‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 151 sur 164 · ALLONGEMENT HYPERTROPHIQUE DU COL UTÉRIN · texte numérisé non relu

ALLONGEMENT HYPERTROPHIQUE DU COL UTÉRIN

Les rapports sexuels sont presque impossibles, et la stérilité est à peu près constante.

Du côté de la vessie, les besoins d'uriner sont fréquents, mais la miction est difficile parce que le réservoir urinaire est soustrait à la pression des viscères, et que le canal de l'urèthre est fortement fléchi dans le point oii il traverse le ligament sous-pubien et le muscle de Wilson ; de là les efforts que font les malades pour porter la tumeur en haut et en arriére, et de là aussi l'écoulement de l'urine sur la muqueuse vaginale et vulvaire qu'elle irrite et qu'elle excorie.

Du côté de l'intestin, constipation mécanique qui oblige la malade, pour la défécation, à porter la tumeur en haut et en avant.

La station debout est presque impossible, ainsi que la moindre marche ou le moindre travail; des tiraillements et des douleurs se font sentir dans la région lombaire, dans les aines, dans le ventre; à tant de souffrances s'ajoutent bientôt les troubles de la nutrition qui portent une atteinte grave à tout l'organisme.

Pour les phénomènes locaux, les signes sont ceux du prolapsus de l'utérus ; tout l'intérêt consiste donc à établir le diagnostic différentiel de ces deux états morbides.

La base de ce diagnostic différentiel repose sur la mensuration de la partie sus-vaginale du col ; celle-ci est d'autant plus étendue que l'élongation est plus considérable; ainsi, dans le prolapsus, l'hystéromètre pénètre à une profondeur de 6 à 7 centimètres, tandis que dans l'hypertrophie il pénètre à 9, 10, 12, 15 et même quelquefois jusqu'à 20 centimètres.

Concurremment avec ce moyen précieux de diagnostic, Huguier en indique plusieurs autres que nous n'allons qu'effleurer, en engageant nos lecteurs, pour plus de détails, à recourir au mémoire qui nous sert ici de guide.

Le toucher rectal fait reconnaître le col hypertrophié et, au-

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dessus, le corps de la matrice, tandis que, dans le prolapsus, il laisse sentir un vide à la partie moyenne, et latéralement deux cordes douloureuses, formées parles ligaments ronds et les trompes.

Le même toucher rectal fait percevoir le bout d'une sonde introduite dans la vessie et dirigée vers le rectum, quand il y a prolapsus ; tandis que cette perception est presque impossible dans l'hypertrophie, à cause de l'interposition du col qui remplit le vagin.

La palpation abdominale exige une certaine habitude et quelques conditions favorables, pour donner des signes un peu certains; chez les femmes chargées d'embonpoint, ce moyen de diagnostic est difficile et douteux.

Les tentatives de réduction et de maintien de la tumeur éclairent mieux le praticien que la palpation abdominale. Dans le prolapsus, le premier temps de l'opération, c'est-àdire le passage de la tumeur à travers l'orifice vulvaire, peut être difficile, impossible môme, surtout à l'époque des règles ; tandis que le second temps de l'opération, c'est-à-dire l'ascension de la tumeur dans la cavité vaginale, est facile et peu douloureux; de même aussi est sans souffrance le maintien de la tumeur, au moyen de pessaires ou de tout autre bandage. Dans l'hypertrophie, c'est l'inverse qui se produit : le passage de la tumeur à travers l'anneau vulvaire est ordinairement facile et sans douleurs; tandis que son refoulement en haut est difficile et douloureux, non-seulement par la tension des ligaments déterminée par l'ascension de l'utérus dans l'abdomen, mais encore par la pression que cet organe exerce sur les parties voisines.

Quoi qu'il en soit, l'hypertrophie sus-vaginale du col n'est pas une cause moins fréquente d'impuissance et de stérilité que l'hypertrophie de la portion sous-vaginale dont nous avons parlé tout à l'heure.

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La tumeur formée, comme nous l'avons dit, du col liypertropliio, d'une portion de la vessie, du repli vagino-reclal du péritoine et quelquefois même du rectum, emplit le vagin, dont la capacité est encore rotrécie parle renversement de sa paroi propre; cette tumeur s'oppose, on le comprend, surtout quand elle occupe Torifice vulvaire, à l'intromission du pénis, et devient ainsi une cause mécanique d'impuissance et, par suite, de stérilité.

Cependant la tumeur peut ne pas arriver jusqu'à la vulve, ou bien elle est artificiellement remontée dans le vagin, de manière à permettre l'entrée de la verge, et par conséquent le coït : la fécondation est alors possible, ainsi que le constatent quelques observations conservées dans la science ; malheureusement ces faits sont exceptionnels, car, dans presque tous les cas d'hypertrophie sus-vaginale un peu prononcée, il survient consécutivement des altérations des trompes et des ovaires qui mettent obstacle à la fécondation : « Je ne connais, dit Huguier, aucune femme qui ait conçu, une fois que l'utérus allongé avait été assez prolapsé pour avoir causé la chute et le renversement complets du vagin ; ce qui ne veut pas dire que cela n'ait jamais lieu, la science se chargerait de réfuter cette assertion; il suffit, en effet, pour que la fécondation ait lieu, que la voie utéro-ovarique soit restée libre. » Malheureusement, nous l'avons déjà dit, cette voie est presque toujours altérée dans l'hypertrophie sus-vaginale, comme dans le prolapsus; ce qui rend, à notre point de vue, son pronostic plus grave que celui de l'hypertrophie sous-vaginale.

Malgré l'incertitude des résultats à atteindre sous le rapport qui seul nous préoccupe ici, nous devons essayer les douteuses ressources que notre art met à notre disposition, et ne penser à une opération toujours grave, l'amputation de la partie hypertrophiée, que lorsque tous les moyens ont échoué, et que l'infirmité rend la vie insupportable à la femme.

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Les moyens médicaux sont bornés, à l'intérieur, au seigle ergoté et à l'iodiire de potassium ; à l'extérieur, aux frictions avec toutes les pommades fondantes et résolutives; à la position horizontale, avec le bassin relevé ; aux lavements froids, etc.

Quand l'extrémité supérieure du vagin est seule renversée, et que la tumeur ne dépasse l'ouverture vulvaire que de 5 à 6 centimètres, on peut espérer la maintenir réduite au moyen de pessaires ovalaires ou en 8 de chiffre, qui appuient sur les parties latérales, sans froisser ni le rectum ni la vessie.

Souvent le maintien de ces pessaires est rendu impossible par le relâchement du vagin; il faut alors recourir à une espèce de plaque obturatrice soutenue par des courroies élastiques, que les malades ne supportent pas toujours.

Les moyens chirurgicaux capables de rétrécir le vagin et l'oritice vulvaire, tels que la cautérisation, l'excision, les sutures, etc., ne réussissent pas mieux que les moyens .protéiques, car l'utérus franchit l'obstacle, entraîné par son propre poids.

Devant iinsuffisance de toutes ces ressources, Huguier a proposé, sous le nom à'amputatioji conoïde du col, la résection d'une partie ou delà totalité du col, entraînant celle de l'extrémité supérieure du vagin, après l'avoir préalablement dégagé de ses attaches avec le rectum et la vessie. Huguier a pratiqué cette opération délicate et a été imité par quelques autres chirurgiens.

La péritonite, la mort même delà malade peuvent avoir lieu à la suite de cette opération mais nous n'y insisterons pas davantage, parce qu'elle ne sera jamais proposée pour remédier à une stérilité que les lésions, presque toujours concomitantes des trompes et des ovaires, rendent absolue et certaine.

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