerie et le mensonge.
Cependant ne poussons pas le scepticisme jusqu'à nier l'action bien manifeste de certains agents sur les glandes en général, et en particulier sur les testicules. Parmi ces agents, il en est deux surtout dont l'influence désorganisatrice ne saurait être mise en doute; je veux parler de l'iode et du sulfure de carbone.
Depuis que l'iode a été introduit dans la thérapeutique, son emploi a pris une telle extension qu'il a été facile de recueillir de nombreux exemples de son action délétère. M. Cullerier en a rassemblé un assez grand nombre de cas (1), et j'en ai moi-même recueilli quelques-uns.
J'ai souvent remarqué, en administrant l'iodure de mercure ou de potassium contre les accidents constitutionnels de la syphilis, que les malades éprouvaient un allanguissement notable dans les désirs vénériens et un affaiblissement manifeste dans leur puissance virile, avant même qu'il fût possible de constater et même de soupçonner une diminution dans le volume des testicules; j'ai même connu une personne chez laquelle cette action des préparations iodées était si active qu'il lui suffisait, pour éprouver les accidents dont je viens de parler, de prendre une dose minime de ce médicament. Peut-on
(1) Cullerier, Mémoires de la Société de chirurgie, l. I.
admettre, dans ces cas, que l'iode, avant môme de commencer la désorganisation ou la fonte de la substance testiciilaire, suspend, ralentit ou tout au moins pervertit la sécrétion séminale, au point d'amener un trouble notable dans la fonction dont cette sécrétion est tout à la fois l'excitant et la fin ? Ou bien l'iode, en dehors de son influence sur le tissu du testicule, exerce-t-il aussi un empire néfaste sur lesens copulatenr?
Cette dernière hypothèse, que rien ne justifie, doit s'effacer devant l'action bien réelle de l'iode sur la substance testiculaire; aussi en attribuant à cette action l'allanguissement des désirs vénériens et l'affaiblissement de la puissance copulatrice, on rentre dans la loi physiologique qui place dans les testicules le siège et le moteur de la viriKté. 11 est probable qu'il s'opère alors dans ces organes un travail sourd de désorganisation, dont les effets se font d'abord sentir pendant l'exercice de la fonction, avant de se traduire par un désordre anatomique de la glande. Le sperme, en effet, examiné au microscope, présente des animalcules et moins vivants et en moins grande quantité qu'à l'état normal.
Bien évidemment, une modification fâcheuse s'est opérée dans la sécrétion du sperme.
Si l'iode est continué longtemps, s'il est surtout administré en nature, comme dans le traitement de la phthisie pulmonaire par la méthode de MM. Ghartroule et Piorry, cette modification se trahit par des signes non équivoques d'atrophie testiculaire. J'en ai vu un remarquable exemple dans lequel les inhalations des vapeurs d'iode avaient bien réellement amendé une phthisie pulmonaire, mais qui avaient amené dans l'espace de six à huit mois la fonte totale des testicules Le malade, à l'époque où je l'examinais, avait vingt-sept ans, et ne possédait plus, dans le scrotum flétri et diminué à son tour de volume, que deux espèces de poches ratatinées et plates, suspendues au canal déférent qui, lui, était dans toutes
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les conditions normales. Cliez cet homme, rimijuissaiiec était complète, la stérilité absolue.
En présence de pareils faits accomplis, l'art n'a qu'à se voiler la face; il ne lui est pas permis de tenter l'impossible; mais il peut heureusement intervenir avant que la destruction testiculaire soit entière; alors, mais seulement alors, en éloignant la cause qui produit la fonte des testicules et en recourant aux toniques généraux, à une alimentation substantielle et à l'exercice modéré de la fonction génitale, on peut espérer ari'êterune désorganisation funeste et conservera l'organe atteint une force do sécrélion suffisante, non-seulement pour exciter l'ardeur vénérienne, mais encore pour produire et animer l'élément essentiel à la fécondation, c'est-à-dire les zoospermes.
Le sulfure de carbone, d'après les recherches de M. le docteur Delpech, ne frappe pas seulement d'impuissance, comme je l'ai dit précédemment, les ouvriers qui travaillent dans l'industrie du caoutchouc, mais encore il porte atteinte à la vitalité des testicules chez les sujets exposés de bonne heure à son action fâcheuse : « L'obstacle apporté au développement de la foncLion, dit le docteur Delpech, arrête le dé- Yeloppement de l'organe; chez U... en effet, les testicules avaient évidemment subi un arrêt de développement. Entré à douze ans dans l'industrie du caoutchouc soufflé, il n'avait jamais vu ses instincts génésiques se développer normalement. C'est là un fait qui me semble d'autant plus important, que dans l'observation X le même résultat s'est produit ; avec un développement normal de la verge, les testicules sont extrêmement petits. Cette disproportion coïncide avec ce fait qu'à l'époque de la puberté le sujet de cette ob&ervation a été, comme le précédent, atteint de paraplégie sulfo-carbonique (1). »
(1) Delpech, Nouvelles recherches sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de carbone, p. 26.
ATilOPIIIE IJES TESTICULES. 5(33
Dans tous les cas, alors même que l'impuissance n'est pas complète et que l'atrophie testiculaire n'est pas très-pronoucée, la liqueur séminale n'a plus de propriétés fécondantes ; l'iiitoxication suifo-carbonique amène au moins et à coup sûr la stérilité.
Nous avons vu précédemment que le phosphore est le médicament qui a rendu à M. Delpech le plus de sr3rvices contre les accidents qu'il signale ; je ne puis que m'en référer h son expérience et répéter ce que j'ai dit ailleurs (1).
0° Causes diverses et inconnues. — S'il fallait en croire un fait rapporté par Yv'ardrop, le système circulatoire ne serait pas sans influence sur l'atrophie testiculaire. Cet auteur raconte que, chez un homme dont le scrotum ne contenait plus que la tunique albuminée, on trouva un anévrysme de l'aorte formé ù l'origine des artères spermatiques qui étaient complètement oblitérées (2). Bien évidemment, ce n'est point à l'anévrysme, mais bien à l'oblitération des artères spermatiques, qu'il faut attribuer, dans ce cas, l'atrophie des testicules. La raison en est trop simple pour nous y arrêter davantage.
Mais en est-il de même des excès vénériens auxquels Larrey et B. Brodie prêtent une influence certaine? Il faudrait peutêtre s'entendre sur la nature même de cette influence, avant de la nier ou de l'accepter sur la simple déclaration de ces deux hommes éminents.
Si l'on suppose que les excès vénériens amènent l'atrophié des testicules par suite de l'afl'aiblissemcnt dont ils frappent l'organisme tout entier, je nie formellement cette action, parce qu'elle choque les notions les plus élémentaires de la physiologie.
Si, au contraire, on considère les excès vénériens comme
(J) Voyez la page "241.
(2) Baillie, Œuvres, t. II, 315.
564 STÉRILITÉ CHEZ l'hOMME.
une source féconde et permanente d'excitations testiculaires, capables de déterminer dans ces glandes une inflammation désorganisatrice, je puis admettre cette explication que légitiment, jusqu'à un certain point, l'espèce d'empâtement et la douleur que l'on remarque dans les testicules après des excès de coït.
Ce ne serait donc que secondairement que ces excès amèneraient l'atrophie des testicules, et l'on retomberait alors dans les cas que j'ai examinés plus haut et qui reconnaissent l'inflammation pour cause.
Enfin, dans un certain nombre de circonstances, il est impossible de rattacher à quoi que ce soit l'atrophie des testicules. Follin fait une déclaration identique : « Depuis que mes études, dit-il, sont dirigées vers cet objet, j'ai trouvé dans les hôpitaux un certain nombre de malades dont les testicules étaient plus ou moins atrophiés, et la cause m'a échappé, à moins qu'on n'admette les excès vénériens ou autres, comme paraissent le croire Larrey et B. Brodie (1). »
Je viens de dire la part qu'il fallait faire aux excès vénériens, je n'y reviendrai pas.
3° Tumeurs et dégénérescences des testicules.
Toute dégénérescence, quelle que soit sa nature, en altérant profondément les éléments anatomiques du testicule, jette fatalement le trouble dans ses conditions physiologiques, tantôt en tarissant la source de la sécrétion spermatique, et tantôt en faisant perdre au produit de cette sécrétion ses attributs de liqueur fécondante.
Je vais rapidement passer en revue, à notre point de vue, les principales dégénérescences qui affectent les glandes séminales.
(1) Follin, Archives de médecine, juillet 1851, p. 283.