‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 135 sur 164 · DÉPLACEMENTS DES OVAIRES · texte numérisé non relu

DÉPLACEMENTS DES OVAIRES

à-dire d'accepter sa stérilité comme un mal irrémédiable, et de renoncer à tout traitement qui ne pouvait que lui être préjudiciable.

Elle rentra donc chez elle, dans le département de l'Eure, et prit son parti d'une infirmité qui déjouait toutes les ressources de l'art.

Pendant l'été suivant, alors qu'elle était à la campagne, la jeune femme, montée sur un arbre, fit une chute sans gravité, mais qui s'accompagna d'une forte commotion etd'une

émotion très-vive.

Deux mois après cet événement, les règles se supprimèrent;

la femme était enceinte.

Depuis cette époque la fécondité ne s'est pas démentie, et plusieurs accouchements parfaitement normaux ont eu lieu.

Nous avons toujours pensé avec Velpeau que la commotion et l'émotion produites par la chute avaient déterminé la rupture des adhérences, et ramené les ovaires ou les trompes à leur place normale.

Dans cette observation, les antécédents de la malade furent la seule lueur qui m'éclaira ; mais dans beaucoup de cas, il faut le reconnaître, les antécédents n'ont par eux-mêmes qu'une importance minime, et laissent l'esprit dans toutes les incertitudes d'un diagnostic excessivement obscur.

Heureusement, celte ignorance ne nous doit point inspirer de grands regrets pour le traitement, car parvînt-on à pénétrer la cause réehe du déplacement, je me demande quelle pourrait être la thérapeutique à employer. Je prévois bien qu'en cas d'adhérences, on peut tenter, par le rectum, de rompre ces adhérences; mais, outre que l'entreprise me paraît difficile, elle expose à des dangers réels la femme qui s'y soumet; j'estime donc qu'il vaut mieux, en ces circonstances, avoir le courage d'avouer son impuissance que de

65/i STÉHILITÉ CIJKZ I.A FEMMK.

montrer une témérité comproinettaule tout à la fois pour la science et pour la malade.

Hernie des ovaires. — Cette affection n'est bien connue que depuis que Deneux a consacré à son histoire quelques page-, qui sont encore le meilleur traité sur la matière (1). Cependant la science en possédait quelques observations bien authentiques avant le ti avail de l'accoucheur français, et il paraît que c'est à Soranus d'Éphèse qu'il faut attribuer l'honneur d'en avoir fait mention le premier. Après quinze siècles d'un mutisme absolu, Bessière, célèbre chirurgien de Paris, attira l'attention sur les hernies des annexes de l'utérus, en signalant un fait qui lui avait montré le pavillon de la trompe de Fallope à côté d'une anse intestinale dans l'anneau inguinal; l'ovaire n'était pas compris dans la tumeur. Ce fut César Verdier, le collaborateur de J.-L. Petit, qui, plus de quatrevingts ans après la communication de Bessière, fit connaître (2) un fait analogue à celui de Soranus d'Éphèse; enfin, Hal- 1er (3), en 1755, en donna une nouvelle observation, qui fut la troisième inscrite dans la science.

A partir de cette époque, les exemples de hernie ovarienne deviennent plus nombreux. En 1757, Percival Pott (i) décrit une hernie inguinale des deux ovaires, dont je parlerai tout à l'heure ; Camper (5), Balin (6), Desault (7), Lalleraent (8),

(1) Deiieux, Rcchoxhes sur les licniki des ovaires. Paris, 1813. ("2) Verdier, Dissertation sur les hernies de la vessie, insérée dans les Mémoires de V Académie royale de chirurgie, t. II, p. 3.

(3) Haller, Disputât, chirurg. select. Lausanne, 1755, t. III, |>. 313.

(4) Polt, Œuvres cliirurf/icales, Irad. franç. Paris, 1792, l. I, p. 492.

(5) Camper, Dcmonstrat. analom.-patholog., lib. II, Circa pelvis humanœ fal)ricam et )norbos. Amslerdam, in-fol., 1760, p. 17.

(G) Balin, Art de guérir les hernies. Paris, 17()8.

(7) Desault et Chopart, Ti'aité des maladies chirurgicales. Paris, 1779, t. Tl, p. 325.

(8) Lallement, Mémoires de la Société d'émulation, t. III, p. 327.

HEKNIE DES OVAIUKS. OJJ

Lassus(l),EverardHome(-2),Miirat(3),P.-L. Vcrdier (A), etc., rencontrent l'ovaire soit dans le canal inguinal, soit à l'anneau crnral, soit ù l'ouvertm-e ischiatique, soit à une solution de continuité faite accidentellement aux parois de l'abdomen; toutes sont méconnues dans le diagnostic, et constatées seulement sur le cadavre ou après une opération qui met ces organes à nu.

Sous ce dernier rapport et au point de vue spécial qui nous occupe, aucune des neuf observations de liernie de l'ovaire consignées dans la science n'a une valeur égale à celle du fait rapporté dans l'ouvrage de Percival Pott.

Qu'on me permette de reproduire cette observation instructive, la seule qui nous intéresse réellement : « Une fille, dit le chirurgien anglais, âgée de vingt-trois ans, et d'une bonne constitution, entra à l'hôpital de Saint-Barthélémy pour deux tumeurs qui, situées aux aines, lui causaient depuis plusieurs niuis des douleurs si vives, qu'elle ne pouvait se livrer à ses occupations ordinaires.

» Cette fille, vigoureuse, d'une bonne santé et bien réglée, avait le ventre libre et n'éprouvait d'autre incommodité que Celle qui résultait de la compression des tumeurs lorsqu'elle se baissait, ou que, par d'autres mouvements, elles se trouvaient gênées. D'ailleurs, elles étaient sans inflammation, molles, inégales à leur surface, trôs-mobiles et placées à l'extérieur des orifices tendineux des muscles costo-abdomiuaux.

» Les saignées, les purgatifs et les tentatives de réduction

( I) Lassus, Vaiholorjie chirunjicalc. Paris, 1809, l II, \\. 101. (■2) Denmaii (Thomas), Introduction à la pratique des accouchements, U'ad. fratiç. par Kliiyskeiis. Gand, 180^, t. 1, p. 147.

Mural, Dictionnaire des sciences médicales, art. Ovaire, t. XXXIX,

(4) P.-L. Verdior, Traité pratique des hernies, déplacements et maladies de la matrice. Paris, 18i0.

faites par plusieurs chirurgiens ayant été sans elîet, on se détermina à l'opération. La peau étant divisée, on découvrit un sac membraneux et mince, dans lequel on trouva un corps si ressemblant à un ovaire qu'il était impossible de le prendre pour autre chose; on fit la ligature près de l'anneau et on le coupa. La même opération fut pratiquée de l'autre côté et l'on découvrit absolument la même chose, tant en opérant qu'en examinant les parties extirpées.

» Depuis lors, la femme jouit d'une bonne santé; mais ses seins s'affaissèrent, les règles ne vinrent plus, et à la place de l'embonpoint qui diminua, il s'établit une prédominance virile du système musculaire '1). »

Des neuf observations de hernie ovarienne que la science possédait à l'époque de la première édition de ce livre, mais dont le nombre a bien augmenté depuis ce temps, trois seulement se rapportent au déplacement simultané des deux ovaires : celle de Percival Pott, que l'on vient de lire; celle de Desault, qui trouva dans le même sac la matrice, les deux trompes et les deux ovaires; enfin, celle de Murât, qui rencontra dans une hernie crurale l'utérus, ses appendices et une partie du vagin.

Le déplacement que j'examine ici paraît n'exercer aucune modification sur la vitalité des ovaires. La femme opérée par Percival Pott avait continué à être bien réglée, malgré la présence de ses deux tumeurs inguinales; et la turgescence dont ces organes sont le siège aux époques menstruelles, bien que niée par quelques chirurgiens modernes (2), a été notée sur les ovaires herniés par Mauriceau, Littre, Deneux, sur le cadavre, et par P.-L. Verdier sur le vivant.

Ce n'est donc pas en suspendant le travail physiologique de

(1) Percival Pott, loc. cit.

(2) Voyez la thèse de M. Louniaigne sur les hernies des ovaires, Paris, 1869, inspirée par M. Dolbeau.

CORl'S ÉJKANGEUS DES OVAIRES. 657

l'ovaire que la licniie de celui-ci met obstacle h la fécondation.

La cause de cet obstacle est purement mécanique ; elle se trouve dans la rupture des rapports topographiques qui unissent l'ovaire et la trompe. Dans lecasoiî l'un et l'autre sont compris dans le sac, il peut arriver que la trompe s'applique encore sur l'ovaire ; alors l'obstacle à la fécondation se trouve dans la courbure ou rétranglement qui comprime la trompe à l'anneau, et qui s'oppose au passage de l'ovule.

Ces explications, on doit le comprendre, sont purement liypotbétiques; mais je me suis dc^jà peut-être trop arrêté à une affection dont la rareté, surtout avec les conditions indispensables à la production de la stérilité, c'est-à-dire la hernie double des ovaires, me commandait plus de réserve et plus de brièveté.

§ IV. — Corps étrangers des ovaires.

Je n'entreprendrai point ici l'énumération fastidieuse de toutes les productions qui ont été rencontrées dans les ovaires, parce que l'influence qu'elles exercent sur la faculté génératrice est identiquement la même que celle des lésions organiques étudiées plus haut. L'histoire de ces productions, presque toujours enfermées dans des kystes, rentre pour nous dans l'histoire des kystes de l'ovaire (1), et, d'une manière plus générale, dans l'histoire antigénésique des lésions organiques de ces organes. C'est donc au paragraphe II de ce chapitre que je dois renvoyer le lecteur.

(1) Voyez Péan, Ooariotomie;VsLvïs, 1860, grand in-S. — P.oinel, Traité pratique des maladies des ovaires, Paris, 1867, in-8;— et surtout L. Gullez, Histoire des kystes de l'ovaire, Bruxelles, 1873, grand iii4, avec planches, contenant tout ce qui se raUache à cette questior. inlcrcsiianle.

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TITRE II. — ÉTAT PATHOLOGIQUE DE l'oVULE.

Ce que j'ai fait pour le produit de la sécrétion spermatique (1) je dois le faire ici pour le produit de la sécrétion ovarienne, c'est-à-dire établir les états pathologiques de l'ovule capables d'empêcher soit sou imprégnation, soit son développement pendant la vie intra-utérine.

Les obscurités que j'ai rencontrées dans l'histoire morbide du zoosperme sont peut-être plus grandes encore dans l'histoire morbide de l'ovule; celui-ci, en elTet, trouve, comme le spermatozoïde, dans l'organisme qui le produit des causes de débilité ou de mort ; ensuite, de plus que le spermatozoïde, il est exposé à recevoir de l'élément mâle des germes de dépérissement ; et enfin ne pouvant, comme au début, persister à se suffire à lui-même, et forcé de demander à l'utérus la sustentation et la vie, il subit fatalement l'influence de cet organe et éprouve plus ou moins le contre-coup de ses maladies.

L'ovule puise donc à trois sources les causes de son dépérissement :

1° En lui-même;

2° Dans le zoosperme qui lui communique la vitalité;

3° Dans Tutérus, auquel il demande asile et nourriture.

Nous avons vu déjà les germes d'affaibUssement et de mort que le spermatozoïde peut apporter à l'ovule (2) ; nous n'y reviendrons pas à cette heure.

Plus loin, en parlant des troubles de la gestation, nous devrons dire les conditions défavorables que l'ovule peut rencontrer dans l'utérus, et en nous y arrêtant ici nous ferions double emploi avec ce chapitre.

(1) Voyez la page 631.

(2) Voyez la page 634.

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