I. — Déplacements suivant l'axe du vagin
A. — Déplacements de la totalité de V utérus.
Déplacement en haut. — Il est incontestable qu'une élévation exagérée de la matrice peut se produire à la suite d'une maladie de Tutérus, des trompes, des ovaires, et surtout, comme l'a très-bien indiqué madame Boivin (1) à la suite d'une péritonite ou d'une métro-péritonile, qui, par la formation de brides ou d'adhérences pathologiques, déterminent une fixité anormale de l'utérus. Cette élévation peut en-
(1) iMadame Boivin, Recherches sur les causes les plus fréquentes de ravortement. In-8, 1828.
core être amenée par une tumeur siégeant dans le bassin, et dont le volume, en s'accroissant, refoule tous les organes qui l'environnent; on comprend que d'autres causes analogues amènent le même résultat, et il ne peut venir à l'esprit de personne de contester la possibilité d'un pareil déplacement.
Sans doute le phénomène doit être admis en tant que résultat d'une force pour ainsi dire mécanique; mais en présence des obstacles qu'opposent à ce déplacement la masse intestinale d'abord et le propre poids de l'utérus ensuite, est-il permis de supposer que cette élévation puisse être indépendante de toute lésion antérieure et se produire idiopathiquement, c'est-à-dire d'une manière essentielle? Je ne le pense pas, bien que le docteur Andrieux en rapporte une observation que sa brièveté seule m'engage à reproduire : « J'ai eu occasion, dit-il, de toucher une femme qui n'avait point eu d'enfants, chez laquelle il me fut impossible d'arriver jusqu'au col ; ce ne fut qu'après avoir fait vider le rectum et la vessie, et avoir prescrit une course à pied à la suite d'un bain de deux heures, qu'il me fut possible d'atteindre, en pressant fortement sur l'hypogastre , une des lèvres du museau de tanche. Cette femme me demandait le moyen de devenir mère, et lorsque je lui déclarai que ce n'était point à l'aide de breuvages qu'eUe pourrait arriver à son but, elle ne se présenta plus chez moi. Est-eUe devenue enceinte? Je l'ignore (1). »
Comme on le voit, cette observation est nulle pour l'étiologi^ du déplacement, et ne peut être invoquée ni pour, ni contre l'essentialité de l'affection.
Sans doute il n'est pas facile de déterminer le point précis
(1) Andrieux, Traité complet de l'impuissance et de la stérilité. Brioude, 1849, p. 22i.
DÉPLACEMENT EN HAUT DE l'uTÉRUS. 731
OÙ commence l'état morbide et où finit l'état normal. La hauteur à laquelle se trouve le col est essentiellement variable ; il n'est pas un médecin qui, sous ce rapport, n'ait rencontré des différences nombreuses, sans que la santé de la femme en fût le moins du monde troublée.
Au point de vue spécial qui nous occupe, ces différences de situation n'ont pas également une importance bien grande et n'exercent qu'une influence minime sur la fécondation.
Cependant, si l'élévation de l'utérus était exagérée à ce point qu'un trop grand intervalle séparât le gland du membre viril et le museau de tanche, il pourrait arriver que le jet de la liqueur séminale, ayant à franchir un trop grand espace, eût le temps de se dévier de sa direction rectiligne, et allât ainsi se perdre dans le cul-de-sac du vagin.
Sans doute, la stérilité qui résulterait d'une pareille disposition anatomique ne serait que relative, car pour la prévenir il suffirait d'une verge dont la longueur serait en harmonie avec celle du vagin ; mais cette harmonie est bien souvent irréalisable, et son application ne peut, dans l'immense majorité des cas, être conseillée par le médecin.
Heureusement cette infirmité est peu fréquente et rarement poussée au point d'empêcher la fécondation. Quand elle existe, elle est, comme je l'ai dit plus haut, liée à une affection de l'utérus, des trompes ou des ovaires; ou bien encore elle est amenée par la présence d'une tumeur ou par des adhérences, suites d'une péritonite ou d'une métrite. Dans tous ces cas, c'est à ces causes diverses qu'il faut adresser la médication , pour ne pas compromettre la santé générale de la femme dans des tiraillements inutiles et intempestifs.
Cependant il est permis de recourir à quelques moyens inoffensifs et dont l'action locale peut, en toutes circonstances, faciliter l'abaissement de l'utérus : tels sont, par exemple, les bains chauds longtemps prolongés, la marche, l'équitation,
7i^2 STÉRILITÉ CHEZ LA FEMME.
la danse, et enfin une ceinture épigastrique dont la pression s'exerce de haut en bas.
Hors ces moyens, j'estime dangereux et inutiles les tiraillements exercés sur l'utérus, soit directement, soit à l'aide d'un spéculum-ventouse, soit de toute autre manière.
Déplacements en bas. — Quand les déplacements de cette espèce sont peu prononcés, ils constituent bien plutôt une condition favorable qu'un obstacle à la fécondation, en ce qu'ils diminuent l'espace que doit franchir le jet de la liqueur séminale.
Quand ils sont plus considérables, quand l'utérus remplit la totalité ou la presque totalité du vagin, la copulation est rendue difficile et la fécondation devient aléatoire.
Enfin, quand le déplacement est complet, quand l'utérus pend au dehors de la vulve, le congrès et la fécondation sont également impossibles.
Comme on le voit, les déplacements de cette espèce, dontles trois degrés que je viens d'énumérer ont été désignés sous les noms d'abaisseme?ît , de prolapsus et de chute de matrice, exercent une influence néfaste sur la fécondité de la femme, sauf le premier degré qui peut constituer, comme je l'ai déjà dit, une condition favorable à la conception, surtout lorsque le congrès s'accomplit avec un homme dont la force d'éjaculation n'est pas considérable; cette circonstance, à laquelle on n'a pas donné toute l'attention qu'elle mérite, peut, dans quelques cas, expliquer la faculté procréatrice que certains individus, tels que le vieillard, le débauché usé avant l'âge, etc., montrent avec telles femmes et perdent avec telles autres. — C'est un chapitre de plus à rayer de l'histoire des bizarreries de la génération.
Quoi qu'il en soit, pour que la fécondation soit possible, il convient de la ramener dans les conditions ordinaires de son accomplissement, et pour cela faire, on repousse l'utérus dans
INVERSION PE l'utérus. 7,)û
l'intérieur et on le relient en place par des moyens contcntifs, dont je n'ai point à m'occuper ici, et au premier rang desquels se trouvent les pessaires, les tampons d'épongé et les ceintures hypogastriques, dont je dirai tout à l'heure quelques mots à l'occasion des déplacements de l'utérus hors de l'axe du vagin, c'est-à-dire à l'occasion des versions.
B. Déplacemenrdu corps seul de l'utérus. — Inversion.
Le déplacement dont il s'agit ici est, sans contredit, le plus bizarre de tous ceux que subit l'utérus : le fond de celui-ci se déprime en cul de bouteille dans l'intérieur même de son corps, se précipite vers l'ouverture inférieure, s'y engage et vient faire hernie au museau de tanche. Tout le corps de la matrice peut ainsi s'invaginer et même, selon Dugès et madame Boivin (1), la portion la plus inférieure de la matrice, c'est-à-dire le museau de tanche, se retourner quelquefois elle-même.
Ce phénomène étrange se montre le plus souvent à l'état aigu, si je puis ainsi dire ; mais on l'a aussi observé à l'état c/iîwiique.
A l'état aigu, il est presque toujours amené soit par quelque manœuvre intempestive ou brutale d'obstétrique, soit par la brièveté du cordon ombilical, et s'accompagne d'accidents graves qui, en menaçant prochainement la vie de la femme, le font sortir du cadre de cet ouvrage.
Mais il n'en est plus ainsi quand le renversement de la matrice se produit en dehors de l'enfantement ; il est compatible, il est vrai, avec l'existence, mais il expose la femme à des dangers incessants et la prive des rapports conjugaux, contraire-
(1) Mailaine Boivin et Dugès, Traité pratique des maladies de Vutérus. Paris, 1833, t. I, p. -221.
'^^h STÉRILITÉ CHEZ LA FEMME.
ment à l'observation de fécondation que l'on trouvera plus loin, et contrairement au fait rapporté par M. Courty, d'une femme qui, dans cette position, pouvait se livrer au coït.
Il me faut donc arrêter un instant; sur cet accident heureusement fort rare qui, malgré une étrange observation que je ferai connaître, est une cause fatale de stérilité.
Par cela même que le mécanisme de l'accouchement et les manœuvres obstétricales rendent le mieux raison de l'inversion de la matrice, la plupart des auteurs rattachent à ces causes le phénomène que nous étudions. Cependant Bailliez cite un fait tiré de la pratique de Baudelocque, oii le renversement se montra chez une jeune fille vierge (1) , mais oij malheureu- ' sèment l'autopsie ne confirma pas le diagnostic du célèbre accoucheur. Ce cas, peut-être unique dans la science, vient à l'appui des idées de Puzos, qui admettait des inversions de cause interne. Je ne rapporte point le fait de Baudelocque, parce qu'il n'a qu'une demi-certitude et qu'il n'est pas, en effet, à l'abri de tout reproche sous le rapport du diagnostic.
Mais, si le renversement de l'utérus n'a jamais été observé, d'une manière authentique et directe, sur des femmes qui n'ont pas enfanté, il a été rencontré assez loin de l'époque de l'accouchement pour croire qu'il n'avait avec lui que des relations nulles ou tout au moins problématiques.
Bien plus, il existe un fait de fécondation avec renversement de la matrice, et cette observation est trop curieuse pour que je ne cède pas au désir de la consigner ici : « La femme de Julien Roussin, métayer à Ghambresais, près Château- Gonthier, âgée de vingt-huit ans, accoucha fort heureusement d'un enfant bien portant au mois d'octobre 1777; mais la
(1) Bailliez, Précis des leçons de Baudelocque sur le renversement de la matrice. 1803, iii-8°, p. 38.
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sage-femme, en la délivrant, renversa la matrice, et borna ses soins, faute de savoir, à la repousser dans le bassin. Dix mois après, la femme Roussin, qui n'avait éprouvé que des accidents très-simples, se soupçonna grosso, parce qu'elle éprouvait des dégoûts et des incommodités presque inséparables des premiers temps de la grossesse. Au terme de trois mois, elle ressentit dans le bas-ventre, et surtout dans les reins, de légères douleurs, qui augmentèrent graduellement jusqu'au cinquième mois ; alors elles devinrent très-fortes, elles expulsèrent une masse considérable, que MM. Thuilier, médecin, et Vager, chirurgien de Château-Gonthier, virent et reconnurent pour la matrice renversée. Sans croire à l'existence d'une grossesse, M. Vager tenta trois jours de suite, mais inutilement, la réduction de cette matrice; ne pouvant l'obtenir, il consulta de nouveau M. Thuilier et M. Paroissien, chirurgien, qui lui conseillèrent de la repousser seulement dans le bassin, comme l'avait fait la sage-femme, puisqu'on ne pouvait espérer de faire plus. Six jours après, la femme, qui ne se croyait plus enceinte, rendit un fœtus bien formé, long de 5 pouces, qui n'était nullement altéré, que M. Vager vit et examina presque à l'instant de son expulsion. M. Chevreul crut longtemps que la femme n'avait qu'un polype, que ses confrères de Château-Gonthier s'étaient trompés en le prenant pour la matrice; mais il leur rendit justice en 1782, après avoir examiné la femme et s'être assuré que le renversement de ce viscère existait réellement et était entier; alors il pensa que le fœtus s'était développé dans une des trompes (1). »
L'ouvrage auquel nous empruntons celte observation bizarre la fait suivre des observations deMoreau, auxquelles je
(i) Bibliothèque du médecin praticien. Paris, t8i3, t. I (Maladies des femmes), p. 36i.
ne puis mieux faire que d'adhérer. « Nous ne saurions, dit ce professeur, accepter cette explication. Si la conception avait eu lieu dans l'une des trompes, on n'aurait pas vu le fœtus sortir de la cavité du vagin, mais de l'un de ses conduits, dont les orifices, placés près du fond de l'organe renversé, se trouvaient en dehors de la vulve; ou, dans les essais qui furent tentés pour réduire l'utérus, on aurait trouvé l'une des trompes gonflée, son orifice dilaté. Rien de cela n'a été observé; nous serions porté à croire qu'il n'y a eu primitivement qu'une simple précipitation, et si plus tard le renversement s'est opéré, il n'a eu lieu qu'au moment de l'avortement. En adoptant cette supposition, tout le merveilleux disparaît. »
Quoi qu'il en soit de ce fait, peut-être unique dans la science, le renversement de l'utérus doit être considéré comme un obstacle radical à la fécondation, et dont, par conséquent, on doit, par tous les moyens possibles, tenter la réduction. Celle-ci n'est pas toujours facile, et la tumeur a, comme nous l'avons vu, une tendance très-prononcée à se reproduire. Aussi on doit s'estimer heureux de pouvoir contenir dans le vagin la matrice même renversée, afin d'éviter l'ablation de cet organe, opération dont quelques rares succès ne'peuvent contre-balancer les nombreux revers, qu'elle soit faite par la ligature, ou par l'instrument tranchant.