‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 156 sur 164 · DÉPLACEMENTS MOBILES DE L UTERUS · texte numérisé non relu

DÉPLACEMENTS MOBILES DE L UTERUS

flLieuce sur la santé de la femme, mais dont la patliologie spéciale de la stérilité doit tenir grand compte, puisqu'ils se montrent au moment môme où la position normale de l'organe est le plus nécessaire.

Ces déplacements passagers et fugaces, qui ne laissent aucune trace après la copulation qui en fournit tout à la fois l'occasion et le mécanisme, ont peu attiré l'attention jusqu'ici, parce que, je le répète, ils ne portent aucune atteinte à la santé générale de la femme. Cependant ils sont bien réels, et je \ais essayer de montrer que, presque toujours, il est possible de les reconnaître aussi sûrement qu'une déviation permanente.

Leur histoire est nécessairement distincte de celle des déplacements fixes ; je dois donc les examiner séparément et faire ainsi deux classes, dans les altérations de position de l'uiérus, que, pourprévenir toute équivoque, je distinguerai en:

A. Déplacements mobiles ;

B. Déplacements permanents.

A. — uéplaccmcnt^i inobilc!^.

Il est peu de femmes dont l'utérus et surtout le col se trouvent exactement dans l'axe du vagin, et qui, aune exploration attentive, ne décèlent une déviation légère, tantôt en avant, tantôt en arrière, ou tantôt sur les côtés ; mais cette déviation est insuffisante pour produire la stérilité, ou, en nous servant d'un langage explicatif du phénomène, pour empêcher le passage du sperme de la verge dans la matrice, car beaucoup de ces femmes arrivent à la conception.

Chez celles dont le résultat de la copulation est négatif, et qui n'ont pas d'autres motifs de stérilité, il faut admettre que cette déviation légère s'accroît, pendant le coït, au point d'altérer assez profondément les rapports d'opposition de la verge

et du museau de tanche pour ne plus permettre la transmission du sperme de celle-ci dans celui-là.

Ce déplacement ne se peut produire que par une mobilité extrême de l'utérus, au moyen de laquelle l'organe gestateur subit l'influence des mouvements divers qu'exécute le bassin; cette mobilité est presque toujours constatable en dehors du coït-, grâce aux différences de position qu'affecte le col utérin selon la situation que l'on donne à la femme soumise au toucher vaginal.

Cette mobilité est amenée par diverses causes : tantôt elle est due à la laxité des tissus qui doivent maintenir la matrice en place; tantôt ehe s'explique par l'engorgement d'un point de l'utérus qui, insuffisant pour déterminer un déplacement permanent, entraîne tout l'organe par son propre poids, lorsqu'une position favorable du bassin lui vient en aide ; tantôt enfin la cause de ce mouvement de bascule siège dans un des deux ovaires.

Pendant le coït, l'utérus se déplace selon la position que la femme prend pour l'accomplir ; aussi, comme je le disais plus haut, on peut, en reproduisant cette position, constater directement la déviation utérine. Une mère de quatre enfants, dont les rapports sexuels ont toujours un résultat négatif dans la position horizontale, a été fécondée quatre fois, alors que le bassin se trouvait dans la position verticale. En cette position, le col de Tutérus était bien dans l'axe du vagin ; mais dès que la femme se couchait, on constatait une version très-prononcée, tantôt en avant, tantôt en arrière, tantôt sur les côtés, selon qu'ehe se mettait sur le dos, sur le ventre ou sur les flancs. Cette mobilité en tous sens est incontestablement due à une grande laxité des ligaments.

Quand, au contraire, la direction du déplacement est déterminée par l'augmentation de poids d'un des deux ovaires ou d'une portion de l'utérus engorgée, la déviation de la matrice,

DÉPLACEMENTS MOBILES DE l'uTÉRUS. 727

on le comprend, ne se produit que dans une seule position. Ici encore la constatation du déplacement est facile, et môme, dans quelques cas, la cause peut en être reconnue par le toucher rectal.

S'il fallait admettre, avec Hippocrate, que chez les femmes chargées d'embonpoint, la stérilité est due à une déviation de l'utérus amenée par la pression que l'épiploon excerce sur l'organe gestateur, on pourrait supposer le môme pouvoir à la vessie distendue par l'urine et à l'intestin gorgé de matières fécales. Huguier est même aller jusqu'à ériger en principes de thérapeutique contre les déplacements utérins la rétention des urines dans la vessie et la conservation des excréments dans le rectum ; mais ces moyens sont tout aussi incapables de redresser un utérus renversé que de produire le renversement du même organe. Chez la femme dont j'ai parlé plus haut, et dont la matrice avait une mobilité si grande, la réplétion du rectum et celle de la vessie étaient sans aucune influence, ainsi que j'ai pu m'en assurer plusieurs fois en pratiquant le toucher, la femme étant debout.

Je crois donc que les déplacements mobiles de l'utérus pendant le coït naissent de la position que prend la femme, et s'expliquent par l'une des deux circonstances que j'ai indiquées, ou par toutes les deux à la fois, c'est-à-dire laxité des ligaments et inégalité de poids sur un point quelconque de l'organe gestateur.

Sous le rapport de la stérilité, ces accidents n'ont aucune gravité, puisqu'ils n'ont pas empêché la femme dont je parlais tout à l'heure de devenir mère quatre fois ; c'est qu'en effet il suffit, pour contre-balancer leur influence, de conseiller à la femme une position convenable pendant le coït, et même, au besoin, d'immobiliser l'utérus au moyen d'une éponge ou d'un tampon d'ouate.

Quant à la cause du déplacement, qu'il est utile de com-

battre, moins pour obtenir la fécondation rendue facile par les quelques précautions que je viens d'indiquer, que pour prévenir des accidents ultérieurs plus redoutables, il faut d'abord en recherclier la nature et y conformer sa thérapeutique.

B. — Déplacements permanents.

La détermination de l'axe de l'utérus peut être intéressante sous le rapport anatomique, mais elle estàcoup sûr d'une minime valeur sous celui de la pathologie, de celle surtout qui fait de la stérilité le sujet de ses études; c'est qu'à ce point de vue cet axe est celui du vagin, qu'il est toujours facile d'apprécier malgré les variations de capacité auxquelles est soumis le conduit de la pudeur ; en d'autres termes, c'est que l'axe de l'utérus se confond avec celui du vagin, ou pour mieux dire, c'est que ces deux organes n'ont qu'un seul axe, partant du milieu de la vulve et allant aboutir au sommet de la matrice, après avoir passé par l'ouverture du museau de tanche et le canal qui lui fait suite.

Les déplacements de l'utérus dont il me reste àm'occuper, se font tantôt dans la direction de cet axe et tantôt en dehors du plan tracé par cet axe.

Cette distinction donne naissance à deux groupes de déplacements qui, eux-mêmes, se subdivisent en deux genres, selon que la totalité de l'organe ou seulement la portion la plus mobile, c'est-à-dire le corps, prend part à la déviation.

La direction des déplacements constituant le premier groupe est nécessairement celle de l'axe du vagin, et les diverses variétés de la maladie ne peuvent être que des degrés plus ou moins prononcés de ces déplacements.

La direction, au contraire, des déviations composant le deuxième groupe se montre dans tous les sens; mais pour la facilité de l'étude on a ramené toutes ces formes à quatre

DÉPLACEMENT EN HAUT DE l'uTÉRUS. 729

types principaux, selon que le déplacement se fait, par rapport au corps de l'utérus, en avant, en arrière, à gauche ou à droite.

Nous pouvons donc maintenant dresser le tableau suivant de tous les changements de position que subit la matrice.

■Premiev genre. De la totalité de l'uté-

irus : élévation exagérée; abaissement et chute.

Deuxième genre. Du corps seulement :

renversement, inversion , introversion de la matrice.

I Premier genre. De la totalité de l'utérus : antéversion, rétroversion, latéroversion.

hors de l'axe du vagin. jDeuxième genre. Du corps seulement :

[ antéflexion , rétrofïexion , latéro- \ flexion.

C'est dans cet ordre que je vais rapidement examiner ces diverses altérations de position, en indiquant, pour chacune d'elles, le mécanisme au moyen duquel le sperme est empêché d'arriver jusque dans la cavité utérine.

Page 1