LÉSIONS ORGANIQUES DES OVAIRES
Quand le développement rudimentaire porte sur les deux ovaires, ce qui est le plus commun, le pronostic et le diagnostic sont identiques avec le diagnostic et le pronostic de l'absence des deux ovaires. Le résultat est une stérilité absolue et inguérisï^able.
Il n'en est pas de même si un des ovaires est à l'état normal ; dans ce cas les règles et l'aptitude à la fécondation subsistent.
Ectopie. — - En 1855, M. Puecli (1) fit connaître une espèce d'ectopie ovarique par défaut de migration; il l'appella lombaire^ parce que les ovaires restent à la place qu'ils occupent pendant la dixième semaine de la vie embryonnaire; mais cette variété d'ectopie rentre dans le cas des arrêts de développement dont je viens de m'occuper.
Les autres ectopies, incontestablement les plus nombreuses, sont produites, au contraire, par un excès de migration; elles se confondent avec les hernies ovariennes auxquelles je consacre plus loin un paragraphe. — J'y renvoie le lecteur.
§ II. — Lésions organiques des ovaires.
(( La texture éminemment vasculaire, spongieuse, érectile de l'ovaire, dit M. Cruveilhier; le grand développement, eu égard à son volume, de ses vaisseaux et surtout de ses veines; la nature de ses fonctions qui le fait participer si activement à l'orgasme du coït et aux divers troubles auxquels est exposé l'acte de la fécondation ; l'âge de retour qui porte principalement sur cet organe : voilà les circonstances principales qui expliquent et la fréquence et le caractère particulier de ses maladies (2). »
Et, en effet, les ovaires ont une remarquable prédisposition
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 2-2 octobre 1855.
(2) Cruveilhier, A ?2a/omîe/>a///o/of//Vy?tc,cavec planches, Siivraison, [). î.
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(5/|!> STÉIUI.ITÉ ClIKZ LA IE.MJME.
ù toutes surtes d'altérations anatomiqucs : « T/on peut assurer sans crainte, dit M. Chereau, qu'il n'y a pas chez la femme un organe qui présente une plus grande variété d'altérations pathologiques que les ovaires : inflammation et ses conséquences, cpanchements sanguins, coUcctions purulentes, dégénérescences squirrheuses, encéplialoïdcs, fibreuses, stéatomateuses, tuberculeuses, productions mélaniques, cartilagineuses, osseuses, calcaires, déplacements, hernies, etc., tout s'y trouve ; et en outre, ces organes sont quelquefois le siège d'altérations morbides que l'on ne rencontre nulle autre part aussi fréquemment (1) . »
Le point de départ de tous ces états pathologiques se trouve moins souvent dans le parenchyme de l'ovaire que dans les organes vésiculaires.
Négrier a très-bien décrit la filiation de toutes ces altérations; depuis cet observateur, la science n'a apporté sur ce point aucun nouveau renseignement; je dois donc faire connaître au moins quelques conclusions auxquelles est arrivé le médecin d'Angers.
» 3° Les altérations des vésicules ovariques ont une cause prochaine commune, qui consiste dans un arrêt de développement : ce dernier est complet ou partiel.
)) A" Cette suspension de l'évolution vésiculaire peut déterminer un véritable avortement des vésicules à tous les degrés de leurs transformations.
» 5" Les conséquences de l'avortement complet ou partiel présentent des différences très-grandes sous le rapport de leur gravité.
» 6" Le plus ordinairement, l'avortement complet des ovules et de leurs vésicules ne cause pas d'accidents qui puissent compromettre la vie, et les débris de l'organe disparaissent plus ou moins complètement par la résorption.
(i) Chereau, loc. cit., p. 93.
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» 7" L'avortenieiit complet peut être l'occasion d'une inflammation avec suppuration qui entraîne des conséquences graves.
» 8" L'avortement partiel, c'cst-à-dire l'arrêt de développement d'une des parties constituantes d'une vésicule ovarique, détermine une altération plus ou moins profonde dans les fonctions des autres parties de cet organe, et un changement dans leurs rapports réciproques.
» 9° L'avortement incomplet qui a lieu quand les organes vésiculaires ne sont encore qu'à l'état de vésicule primaire, parait être la cause de la plupart des liydropisies enkystées de l'ovaire.
» 10° Ces mômes avortements partiels, lorsque les vésicules sont à l'état de bourses grises, sembleraient être l'origine des masses fibreuses, squirrhcuses et encéphaloïdes des ovaires.
» 11° L'avortement partiel des organes vésiculaires, quand ils sont à l'état de vésicules jaunes, est la source des tumeurs enkystées de l'ovaire, qui contiennent une matière d'apparence butyreuse.
» 12° Enfin, c'est à des cas de fécondation sans séparation de l'ovule de sa vésicule^ qu'il faut attribuer l'origine de ces productions fœtales qu'on trouve dans l'ovaire, où elles se développent sous l'influence des adhérences vasculaires qui s'établissent entre elles et les membranes qui les renferment (1) . »
Ou ne doit point espérer trouver ici l'histoire pathologique de chacune de ces affections, à laquelle se refusent les limites de cet ouvrage, bien que la stérilité soit l'effet le plus commun de ces maladies.
(1) Négrier, Rscherclm anatomiques cl physiologiques sur les ovaires dans l espèce humaine. Paris, 18i0, p. 117 et suiv.
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Cependant, pour qne l'inaptitude à la fécondation soit complète, il faut : 1° que les deux ovaires soient simultanément atteints; 2° et qu'aucune des parties de leur tissu ne reste intacte.
Si l'un des deux ovaires conserve son intégrité, en supposant son congénère aussi profondément altéré que possible, la femme ne perd aucun des attributs de son sexe, l'ovaire sain pouvant à lui seul déterminer l'iiéraorrliagie menstruelle et suffire aux nécessités de la conception. Il serait facile, en effet, de rapporter des exemples de fécondation dans des cas oi], par suite d'atrophie, de dégénérescence, de déplacement, de hernie ou de toute autre cause, un seul ovaire pouvait émettre d'ovule ; il faut donc, je le répète, que les deux ovaires manquent à la fois ou soient profondément altérés, pour que l'infécondité de la femme soit fatale et absolue.
De plus, l'altération des deux ovaires, pour amener ce résultat, doit encore atteindre toutes les parties du tissu ovarien. Celte condition est indispensable. Morgagni avait déjà fait cette remarque (1), que tous les observateurs qui l'ont suivi ont pleinement confirmée. « On a vu, dit M. Chereau, des femmes atteintes de dégénérescences énormes des deux ovaires, et cependant devenir encore mères; mais un examen attentif a d-, ontré encore, dans ces cas, qu'une portion de l'un des organes reproducteurs, ou de tous les deux en même temps, était encore saine (2). »
Cette double condition que, pour se produire, la stérilité exige des altérations pathologiques des ovaires, diminue beaucoup, au point de vue où nous sommes placé, l'importance de ces altérations, qui, au premier abord, semblent devoir occuper une si large place dans l'étiologie de l'inaptitude de la femme à la procréation.
(1) Morgagni, De sedibus et causis morbomm. Naples, 17(32, cpist. XLV, art. 17.
(2) Chereau, loc. cit., p. 99.
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Tant que cette double exigence n'est pas entièrement remplie, non-seulement les droits de la femme à la fécondation ne sont point abolis, mais encore la fonction menstruelle persiste; celle-ci éprouve, il est vrai, des dérangements notables et de toutes sortes; mais tant qu'une partie du tissu de l'ovaire est capable de sécréter une vésicule Graalienne, l'évolution et l'expidsion de cette vésicule peuvent s'effectuer, comme dans rintégrité la plus parfaite de l'organe sécréteur et, par suite, la fécondation se produire. C'est ainsi que s'expliquent les cas si nombreux de conception, survenant au milieu des désordres les plus considérables de l'hémorrhagie menstruelle.
Il est bien difficile, pour ne pas dire quelquefois impossible, de déterminer d'une manière précise l'existence des deux conditions de stérilité dont je parle, surtout de celle qui est relative à l'altération totale du tissu de Tovaire. Les moyens directs que nous possédons pour arriver à ce résultat sont : la palpation des parois abdominales, la percussion, l'auscultation, la mensuration, le toucher vaginal et le toucher rectal. Ce dernier est le plus important de tous, et j'estime que, sans lui, il est presque impossible de porter un diagnostic, je ne dis pas certain, mais seulement probable sur les maladies des ovaires; cependant, qu'on ne fonde pas sur lui de trop hautes espérances, car on aurait dans la pratique de nombreuses désillusions à essuyer. D'abord, toutes les faces de l'ovaire ne peuvent être explorées par le doigt introduit dans le rectum ; ensuite, l'organe que rien ne fixe cède sous la pression exercée sur lui et fuit; enfin, sans parler des obstacles ou tout au moins des embarras que crée assez souvent la présence d'une couche plus ou moins épaisse de tissu celkdaire, on ne peut prétendre explorer l'intérieur de l'ovaire, et il tant se contenter d'apprécier seulement les conditions relatives à sa forme, à son volume et à son poids. C4'est beaucoup, dira-t-on; sans
doute, mais ce n'est pas cessez, surtout pour la solution du problème de la stérilité.
Aussi, tout en recommandant d'une manière expresse de ne jamais négliger ce moyen d'investigation, j'estime qu'on ne doit lui accorder qu'un certain degré de confiance, et ne pas en faire la base exclusive de son appréciation.
Je ne dis rien des autres modes d'examen dont les ressources sont encore plus aléatoires que celles du toucher rectal, mais dont il faut cependant tenir compte, ne fût-ce que comme termes de comparaison.
Heureusement nous avons, pour marcher au milieu des ténèbres de celte nuit profonde, un guide à peu près infaillible, et dont le témoignage égale et surpasse, à lui seul, tous les signes fournis par les moyens directs que j'ai énuraérés tout à l'heure. — On devine déjà que je veux parler de l'hémorrhagie menstruelle.
Sans doute, et je l'ai reconnu plus haut, il y a des ovulations sans hémorrhagie, et, dans ces cas, alors il semble difficile de décider si l'absence de l'écoulement cataménial tient à une idiosyncrasie ou à une affection des ovaires. D'abord, les faits d'ovulation régulière, sans flux menstruel et avec intégrité de l'organe qui fournit le sang, c'est-à-dire l'utérus, sont beaucoup moins fréquents qu'on ne pense, et doivent être relégués parmi ces rares exceptions qui, si souvent, déjouent la prévoyance la plus ombrageuse; ensuite, quand une hémorrhagie utérine n'accompagne pas le travail d'expulsion de l'ovule, il se produit sur un point de Torganisme, quelquefois môme sur l'organisme tout entier, des modifications qui trahissent l'accomplissement de cette importante fonction. Les organes qui, parleurs sympathies ou leur voisinage, ont des relations avec l'appareil génital ressentent les premiers les modifications dont je parle : les seins se gonflent et deviennent douloureux; les lombes sont le siège de tiraillements pénibles, de