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TITRE IV. — TROUBLES DE LA FONCTION CATAWÉNIALE

Dans l'ordre naturel, la femme ne commence à être apte à la génération qu'après avoir vu s'établir une hémorrhagie périodique par la vulve, et elle ne conserve cette aptitude que tout le temps que cette hémorrhagie se reproduit régulièrement chaque mois.

Il n'en pouvait être autrement, puisque cette hémorrhagie est produite par le travail ovarien qui expulse un ovule de la vésicule de de Graaf.

En s'appuyant sur quelques faits exceptionnels de fécondation en l'absence de toute hémorrhagie périodique, on s'est demandé s'il y avait bien réellement une liaison de cause à effet entre l'acte ovarien et la ménorrhagie, et si le premier ne pouvait pas s'opérer sans être trahi par une perte de sang ré- \élatrice.

On doit hardiment répondre par la négative et afiirmer que l'ovulation comprend, ainsi que je l'ai dit dans l'introduction préliminaire : 1° l'acte ovarien, qui est la sortie de l'ovule;

l'acte tubaire, qui est le transport de l'ovule depuis l'ovaire jusqu'à la matrice ; 3° Tacte cataménial, qui est la transformation de la muqueuse utérine, à l'effet de retenir et de nourrir l'ovule fécondé.

(1) Moniteur des hôpilauXy 1" mai 1855.

La nature a tout prévu et n'a rien abandonné au caprice de l'iiomme.

Cependant il peut se faire :

Ou que le travail ovarien ne détermine qu'une faible excitation de l'appareil génital, et qu'au lieu d'amener un état congestif il ne produise qu'un simple molimen;

Ou que, par une de ces bizarreries non encore expliquées de la nature, l'excitation résultant du travail ovarien se fasse sentir sur un organe voisin ou éloigné de l'appareil génital, et y détermine la congestion et par suite l'hémorrhagie dont l'utérus est ainsi privé.

Mais l'imiîrégnation ne saurait être compromise, puisque l'ovule, expulsé de la vésicule, est amené là où doit avoir lieu sa rencontre avec le spermatozoïde.

Quant à la gestation pour laquelle la muqueuse utérine n'est pas préparée par la congestion qui d'ordinaire accompagne l'acte ovarien, la nature en prend soin et recourt à une de ces ressources ingénieuses dont nous sommes témoins dans certains vices de conformation et dans l'évolution des états morbides.

Mais, je le répète, la fécondation n'est pas possible en dehors de la perte de sang périodique par la vulve, appelée ménorrhagie, remplacée quelquefois soit par ce qu'on nomme le molimen hémorrhagicum, soit par des hémorrliagies, dites 5t//;/j/eme?i/a2m et qui peuvent se produire par le nez, par l'anus, par les yeux, par les oreilles et même par quelques points de l'enveloppe tégumentaire.

Ce sont des faits dont, sans doute, il faut tenir compte dans la pratique ; mais ils sont trop exceptionnels pour infirmer la règle admise aujourd'hui par tous les physiologistes.

Les menstrues jouent donc un rôle considérable dans la vie génitale de la femme; aussi on s'est demandé s'il n'exislait pas une relation entre l'activité menstruelle et l'activité de la

fonction génésiaqne, tant au point de vue procréateur qu'au point de vue de la copulation.

Négrier, dont les travaux ont élucidé beaucoup de points de l'anatomie et de la physiologie des ovaires, subordonne complètement la durée de la vie menstruelle et l'abondance du flux à l'activité fonctionnelle de l'ovaire. D'après ses observations, une menstruation hâtive est toujours suivie d'une ménopause tardive, parce que l'ovaire est doué d'une vitalité qui hélte au début et retarde à la fin son fonctionnement. Cet excès de ^ italité se traduit tout à la fois par une augmentation de volume de l'organe, par une hémorrhagiecataméniale plus abondante et par un ensemble de phénomènes généraux et particuliers qui constitue le tempérament génital que Négrier propose d'appeler désormais tempérament ovarien (1).

Je n'ai pas à revenir ici sur ce que j'ai dit ailleurs relativement à l'influence des ovaires sur le sens génital ; je dois en cette place n'envisager que les relations existantes entre les ovaires et la menstruation, pour savoir si les altérations de cette dernière sont un signe certain des altérations des premiers.

Les troubles de la menstruation sont :

1" L'absence des règles, dite aménorrhée;

2" La difficulté de l'écoulement des règles, avec douleurs, nommée dysménorrhée;

3" L'abondance excessive des règles, appelée ménorrhagie ;

h° La déviation des règles ou les règles supplémentaires que Raciborski propose de nommer ataxie menstruelle.

Ni la dysménorrhée, ni la ménorrhagie, ni l'ataxic menstruelle ne doivent nous arrêter, puisqu'aucun de ces états pathologiques de la femme ne met obstacle soit à la copulation, soit à la fécondation.

(1) Négrier, Recueil de faits pour servir à lliistoire des ovaires, etc. Angers, 1858.

072 STÉIULITÉ CHEZ LA l'EAlME.

11 nous reste raméiiorrliée, qui doit un instant fixer notre attention.

Raciborski, dont les travaux sur la menstruation font autorilu (1), place le point de départ de l'aménorrhée quelquefois dans l'utérus, mais le plus souvent dans l'ovaire.

Dans l'aménorrhée utérine la conception est possible, car l'ovulation n'est pas suspendue : a Dans cette variété, dit Raciborski, l'ovulation est en exercice, eUe s'annonce môme souvent par des symptômes périodiques de molimen menstruel, mais l'utérus ne répond pas à cet appel et ne se congestionne pas. Cet état peut durer toute la vie, comme aussi la menstruation peut finir par s'établir, surtout à la suite du mariage, ou après des couches, etc., etc., car une semblable disposition de l'utérus n'est pas du tout incompatible avec la conception (2) . »

Il ne faudrait pas croire qu'une diminution de vitalité de la muqueuse utérine empêche seule la chute de l'épithélium ; le même résultat est produit par l'excès contraire, par une exaltation de la sensibilité génitale; les jeunes filles ou les jeunes femmes dont l'impressionnabilité est extrême, sont aussi mal réglées que les jeunes filles ou les jeunes femmes clilorotiques ou anémiques ; mais chez les unes comme chez les autres il se manifeste à chaque époque menstruelle des phénomènes généraux et locaux qui ne laissent aucun doute sur le travail, et qui distinguent toujours les aménorrhées dont il me reste à parler.

L'absence ou l'atrophie des ovaires, congénitales ou acquises, sont toujours et fatalement accompagnées de l'absence du flux menstruel et en même temps, comme je l'ai dit plus haut,

(1) Raciborski, Du rôle de la mcnsiruaiion dans la pathologie et la thérapeutique. 185G, 1 vol. in-8. — Traité de la menstruation, 18G8, 1 vol. iii-8.

(2) Uaciboi'ski, Traité de la menstruation, p. 571.

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dune stérilité radicale et absolue. Les observations, confirmées par l'autopsie, sont aujourd'hui trop nombreuses pour que le doute puisse être permis. J'ai rappelé plus liaut (1) le fait de Parcival Pott dans lequel, les deux ovaires ayant été enlevés, la femme non-seulement ne revit plus ses règles, mais prit quelques caractères de masculinité; cependant Storer rapporte deux cas de persistance des menstrues après l'ablation des deux ovaires ; dans un de ces cas môme, l'utérus avait été enlevé en même temps ; il ne restait que la portion vaginale du col sous forme de bouton charnu, de laquelle provenait l'hémorrliagie (2).

Ces faits sont trop exceptionnels pour infirmer la règle; il faut dire avec Storer que ce phénomène est semblable à la dernière oscillation d'un pendule, quand la force impulsive qui le mettait en mouvement a cessé d'exister. ^ L'altération profonde des follicules à la suite ou d'une affection directe des ovaires, ou de quelque grave atteinte de l'économie, comme, par exemple, dans la période avancée de la phthisie tuberculeuse, a sur l'existence du ilux menstruel la môme influence que l'absence ou l'atrophie des ovaires; on comprend qu'il en doit être ainsi, puisque l'organe de l'ovula^ tion a disparu.

^ Dans ces cas l'aménorrhée est au-dessus des ressources de l'art, et la fécondation radicalement impossible.

Heureusement toutes les suspensions de règles n'ont pas cette gravité, et il faut reconnaître que le plus grand nombre est sous la dépendance d'un affaiblissement de l'activité fonctionnelle des ovaires.

Assez généralement cet affaiblissement est lié aux conditions générales de Téconomie, comme pendant les maladies

(1) Voyez Ja page 655.

(37/l SIÉRILI'IK CHEZ LA FEMxME.

aiguës et leur convalescence, dans les anémies, la chlorose^ en un mot dans tous les étals caractérisés par l'appauvrissement du sang et l'asthénie.

Ces états, qui portent leur influence déprimante sur la fonction desovaires, se font également sentir surl'utérus, et empêchent la chute de l'épithélium à la suite de laquelle se produit l'hémorrhagie. L'aménorrhée utérine est donc alors une complication de l'aménorrhée ovarique fonctionnelle, mais complication heureusement peu redoutable, puisque le traitement de l'une se confond avec le traitement de l'autre.

Dans quelques circonstances, d'après Haciborski, cette dépression vitale ne serait plus consécutive à des états morbides généraux, mais serait locale et primitive, c'est-à-dire zc?zojj«thique. « C'est une espèce de torpeur, dit-il, qui frappe plus ou moins directement l'ovulation, sans aucune maladie préalable. L'aménorrhée qui en résulte peut être plus ou moins longue ; lorsqu'elle n'est que commençante et que tout poi'teà croire qu'elle ne doit pas être de longue durée, elle constitue ce qu'on appelle vulgairement des retards (1). »

Dans toutes ces circonstances l'établissement ou le rétablissement des menstrues esf possible, et avec leur retour apparaît l'aptitude à la fécondation.

L'attention du praticien se portera donc sur les moyens capables de relever les forces générales, et de rendre par elles assez d'énergie à la fonction ovarienne, pour qu'une vésicule arrive à maturité, se rompe et émette un ovule, conditions indispensables pour la menstruation et la fécondité.

Je ne dois pas m étendre davantage ici sur un sujet qui l'orcément revient si souvent sous la plume, quand on traite de la stérilité chez la femme ; je n'ai dû, en cette place, qu'indiquer les traits généraux des troubles delà fonction cataméniale, dont

(!) Raciborski, Traité delà menstruation, Paris, 18G8, p. 573.

ANOMALIES DU COL UTÉRLN. — AUSENCE. 675

les détails se trouvent dans l'histoire des troubles de la fonction ovarienne, et dans celle des troubles de la fonction utérine. Je renvoie le lecteur à l'une et à l'autre.

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