CHAPITRE IIÏ
TROUBLES DE l'aCTE d'iMPRÉGNATION.
Je ne reviendrai pas ici sur la discussion que soulèvent deux points de l'histoire de la conception, que j'ai traitée dans une autre partie de cet ouvrage (1), et qui sont relatifs : 1° au lieu 011 se fait la rencontre du produit mâle et du produit femelle; 2' au mode d'union de ces deux produits.
(I) Voyez les pages 46 et suiv.
■jitoriîLKS DE l'acte d'imprégnation. 71x9
Sous le premier rapport, je me suis rangé à l'opinioi] qui place dans l'utérus môme, ou dans la partie de la trompe la plus voisine de cet organe, l'acte de l'imprégnation ; et, en ce qui regarde le secondpoint, c'est-à-dire la manière par laquelle cette imprégnation s'opère, j'ai franchement avoué notre ignorance, et je me suis abstenu de toute décision en présence d'observations contradictoires et de théories que rien ne légitime.
En conséquence, après avoir suivi séparément le produit mâle et le produit femelle, depuis le lieu de leur sécrétion respective jusque dans celui où leur réunion doit se faire, il ne me reste plus qu'à chercher les obstacles qui peuvent s'opposer à cette réunion môme et qui, nécessairement, dérivent ou de l'organe qui sert de scène à l'acte qui va s'accomplir, ou des conditions qui président au fusionnement du spermatozoïde et de l'ovule.
Mais les conditions de ce fusionnement nous étant inconnues, comme je l'ai dit, il serait oiseux et absurde de rechercher les caractères de ses modifications. Notre ignorance crée ici une lacune qui n'est peut-être pas aussi regrettable qu'elle semble le paraître, car il est à présumer que toutes les causes d'altération du produit mâle et du produit femelle ont agi sur eux pendant le long trajet qu'ils parcourent à travers des vécueils sans nombre (1), et qu'au moment suprême de leur union, l'obstacle à leur fusionnement ne réside plus en eux, et ne provient que de l'organe chargé de protéger et de favoriser ce fusionnement.
Cet organe est, comme je l'ai dit plus haut, Tutérus. C'est donc à lui que nous allons maintenant demander compte des nouvelles causes de stérilité qui nous restent à examiner.
Mais, avant d'aller plusloin, enlevons à l'utérus la large part qu'on lui a faite jusqu'à présent dans l'histoire de l'infécon-
(1) Voyez \^.C)M,Élalpalholooique du spermatozoïde, et p. 658, Élat palholoijiquc de l'ovule.
dité ; la place qui lui revient est très-minime : au point de vue de la réception du sperme, le col de la matrice est, comme nous l'avons vu, l'acteur principal, l'utérus proprement dit ne remplit qu'un rôle secondaire ; au moment suprême où le spermatozoïde va s'unir à l'ovule, l' utérus est également passif et n'est pas autre chose, si je puis me servir de ces expressions, que le terrain sur lequel a lieu la rencontre de l'élément mâle et de l'élément femelle. Son rôle véritable, sa grande et importante mission commence dès que s'est opérée cette rencontre ; l'utérus est alors réellement actif; il devient l'agent, que dis-je? la source à laquelle le nouvel être va puiser sa vitalité, et l'on comprend que la moindre de ses altérations suffise pour porter atteinte à cette fonction ; aussi la pathologie utérine, après avoir déchu dans l'histoire proprement dite de la stérilité, reprend-elle tous ses droits et en acquiert peut-être de nouveaux, comme je le dirai dans l'histoire de l'avortement précoce. On ne s'étonnera donc pas de me voir passer rapidement ici sur cette pathologie; car, je le répète, si les affection s qui la composent exercent une action très-étendue et légitime sur le développement de l'œuf fécondé, elles ont, hormis quelques cas que je vais spécifier, une influence à peu près nulle sur la faculté procréatrice de la femme et sur l'acte delà fécondation.
§ I. — i&nonialics de l'sitértis
L'embryologie, en nous dévoilant le mécanisme de la formation des organes, a éclairé d'un jour tout nouveau l'histoire des vices de conformation et celle des monstruosités.
Les anomalies des organes génitaux, en particulier, ne sont réellement compréhensibles qu'avec les données que nous fournit cette science, et je me vois forcé, même pour la brièveté de ce chapitre, de rappeler en quelques mots le mode de formation de l'utérus.
ANOMALIES DE l'uTÉRUS. 751
Dans les premières semaines de la vie intra-utérine, on rencontre des deux côtés de la colonne vertébrale un corps allongé, composé de tubes en cxcum dont l'cAtrémité externe débouche dans un tube unique, appelé canal excréteur.
Ces deux corps allongés se nomment corps de Wolff,
A la partie supérieure et interne de chacun de ces deux corps allongés, se trouve un renflement qui deviendra testicule ou ovaire, selon le sexe du fœtus.
Sur le coté externe de chaque corps de Wolff, longeant le canal excréteur, se trouve un cordon d'abord plein, mais creusé plus tard, auquel Muller qui le découvrit a donné son nom.
Ce cordon, après avoir longé pendant quelque temps le canal excréteur de Wolff, le contourne et se rapproche de son congénère, avant d'aller se jeter dans le cloaque.
Ces notions, quelque succinctes qu'elles soient, suffisent, je l'espère, pour faire comprendre les anomalies qui peuvent atteindre l'utérus.
Selon que le renflement que j'ai dit exister à la partie supérieure et interne du corps de Wolff, deviendra testicule ou oviure, il se produira les phénomènes suivants :
Si le fœtus est mâle, c'est-à-dire si le renflement devient testicule, le canal excréteur du corps de Wolff' sera le canal déférent et celui de l'épididyme, tandis que les tubes moyens formeront les vaisseaux afférents du testicule et de l'épidi. dyme. Les canaux de Muller s'atrophieront.
Si au contraire le fœtus est femelle, le corps de Wolff et son canal excréteur disparaissent, les tubes moyens forment, comme chez le fœtus mâle, l'organe de HosenmuUer; mais les canaux de Muller se développent, se rapprochent et finissent par se mettre en contact et par se fusionner sur ce point.
Ce point de jonction ou de fusion des deux conduits de Muller constituera l'utérus.
La partie du canal qui e.-t audessus de ce point sera la trompe de Fallope ;
Et la partie située au-dessous sera la partie utérine ou supérieure du vagin.
Le développement et la fusion des deux canaux de Muller sont les deux circonstances capitales dans la formation de l'utérus ; par conséquent ses anomalies peuvent se partager en deux grandes classes :
1° Celles qui se rapportent à un arrêt de développement de l'un ou des deux conduits de Muller ;
2° Celles qui se rapportent à une fusion incomplète ou anormale de ces deux mêmes conduits.
Enfin le canal de Muller peut se développer concurremment avec le conduit excréteur de Wolff ; on a alors le spectacle de l'hermaphrodisme dont les variétés reposent sur le développement ou l'arrêt de développement d'un ou des deux canaux de Muller, et d'un ou des deux canaux excréteurs du corps de Wolff, sans parler des anomalies des organes externes dont la formation est indépendante de celle des organes internes.
Nous aurons ainsi une troisième classe d'anomalies qui se rapportera au développement simultané du canal de Muller et du canal excréteur du corps de Wolff, et dans laquelle viendront se ranger toutes les variétés de l'hermaphrodisme.
C'est dans cet ordre que je vais les examiner, non au point de vue tératologique ou anatomo-pathologique, mais en restant sur le terrain seul de la stérilité.
A. — Arrêt de développement de Vun ou des deux conduits
de Muller.
A côté de l'arrêt de développement des deux canaux de Muller {utérus deficiens), et de l'arrêt de développement d'un seul de ces canaux {utérus unicornis) , on a voulu mettre l'arrêt de
ANOMALIES DE l'uTÉRUS. 753i
développement de l'utérus bieu conformé {iitenis fœtalis) et l'arrêt de développement du col seul {utérus acolis).
Nous ne parlerons ici que des deux premières variétés, les deux autres ayant trouvé leur place dans les vices de conformation du col de l'utérus.
Absence de hit crus {utérus deficiens). — L'absence réelle de l'utérus n'est pas unanimement admise ; mais que l'utérus manque absolument ou soit représenté par un simple cordon fibreux, il nous importe peu : la stérilité est fatale ; le plus souvent la copulation elle-même est compromise, lorsque l'arrêt de développement a frappé dans son entier le canal de Mullcr. Cependant les organes externes dont la formation est indépendante de celle des organes internes sont à l'état normal ; le vagin peut l'être quelquefois aussi, lorsque la portion inférieure des canaux de Muiler n'a pas suivi l'arrêt de développement de la partie centrale.
Mais que le vagin existe ou fasse défaut, l'art n'a pas à intervenir ; la malheureuse victime de cette malformation est femme par les ovaires ; mais elle ne sera jamais mère et, le plus souvent, pas même épouse.
L'tcrus réduit à moitié {xiterus unicornis). — Dans cette variété, un seul des conduits de Muiler s'est développé de manière à former une matrice ; l'autre est plus ou moins complètement atrophié.
La fécondation et la gestation sont possibles. Gran ville a communiqué à Everard Home l'observation curieuse d'une femme qui, affectée de cette malformation, eut onze enfants, tantôt des garçons, tantôt des filles, et mourut à la suite d'un accouchement de deux jumeaux de sexe différent (1).
Comme tout le monde peut le remarquer avec M. Le Fort, ce cas prouve d'une manière irréfutable : 1° que la grossesse
(1) Mcm. of the mcd. Society of London, 24 septembre 1787.
ROUDAUD. /.Q
7Ôll STÉRILITÉ CHEZ LA FEMME.
gémellaire peut être produite par deux ovules venus du même ovaire ; 2° qu'un seul ovaire peut produire des ovules mâle ou femelle.
B. — Fusion incomplète ou anormale des conduits de Muller.
Utérus double {utérus clidelphus). — C'est la variété la plus complète ; elle est constituée par l'entier développement des deux canaux de Muller qui restent plus ou moins écartés l'un de Tautre. Cette monstruosité, dans laquelle chaque utérus a son ovaire, sa trompe, ses ligaments et son vagin, n'a été observée que sur des enfants mort-nés ou morts peu après la naissance.
Utérus double avec cloisonnement {utérus bico?mis). — L'utérus est partagé extérieurement en deux moitiés ; on distingue deux variétés de ce genre de déformation :
1'' Tantôt chacune de ces moitiés, qui se sont développées également, a le volume d'un utérus normal, utérus bicorne double; les deux moitiés sont intimement unies, de manière à constituer un tout ; les deux cols sont le plus souvent l'un à côté de l'autre ; quelquefois le vagin est également double, et alors il y a deux hymens chez les vierges; mais le plus souvent le vagin est simple ; 2" tantôt le col et le vagin sont simples, le corps de l'utérus est seul divisé en deux moitiés plus ou moins distantes, utérus bicorne imicolis. La membrane qui sépare la cavité utérine en deux moitiés pénètre plus ou moins vers le col : elle peut arriver môme à l'orifice et dans la cavité du col, mais ne pénètre pas jusqu'à l'orifice externe.
Ni la copulation, ni la fécondation ne sont compromises par un utérus double avec cloisonnement, soit que le vagin soit lui-môme double ou simple.
Utérus biloculaire {utérus biloeularis). — Dans cette forme l'utérus paraît simple extérieurement; mais sa cavité est divi-
ANOMALIES DE l'uTÉRUS. 755
sée cil deux moitiés par une paroi mitoyenne de longueur variable. On peut encore distinguer deux variétés :
1° Tantôt la cavité utérine est partagée complètement en deux moitiés par une paroi mitoyenne qui se prolonge dans toute l'étendue du vagin, utérus biloculaire complet;
T Tantôt cette cloison ne pénètre pas dans le col qui reste simple, et ne divise que l'intérieur du corps utérin, utérus biloculaire unicolis.
Ici encore, ni la copulation, ni la fécondation ne sont compromises; ce n'est souvent qu'à l'autopsie qu'on constate un pareil vice de conformation.
Je n'ai donc pas à m'y arrêter davantage.
C. — Développement simultané du corps de Wolff et du canal de Muller.
Hermaphrodisme.
La formation des organes internes de la génération étant indépendante, chez l'homme comme chez la femme, de celle des organes externes, les anomalies des premiers peuvent ne pas entraîner fatalement celles des seconds, et réciproquement les vices de conformation des organes externes n'impliquent pas nécessairement des vices de conformation des testicules, des canaux déférents, des vésicules séminales d'un côté, et d'autre part de l'utérus, des trompes et des ovaires.
Les vices de conformation qui atteignent l'ensemble de l'appareil copulateur dans l'un et l'autre sexe, c'est-à-dire les organes externes de la génération, et que j'ai pris soin d'étudier successivement, peuvent induire en erreur sur le sexe de l'individu qui les porte, mais neconstituentpasdes cas d'hermaphrodisme.
Il n'y a hermaphrodisme qu'avec certaines anomalies des organes internes, des organes essentiels de la génération.
Je n'ai à m'occuper ici que de ces dernières, et encore de celles qui sont relatives à l'utérus, puisque j'ai déjà examiné
d'une part les anomalies de l'appareil copulateur chez l'homme (1) et chez la femme (2), et d'autre part celles des organes internes de l'homme (3).
Cependant je ne ferai qu'indiquer les lignes principales de ce sujet intéressant, parce que tous les hermaphrodites, quelle que soit la variété à laquelle ils appartiennent, sont condamnés à une infécondité contre laquehe l'art est impuissant et dont la cause n'est presque toujours révélée que par l'autopsie.
Hermaphrodisme vrai. — Il consiste dans l'existence simultanée d'une prostate et d'un utérus, d'un testicule d'un côte et d'un ovaire de l'autre. Tous les tératologistes n'admettent pas cette forme, malgré quelques faits que possède la science, et malgré la facile explication que l'on peut donner du mécanisme de sa formation.
Hermaphrodisme latéral, — L'hermaphrodisme vrai n'est en réalité qu'un hermaphrodisme latéral plus complet; dans l'un et dans l'autre on trouve l'ovaire d'un côté et le testicule de l'autre; mais dans le premier on rencontre simultanément une prostate et un utérus, tandis que dans le second la prostate manque communément.
Dans tous ces cas, le testicule existant peut se montrer en dehors de l'abdomen, soit dans le scrotum de son côté, si les organes externes sont mâles, soit dans la grande lèvre du même côté, si les organes externes sont ceux d'une femme ; mais lie plus généralement le testicule reste dans la cavité abdominale ou est retenu à l'anneau.
Hermaphrodisme vertical. — Cette forme est constituée par le développement de l'organe mâle et de l'organe femelle dans un même côté, tandis que dans l'autre l'organisation
(1) Voyez la page 109.
(2) Voyez la page 413.
(3) Voyez la page 542.
HERMAPIIRODTSJME. 757
mâle ou femelle a suivi son développement normal : « Nous n'avons besoin maintenant, dit M. Le Fort, que d'une trèscourte explication pour faire comprendre le mécanisme de cette anomalie : le conduit de Muller et le canal excréteur du corps de WolfF du môme côté se sont tous deux développés. Le tube de Muller a formé la trompe et l'utérus; le conduit excréteur a donné l'épididyme et des vésicules séminales. Si les tubes en caecum restent attachés au conduit de Muller, l'organe générateur devient un ovaire ; s'ils restent attachés au conduit excréteur, l'organe générateur devient un testicule; mais si nous trouvons du môme côté un testicule, une trompe de Fallope et même un utérus, nous ne saurions y trouver en même temps un ovaire bien développé (1). »
On comprend toutes les variétés que peut présenter l'hermaphrodisme vertical : il peut se montrer tantôt des deux côtés avec des organes générateurs similaires ou différents, tantôt d'un seul côté avec un organe générateur similaire ou différent de l'organe générateur du côté normal, etc.
Hermaphrodkme transverse. — Dans cette forme d'hermaphrodisme il n'y a vicieuse conformation ni des organes externes, ni des organes internes de la génération, mais opposition entre l'organisation intérieure et l'organisation extérieure ; on a ainsi des individus avec des formes masculines et des attributs féminins, ou avec des formes féminines et des attributs masculins. Le sexe réel se cache sous un masque trompeur et emprunte toutes les apparences de l'autre sexe.
Quelquefois, quand la déformation de l'appareil copulateur n'est pas très-prononcée et que le sexe véritable appartient à la femme, on peut utilement intervenir en creusant un vagin et en allant au-devant de l'utérus, ainsi que je l'ai dit en par-
(1) Le Fort, Dc<i vices de confonnaiion de futérus et du vagin, thèse de concours, 18G3, p. 193.
lant des anomalies multiples de l'appareil copulateur de la femme.
En dehors de ces circonstances rares, je le répète, l'hermaphrodisme est une cause de stérilité qui ne doit pas m'occuper davantage, parce que le chirurgien n'a ni occasion ni prétexte à intervenir.
§ II. — Lésions organiques «le l'utérus.
Lésions de continuité. — Il ne s'agit point ici des plaies et des contusions de la matrice, qui, en dehors des cicatrices vicieuses qu'elles peuvent laisser après elles, ne sauraient empêcher l'ovule d'arriver et d'être retenu dans l'organe gestateur ; il ne peut non plus être question de la rupture de l'utérus, car cet accident entraîne presque toujours la mort de la malade; je ne veux parler, en cette place, que des perforations qui se produisent, quand elles ne sont pas congénitales, à la suite de quelque affection chronique, comme le carcinome, par exemple, et qui, se prolongeant jusqu'au rectum ou la vessie, établissent une communication fistuleuse entre ces organes et la matrice.
Sans doute, une semblable perforation n'est pas fatalement une cause de stérilité : l'ovule, parvenu dans l'utérus, peut s'y loger loin de la fistule et recevoir encore l'imprégnation du sperme ; mais il peut arriver aussi, surtout si la face interne de l'utérus est le siège d'une sécrétion abondante, que l'ovule soit entraîné vers la fistule et porté de là dans le rectum ou la vessie, soit par son mouvement propre, soit par la contraction des fibres musculaires de la matrice, soit par le courant des mucosités utérines.
C'est encore, comme on le voit, une chance de stérilité.
Cette lésion est bien rarement justiciable des ressources de notre art, surtout quand la communication se fait avec la ves-
MALADIES DE l'uTÉRUS. — MÉTRTTE. 759
sie ou la partie la plus supérieure du rectum. Dans la plupart de ces cas, fort rares, il faut en convenir, on doit attendre la guérison de la nature et la técondation du hasard.
Métrite. — La métrite, qu'elle soit aiguë ou chronique, ne saurait être par elle-même une cause de stérilité. Nous lui verrons tout à l'heure jouer un rôle important, alors que j'examinerai les conditions qui président aux avortements précoces. Mais, en cette place, elle n'a quelque valeur que par les accidents dont elle peut être suivie.
Chomel (1) a vu, à la suite de la métrite chronique, le col oblitéré par une adhérence immédiate; ne peut-on pas admettre que cette adhérence se fixe sur un point môme de la cavité utérine, et que des brides transversales forment une espèce de cloison infranchissable à Tanimalcule spermatique et h l'ovule ?
De plus la métrite chronique, surtout la métrite catarrhale, donne lieu à des sécrétions abondantes et viciées qui peuvent ou empêcher le passage du sperme ou porter atteinte à la vitalité du spermatozoïde, c'est-à-dire amener la stérihté ou mécaniquement ou chimiquement.
La sécrétion leucorrhéique est visqueuse, adhérente, oblitère souvent le col utérin et forme à son orifice vaginal un bouchon qu'il n'est pas toujours facile de détacher et qui empêche d'une manière absolue la pénétration du sperme.
Dans d'autres circonstances le liquide utérin présente un excès d'alcalinité dont l'influence sur le zoosperme est aussi funeste que l'acidité des mucosités vaginales.
Sans doute ces causes de stérilité sont essentiellement passagères : outre que la métrite catarrhale peut être combattue avec succès, on a la ressource, au point de vue de Faptitude temporaire à la fécondation, de désobstruer le col et de
(1) Dictionnaire de médecine, t. XXX, art. Utérus (inflammation).
760 STÉRILITÉ CHEZ LA l'EMME.
le nettoyer au moyen d'une injection intra-utérine légèrement acide.
Enfin, comme je le dirai tout à l'heure, lamétrite chronique prédispose surtout à l'avortement; elle reviendra nécessairement sous ma plume quand je parlerai des troubles de la gestation. 11 en est de même de cette forme de métrite qui, à chaque époque menstruelle, s'accompagne d'expulsion de membranes avec des phénomènes douloureux qui lui ontfait donnerlenom de dysménorrhée membraneuse.
Cependant la stérilité, c'est-à-dire l'absence complète de toute présomption de grossesse, est un fait remarquable dans presque tous les faits de dysménorrhée membraneuse. Il est vrai que l'affection atteint presque toujours les femmes malingres, débilitées, scrofuleuses , en un mot, chez lesquelles existe un alanguissement de vitalité qui peut réagir sur l'ovule.
Arrêt d'involution. — Pendant la grossesse, l'utérus, eu égard à l'augmentation considérable de son volume, subit une espèce d'hypertrophie physiologique, en raison de laquelle le retour de l'organe à son état normal, après l'accouchement, peut, à son tour, être considéré comme une sorte d'atrophie physiologique.
En Ahemagne et surtout en Angleterre on a mieux étudié qu'en France le mécanisme de ces deux phénomènes.
Ce travail du retour de la matrice vers son volume normal, après l'expulsion du produit de la conception, est appelé en Angleterre involution.
L'involution peut être entravée dans sa marche ou s'opérer avec excès. Simpson désigne le premier cas sous le nom de subinvolution^ et le second sous celui de superinvolution.
La subinvolution maintient le volume de l'utérus dans l'état 011 il était pendant la grossesse, et ce volume, dans les conditions de vacuité où se trouve l'organe, constitue une véritable
MALADIES DE l'uTÉUUS. ARRÊT d'iNVOLUTION . 761
hypertrophie qui, malgré son origine toute physiologique, devient pathologique par sa conlinuité.
La supcrinvolution, en dépassant les limites de la diminution normale du volume, amène l'atrophie de l'organe, qui bien souvent est perdu pour la fécondation, surtout quand le mal date de loin.
Cepeudant le médecin doit tout tenter dans le but de donner à l'utr-rus une vie nouvelle ; à cet effet, il aura recours tout à la fois aux moyens généraux et aux moyens locaux de recon« stitution.
Comme moyens généraux il insistera sur le régime alimentaire, sur les toniques, sur l'hydrothérapie et sur les bains de mer ; du côté de l'utérus, il emploiera l'électricité, des tiges dilatatrices, fera sur le col de l'organe et sur la paroi abdominale des frictions excitantes, en un mot il recourra à tous les moyens locaux d'excitation compatibles avec l'état de la matrice.
Les chances de succès sont proportionnehes au temps qui s'est écoulé depuis l'accouchement.
Quant à la subinvohition, c'est-à-dire à l'hypertrophie de l'ntérus par arrêt du travail rétrograde, l'art est moins désarmé que dans l'atrophie, s'il faut en croire Simpson, qui en a observé trois cas.
Le diagnostic de cette étrange affection est plus facile à établir ({uc la détermination des causes qui la peuvent produire. Sous ce rapport Simpson, Montgomery et Fl. Churchill ne nous apprennent absolument rien; nous en sommes réduits aux circonstances occasionneUes qui seraient la métrite, la fréquence des avortements et l'absence d'un repos suffisant après les couches.
Les femmes atteintes d'arrêt d'involulion ont la sensation d'un poiJs dans le bassin, une grande lassitude, de la constipation, de fréquentes envies d'uriner, phénomènes dus à la près-
gion que l'utérus hypertrophié exerce sur le rectum et sur le bas-fond de la vessie. De plus les régies reviennent fréquemment ou d'une manière anormalement abondante.
La palpation abdominale, combinée avec le toucher vaginal, fait facilement apprécier l'augmentation du poids et du volume de l'organe, pendant que le cathétérisme permet de constater la vacuité de la cavité utérine.
Comme on le voit, le diagnostic ne saurait offrir beaucoup de difficultés, malgré la complication que peuvent apporter les changements de position de l'organe, si faciles avec un développement aussi considérable de poids et de volume.
Au point de vue de la stérilité, le pronostic est toujours positif, car, s'il n'en était point ainsi, Simpson eût conseillé une grossesse à la place de l'hypertrophie artificielle dont nous allons parler tout à l'heure.
Heureusement cette stérilité n'est que temporaire et disparaît avec l'affection qui lui a donné naissance.
Les moyens qui peuvent ramener l'utérus à son volume normal sont les antiphlogistiques sous toutes les formes, quand le médecin est appelé d'assez bonne heure à combattre l'état aigu. Cette circonstance est rare, car ce n'est que plusieurs mois après l'accouchement que la malade s'inquiète de la persistance de phénomènes qu'elle mettait jusque-là sur le compte des suites de couches.
C'est donc presque toujours en dehors de l'acuité et d'un état inflammatoire que l'art intervient; Simpson préconise surtout les contre-irritants appliqués sur l'abdomen, tels que l'huile de croton, la pommade stibiée, la teinture d'iode, et surtout les vésicatoires, petits et fréquemment répétés.
En même temps que ces moyens destinés à réveiller la faculté d'absorption, on emploie les résolutifs à l'intérieur et localement sur le col de l'utérus. Les iodures, les bromures et les mercuriaux sont toujours les fondants par excellence,
MALADIES DE l'uTÉRUS. — DÉGÉNÉRESCENCES. 763
auxquels cependant il faut associer les martiaux dans les cas de chlorose, ou le médicament approprié à la présence d'une diathèse.
Mais nous avons hâte d'arriver au moyen ingénieux imaginé par Simpson pour combattre les cas de subinvolution rebelles et tenaces.
Pensant avec raison qu'un nouveau travail hypertrophique s'opérant sur l'utérus déjà hypertrophié pourrait ramener la faculté d'absorption, après la disparition de la cause de cette hypertrophie temporaire et avec les ressources que la médecine pourrait mettre au service de la nature, le professeur d'Edimbourg imagina d'introduire un corps étranger dans l'intérieur de l'utérus, dont la tendance, dans ce cas, est de s'irriter et d'augmenter de volume, comme dans les cas de môles, de tumeurs, sans parler de la grossesse. Les corps à introduire peuvent être des éponges préparées, des pessaires intra-utérins, n'importe, pourvu que se produise l'évolution rétrograde, au premier symptôme de laquelle on agit activement avec les moyens indiqués plus haut, auxquels on peut, au besoin, associer l'usage du seigle ergoté.
Cette méthode ingénieuse ne réussit pas toujours du premier coup ; il faut y revenir à plusieurs reprises pour triompher des cas les plus rebelles.
Dégénérescences. — Il suffit d'écrire le titre de ce paragraphe pour saisir immédiatement l'influence fâcheuse que doivent exercer sur la fécondation les maladies diverses qu'il exprime. Quelle qu'elle soit, la dégénérescence de la matrice, en faisant perdre aux tissus les conditions anatomiques qui les constituent, altère fatalement les fonctions vitales de l'organe. Comment concevoir, par exemple, la continuation de la contractilito dans un organe musculaire dont les fibres sont tantôt métamorphosées en une espèce de bouillie, comme dans l'encéphaloïde; tantôt rendues inextensibles, comme dans le
libru-plastique; tantôt durcies, comme dansl'ossification, etc.
Je n'ai point à faire ici l'histoire de cette partie de la pathologie utérine; l'étude du cancer, de la tuberculisation, de l'ossification et des autres espèces de dégénérescences de la matrice, ne rentre pas dans les limites restreintes de l'ouvrage que j'écris; je dois me contenter d'en marquer l'importance au point de vue de l'objet qui m'occupe, et d'en abandonner la description aux traités généraux des maladies des organes reproducteurs chez la femme.
D'ailleurs, si nous en exceptons le cancer et ses diverses formes, les tumeurs fibreuses interstitielles et la tuberculisation dont la réalité n'est pas admise par tous les auteurs, nous sommes forcé de reconnaître que, généralement, les dégénérescences utérines arrivent à un âge oii depuis longtemps déjà la faculté procréatrice s'est éteinte, de telle sorte qu'en entreprenant l'examen de ces affections, nous ressemblerions fort au héros de Cervantes, qui épuisait ses forces et son courage contre des ennemis imaginaires. — Quant au cancer, son étude m'entraînerait dans de telles discussions étiologiques et symptomatiques, que je paraîtrais, à coup sûr, faire bien plutôt un travail de pathologie générale qu'une œuvre limitée et restreinte au seul cas de stérilité.
Je le répète donc, il me paraît suffisant d'énoncer le titre de ce paragraphe, pour que chacun comprenne le rôle néfaste que jouent, dans la fécondation de la femme, les dégénérescences diverses qui rentrent dans son cadre.
Affections de voisinage. — M. Baker Brown prétend que les maladies des organes voisins de l'utérus ont une action sympathique sur la matrice, et peuvent y déterminer une stérilité par action réflexe (1) ; les tumeurs vasculaires du méat urinaire et les maladies du rectum (hémorrhoïdes fluentes, fis-
(1) Baker Brown, Surgkal diseases of ivomen. London, 1861, p. 255.
MALADIES DE l'uTÉRUS. LÉSIONS VITALES; CORI'S ÉTRANGERS. 765
tule, fissure, prolapsus anal, ascarides, etc.) sont dans ce cas.
Le professeur Courty, de son côté, assure avoir vu une grossesse se produire après la guérison d'une fissure à l'anus (1).
Je suis loin de contester la possibilité de cette action réflexe ; mais les faits à l'appui sont et trop peu nombreux et trop peu probants, pour me faire admettre une forme de stérilité qu'il ne m'a pas été donné d'observer depuis trente années que je m'occupe de la matière.
^ — Lésions vitales «le l'utérus.
Dans le chapitre précédent, je me suis longuement étendu sur les lésions vitales du col de l'utérus, parce que ces lésions, comme on a pu s'en convaincre, exercent bien réellement une influence fîlclieuse sur l'aptitude procréatrice de la femme; il n'en est plus de même quand elles siègent sur le corps même de l'organe ; la faculté génératrice n'en est pas affectée, et ces lésions, d'ailleurs, rarement indépendantes des lésions analogues du col, n'ont une réelle importance que dans la production de l'avortement précoce, de telle sorte que les considérations que je pourrais présenter sur elles se trouvent tout à la fois dans le chapitre précédent et dans celui qui suit, auxquels je dois nécessairement renvoyer le lecteur.
§ — Corps étrangers de l'utérus.
Il en est de ce paragraphe comme de celui qui précède : pour l'intelligence de la question relative à la stérilité, il suffit d'en écrire le titre; mais pour les développements que le sujet comporte, il faudrait en faire un des chapitres les plus étendus
(1) Courly, Trailé pratique des maladies de l'utérus. 2' édit. Paris
de la pathologie utérine; on conçoit en effet que la cavité de la matrice n'est pas assez grande pour que l'ovule, quelque petit qu'il soit, trouve à s'y loger, quand des calculs, une tumeur ou un polype la remplissent. En admettant même que la vésicule germinale arrive jusque dans l'utérus, sa jonction avec le sperme est rendue impossible par la présence du corps étranger, qui fait alors l'office d'un véi'itable écran. Dans ce cas, l'ovule est résorbé soit dans la trompe, soit le plus souvent dans l'utérus lui-même.
Cependant, si l'obturateur n'occupait pas en totalité la cavité utérine, la fécondation pourrait encore se produire, ainsi qu'on en a des exemples, et alors le corps étranger ou la tumeur anormale sont quelquefois expulsés avec le produit de la conception. « Quand la grossesse complique les polypes, dit Lisfranc, ces productions organiques accidentelles, qui siègent à des hauteurs différentes dans la matrice, sont tantôt expulsées par le fœtus au moment oîi il se dégage lui-même de la capacité de l'utérus, tantôt elles restent dans cet organe après l'accouchement. Le docteur Rhodamel m'a montré une tumeur polypeuse du volume d'un gros œuf de poule ; elle était située dans le col de la matrice ; elle proéminait légèrement dans le vagin ; elle fut chassée des organes génitaux par le produit de la conception à mesure qu'il en sortit lui-même. J. Hatin pratique un accouchement qui n'offre rien d'extraordinaire ; le délivre sort spontanément, tout se passe bien d'abord ; mais, vers le quinzième jour, une perte rouge se manifeste; nous sommes appelé ; nous touchons la malade et nous partageons l'opinion de notre confrère, qui avait constaté la présence d'un polype ; celte tumeur formait au-dessous du col utérin une très-légère saillie ; elle pénétrait dans l'utérus à une hauteur qu'il était impossible de reconnaître ; la femme avait perdu une très-grande quantité de sang, elle était presque anémique. M. Bouillaud la vit avec nous. Je pratiquai une ligature dans
le fond de la matrice; récoulement du sang fut immédiatement arrêté; il ne survint aucun accident, la malade guérit parfaitement (1). »
Il n'a été question jusqu'ici que des corps étrangers solides dont le maintien dans la cavité utérine n'implique pas l'occlusion de celle-ci; mais si le corps étranger était un liquide ou nn gaz, comme dans les cas d'iiydrométrie et de tympanite, la fermeture, quelle qu'en soit la cause, de l'orifice utéro-vaginal serait un motif de stérilité de plus à ajouter à ceux que détermine déjà la présence du iorps étranger.
Les obstacles qui, en fermant l'ouverture inférieure de la matrice, s'opposent à l'écoulement des fluides contenus dans l'intérieur de l'organe gestaleur, m'ont assez occupé précédemment pour qu'ici je ne m'y étende pas davantage.