CHAPITRE IV
Les considérations que j'ai placées en tête de la partie de cet ouvrage relative à la stérilité me dispensent de certains développements, nécessaires en la place que je désigne, mais qui peut-être ici eussent été un hors-d'œuvre ; ce chapitre, en effet, est un simple appendice de mon travail, et ne saurait rentrer dans les limites que je m'étais imposées, car, je le répète, le cadre de la stérilité ne va pas au delà de l'imprégnation de l'ovule; cette imprégnation obtenue, on se trouve dans le domaine de la grossesse, et partant dans celui des ouvrages d'obstétrique.
(I) Lisfrauc, Clinique chirurgicale de Vhôpital de la Pitié l III p. 15G. ' • >
. Pour toutes ces raisons, je serai très-bref dans ce qui me reste à dire.
Les causes de la chute de l'œuf avant l'époque normale de la parturition se trouvent tantôt dans l'ovule lui-même, et tantôt, c'est le cas le plus commun, dans l'organe gestateur.
1° Chute de r œuf par c«i/5e/œ/rt/e. — Pour bien comprendre les conditions de l'avortement précoce dont la cause est dans l'ovule, il faut se rapporter au chapitre où j'expose les états pathologiques que peut présenter la vésicule de de Graaf fécondée.
J'ai reconnu que ces états pathologiques étaient tantôt un manque de vitalité, et tantôt un état inflammatoire des enveloppes avec hémorrhagie interstitielle.
L'ovule puise la vitalité nécessaire à son développement, partie dans le produit mâle, et partie en lui-même.
C'est donc à l'une de ces deux sources qu'il faut faire remonter la débilité de l'ovule, et par suite le traitement doit s'adresser à celle des deux qui est reconnue malade.
Je n'ai pas à revenir ici sur ce que j'ai dit de la débilité des spermatozoïdes et de celle des ovules ; je renvoie aux chapitres qui leur sont consacrés.
La chute précoce de l'ovule est le résultat de cette absence de vitalité, parce que le travail de nutrition, privé de ses élé- .ments, s'épuise bientôt et s'anéantit tout à fait.
Quand, au contraire, les enveloppes de l'embryon sont atteintes d'inflammation suivie d'hémorrhagie interstitielle, le travail d'accolement de ces enveloppes avec la membrane caduque est altéré ; par suite l'ovule, entraîné par son propre poids et par les mucosités utérines, rompt les faibles attaches qui le retiennent à l'utérus, dont les contractions tendent liientôt à l'expulser.
Dans ce cas, la première condition de tout traitement est le repos absolu dans la position horizontale, en attendant que les antiphlogistiques généraux ou locaux, les émollients, les séda-
tifs, etc., aient fait disparaître l'inflammation de l'ovule et résorber le sang épanché.
Quand il est dû à un état inflammatoire de l'ovule, l'avortement précoce s'accompagne ordinairement d'un sentiment douloureux du côté de rutérus, mais que la pre.^sion n augmente pas, de douleurs vives au moment de l'expulsion, et d'une liémorrliagie assez abondante, triple phénomène infî'niment moins prononcé dans l'avortement précoce, q.ii reconnaît pour cause l'absence de vitalité de l'ovule.
De plus, l'avortement par cause inflammatoire se produit presque toujours à l'époque des règles, parce que le travail catamémal n'est pas sans exercer, on le comprend, une influence fâcheuse sur cet état inflammatoire. Les autres avortements subissent moins l'empire de la congestion menstruelle, et se font indistinctement à toutes les époques du mois.
Enfin, contrairement aux avortements par cause de débilité et surtout à ceux dont le point de départ est à l'utérus l'avortement par cause inflammatoire n'a pas une tendance à se reproduire d'une manière constante, à moins que l'ovule ne soit exposé, après chaque fécondation, aux mêmes lésions ou au même traumatisme.
Mais, je le répète avant de passer aux avortements par causes utérines, tout traitement, quelque énergique et méthodique qu'il soit, échoue à coup sûr en dehors de la position horizontale, imposée à la femme dès le premier soupçon de grossesse.
A présent j'ai hâte d'arriver aux avortements dontle point de départ est dans l'utérus, et dont la fréquence est incontestablement plus grande que celle des avortements qui sont produits par un état pathologique de l'ovule.
La part que prend l'utérus aux avortements précoces e^t très-grande, car je ne sais pas un seul état pathologique de l'organe gestateur qui ne soit capable d'amener le dépérissement
il)
-j^O STÉRILITÉ CHEZ LA lEMME.
et la chute anticipée de l'œuf. Cependant je ne veux pas dire que l'évolution fœtale ne se puisse faire et ne se fasse en effet qu'au milieu des conditions les plus normales d'une matrice saine ; non, car il n'est pas rare de rencontrer des utérus profondément malades porter jusqu'à terme le produit de la conception, et ne le dépouiller d'aucun genre de vitalité. Mais de môme que tout état morbide a besoin, pour se produire, nonseulement d'une cause déterminante, occasionnelle, mais encore de certaines conditions idiosyncrasiques dont l'essence nous est inconnue, et qui, au milieu de circonstances en apparence identiques, rendent l'action d'une cause morbide tantôt terrible et tantôt nulle; de même l'avortement précoce ne s'accomplit, sous l'influence d'.un état pathologique quelconque de l'utérus, que tout autant qu'existe cette espèce de prédisposition fatale.
Néanmoins, en laissant de côté, comme on le fait communément, une inconnue qu'il est impossible de dégager dans les problèmes de notre art, on peut dire que tout état morbide de l'utérus, par cela même qu'il modifie les conditions organiques ou dynamiques de cet organe, est susceptible de troubler sa fonction gestatrice, et conséquemment de déterminer la
chute de l'œuf. .
10 Lésions or^«nzVywe5, -L'inflammation et même un simple
étatdephlogose sont les conditions les plus favorables à l'avortement précoce.
La métrite, dans toutes ses formes et dans tous ses périodes, peut être un obstacle au développement de l'œuf par les modifications que l'organe subit dans son volume, dans sa forme et surtout dans sa nutrition.
La métrite membraneuse est incontestablement celle dont l'influence est la plus considérable, en raison même des relations directes que là muqueuse entretient avec l'ovule ; on comprend, en effet, que par la chute de son épithélium, que par
TROUBLES DE LA GESTATION. 77j
le développement de ses vaisseaux capillaires, que par l'augmentation de ses glandes, que par l'exsudation ûbro-plastique qui se fait à sa surface; on comprend, dis-je, que la m.uqueuse utérine offre à l'ovule des villosités tout à la fois peu nombreuses et peu douées de vie, et que, par suite, la caduque sérotine n'offre qu'une faible résistance aux accidents qui sollicitent l'ovule, comme un flux rouge ou blanc venant de l'utérus, ou les mouvements du corps, tels que la danse, le saut, la marche et même la position debout.
Ce sont là, en effet, les circonstances qui déterminent la chute de l'œuf dont la cause première se trouve dans l'état phlegmasique de l'utérus.
Aussi lorsqu'une grossesse se produit avec une métrite soit aiguë soit chronique, le médecin, sans songer à la maladie principale qu'il est trop tard pour soigner, doit s'attacher à prévenir toute hémorrhagie. à modérer et même à arrêter les leucorrhées trop abondantes, et a condamner sa malade au repos le plus absolu.
La dysménorrhée membraneuse qui, quoi qu'on ait voulu dire, n'est qu'une forme de la métrite membraneuse qu'exaspère chaque époque menstruelle,- est une cause inévitable d'avortement précoce. La muqueuse utérine, en s'exfoliant et en se détachant, entraîne avec elle l'ovule ; dans ces ca< la faus.e couche a toujours lieu à l'époque cataméniale, et il ne se pro du.t pas de retard, comme dans la plupart des autres avortements précoces.
Cependant ce caractère n'est pas exclusif à la dysménorrhée membraneuse, car dans toutes les formes de métrite la déhis cence d'une nouvelle vésicule de de Graaf augme'nte l'état congestif de la muqueuse utérine et, par conséquent, l'état morbide dont cette muqueuse est le sié»e
Et cela est si vrai que la simple phlogose utérine peut, par suite du travad congestif de l'époque menstruelle, defeni Z cause d'avortement précoce.
C'est ainsi que s'explique la stérilité ou plutôt la non-gestation des femmes qui font excès de plaisirs vénériens (excès de coït ou de masturbation), et de celles chez qui le coït est incomplet, comme je l'ai déjà dit ailleurs (1).
Dans l'un et l'autre cas (excès vénériens et coït incomplet) il se passe dans toute la matrice, dont le col est alors le miroir fidèle, un phénomène analogue à celui qui se produit dans l'appareil génital de l'homme, lorsqu'à la suite d'une vive excitation érotique l'éjaculation du sperme n'est pas le dénouement d'une érection prolongée. Moins riche en nerfs que les testicules et le cordon spermatique, mais plus abondamment pourvue qu'eux de vaisseaux sanguins, la matrice, si elle ne trahit point, comme les organes de l'homme, une sensibilité douloureuse, n'en est pas moins le siège d'un travail pathologique dont le premier résultat est la phlogose de l'organe qui, par sa répétition et sa continuité, amène la chute de l'épithélium et par suite une lésion de tissus, sans parler des altérations de la vitalité dont je m'occuperai tout à l'heure.
Gomme chez l'homme, il semble que le spasme cynique, chez la femme, n'est complet et physiologique qu'à la condition de la présence du sperme; on dirait que ce liquide est nécessaire pour calmer l'excitation à laquelle est en proie tout l'appareil génital, et que, semblable à une rosée bienfaisante, il apporte la fraîcheur et le calme à des ardeurs trop dévorantes.
Si l'action émoUiente et sédative du sperme, si je puis ainsi dire, ne se fait pas sentir à l'utérus au moment de la plus grande exaltation amoureuse, si celle-ci est obligée de s'épuiser et de s'éteindre dans ses propres tressaillements, les congestions successives dont la matrice est le siège, à la suite de ces excitations répétées, amènent tantôt une phlogose et tantôt
(1) Voyez la page 709.
un état nerveux, l'un et l'autre incompatibles avec la fonction gestatrice.
Daris cet ordre sont le coït incomplet et la masturbation.
D'autres fois, par suite d'un excès dans l'excitation, ou par une répétition trop fréquente de l'acte, le sperme est incapable de calm'er l'hyperhémic produite ; alors les excès de coït, même physiologique, amènent les mêmes résultats que la masturbation et le coït incomplet.
Comme je le disais plus haut, le col de l'utérus prend une large part à toutes ces excitations, et devient, par ainsi, le miroir des désordres produits : une coloration congestive, l'engorgement, des érosions, des ulcérations dénotent l'état phlegmasique, et sont quelquefois le point de départ d'accidents plus graves.
J'ai dû m'arrêter un instant sur ces causes de la phlogose utérine, parce qu'elles sont communes, qu'on les rencontre constamment dans la pratique, surtout le coït incomplet, et parce qu'on ne leur a pas jusqu'ici accordé l'attention qu'elles exigent.
Un traitement méthodique, quand la cause première a été écartée d'une manière absolue, réussit assez généralement à faire disparaître la phlogose. Si l'état général le permet, on se trouve bien, dès le début, de l'application de quelques sangsues au col, et ensuite d'applications émollientes directes, telles que cataplasmes vaginaux, sachets avec poudre impalpable de riz et de guimauve, tampons de ouate imbibée de glycérine, injections émollientes, bains généraux ou de siège, etc., etc.
D.ms les cas de grossesse et alors qu'il ne faut que prévenir l'avortement, on doit se contenter du repos absolu de la malade, de bains de siège et, au besoin, de cataplasmes vaginaux.
Je dois borner à la métrite et à la phlogose utérine les considérations que j'avais à présenter sur les lésions organiques de l'utérus, capables de déterminer l'avortement précoce, parce que ces états en sont les points de départ les plus communs» et que, dans leur histoire, sont comprises les métrorrhagies, les menorrhées et les dysménorrhées, qui sont tout à la fois des causes prédisposantes et occasionnelles des fausses couches. D'ailleurs, pour me mettre à l'abri de tout reproche, je termine ce chapitre par la phrase que j'ai mise au début, c'est-àdire que je ne sais pas un seul état pathologique de l'organe gestateur qui ne soit capable d'amener le dépérissement et la chute anticipée de l'ovule.
2° Lésions vitales. — Quand l'innervation de l'utérus est atteinte, le désordre qui en résulte prend tantôt le caractère névralgique et tantôt le caractère spasmodique.
L'hystéralgie est rarement par elle-même un motif d'avortement. Seulement, par son invasion brusque et violente, ou par sa continuité, elle peut éveiller des contractions utérines qui détachent l'œuf et l'expulsent.
J'ai vu un exemple de ce genre chez une jeune femme dont la menstruation avait un retard de trois semaines, et qui, sous l'influence d'un refroidissement subit, fut prise de douleurs névralgiques du côté de l'utérus, qui déterminèrent une fausse couche deux jours après l'accident. Cependant les douleurs avaient été promptement calmées par des applications chaudes, et surtout par une injection sous-cutanée de morphine. Pour moi, il s'est produit, dans ce cas, ou simultanément, ou consécutivement à l'hystéralgie, des contractions spasmodiques qui, seules, ont amené la fausse couche.
Ce sont, en effet, les spasmes de l'utérus qui, parmi les lésions vitales, déterminent seules la chute avant terme de l'œuf fécondé.
A côté de toutes les causes qui peuvent donner lieu à des
spasmes utérins, tels que le refroidissement, le traumatisme, les maladies nerveuses de l'estomac, les affections diverses de l'utérus et de ses annexes, et surtout la dysménorrhée, soit nerveuse, soit môme mécanique, il faut placer les circonstances dont j'ai déjà parlé à l'occasion de la phlogose utérine, c'est-à-dire les excès vénériens et le coït incomplet.
Quand les excès vénériens et le coït incomplet ne portent pas atteinte à la vitalité du col de la matrice, et ne sont pas une cause de stérilité, comme je l'ai indiqué plus haut (1), ils provoquent des états nerveux qui compromettent le fruit de la fécondation, et qui, en définitive, ont, au point de vue de la propagation, les mêmes résultats que l'inertie du col de l'utérus.
Heureusement la gravité n'est pas la même des deux côtés : tandis qu'il est souvent difficile de réveiller les contractions du col, on parvient assez facilement à calmer les spasmes utérins, soit avec des bains prolongés, soit avec des antispasmodiques, soit avec des stupéfiants. Les injections sous-cutanées de morphine, les lavements avec quelques gouttes de laudanum, le^ frictions sur le ventre avec du chloroforme, et des applications directes de tampons de ouate enduite de pommade belladonée, triomphent ordinairement des spasmes, et permettent l'évolution ultérieure de la gestation.
Conditions morbides générales. — Je ne fais qu'écrire le titre de ce paragraphe, car tout le monde comprend qu'un organisme profondément délabré, qu'une constitution malingre, maladive, scrofuleuse, en un mot, que tous les états généraux oii la vie languit et fait presque défaut, sont des conditions essentiellement défavorables à la nutrition et au développement d'un nouvel être.
Cette débilitation de l'économie se communique tout à la
(1) Voyez la page 709 et suiv.
'''^^ STÉRILITÉ CHEZ LA lEMME.
fois à l'ovule et à l'utérus, et présente ainsi deux chances d'avortement.
Heureusement la même médication, en relevant les forces générales, rend tout à la fois une vitalité suffisante à l'ovule et à l'utérus.
Cette médication, tonique et reconstituante, trouve des ressources inespérées dans l'hygiène, le régime alimentaire, le quinquina, le fer, l'hydrothérapie, quelques eaux minérales et les bains de mer, quand l'innervation n'est pas trop irritable.