CHAPITRE III
TROUnJ.ES DE LA FONCTION d'exCKÉTION.
En quittant les vésicules séminales et avant d'arriver au dehors, le sperme traverse deux nouveaux conduits : les canaux éjaculateurs et le canal de l'urèthrc, et n'est lancé, avec une certaine force, qu'à la condition de la rigidité de la verge.
II me reste donc à étudier les circonstances qui peuvent
MALADIES DES CONDUITS ÉJACULATEURS ET DE LA PROSTATE. l
mettre obstacle ù cette nouvelle et dernière phase de la marche du fluide spermatique. Pour que cette étude ait toute la clarté désirable, je la partagerai en trois paragraphes : dans le premier, j'examinerai les affections des conduits éjaculateurs et de la prostate; dans le second, je passerai en revue les accidents si nombreux et si variés dont le canal de l'urèthre est le siège; dans le troisième, enfin, abordant d'une façon plus complète que je ne l'ai fait précédemment, la question de l'éjacuiation, j'aurai à me demander si l'impnissance est toujours et fatalement une cause de stérilité.
g I. — AHeetious des vunaux é|aculatcurs et cic la prostate.
Pour obéira la logique que m'imposait en quelque sorte la marche du sperme à travers les nombreux organes qu'il traverse, j'ai dù examiner séparément les affections des vésicules séminales et celles des canaux éjaculateurs et de la prostate. Cette distinction purement physiologique ne saurait subsister dans l'ordre pathologique, et je suis le premier à reconnaître que les canaux éjaculateurs participent toujours plus ou moins aux maladies des vésicules séminales. Aussi les considérations que j'ai présentées à l'occasion de ces dernières, sont-elles entièrement applicables aux conduits éjaculateurs et à la prostate.
Cela est si vrai que, dans les cas de spermatorrhéc, par exemple, où le caustique exerce une influence heureuse, cette influence n'est pas due à l'action immédiate de la cautérisation sur les vésicules séminales, puisque le nitrate d'argent ne touche que la prostate et l'ouverture externe des canaux éjaculateurs. C'est donc en modifiant l'état de ceux-ci, que la pierre infernale finit par modifier celui des vésicules séminales.
STÉRILITÉ CHEZ i/hOMME.
Cependant, cette liaison morbide n'est pas tellement intime qu'il n'existe des cas oii l'un de ces organes est malade, tandis que l'autre est parfaitement sain, ou n'est tout au moins affecté que d'une manière insignifiante. Ainsi, lorsque dans le produit de l'éjaculation on constate de la matière tuberculeuse, cancéreuse, etc., et que, par le toucher rectal et le cathétérisme, on s'est assuré que cette matière ne vient ni de la prostate, ni du canal de l'urètlire, ni de la vessie, il faut bien admettre la libre circulation des canaux éjaculaleurs, et en même temps la présence dans les vésicules séminales du produit du tubercule ou du cancer; car, ainsi que je le dirai tout à riieure, si les canaux éjacukteurs étaient obstrués dans un point de leur parcours, il n'y aurait point d'éjaculation ; il n'y aurait qu'un suintement de fluide prostatique, dont la minime quantité suffit toujours, à défaut d'autre caractère, pour le distinguer du produit de la sécrétion vésiculaire.
D'autre part, il est telles aflèctions de la prostate et même des conduits éjaculateurs, auxquelles restent parfaitement étrangères les vésicules séminales, ainsi que l'ont montré des nécropsies dans lesquelles la prostate et les canaux éjaculateurs étaient gorgés de pus, alors que les vésicules séminales étaient dans un parfait état d'intégrité.
Cependant, il faut le reconnaître, ces cas sont très-rares. Quand de si graves désordres ont attaqué un point de l'appareil spermatique, il est commun de les voir se répercuter sur toutes les parties de l'appareil, même sur les points les plus éloignés de leur source, ainsi que l'ont observé Andral, Cruveilhier, Lalleraand, Dalmas, Albert, etc., qui ont vu des lésions identiques exister à la fois sur la prostate, les canaux éjaculateurs, les vésicules séminales, les canaux déférents et les testicules.
Quoi qu'il en soit, au point de vue de la stérilité, les affections des conduits éjaculateurs et de la prostate peuvent se
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partager en deux grandes classes, selon les résultats qu'elles produisent.
Dans la première classe se rangent les lésions anatoniiques susceptibles de mettre obstacle à la direction normale du sperme, soit en s'opposant à sa marche, soit en lui faisant prendre une route ditîérente de celle qu'il doit suivre.
La seconde classe comprend les affections qui, laissant complètement libre cette portion de la voie spermatique, altèrent les conditions dynamiques par lesquelles s'accomplit la marche du fluide séminal.
Gomme sans doute on le pressent, ces deux genres d'affections ont une symptomatologie tellement différente, qu'il est impossible de les rapprocher et de les confondre. Tandis que dans les secondes, une certaine quantité de liquide spermatique s'écoule au dehors, les premières sont entièrement privées d'éjaculation et ne laissent suinter qu'une simple humidité produite par les glandes qui tapissent le canal de l'urèthre.
Les premières créent à la marche du sperme un empêchement mécanique; les secondes, au contraire, ne lui opposent, qu'on me passe le mot, que des obstacles dynamiques.
Examinons donc séparément chacune de ces deux classes d'affections, oii, comme on va le voir, il est nécessaire d'admettre des degrés.
1° Obstacles mécaniques à la marche normale du sperme. — Ces obstacles sont tantôt dans les canaux éjaculateurs et tantôt dans la prostate.
Toutes les causes que nous avons vues précédemment susceptibles d'amener l'oblitération des canaux déférents peuvent avoir une action analogue sur les canaux éjaculateurs; l'inflammation, la tuberculisation, le cancer, l'ossilication, ainsi que Lallemand l'a observé, le dépôt de concrétions terreuses, comme Ta constaté Mitchell, sont tout autant de causes
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STÉRILITÉ CHEZ l'iIOMME.
qui peuvent empêcher le sperme de passer des vésicules séminales dans l'urèthre.
Dans d'autres cas, l'obstacle siège dans la prostate; l'induration de cette glande, ses dégénérescences, son hypertrophie, sa phlegraasie avec ou sans formation de pus, etc., sont également des -circonstances capables d'amener, d'une manière ou d'une autre, l'oblitération de la partie des canaux éjaculatcnrs qui la traverse.
Ces oblitérations, que la cause siège dans les canaux éjaculateurs ou dans la prostate, sont souvent Irès-dilficiles à constater sur le vivant, quand l'oblitération n'a lieu que pour un seul côté des voies spermatiques. Dans ce cas, le côté resté libre fournit assez de fluide pour que la sollicitude du malade ne soit pas éveillée et pour rendre beaucoup moins grave le pronostic au point de vue seulement oi^i nous sommes placé. Sans doute, quand on songe aux circonstances nombreuses qui, eu égard à la délicatesse et à la multiplicité des organes, peuvent empêcher la fonction spermatique, il est toujours sérieux de constater une lésion dans un de ces organes doubles; car, par le fait de cette lésion, le malade perd plus que la moitié de ses chances de fécondité.
Cependant, en tout état de choses, il n'est point stérile ; pour qu'il le devienne, dans le cercle oh nous sommes à présent enfermé, il faut que l'oblitération se produise à la fois dans les deux canaux éjaculateurs.
Cette simultanéité d'obstruction n'est pas commune; elle a été cependant observée : Lallemand, Ricord, Gaussait, Cullerier, etc., ont rencontré clans ces organes, tantôt de l'encéphaloïde, tantôt du tubercule, tantôt des granulations osseuses et tantôt des matières morbides venues do la prostate.
Dans tous ces cas, l'éjaculation et môme le suintement du fluide spermatique eont impossibles. Pas n'est besoin d'examiner au microscope le pus, le liquide rendu pour y chercher
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les spermatozoïdes; la quantité de ce liquide, à défaut d'autre caractère physique ou chimique, suffit toujours pour en trahir la source. Cette absence d ejaculalion, ou plutôt de fluide spermatique, est un symptôme ca[)ital, qui, rapproché des signes fournis par le toucher rectal et le cathélérisme, peut permettre de fixer la désignation exacte du siège de la maladie.
11 est des circonstances oii le fluide spermatique manque complètement, comme dans les cas rapportés plus haut, tant que la verge est en érection, mais s'écoule au dehors en bavant, ou mêlé à l'urine, dès que le pénis revient à la flaccidité. « De la Peyronie (J) parle d'un homme qui avait déjà eu trois enfants, et qui, à la suite d'une gonorrhée dont il négligea le traitemeiitj faisait de vains eflbrts pour éjaculer le sperme, qui ne sortait qu'en bavant, peu de temps après le coït; l'urine, cependant, était rendue sans difliculté, ce qui ne permettait pas de supposer un rétrécissement ou tout autre obstacle dans l'urèthre. A l'ouverture du cadavre, on trouva une cicatrice sur i'éminence de la portion du verumontanum qui regarde la vessie; les brides de cette cicatrice avaient changé la direction des vaisseaux éjaculaloires, de manière que leurs ouvertures, au lieu d'être dirigées, comme elles le sont naturellement, vers le bout de la verge, l'étaient dans le sens contraire, c'est-à-dire vers le col de la vessie ; aussi le sperme ne pouvant plus se diriger vers le bout du gland était réfléchi vers le côte droit du col de la vessie (•?.). »
L'hypertrophie totale ou partielle de la prostate peut aussi changer la direction des conduits éjaculateurs et reproduire l'accident observé par de la l^eyronie.
Ce dyspermatisme, pour me ser\ir de l'expression de Pinel,
(Ij Do la Peyronie, Sur quelques obstacles qui s opposent à Véjaculation naturelle de la semence. {Mémoires de l Académie de chiruruie. Paris, 17i;î, t. I, p. 427.)
{t) Oïlila, Traite de médecine légale, 4" édil., l. 1, p. I8G.
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OU cet aspcrmatisme, pour employer une expression qui me paraît rendre plus fidèlement ce phénomène, n'est pas toujours la conséquence d'une lésion de la prostate; il est tantôt sous la dépendance d'un rétrécissement de l'urèthre, et tantôt sous celle de contractions spasmodiques de ce canal, et même de contractions semblables des conduits éjaculateurs.
Le diagnostic différentiel de ces diverses affections a la plus haute importance pour le traitement, car toute médication intempestive peut indéfiniment perpétuer l'impossibilité de l'éjaculation.
Le toucher rectal, le cathétérisme et l'écoulement de l'urine sont les bases du diagnostic différentiel de la lésion de la prostate et de celle de l'urèthre. Il est impossible qu'un examen qui tiendra compte des signes fournis par ces trois modes d'investigation ne conduise pas à l'exacte détermination du siège de la maladie.
Mais cette certitude est plus difficile à acquérir quand l'aspermatisme reconnaît pour cause un spasme nerveux. Les signes sont tous alors négatifs. Malheureusement il est certaines lésions de la prostate, telles, par exemple, que l'induration profonde d'un de ses lobes, qui échappent à tous nos moyens d'investigation, et qui, par cela même, peuvent faire croire à un état spasmodique. Dans d'autres circonstances, au contraire, une légère hypertrophie de la prostate peut simuler des désordres fonctionnels dont elle est parfaitement innocente, et qui tiennent bien réellement à un état nerveux de cette partie des voies spcrmatiques : c'est ce qui, en effet, m'est arrivé bien positivement une fois. Par le toucher rectal, j'avais constaté un développement anormal du lobe moyen de la prostate, et je crus que l'impossibiHté dans laquelle se trouvait le malade d'accomplir l'éjaculation n'avait pas d'autre cause que cette hypertrophie partielle de la glande, qu'expliquaient d'ailleurs plusieurs blenuorrhagies successives et mal