ÉTATS MORBIDES DE L OVULE
Il ne reste donc plus en cette place qu'à examiner les causes d'affaiblissement et de mort que l'ovule porte en soimême.
Ces causes peuvent s'adresser ou à l'embryon ou à la vésicule qui le renferme.
A. Maladies de V embryon. — L'arrêt ou l'absence de développement de l'embryon peuvent être occasionnés par une maladie des ovaires, par une maladie de l'ovule, par une irritation mécanique de ce dernier, par un état morbide général de la mère, ou par des circonstances que l'on ne peut souvent pas apprécier.
Au point de vue des ovaires, on ne peut contester que tout ce qui diminue leur nutrition n'affaiblisse la vitalité de leur produit, et qu'avant d'arriver à une atrophie complète ces glandes n'émettent des ovules dont les embryons ne peuvent supporter les métamorphoses auxquelles ils sont destinés. M. Delpech insiste sur les avortements presque toujours certains des ouvrières employées dans les fabriques de caoutchouc soufflé ; et j'ai moi-même souvent noté de fausses couches chez des femmes soumises, pendant quelque temps, à la médication iodée.
Sous le rapport de l'ovule, je dirai tout à l'heure les maladies qui l'affectent et qui, en altérant les conditions anatomiques et physiologiques des enveloppes protectrices de l'em^ bryon, entraînent fatalement le dépérissement et la mort de celui-ci.
Au point de vue delà mère, en laissant de côté les affections des ovaires dont je viens de parler, je ne connais que les maladies diathésiques et héréditaires, qui impriment au produit ovarien soit un affaiblissement, soit un mode particulier de vitalité. Dans l'état actuel de la science, et en ne tenant compte que de l'ovule, il est impossible de déterminer pourquoi, par exemple, une syphilitique fait une fausse couche, tandis qu'une
autre, dans des conditions identiques, porte à terme un embryon sain ou contaminé.
Ici, pour le dire en passant, se dresse la question de l'hérédité, question immense, et d'autant plus ardue que les lois qui la régissent sont constamment traversées parles accidents les plus imprévus et les plus bizarres.
Je ne puis ni ne dois aborder ici un semblable problème, et
je reviens à l'embryon.
Quand celui-ci est frappé de mort, il se retrouve rarement dans les eaux de l'amnios; il est dissous ou résorbé, et l'ovule e.t bien réellement alors un œuf afœtal. Velpeau (1) et Breschet (£) ont trouvé plusieurs fois l'œuf comme une poche pleine d'un liquide albumineux, limpide et filant.
La disparition de l'embryon n'entraîne pas toujours la chute de l'ovule; celui-ci, quand ses membranes sont intactes, peut continuer son développement et faire croire à une grossesse qui n'est qu'unefausse grossesse ou grossesse afœtale; quelquefois l'ovule dégénère, tout en se développant, et donne naissance à ce qu'on nomme un mole; enfin la rétention prolongéc d'un ovule sans embryon détermine l'hydrométrie ou hy-
dropisie de l'utérus.
Maladies de 1 ovule. - Les enveloppes d'un œuf, ou embrvonnaireou afœtal, peuvent être affectées de dégénérescence hydatique ou graisseuse, d'hydro-amnios, d'épanchements de liquide séreux entre le chorion et l'amnios, entre les deux caduques, d'hémorrhagies interstitielles, etc.
Cette dernière lésion paraît la plus fréquente, quoique personne jusqu'ici n'ait fait une étude spéciale des maladies de l'ovule.
i\) Velpeau, Embryologie ou ovalogie humaine. Paris, 1833.
Brelhet, éJcs alialonuqucs, physiologiques et paihologiques de rœuf dans l'espèce humaine. Paris, 1835.
ÉTATS MORBIDES DE l'oVULE. ^'^^
Cependant Cazeaux dit : « Des épancUements de sang peuvent également se faire entre les divers plans membraneux qui constituent l'œuf (1). »
Deneux a trouvé de ces épanchements dans la cavité môme de la caduque et du chorion, entre le chorion ctl'amnios,
M. Gourty (2) cite une observation qui lui avait été communiquée par le professeur Dubreuilh, et dans laquelle Tépanchement s'était fait entre le chorion et l'amnios.
Enfin M. Degranges rapporte une observation à peu près semblable à celle de M. Gourty, et de laquelle il tire, au point de vuepathologique, les conclusions suivantes : « On trouve un épaississement très-marqué de toutes les enveloppes de l'embryon qui se sont réunies, comme feidrées, peut-être avec quelques éléments du tissu placentaire. Cet épaisissement est tel, qu'à la première vue on croirait avoir à examiner un petit utérus plutôt qu'un œuf humain.
« Cet épaississement est incontestablement de 7îaiure infîammatuire, plus ou moins aiguë, comme le démontre la rougeur des membranes éjnchonale et choriale, et l'arborisation sanguine de la membrane amnios tout entière » (3).
Ces altérations des enveloppes de l'ovule empêchent l'œuf de suivre son développement normal : tantôt l'embryon disparaît, comme je l'ai dit plus haut, et alors la fausse couche a lieu dans les trois premiers mois de la fécondation ; tantôt l'embryon va jusqu'à un développement qui ne lui permet pas d'être absorbé, et alors la fausse couche se fait plus ou moins tardivement, dans les conditions connues de tout le monde.
Plus loin, en parlant des troubles de la gestation, je revien-
(1) Cazeaux, Traité des accouchements. Paris, 1870.
(2) Gourty, De l'œuf humain et de son développement dans Vespèce humaine. Paris, 18i5, p. 156.
(3) Degranges, Union médicale de la Gironde, octobre 1858, p. 441.
drai sur cette cause d'avortement précoce, et j'indiquerai, dans une vue d'ensemble, les précautions que les femmes doivent prendre pour amener à terme le fruit de la conception.