VICES DE CONFORMATION DES TROJIPES UTÉRINES. OOJ
de tant do mystères et leur traitement de tant de difficultés, que leur histoire se réduit pour ainsi dire à quelques faits d'anatomie pathologique.
Je ne rappellerai ici que les plus importants,
§ 1, — . Vices de conformation des trompes utérines.
L'anomalie porte tantôt sur la tolflité, tantôt sur une partie des trompes.
Absence. — L'absence complète des oviductes est un fait assez rare; quand on l'a rencontrée, elle coïncidait toujours avec l'absence ou un arrêt de développement de l'utérus ; il en doit être nécessairement ainsi, puisqu'au début, les trompes et la matrice ne forment qu'un seul organe, les canaux de Millier. Quelquefois, plus rarement, on constate aussi l'absence des ovaires et des ligaments utérins; mais, dans tous les cas, si les trompes manquent des deux côtés, la stérilité est absolue et irrémédiable. Si au contraire l'absence n'est qu'unilatérale, la fécondation est possible, comme il y en a des exemples.
Développement rudimentaire. — Sous cette dénomination Scanzoni comprend plusieurs anomalies : « On désigne, dit-il, sous le nom de développement rudimentaire des oviductes une anomalie telle, que de fun ou des deux côtés de l'utérus on ne rencontre qu'un rudiment des trompes plus ou moins grand, tantôt fermé, tantôt ouvert à son extrémité extérieure. Il faut faire rentrer dans la même catégorie les restes de ces organes que l'on rencontre quelquefois dans le voisinage des ovaires en l'absence complète de l'utérus, ainsi que le développement insuffisant du parenchyme des trompes, avec le peu d'épaisseur des parois de cet organe, qui en est la conséquence. Il faut enfin aussi désigner sous le nom de développement rudimentaii'e la trop grande étroitesse de tout le canal, la longueur inégale des deux oviductes, qui accompagne fré-
qiiemment une semblable anomalie des ligaments larges de la matrice (1). »
M. Puech a observé un exemple de cette dernière anomalie chez une femme mariée depuis dix ans et restée stérile, dont la trompe droite avait la longueur ordinaire, ili centimètres, tandis que la gauche n'avait que 6 centimètres.
Conforinatiom vicieuses. — Il faut placer au nombre des anomalies qui empêchenf la fécondation les rétrécissements qui existent sur quelques points de la trompe et qui font obstacle au passage de l'ovule, soit par eux-mêmes, soit par Toblitération qu'ils déterminent en facilitant l'accumulation du mucus au-dessus et au-dessous d'eux ; « mais, dit M. Gourty, c'est surtout le pavillon qui est sujet à une foule de variétés : tantôt l'évasement du canal tubaire au niveau de l'extrémité abdominale est peu considérable, et son ouverture est entourée de franges très-courtes; tantôt le pavillon, considérablement élargi, forme en bas une espèce de canal qui est en communication intime avec l'ovaire et dont les bords sont munis de larges franges (2). »
Je ne parle pas des pavillons surnuméraires qui n'empêchent ni la fécondation ni le passage de l'ovule.
Ectopies. — Schiller, Voigt, Mayer, Scholler et Bérard rapportent des cas de hernie de la trompe seule; ces faits constituent des exceptions dans l'histoire des ectopies des oviductes. Presque toujours ceux-ci suivent les ovaires dans leur migration ; par conséquent ce que j'ai dit des ectopies des ovaires s'applique à celles des trompes.
(1) Scanzoni, Traité pratique des organes sexuels de la femme. 1858, p. 310.
C^.) Courty, Traité pratique des maladies de lutérus. 2" ctlil ., IK70, p. 79.
LÉSIONS ORGANIOIIES UKS TROMPES tXÉRlNES.
§ II. — Lésions orj;aiii<|ues des trompes utérines.
Rupture de la trompe utérine. — En dehors des grossesses tubaires, par l'action desquelles on comprend très-bien que les trompes se crèvent, on s'est demandé si une rupture se pouvait produire sur ces ori;anes. La science n'en possède qu'un exemple dû à Godelle (1), et dont l'intérêt est tout entier dans les détails d'anatomie pathologique, car une mort rapide est la conséquence nécessaire de cet accident.
Oblitération des trompes de Fallope. — L'oblitération complète ou incomplète, mais suffisante cependant pour intercepter le passage de l'ovule est, de toutes les affections des trompes utérines, celle qui a été le plus communément observée sur le cadavre.
C'est que des causes nombreuses et de nature fort différente peuvent amener ce résultat. Tantôt, comme pour l'épididyme, l'ijiflammation est le point de départ d'une matière plastique qui réunit l'une à l'autre les parois du canal ; tantôt c'est à un détritus cancéreux ou tuberculeux qu'il faut attribuer l'obstacle; tantôt c'est le produit d'une grossesse tubaire qui est la cause de l'oblitération ; quelquefois même celle-ci est simplement due à la présence de mucosités résultant d'un état catarrhal de l'organe ; et enfin dans d'autres circonstances l'oblitération est due à la compression qu'exercent sur les trompes des tumeurs pelviennes de toute nature.
La science possède des exemples de chacun de ces genres d'obstruction, et il me serait facile d'en faire passer un certain nombre sous les yeux de mes lecteurs. Mais quel enseignementpratique retirerions-nous de cette exhibition anatomopathologique? Tout le monde comprend, sans que j'y insiste davantage, l'influence néfaste qu'exerce fatalement sur la gé-
(1) Godelle, Hémorriiacjie par une des trompes utérines, {Nouvelle bibliothèque médicale), Paris, f. I, )). 261.
660 STÉRILITÉ r.TlFCZ LA FEMME.
uoration roblitôration des deux trompes utérines, et l'histoire des faits iiécroscopiques ne nous apprend malheureusement pas grand'chose sur la symptomatologie de cette affection.
De plus, comme je le faisais remarquer plus haut, les maladies des organes voisins avec lesquels les trompes ont des relations pathologiques si étroites, que beaucoup d'auteurs nient quelles puissent être affectées isolément; les maladies des organes voisins, dis-je, masquent les signes propres aux lésions tubaires, et ce n'est que par une espèce d'intuition que celles-ci peuvent être soupçonnées sur le vivant.
Cependant un chirurgien anglais, Tyler Smith, s'appuyant sur la m.éthode d'exclusion, croit être parvenu, sinon à diagnostiquer certainement l'oblitération des trompes, du moins à acquérir certaines présomptions relativement à son existence ; fort de cette espèce d'instinct, secondé par l'expérience, il est allé même plus loin, et il a eu la prétention, bien souvent conçue avant lui, de pratiquer le cathétérisme, et par conséquent la désobstruction des trompes de Fallope.
Je comprends que l'on puisse arriver, dans certains cas éclairés par des renseignements de toutes sortes, à diagnostiquer d'une manière plus ou moins certainé l'oblitération des trompes ; mais vouloir sur le vivant introduire une sonde dans ces mêmes trompes, la prétention me paraît exagérée; si l'entreprise réussit, je crois qu'il en faut rapporter tout l'honneur au hasard.
Quoi 1 sur le cadavre et l'utérus étant ouvert on ne parvient pas sans peine à faire entrer un corps étranger dans les trompes, et l'on veut que, sur le vivant, cette opération soit possible autrement que par l'effet du hasard, au milieu des variations de forme, de longueur et de position de la matrice, si difficilement appréciables pendant la vie, et dont la détermination me semble pourtant nécessaire pour arriver exactement à l'ouverture supérieure des trompes.